Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • ‘Alexander Zeldin (en anglais surtitré en français)

    Faith, Hope and charity (Foi, Espérance et Charité), texte et mise en scène d’Alexander Zeldin (en anglais, surtitré en français)

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    La troisième partie de la trilogie Inégalités, dont le titre reprend la bien connue triade de Saint-Paul, se passe dans un triste foyer pour exclus dans une ville anglaise. Ici, ni foi, ni espérance, quant à la charité… La scénographie hyper-réaliste de Natasha Jenkins est aussi réussie que celle du second volet Love, une pièce que nous avions découverte sur ce même plateau et que nous avions beaucoup appréciée (voir Le Théâtre du Blog).

    Même univers, même personnages ou presque  Et même dispositif que pour Love: la scène et la salle non séparées, sont éclairées par des tubes fluo blanc et cette lumière crue renforce encore la pauvreté du lieu aux murs sales et dont le toit fuit. Dans le fond, derrière un passe-plat, une petite cuisine où officie une grosse dame africaine qui a le cœur sur la main et qui, du mieux qu’elle peut, prépare des déjeuners avec ce qu’elle récolte en dons de conserves et pâtes. Et les exclus et de la société capitaliste viennent dans une salle aux pauvres tables et aux chaises en plastique noir, se réchauffer et manger quelque chose, en faisant sagement la queue… Pour Noël, il n’y a pas de sapin, juste une pauvre guirlande en papier: « Happy Christmas » accrochée au mur de la cuisine et des nappes rouges sur les tables. Mais il y a quand même du gâteau au chocolat… 

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    Le public, comme pour Love, est disposé tri-frontalement avec quelques rangées de sièges sur les côtés de la scène, donc au même niveau que les personnages. Belle idée qui renforce encore l’intimité avec les plus pauvres et les plus exclus de la société capitaliste anglaise mais qui tiennent à garder un minimum de dignité. Il y a des dessins d’enfants punaisés sur un tableau en liège. Et des chaises, des tables que Mason, un jeune bénévole va installer.
    Et douze personnages passent: ils forment un groupe auquel nous nous attachons. Ils disent de temps à autre, quelques paroles banales et tous ces gens que la vie a durement touché, n’en peuvent plus. Ils ont des gestes lents comme s’ils voulaient économiser leur énergie pour essayer de survivre.

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    Quelques acteurs, cela se sent, n’ont jamais fait de théâtre et/ou ont aussi été des S.D.F. Dans cette descente aux enfers, personne n’a trop envie de parler et les dialogues sont donc  limités à l’essentiel. Comme si ces exclus n’avaient plus guère confiance en la parole des autres, surtout celle des politiques et de ceux qui pourraient les aider. Et, dans les silences -très parlants!- il y a une expression du mouvement fabuleuse signée Marcin Rudy. Ici, le moindre geste, quelquefois à peine perceptible, est signifiant. Un travail d’orfèvre.

    Il y a ici Hazel dont le fils est en prison. Mason lui est en voie de réinsertion, comme on dit. Et Tharwa, sa fille Tala, le jeune Anthony  et Bernard, un homme voûté plus très jeune qui a dû autrefois être un beau garçon. Silencieux et triste, il a de longs cheveux longs gris qu’il ne doit pas souvent laver. Et comme il n’habite pas loin, il vient souvent, le foyer est aussi sa maison et il le connaît bien.
    Beth, une marginale la quarantaine, qui a une vie mouvementée et qui se bat avec les services sociaux pour avoir la garde de son petit fils, une femme,  foulard sur la tête, avec sa petite fille. Deux émigrés africains… Une jeune fille…

    Mais ce dernier refuge où ils peuvent aller, même s’il est sinistre, d’une certaine manière, leur appartient. A la presque fin, il a été inondé et ils mettent dans de grands cartons le matériel de cuisine et les pauvres choses qu’ils peuvent emporter. Pathétique…
    De toute façon, le lieu a été vendu par la mairie et ils doivent le quitter mais réunis dans une chorale que dirige Masel, ils vont essayer avec une séance de chant en public, de sensibiliser l’opinion et d’empêcher la fermeture de « leur » foyer, même s’il est plus que sérieusement menacé.
    Où iront-ils? Nous sentons un immense désespoir chez ces femmes et ces hommes humiliés une fois de plus, et ici collectivement.  Admirablement interprétés par Lucy Black, Tia Dutt, Llewella Gideon, Tricia Hitchcock, Dayo Kolesho, Joseph Langdon, Shelley McDonald, Michael Moreland, Sean O’Callaghan, Bobby Stallwood, Posy Sterling, Hind Swareldahab. Tous sans exception très crédibles et le jeune metteur en scène, nouvel artiste associé de l’Odéon, les dirige de façon remarquable.

    Quelques petits bémols: un sur-titrage souvent trop rapide comme la dernière fois et un scénario et un dialogue qui ne sont pas tout à fait à la hauteur de celui de Love mais sinon, quelle même intelligence dans une expression hyper-réaliste pas facile à maîtriser!
    Avec des images simples et fortes et une scénographie exemplaires, Alexander Zeldine a su tirer la sonnette d’alarme! Les chiffres en Grande-Bretagne font froid dans le dos: 20% de la population soit quatorze millions de personnes étaient reconnues comme vivant dans la pauvreté il y a trois ans et avec le covid, cela n’a pas dû s’arranger! 75.000 enfants vivent dans des foyers d’accueil et depuis dix ans, le gouvernement a opéré des coupes sombres dans les prestations sociales…
    Un ami français, ancien professeur de musique en Angleterre, nous disait avec tristesse il y a peu: «Si tu veux connaître la future situation des hôpitaux en France, traverse la Manche et tu verras, c’est affreux!» Et déjà, dans un  hôpital de l’Oise, récemment une machine de radiologie est tombée en panne mais ne sera réparée qu’en septembre… « En attendant, dit un des médecins, allez vous faire faire une radio dans le privé et revenez nous voir. »  Happy Christmas…

    Philippe du Vignal

    Jusqu’au 26 juin, Théâtre de l’Odéon-Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, Paris (XVII ème). T. : 01 44 85 40 40.

     

  • No way Veronica ou Nos Gars ont la pêche d’Armando Llamas, mise en scène de Jean Boillot

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    © Sqare and Martins Production

    No way Veronica ou Nos Gars ont la pêche d’Armando Llamas, mise en scène de Jean Boillot

    L’auteur hispano-argentin (1950-2003) serait heureux s’il voyait et entendait le sort réservé ici à cette «comédie misogyne» tirée du recueil 14 Pièces piégées, toutes d’une dinguerie où il dénonce la violence des fascismes et des intolérances humaines, No way Veronica met en scène la misogynie crasse d’une bande de machos reclus dans une station météorologique de l’Antarctique et qui entendent bien rester entre eux.

    La pièce parodie The Thing, un film du réalisateur américain John Carpenter où un groupe de chercheurs américains est assailli par une effroyable chose extra-terrestre polymorphe. Les protagonistes sont des acteurs hollywoodiens ou de séries télévisées américaines plus ou moins oubliés.Veronica, leur bête noire est une «gonzesse» qui, sous les traits de Gina Lollobrigida, débarque par mer, par terre ou par les airs et dont ils se débarrassent sans vergogne.

    Mais cette Veronica a plus d’un tour dans son sac et revient sous différentes formes (dont celle d’un chien). L’auteur  réussit à faire un patchwork d’extraits de blockbusters, publicités, films pornos ou policiers, documentaires, bandes dessinées …mis en abyme dans une intrigue construite comme une suite de numéros de cabaret.

    Jean Boillot recrée cette pièce pour la troisième fois. Après une première version, très courte, en 2003, en hommage à l‘auteur décédé cette année-là, il la monte cette fois en spectacle musical. Le compositeur David Jisse  qui dirigea entre 1998 et 2013 La Muse en circuit-Centre National de Création Musicale, proposait une mise en son avec des instruments des années quatre-vingt. Pour cette  version remixée, Hervé Rigaud, à la guitare sur scène, revisite les musiques de David Jisse dans le style pop-rock…

     Dans le brouillard et le froid, la neige crisse sous les pas plus ou moins pesants et rapides des interprètes, relayés par les bruitages de Philippe Lardaux qui accompagnera de ses borborygmes et de son «looper» les aventures rocambolesques de « Nos gars ». Ils sont une dizaine dont Peter Falk, William Holden, Bob Hoskins, James Mason… Isabelle Ronayette avec une grande maîtrise et l’aide de pédales à distorsion, fait à elle seule toutes les voix, jusqu’à celle d’un pingouin-manchot et, bien sûr, celle de Veronica/Gina Lollobrigida! Jean-Christophe Quenon aux claviers analogiques “vintage“ se fait le narrateur bon enfant de cette épopée grotesque et hilarante.

    Un festival de musiques, jeux de scène, mots d’auteur pétillants et provocations anticonformistes, parfois potaches! Le texte fleure bon la liberté de ton, face au politiquement correct qui censure aujourd’hui notre espace culturel. Ici, aucune vidéo : le son crée l’espace où s’impriment les images des acteurs en mouvement dans les lumières polaires d’Ivan Mathis. En costumes blancs raffinés, style bande dessinée d’Enki Bilal, tel un orchestre bien dirigé, ils font revivre la prose d’Armando Llamas, ce talentueux et érudit touche-à-tout qui voulait créer un  « théâtre-Webern » , un « théâtre-Glenn Baxter » conjuguant  jazz, musique atonale et pop-art…

    Le spectacle se veut aussi être un hommage à David Jisse décédé l’an passé. Il avait écrit, à l’époque de la création: «Dès que j’ai vu ou plutôt entendu cette pièce, j’ai pensé à la radio avec ses bouts de ficelle sonores, ses vraies fausses portes qui n’ouvrent sur rien, si ce n’est sur le son d’une porte qui s’ouvre et qui se ferme.» Avec ce « théâtre sonique», Jean Boillot, ancien directeur du NEST à Thionville, devient artiste associé à Bords 2Scènes à Vitry-le-François, une Scène Conventionnée-Musiques actuelles et Arts de la scène, dirigée depuis 2019 par le musicien Laurent Sellier.

    Dans cette ville de 12.000 habitants au bord de la Marne, ce lieu de création fait la part belle à la musique dans le spectacle. «La crise du Covid a été l’occasion de développer des projets, dit Laurent Sellier. Comme des formes de narration liées au numérique, notamment en collaboration avec une nouvelle formation à l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille autour de la notion d’ “acteur augmenté“.

    Il va créer avec Jean Boillot un Nouveau Décaméron : un théâtre déambulatoire fondé sur la structure du célèbre recueil de nouvelles de Jean Boccace (1313-1375). Des histoires que l’écrivain florentin fait raconter au quotidien par une bande de jeunes gens, réfugiés à la campagne pour fuir la peste. Auteurs et musiciens seront sollicités pour nourrir ce projet.

    En attendant, Bords2Scènes se prépare pour l’été avec un festival Ukulélé.  « L’ukulélé fédère cirque, humour, théâtre, variété» dit Laurent Sellier. Il y aura aussi des balades dans la ville sous des parapluies sonores, un concert narratif sous casque… Et No Way Veronica est en route pour le festival d’Avignon, en espérant aller plus loin…

    Mireille Davidovici

    Spectacle vu en avant-première, le 21 juin, à Bords2Seine, Vitry-le-François (Marne). T. : 03 26 41 0010 www.bords2scènes.fr

    Du 7 au 29 juillet, à 15 h 15, au Onze, 11 boulevard Raspail, Avignon (Vaucluse) T. : 04 84 51 20 10.

    14 Pièces piégées et d’autres textes d’Armando Llamas sont publiées aux éditions Les Solitaires intempestifs.

     

  • La nouvelle saison du Théâtre National de Strasbourg

     La nouvelle saison du Théâtre National de Strasbourg

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    Après de longs mois de silence, le théâtre reprend vie en accueillant le public. Avec un plaisir non dissimulé, Stanislas Nordey a évoqué sa prochaine et dernière saison à la tête du T.N.S (elle débutera le 25 septembre). Huit années passées comme directeur et artiste, il quittera ses fonctions au terme de son deuxième mandat en  2022.

    En cette fin de crise sanitaire, il tient à remercier les institutions publiques: «Nous avons été très bien accompagnés et tous les spectacles qui ont été suspendus, seront visibles à 90%. Neuf d’entre eux seront des reports. « Chat échaudé craint l’eau froide », comme dit le vieux proverbe, je précise que cette présentation de saison se fera en deux fois : une première pour la période de septembre à janvier 2022 puis nous annoncerons en novembre prochain, celle qui ira de février à juin 2022. Face à une éventuelle quatrième vague de la covid, mieux vaut éviter que cette seconde période ne soit annulée ! »

    Dans les nouveautés et les résolutions astucieuses : plus d’abonnement annuel mais une carte d’adhésion donnant droit à un tarif préférentiel pour une large et riche programmation. «Après ces mois d’isolement, dit Stanislas Nordey, il peut y avoir une sorte de boulimie! » Rien que douze propositions pour le premier volet de la saison puis treize pour le second.  Soit vingt-cinq spectacles en tout au lieu de seize habituellement !

    Et trois pièces (des reports de la saison 20-21 annulée) ont été ou seront à l’affiche dont : Mithridate de Jean Racine, mise en scène d’Éric Vigner qui a été jouée jusqu’au 8 juin. Puis jusqu’au 29 juin Au bord de Claudine Galea, mise en scène de Stanislas Nordey. Et Inflammation du verbe vivre, texte et mise en scène de Wajdi Mouawad, qui avait dû être annulé en raison de la covid. Suivront les spectacles des élèves de l’Ecole du T.N.S. :Asséchés de Timothée Israël et Toutes leurs robes noires de Claudine Galea, mise en scène d’Antoine Hespel.

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    ©x Dominique Reymond

    Stanislas Nordey n’a pas manqué de réaffirmer l’importance de certains principes esthétiques et politiques du T.N.S.: la création dans La Maison même, de onze spectacles pour 2021-2022 ! Avec toujours la nécessité de privilégier le contemporain comme par exemple, de mettre en lumière l’écriture de jeunes auteurs et la venue d’artistes associées. Citons pour cette nouvelle saison l’excellente actrice qu’est Dominique Reymond. Mais encore l’écrivaine associée, Marie NDiaye, avec Les Serpents, distribution Hélène Alexandridis, Bénédicte Cerutti et Tiphaine Raffier dans une mise en scène de Jacques Vincey, spectacle créé à Tours l’an passé (voir Le Théâtre du Blog) et Chère Chambre de la jeune autrice et metteur en scène Pauline Haudepin, «Un texte onirique, une exploration de nos personnalités diverses » aime à préciser Stanislas Nordey.

    Pour l’ouverture de saison, la Russie est à l’honneur avec Le Passé qui regroupe plusieurs œuvres de l’écrivain Léonid Andreïev (1871-1919) et qui nous invite à une réflexion sensible et politique à partir de « la réapparition d’un monde disparu ».

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    Puis Rothko, untitled #2, qui convoque aussi le temps. Mais à l’inverse ! Il s’agit là du temps présent et de sa vibration, celle de l’instant et de ses ondes sensorielles. Face à l’oeuvre d’art, comment traduire sur scène, le ressenti, l’émotion. Ici,  c’est à travers une forme esthétique différente, la peinture, celle de Mark Rothko (1903-1970), né en Russie puis exilé aux USA , génie de la profondeur des couleurs, expressionniste de l’abstrait, que cette sensation du temps va se révéler et entrer en correspondance avec l’affect et le regard du spectateur : « La vibration de l’ici et maintenant de la peinture par la mise en résonance des corps, du sens et du son en un précipité chimique et poétique. » Une création singulière, performance dansée/oratorio/exposition que nous offre l’artiste et l’actrice Claire Ingrid Cottanceau et le compositeur Olivier Mellano, rejoints par la chorégraphe Akiko Hasegawa.

     Suivra  Nous entrerons dans la carrière de Blandine Savetier, d’après Le Siècle des lumières d’Alejo Carpentier et la vie de Jean-Baptiste Belley. Avec Hilda, mise en scène d’Elisabeth Chailloux, Marie NDiaye raconte comment l’aliénation peut survenir: Madame Lemarchand n’a pas l’intention d’exploiter Hilda, ni même de la regarder comme sa bonne. Cette femme « de gauche » veut éduquer sa servante, la former à la chose politique, lui apprendre à penser, mais  va se heurter à la résistance d’Hilda, inexprimée mais sourdement hostile…

    Avec Condor, mise en scène par Anne Théron,  Frédéric Vossier, a écrit une pièce dont le thème est l’opération Condor en 1975, sous le pouvoir des dictatures en Amérique latine. Quarante ans après, deux personnages aux univers antagonistes se retrouvent…

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    Ce qu’il faut dire, Stanislas Nordey en découvrant l’écriture de Léonora Miano, a été touché par la dimension politique de sa langue et du récit : « Cette littérature bouscule les mots et les récits forgés par une Europe conquérante et dénoue le langage de la colonisation et du capitalisme, pour retrouver le fil de l’humain et du poétique. Le texte est très fort, notamment quand l’autrice parle de l’identité des personnes noires en Europe».

    Deux amis, la pièce écrite pour Charles Berling et Stanislas Nordey, de et montée par  Pascal Rambert, met en scène des artistes, Charles et Stan. Ils remontent Les quatre Molière (1978) d’Antoine Vitez: Le Misanthrope, L’École des femmes, Tartuffe et Don Juan.

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    ©x Le Ravissement de Psyché deWilliam Bouguereau (fragment))

    Chère Chambre de Pauline Haudepin sera mise en scène par l’autrice, « que nous retrouvons aussi en tant qu’actrice, précise Stanislas Nordey, dans le spectacle de Nous entrerons dans la carrière ». Ensuite, une pièce de Bernard-Marie Koltès, Quai-Ouest, montée par Ludovic Lagarde. Suivra, Coeur instamment dénudé de Lazare, auteur-metteur en scène à l’art théâtral bigarré, à la fois poétique et musical. Dans cette pièce, Lazare réinvente le mythe de Psyché. Artiste associé, il a entre autre, initié le programme : Troupe Avenir.  

    Enfin, les deux derniers spectacles de cette première période. Biface. Expériences au sujet de la conquête du Mexique 1519-1521, un spectacle conçu et réalisé par Bruno Meyssat. Sans être un théâtre documentaire à proprement dit, et malgré sa construction à partir de témoignages historiques, la pièce relate davantage deux manières d’être au monde à travers la conquête du Mexique par les Espagnols et la rencontre entre les Aztèques et Espagnols.

    Et Le Dragon du journaliste et dramaturge russe Evgueni Schwartz (1896-1958), mise en scène de Thomas Jolly, présente un récit dramatique, proche du conte, teinté de fantastique. Troisième pièce de l’auteur (1944), elle sera aussitôt interdite. Et pour cause, à son tour, cette oeuvre interroge la condition humaine sous l’emprise d’un régime autoritaire. Comment chacun de nous est-il prêt, ou non, à s’engager dans la résistance et à ne pas succomber à la fatalité. «Quel dragon faut-il chasser en nous ?« 

     

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    ©x Jean-Pierre Vincent

    Si la création contemporaine demeure une priorité au T.N.S. le théâtre des anciens n’est pas oublié. Ni nos contemporains récemment disparus et qui ont marqué de leur talent l’art du théâtre. Le regretté et magnifique metteur en scène et directeur d’institutions théâtrales Jean-Pierre Vincent(1942-2020) fut et reste pour Stanislas Nordey l’une de ces figures inscrite à jamais dans le théâtre du XXème. et XXIème. siècle. «Sa disparition est pour moi, très dure; il a été mon professeur, confie Stanislas Nordey. Un hommage joyeux! et sous réserve de l’évolution de la Corona,  sera rendu au T.N.S. le 20 septembre prochain, à celui qui  fut aussi un grand directeur d’institutions comme le Théâtre des Amandiers à Nanterre, la Comédie-Française et le T.N.S… ». La dernière création de Jean-Pierre Vincent, L’Orestie, date de 2019 : Trois ans de travail avec les élèves du TNS groupe 44,  spectacle présenté avec succès au Festival d’Avignon 2019 dans le cadre du IN. Puis un autre projet devait prendre corps au TNS, Antigone, mais le sort en décida autrement… Ce Salut, vivant et bigarré, sera l’occasion de revenir sur l’oeuvre de Jean-Pierre Vincent, d’aller à la rencontre de ceux qui ont travaillé avec lui ou l’ont accompagné, et de partager, d’entendre des témoignages venus d’ici et d’ailleurs, de découvrir encore et toujours son oeuvre. Cet hommage sera en résonance avec ce mot : La transmission, geste qui était de première importance pour ce grand homme du théâtre. Autres affinités entre Jean-Pierre Vincent et Stanislas Nordey : l’exigence d’un théâtre politique , «Cette demi-saison a une tonalité politique, souligne-t-il »,  un art du théâtre à l’écoute de la cité et des bruits du monde. L’éducation artistique, les lycéens citoyens, La Revue Parages, dirigée par Frédéric Vossier, avec deux ou trois numéros par an, certains généralistes et des monographies, comme celles de Claudine Galea, Pascal Rambert, Falk Richter ou prochainement celle de Marie NDiaye… sont autant d’actions menées au sein du TNS, dignes et représentatives d’un théâtre engagé et en présence du politique et du social, de l’intime ou/et de l’universel.

     

     

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    « Je suis heureux de ces huit années passées au T.N.S. Il est temps de passer le relais à d’autres. » Stanislas Nordey, ne cache pas sa jouissance de retrouver une certaine forme de liberté, et dans des conditions harmonieuses :  » La Maison va bien : c’est apaisant de la quitter ainsi. Tout est très bien parti pour une succession pensée, concertée et une nomination avant les élections présidentielles.» Par ailleurs, Stanislas Nordey a dit fermement qu’il ne sera pas candidat à la succession d’Olivier Py à la direction du festival d’Avignon.

    Une belle année théâtrale s’annonce et son directeur est confiant.  Même si, dit-il, « il y a toujours des risques mais nous sommes là aussi pour accompagner les pièces qui peuvent connaître un semi-échec. Ce sont des objets frais et fragiles, pas du réchauffé! »

     

    Elisabeth Naud

     

    Présentation de saison 2021-2022 au Théâtre National de Strasbourg.