Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • Transverse Orientation, chorégraphie de Dimitris Papaioannou

    Transverse Orientation, chorégraphie de Dimitris Papaioannou

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    ©Julian Mommert_

    Nous avions découvert ce chorégraphe grec avec The Great Tamer,une des révélations du festival d’Avignon 2017 (voir Le Théâtre du blog). Cette nouvelle pièce tout aussi remarquable s’inscrit dans la même veine et comme une suite… Formé dans une école de Beaux-Arts, Dimitris Papaioannou appréhende la création par l’image et le dessin. Il a d’abord été peintre, sculpteur, réalisateur de bandes dessinées, avant de se tourner vers le spectacle. Et son travail de recherche entre danse expérimentale, théâtre physique, art du mouvement, garde la trace de cette formation en arts plastiques.

    Célèbre pour avoir orchestré la cérémonie  d’ouverture des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, il n’est pas inconnu en France où il a été chaleureusement accueilli par la critique, avec Still Life (2014) au Théâtre de la Ville à Paris. Il y traitait du mythe de Sisyphe, héros de l’absurde, un mythe et bien d’autres que nous retrouvons dans Transverse Orientation avec des corps d’hommes et femmes entremêlés, au fil d’actions toujours recommencées… Des corps bouleversés, désorientés, comme le titre de la pièce le suggère.

    Commence un rêve en noir et blanc, peuplé de longues silhouettes microcéphales, attirées comme des papillons par la lumière d’un tube fluo tremblotant. «Au départ, dit le chorégraphe, il y a la notion de succession. L’idée que le meurtre du Minotaure par Thésée est une métaphore du meurtre du vieux par le jeune. (…) Ceci m’a conduit ailleurs, vers le rapport à la lumière: comme les insectes qui s’orientent par rapport à la lune, je sens que les garçons sur scène naviguent sous l’influence de l’apparition de la femme… »

     Bientôt de multiples actions vont s’articuler autour d’un taureau noir grandeur nature animé par les danseurs et qui déverse, tel un cheval de Troie, son lot de corps… A califourchon sur le monstre, dans une sublime nudité, Breanna O’Mara que Dimitris Papaioannou a rencontrée au Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch. On entre de plain pied dans la légende du Minotaure, avec cette longiligne Pasiphaé au corps laiteux, la mère de Phèdre et d’Ariane, Reine de Crète qui engendra un être mi-taureau, mi-homme, à la suite de ses noces avec un taureau blanc. Bientôt une multitude d’êtres hybrides vont envahir le plateau, avec des danseurs accolés : têtes cornues, corps et têtes humains, arrière-trains velus
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    étamorphoses issues de la mythologie ou inspirées de Hans Bellmer ou de Chirico. Bêtes à deux dos. Cadavres exquis…. Jan Mölner sera le Thésée vainqueur du Minotaure, terrassé. Et là encore, Dimitris Papaioannou convoque l’iconographie des vases grecs, projetée en ombres chinoises sur le mur blanc mais aussi  Olympia de Manet étendue nue sur le dos du taureau ou une Vénus, façon Botticelli, qui perd lentement son placenta pour devenir une Vierge à l’enfant de la Renaissance … Et aussi la statuaire grecque quand la danseuse se fige en déesse de plâtre d’où jaillissent les flots d’une fontaine lumineuse…

    Dans une logique de rêve, des images bibliques comme l’échelle de Jacob, des gags du cinéma muet ou un numéro de claquettes entrent en collision avec le panthéon hellénique, sans ambages. Il faut saluer la virtuosité des six danseurs et de la première danseuse, rejoints pour une unique apparition par une femme au corps lourd, sur lequel le temps a passé, et qui traverse lentement le plateau… Des tableaux mouvants et foisonnants, hiératiques ou comiques, où les danseurs se dévêtent partiellement ou jusqu’à la nudité, avant de remettre d’austères costumes de ville. «J’utilise abondamment la nudité comme moyen d’expression, dit le chorégraphe. Une partie de mon héritage est la statuaire grecque et je considère que la sensualité et la spiritualité passent par le corps absolument nu.» Une nudité ici sans provocation, belle et naturelle…

     Cette création est aussi une véritable prouesse technique. Tina Tzoka et Louka Bakas ont conçu une scénographie avec un plateau nu barré d’un mur blanc, mais qui, démonté à la fin, fera place à la mer et à ses îles que contemple, nu, un Ulysse pensif… Les lumières de Stephanos Droussiotis rythment l’espace et permettent de rapides escamotages des interprètes et de subreptices recompositions d’images, en aveuglant le public d’un puissant projecteur. La précision gestuelle des huit danseurs force l’admiration : engagés dans des actions multiples et simultanées : apparitions, transformations, disparitions, ils passent de tempos effrénés, à des mouvements répétitifs, de poses lyriques, à des numéros gagesques. Une heure quarante cinq pour le plaisir des yeux et l’exploration de nos mythologies. Certains reprocheront quelques lenteurs ou trop de sophistication mais ce spectacle est exceptionnel, drôle, émouvant et virtuose. Voire hypnotique.

     Mireille Davidovici

     Le spectacle a été présenté du 7 au 11 septembre, au Théâtre du Châtelet, Paris (I er). Dans le cadre des saisons du Théâtre du Châtelet et du Théâtre de la ville hors-les-murs.

     Les 13 et 14 novembre, Théâtre des Salins Martigues (Bouches-du-Rhône)

     Les 16 et 17 septembre Campania Teatro Festival, Teatro Politeama, Naples (Italie) ; 23, 24, 25, 26 septembre , Torinodanza Festival, Fonderie Limone Moncalieri, Turin (Italie) ;
    Du 1  au 3 octobre, Festival Aperto, Teatro Municipale Valli ( Italie) ; du 9 au 12 octobre / ONE DANCE WEEK / House of Culture Boris Hristov, Plovdiv (Bulgarie).
    Du ; 26 au 28 novembre, 39º Festival de Otoñ/Teatros del Canal, Sala Roja  Madrid (Espagne)…

     

     

     

     

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  • Jeunes Pousses 2021 à la Maison Maria Casarès

    Jeunes Pousses 2021 à la Maison Maria Casarès

     

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    © M.D.

    «C’est la dernière fois que nous visitons le “Logis“ tel que l’a laissé Maria Casarès, quand elle a légué le domaine de la Vergne à la commune d’Alloue, un bourg de cinq cents habitants, pour “remercier la France d’avoir été une terre d’asile“ « , dit Johanna Silberstein, codirectrice avec Mathieu Roy, de ce lieu devenu centre culturel de rencontres. »

    De nécessaires travaux sont envisagés et une installation de l’artiste Joël Andrianomearisoa vient, avant les transformations, mettre en perspective, avec sensibilité et poésie les traces de vie qu’a laissées la grande artiste. Pour ne jamais rencontrer la dernière heure. Sur un mur de l’entrée, est exposée une infinité de clefs, à l’image de celle de la porte principale :  » Des clefs vers l’infini, qui, sans clore le passé ouvrent sur l’avenir, commente Johanna Silberstein ».

    Dans le salon, par un jeu d’ombre et de lumière, Luce i Sombre de la luce fait valoir la double personnalité de cette femme qu’Albert Camus surnommait «mon Soleil». On lit, dans l’ameublement, ses aspirations solaires et son attirance pour l’ombre, comme en témoigne le crâne humain qui trône aux côtés de son Molière en cuivre doré, obtenu en 1989 pour son interprétation d’Hécube dans la pièce éponyme d’Euripide… Plus loin, cent-vingt roses noires célèbrent les cent-vingt rôles qu’elle joua… Et dans le bureau, une série de livres identiques, intitulés Alberto le monde et moi, renferme, entre leurs pages blanches, deux fragments de la correspondance amoureuse de l’écrivain et de la comédienne: Albert Camus signait ses lettres Alberto… Dernière étape de la visite : la bibliothèque rouge et noire, au seuil de laquelle on peut lire : « Let me find you in my dreams, you are the dead tree of my new life» (Laisse-moi te retrouver dans mes rêves, tu es l’arbre mort de ma vie nouvelle). Signe qu’auprès du fantôme de Maria Casarès, plane celui de l’écrivain… Cette œuvre sobre et inspirée de Joël Andrianomearisoa fait apparaître ces ombres errantes.

     

    Mais loin de la nostalgie, le projet artistique des directeurs, en fonction depuis 2017, se tourne vers l’avenir avec l’opération Jeunes Pousses (voir Le Théâtre du Blog). Outre le festival d’été qui allie créations théâtrales, patrimoine et gastronomie et a reçu cette année plus de 4.000 visiteurs, dont la moitié venus des alentours, ils veulent mettre  créer de nouvelles générations de créateurs. Dans la verdure, et au chant discret de la Charente, a lieu, avec un an de retard, la quatrième édition de Jeunes Pousses qui aurait dû se tenir en 2020. Les projets ont donc été choisis en 2019 par un jury de professionnels, avec l’aide de l’Office artistique de la Région Nouvelle  Aquitaine et des institutions publiques qui soutiennent cette pépinière de talents.
    Des metteurs en scène, sortis des écoles de théâtre il y a moins de cinq ans présentent, après un mois de résidence à la Maison Maria Casarès, un extrait de quarante minutes d’un spectacle. Cela permet aux équipes de tester leur travail en public et de susciter l’intérêt de nombreux programmateurs et professionnels régionaux comme nationaux venus pour une journée-marathon, avec débats. Cette année, avec quatre propositions, chacune à un stade de réalisation plus ou moins avancé…

    Dans la grange aménagée en théâtre et ouverte sur la nature, à la salle des fêtes de Confolens et à La Canopée de Ruffec, ces jeunes équipes, dont deux menées par des femmes, ont pu mettre à l’épreuve leurs projets, avec des moyens techniques simples mais suffisants. Mais il s’agit d’ébauches où une ligne se dessinera ou pas. Avec le risque de mesurer qu’elles sont prêtes ou pas, et qu’il leur faut peut-être laisser reposer les matériaux accumulés au fil des séances de travail. Mais les échanges avec un public attentif à ces propositions leur seront bénéfiques.

    Vert territoire Bleu de Gwendoline Soublain mise en scène par Marion Lévêque,

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    © Joseph Banderet

    Une dystopie inspirée à l’auteur par le désastre de Fukushima. Deux adolescents fuient une société totalitaire et se réfugient dans une zone interdite irradiée . Au sein d’une nature corrompue mais luxuriante, ils essayent de faire couple et société, dans la maison délabrée d’un vieillard immobile, « sans mots mais pas crevé ».

    Avec une langue lapidaire et rêche et des phrases à l’emporte-pièce souvent sans verbes ou coordinations, Lauriane Mitchell et Yoann Juneau incarnent N.  et K. avec talent, devant le mannequin momifié du vieil homme.

    Marion Lévêque a rencontré l’autrice à l’E.N.S.A.T.T. de Lyon et construit son projet -déjà bien avancé- avec la perspective de le créer au Théâtre des Clochards Célestes à Lyon, du 22 au 26 juin prochain, après une résidence au Globe Théâtre de Bordeaux.

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    © Joseph Banderet

     Eugen est une pièce de jeunesse de Tankred Dorst (1925-2017), écrite pour marionnettes à l’instar de cinq autres, également oubliées et inédites. Youn Leguern-Herry l’a découverte lors de ses études à l’Ecole Nationale Supérieure de Lyon et l’a traduite puis a rencontré le vieil auteur munichois peu avant sa mort. Il se souvenait à peine de ces saynètes…

    Dans ce drame à stations, un jeune homme, en quête d’un Humain, va rencontrer des personnages incongrus dont le cynisme n’aura pas raison de sa naïveté…  La mise en scène est  fondée sur le dédoublement du héros qui apparait parfois comme une silhouette de théâtre d’ombres derrière l’écran parfois à l’avant-scène, comme une grande marionnette habitée.  L’esthétique trop fruste de cette grande poupée portée tranche avec les figurines stylisées conçues par Antoine Rigaud qui s’animent devant des crayonnés naïfs. Devant ou derrière le castelet, la pièce doit encore trouver sa cohérence entre réalisme, burlesque et fantasmagorie. Pour l’heure, la metteuse en scène et ses comédiennes, Elise Rale et Rose Guillon, sont en recherche de résidence.

    Hervé Guibert d’après le roman A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie mise en scène d’Arnaud Vrech

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    © Joseph Banderet

    L’autofiction où Hervé Guibert raconte la mort de son ami philosophe, sa propre maladie et ses espoirs de traitement promis par un ami américain, a inspiré à Arnaud Vrech et ses comédiens, des partis-pris radicaux. Pour entrer dans le texte, Clément Durand, Cécile Steiner et Johann Weber ont inventé un jeu de rôles où chacun décline un : «J’ai un don», avant d’endosser un personnage du roman, marquant ainsi la lisière entre la fiction et sa fabrication.  » Ce qui nous attire, c’est la façon de l’auteur d’avoir joué sur les limites de la fiction sur sa propre vie.»

    Dans un non-décor,  quatre chaises banales évoquent une salle d’attente d’hôpital ou autres lieux neutres… Le montage respecte la chronologie de l’histoire, mêlant des scènes-flashs et de longs récits dont le centre est la figure d’Hervé Guibert. Trois moments clefs: la mort de Musil (Michel Foucault), l’intervention d’Isabelle Adjani démentant les rumeurs selon lesquelles elle aurait le sida et, enfin, les mensonges de Bill, personnage fictif : cet ami qui ne lui a pas sauvé la vie… Le parti-pris consiste ici à approcher le réel : quelques accessoires et des costumes endossés à vue soulignent la fabrication des personnages, tels qu’inventés par l’auteur à partir de sa propre réalité. Ce travail prometteur opère une distance ironique par rapport à cette histoire et la raccorde à notre actualité épidémiologique, tout en respectant l’esprit des années sida et l’écriture d’Hervé Guibert, aux longues phrases souvent tortueuses et complexes, sur un ton à la Thomas Bernhard…

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    © Joseph Banderet

    Les Nuits blanches de Fiodor Dostoïevski, mise en scène de Mathias Zakhar

    Nous avions rencontré ce jeune metteur en scène lors des Croquis de voyage proposés par l’Ecole du Nord en 2017 (voir Le Théâtre du blog): en un mois il avait descendu le Danube jusqu’au kilomètre zéro, son embouchure, et était revenu avec un remarquable solo.

    Une passion d’adolescent pour Dostoïevski et son envie de travailler avec Charlie Fabert et Anne Duverneuil, qu’il côtoie dans Le Nid de cendres de Simon Falguières (voir Le Théâtre du Blog), ont motivé son choix pour ce texte de jeunesse du romancier russe, traduit par André Markowicz. Une histoire d’amour et de désillusion à l’aune d’un imaginaire sombre et fantastique. Lui est un rêveur, Elle, une solitaire emprisonnée qui attend depuis un an le retour de celui qui la rendra libre. Ils se rencontrent au bord d’un canal et vont se donner rendez-vous chaque nuit, sur un banc, à la même heure….

    Dans cette nouvelle, écrite en 1848, vingt ans avant Crime et Châtiment, Dostoïevski ne veut pas encore céder à la douleur terrestre, même si nous reconnaissons son sourire froid dans ce narrateur qui se souvient de cette «nuit de conte» et rit de ses tourments sentimentaux. Ici, une douce mélancolie, teintée d’humour tendre, enveloppe un univers glauque de ponts, rues étroites et brumeuses. La réalité reprendra ses droits à l’aube du dernier songe. Mais, conclut le rêveur désillusionné: «Une pleine minute de béatitude ! N’est-ce pas assez pour toute une vie d’homme ? ».

    Dans un dispositif bifrontal: un banc mobile sur roulettes pour donner la sensation de mouvement et un écran où se projettent les rêves, lambeaux de vieux films en noir et blanc… Avec cette maquette, le metteur en scène nous présente la deuxième nuit : «J’ai décidé de vous connaître dans les moindres détails », dit la jeune fille mais l’homme n’a rien à raconter. Il ne sait que rêver… Il va s’éprendre d’elle comme d’une illusion… Ce projet, peu avancé, nous a laissé dans l’expectative, même si l’on ne doute pas de la qualité des comédiens et du metteur en scène… Il nous promet une plongée dans le cinéma, pour la dernière nuit que l’on pourra découvrir à la prochaine étape de travail, en résidence au Théâtre du Nord, à Lille, en novembre…

    Après quatre ans de ces Jeunes Pousses, Johanna Silberstein et Matthieu Roy ont réussi un pari: «A la Maison Maria Casarès, disaient-ils, nous ne voulons pas de créations collectives mais des metteurs en scène. » Face à la disparition de textes d’auteur au profit d’ «écritures de plateau», ils souhaitent remettre au centre le texte littéraire ou dramatique, comme ici avec des auteurs de théâtre : Tankred Dorst et Gwendoline Soublin et les adaptations des romans  d’Hervé Guibert et Fiodor Dostoïevski.
    Autre constat : selon les directeurs, un an ne suffit pas pour faire vivre un spectacle. Les jeunes pousses ont besoin d’une diffusion pour s’implanter dans la durée. Tous les brouillons présentés à la Maison Maria Casarès ont pourtant été finalisés et sept des compagnies reçues en 2017 et 2018, continuent leur route avec leur création et même, pour certaines, avec une nouvelle mise en scène… Quant aux spectacles de l’édition 2019, il faudra les suivre dans le contexte actuel …On a pu voir cependant, au festival d’été
    C.r.a.s. h. de Sophie Lewisch, dont avait été créée une ébauche aux Jeunes Pousses 2019. 
    Pour donner une meilleure visibilité à ces projets, il a été décidé, en accord avec l’O.A.R.A. qui soutient ce dispositif, que Jeunes Pousses deviendrait biennal avec un année consacrée à des maquettes et l’autre, à la présentation des spectacles finis…

    L’ O.A.R.A. a proposé dans le cadre de cette journée une performance, mise en scène par Laurent Hatat avec de jeunes artistes issus de plusieurs disciplines et en compagnie pour l’occasion. Ils ont ainsi interprété un texte tiré d’une étude sociologique intitulée REACT (Remettre l’Art au Cœur du Travail) sur les rapports entre les artistes et leurs interlocuteurs: personnels des théâtres, directeurs, programmateurs, producteurs, tutelles…

    Cette enquête s’appuie sur l’étude ergonomique des relations entre l’humain et son travail :conditions matérielles, charge de travail, rôle de la hiérarchie, rapports de pouvoir… L’autrice Louise Emö s’est emparée des paroles recueillies auprès des différents corps de métier pour faire ressortir la complexité des relations entre artistes et décideurs. Ce premier «rapport performé» reste à l’état de brouillon mais le public a pu reconnaître les postures évoquées avec humour par les interprètes. On constate ce que l’on sait déjà : la fragilité et les attentes des artistes. Jeunes Pousses, y répond à sa façon. A suivre…

     Mireille Davidovici

     Le 9 septembre, Maison Maria Casarès, Domaine de la Vergne, Alloue (Charente). T. : 05 45 31 81 22 et à la Canopée, Place du Jumelage, Ruffec, et à la Ferme Saint-Michel de Confolens, 7 place de la Chapelle de Foire, Saint-Michel de Confolens (Charente).

     

     

  • ‘Aladin Reibel

    La Chienne de ma vie de Claude Duneton, adaptation d’Aladin Reibel

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     Ne pas confondre : il s’agit bel et bien de Rita, la chienne d’enfance du narrateur. Rita, c’est la liberté de l’animal inapte à tout dressage comme ce petit garçon, indocile et joyeux, «Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ! Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ! ». Entre un père qui garde dans les yeux les morts de la «grande guerre» et une mère exaspérée dans la France paysanne au milieu du vingtième siècle où «tout est à bras et huile de coude » et où c’est quand même une «chienne de vie». Claude Duneton s’en souvient, comme la merveille qu’était l’eau courante, quand on a connu, au mieux, la pompe à bras ou au pire, les seaux à tirer du puits et la glace qu’il faut casser dans sa cuvette le matin pour se laver.

    Par la grâce d’un tournage qu’ils ont partagé, Aladin Reibel a rencontré l’auteur. Une vraie rencontre, d’écriture et d’amitié, presque de filiation. Calude Duneton est mort en 2012, à soixante-seize ans. Aurait-il pu faire mieux avec la vie dure où il a grandi ? En tout cas, l’ «alchimiste de la mélancolie» aura toujours su «transformer le plomb de sa tristesse, en or de la rigolade, muer sa détresse et sa neurasthénie en occasions de se boyauter, métamorphoser la dèche en traits d’esprits» écrivait Jean-Claude Raspiengas, dans La Croix, mars 2012). Produit – imprévisible- de la «méritocratie républicaine», Claude Duneton a saisi un destin hors du commun et une œuvre d’amoureux de la langue. Il ne faut pas oublier.

    Mise en scène très simple d’Élodie Chanut: table en bois avec toile cirée, rares meubles dépareillés, photos de famille. Aladin Reibel lui donne sa voix, pleine, précise et son allure qui commence à prendre des airs à la Jean Gabin. L’accordéon de Michel Glasko lui répond, d’une mélancolie plus contemporaine. Un beau moment, profond et drôle et une occasion de ne pas oublier ce pays rural et pauvre, qu’on ne reconnaît plus aujourd’hui derrière la P.A.C., les emprunts au Crédit Agricole et une terre aussi menteuse sous le poids des engrais chimiques, que celle du Maréchal Pétain qui prétendait lui, qu’elle ne mentait pas.

    Ici, la leçon d’histoire est vive, rapide, sensible, pleine d’un humour qui touche juste, puisque c’est Claude Duneton qui la donne et Aladin Reibel qui la dit. Pour ces soirées-là, le petit théâtre-cabaret qui les accueille, mérite bien son nom : Les Rendez-vous d’ailleurs.

    Christine Friedel

    Les Rendez-vous d’ailleurs, 109 rue des Haies, Paris (XX ème) les jeudis, vendredis et samedis jusqu’au 27 novembre.

    Claude Duneton: La Chienne de ma vie, éditions Buchet-Chastel, 2007. Et deuxième édition, revue et augmentée, de La Puce à l’oreille : anthologie des expressions populaires avec leur origine , Paris, Balland, 2001.