Orphelins de Dennis Kelly, traduction de Philippe Le Moine, mise en scène d’Olivier Sanquer

Orphelins de  Dennis Kelly,  traduction de Philippe Le Moine, mise en scène d‘Olivier Sanquer 

Cet acteur, dramaturge et scénariste de sit-com anglais, bientôt cinquante-six ans, a appartenu au mouvement des années quatre-vingt dix: In-yer-face, mot d’argot américain issu d’in your face (sur votre  visage) qu’on peut traduire par brutaliste et provoquant: dialogues vulgaires et/ou obscènes, sang, absence d’intimité, violence gratuite à la fois physique et mentale, nudité ou quasi-nudité sur le plateau, langage corporel, transgression morale d’un ordre socio-politique établi. Ce que vont  évoquer de jeunes écrivains comme, entre autres, Sarah Kane mais aussi Mark Ravenhill, Anthony Neilson ou  Martin McDonagh, ces derniers moins connus en France, que Dennis Kelly dont les pièces ont été jouées partout (voir Le Théâtre du Blog). 

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Dans cette mise en scène, cela se passe dans un appartement aux murs noirs: en fond de scène, un grand lit fait de palettes comme autrefois dans les lofts à Londres et New York, trois chaises.  Hélène (Laure Extramiana) et Daniel son mari (Antoine Dubois)  qui auront bientôt un deuxième enfant, vont dîner. Arrive Léo, le frère d’Hélène (Stan Gal), au T shirt couvert de sang. Il leur dit avoir protégé dans la rue un jeune homme  gravement blessé dans une rue mais qui finalement se relève et se mettra à courir…
Ses  explications sont des plus confuses: Hélène comme Daniel commencent à sérieusement douter de ce qu’il leur dit. Violence sociale, solitude, racisme ordinaire contre les Arabes, conflits familiaux jamais résolus… On ne sait ps trop mais ces trois-là, complétement dépassés par une situation où ils ont été placés malgré eux, ils s’empêtrent et risquent gros, en essayant de trouver une solution bancale pour protéger quelqu’un de leur famille.

Dans ce cas, jusqu’où peut-on aller? Il n’y a pas de bonne réponse… Ainsi Hélène met naïvement le T. Shirt de son frère à la machine à laver et propose même à son mari, si à la police vient, de lui dire qu’il a passé  la soirée avec eux. Mais Daniel refuse catégoriquement d’entrer dans ce mensonge…
Les premières scènes fonctionnent bien et les personnages imaginés par Dennis Kelly, sont ici tout à fait crédibles: on se demande pourquoi et comment ils en sont arrivés là: pauvreté, violence sociale, enfance douloureuse… Laure Extramiana, en mini-robe noire très provoc, a une belle présence, Antoine Dubois  et Stan Gal s’imposent vite.
Mais ensuite  Olivier Sanquer semble avoir quelque mal avec la direction d’acteurs: les pièces de Dennis Kelly exigent une diction ciselée mais ici, malheureusement, ce n’est pas le cas. Comme il y a aussi souvent de la criaillerie dans l’air, l’ensemble des répliques devient alors presque inaudible. Le spectacle n’étant joué qu’une fois par semaine, ceci peut expliquer cela…
Et, le metteur en scène aurait pu nous épargner vers la fin, les scènes muettes-vraiment pas fameuses- où on voit ce pauvre garçon attaqué dans la rue: là, cela sonne carrément faux. Et pourquoi, ces  éclairages rouges? Pour signifier la tragédie? Pourquoi ces intermèdes musicaux fréquents entre les scènes? Pourquoi de la musique à certains moments sous le texte, un procédé plus qu’usé? Et pourquoi, à la toute fin, comme partout, d’épaisses couches de fumigène coloré de bleu… Des erreurs qui auraient pu être évitées et  on est loin de l’univers de Dennis Kelly. Dommage…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 29 décembre,Théâtre Lucas-Paumier, 15 rue du Retrait, Paris ( XX ème).

Festival Les Infatigables, Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), du 26 au 28 mars. 

Seclin fait son festival,  Seclin ( Nord) en avril. 

Le texte est paru aux éditons chez L’Arche. 


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