Le Larzac ! texte et mise en scène de Philippe Durand

Le Larzac ! texte et mise en scène de Philippe Durand 

La lutte des années des années soixante-dix, appartient déjà à l’Histoire,  avec un mouvement de désobéissance civile non violente, contre l’extension d’un camp militaire de 71 à 81. Cent-trois agriculteurs s’étaient soulevés contre l’expropriation de leurs terres. Le pas très finaud Michel Debré, (il dénoncera la loi Veil sur l’interruption de grossesse comme une « monstrueuse erreur historique »!!!
Ministre de la Défense de 69 à 73 ( Jacques Chirac étant premier ministre et Georges Pompidou, Président de la République), il voulait agrandir le camp militaire du Larzac: de 3.000 à 17.000 hectares dans douze communes autour de La Cavalerie. Mais il avait mal joué: une grande manifestation d’environ  6.000 opposants à cette connerie eut lieu le 6 novembre 1971 à Millau, à l’appel des fédérations départementales des syndicats d’exploitants agricoles.
Et Georges Bonnaud, un acteur du Théâtre du Soleil, réalisa en 76 dans les rues de Rodez ( Aveyron), tout près de là où avait été interné Antonin Artaud dont il est un parent..), un spectacle dont le titre disait tout: Des Moutons, pas de dragons. Une affaire qui devient nationale et en 82, environ 100.000 personnes convergèrent vers le Larzac pour soutenir les paysans et livrer une guerre d’usure contre le ministère de la Défense.
Jean-Paul Sartre en 80 enverra une lettre de soutien : « Je vous salue, paysans du Larzac et je salue votre lutte pour la justice, la liberté et pour la paix, la plus belle lutte de notre vingtième siècle. » François Mitterrand, nouveau président de la République, siffla la in de partie et mit fin avec sagesse à ce projet ubuesque. Ces luttes courageuses donneront naissance au mouvement altermondialiste français.

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D’un seul tenant! 6.300 hectares de terres et bâtiments à but agricole, seront acquis définitivement par l’État! Un cas unique en France. Les paysans, aidés par des juristes, étudieront les  moyens nécessaires pour gérer cette surface très importante, y favoriser de nouvelles installations agricoles et y créer des emplois. Sont alors mises en place en 82, une Commission intercantonale pour l’aménagement foncier du Larzac (C.I.A.F.) et une Commission Communale d’Aménagement Foncier (C.C.A.F), dans  douze communes. Pour choisir les candidats à l’agriculture, recenser les terres disponibles, les répartir et les classer au plan agronomique.

2 800 hectares seront donnés à vingt-deux exploitations nouvellement créées et cent-trois  continueront à exister. Avec au besoin, des  échanges de terres pour favoriser des ensembles cohérents d’exploitation.
Mais attention, ce nouveau mode de relation successoral est ici expérimenté et quand il s’agit de transmission, rappelle Philippe Durand, le contrat précise bien que l’exploitante ou l’exploitant, quelle que soit son activité, devra à sa retraite impérativement quitter la terre et l’habitation qui lui est liée. Donc plus d’héritage foncier au sens traditionnel. Leurs enfants, si on a bien compris, peuvent aussi prendre la suite mais n’ont aucune priorité. Candidats, s’ils le désirent, ils seront choisis… ou pas Mais quid de ce patrimoine, quand un exploitant décède? Cela a bien dû arriver…L’époux ou l’épouse, héritiers de ses biens peuvent-ils lui succéder automatiquement? Philippe Durand explique  tout cela sans aucune prétention et avec clarté.

Le Larzac  «laboratoire foncier » selon Bernard Lambert mort en 1984, se concrétisera l’année suivante par la création de la Société Civile des Terres du Larzac pour gérer ces terres grâce à un organisme qui sera indépendant de l’État. Un conseil de gérance (onze membres) assume les charges, impôts fonciers, etc. En 85, les 6.300 hectares de terres et bâtiments sont donc confiés par l’État à la S.C.T.L. , avec un bail emphytéotique de soixante ans. Il y a trois ans, le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll a signé le prolongement du bail emphytéotique jusqu’en 2.083. 

Philippe Durand raconte la vie d’une organisation collective et alternative, après avoir recueilli de nombreux témoignages auprès d’une cinquantaine d’habitants du Larzac sur cette entreprise utopique absolument unique en France, à l’opposé d’une vision productiviste de l’agriculture. Rigueur, précision, intelligence de ce récit dit avec un bel accent rouergat ( adopté mais tenu jusqu’au bout) par Philippe Durand. Seul en scène, assis à un petite table devant un grand cahier à spirale qu’il regarde temps en temps. Aucun autre accessoire, aucune musique, aucune vidéo, aucun fumigène. .

Seules réserves: ce monologue est un peu trop long et vers la fin, Philippe Durand a tendance à bouler son texte. Mais ce monologue intelligent -pour une fois, loin de toute égocentrisme- traite d’un véritable problème de société jamais abordé sous l’ère Macron dont ce n’est guère le souci:  que voulons-nous comme qualité de fromages, de  viande, et de lait? Sommes-nous prêts à en payer la qualité et donc, le juste prix aux éleveurs?  Il y a malheureusement au Nord du Larzac dans l’Aveyron et dans le Sud du Cantal , juste au dessus mais aussi en Corrèze, une tendance encouragée par le Ministère de l’Agriculture: on construit des usines à population animale normée pour produire au maximum: veaux, vaches cochons, moutons…  souvent nourris aux tourteaux, plus qu’au foin. Enfermés jour et nuit, ils ne connaîtront jamais un m 2 de prairie! Les vaches dites  de « réforme », épuisées,  seront abattues pour arriver dans nos assiettes sous l’appellation bœuf!  La traite, l’alimentation, la santé, la sélection, l’insémination… étant traitées par ordinateur et déjà par I.A.
Ce que dénonce bien sûr Philippe Durand…  Allez l’entendre. Vous ne le regretterez pas. Il joue aussi dans ce même théâtre 1336 (parole de Fralibs) sur le thème des  luttes collectives, un spectacle dont nous vous parlerons aussi. 

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 30 novembre, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris ( XI ème) . T. : 01 48 06 72 34.

Le 4 décembre à Alès (Gard, au bar Le Prolé, avec les A.T.P. d’Alès et le  6 décembre  à Marnhagues-et-Latour (Aveyron) avec l’association des amis du château de Latour ; du 10 au 12 décembre, autour de Die (Drôme) avec le Théâtre des Aires.

Le  16 janvier à Carcassonne (Aude) avec l’association Avec.

Le 4 février à Lyon (Rhône) à la Maison de l’écologie ; le  6 février à Saint-Mury-Monteymond, avec l’Espace Paul Jargot de Crolles; le  7 février, au plateau des Petites Roches, avec l’Espace Louis Aragon de Villard-Bonnot (Isère).

Le 2 avril à Monteynard et le 3 avril à Cholonge (Isère)  avec le Ciné-Théâtre de La Mure.

Le 13 mai 2027 à Chambéry (Savoie) avec la M.J.C. ; les 21 et 22 mai, autour de Ganges (Gard) avec le Théâtre Albarède ; le  29 mai à Chevilly-Larue (Val-de-Marne)) avec le théâtre André Malraux.

Le 2 juillet, au refuge d’alpage de la Tour de Borne (Drôme).

Informations sur larzac.org

 

 

 


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