Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  •  »année prochaine

    Derniers cadeaux pour 2020 mais vous en aurez d’autres l’année prochaine…

    Pour le moment, plus de théâtres, cinémas, musées, cafés, restaurants… C’est tout un pan de la richesse à Paris et au-delà qui reste interdit. Restent, pour se consoler un peu, des lieux insolites, extérieurs ou pas, et le plus souvent accessibles gratuitement et classés, en plein centre de la capitale ou presque. Alors, pourquoi s’en priver mais pour certains comme les restaurants, il faudra attendre encore un peu pour voir leurs décors de plus près…

    Allez découvrir ces pépites bâties par de grands architectes, et/ou préservées par des conservateurs mais aussi pars des maires et des habitants soucieux de préserver ce fabuleux patrimoine… Il en existe une bonne centaine à Paris, miraculeusement intacts ou presque depuis un, voire deux ou trois siècles; en voici quelques-uns…

    La B.N.F.  rue de Richelieu

    ©x
    ©x

    En 1998, le gouvernement décida que les bibliothèques du futur Institut national d’histoire de l’art créé en 2001, l’Ecole nationale des Chartes mais aussi le Département des Arts du spectacle à la Bibliothèque Nationale, jusque-là installé à l’Arsenal, intégreraient dans cet espace, dit Labrouste du nom de son architecte: en 1861, il commença en effet la construction de l’imposante salle de travail qui sera inaugurée sept ans plus tard. Il s’inspira pour le plafond, des coupoles byzantines mais en utilisant au maximum -une belle réussite- les possibilités du fer et du verre, comme à la bibliothèque Sainte-Geneviève, pour que l’espace reçoive le maximum de lumière.

    C’est devenu un lieu très riche (sans jeu de mots!) où on célébra il y a quelques années les arts de la rue (voir Le Théâtre du Blog). En effet, le département des Arts du spectacle conserve la mémoire des expressions les plus diverses du théâtre mais aussi du cirque, danse, marionnettes, mime, cabaret, music-hall… Et du cinéma, de la télévision et de la radio. On y trouve tous les documents produits avant, pendant et après la représentation : manuscrits, correspondance, maquettes, éléments de décor, costumes, objets de scène, photographies, documents audiovisuels, affiches, dessins et estampes, programmes et coupures de presse… Et des livres et revues mais aussi de nombreuses archives et collections de personnalités comme de théâtres, festivals, compagnies. Le Département des Arts du spectacle possède aussi une antenne à la Maison Jean Vilar à Avignon. C’est un pôle de référence exceptionnel pour les chercheurs et les artistes…

    B.N.F. Département Arts du Spectacle, Rue de Richelieu, Paris (I er). Métro: Richelieu-Drouot ou Palais Royal.

    Le Bouillon Chartier  

    ©x
    ©x

    Un restaurant mythique classé aux monuments historiques et créé en 1896 par les frères  Frédéric et Camille Chartier, dans une salle à deux étages qui était auparavant un atelier de fabrication de cartouches et douilles construit en 1845. Connu dans le monde entier, notamment par les artistes américains, il a toujours gardé des prix très accessibles. D’une grande hauteur sous plafond, il est ouvert tous les jours de l’année jusqu’à minuit. Carte de cuisine traditionnelle française: pot-au-feu, harengs/pommes à l’huile, etc.

    Les garçons de salle sont habillés du traditionnel gilet noir à poche et du long tablier blanc. Au Bouillon Chartier, ont été tournées la scène finale de La Chose publique (2003) de Mathieu Amalric, certains moments de La Passante du Sans-Souci (1982) de Jacques Rouffio avec Romy Schneider et Michel Piccoli et Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004). Attention, il y a toujours une file d’attente sur le  trottoir…

    7 Rue du Faubourg Montmartre, Paris (IX ème).

    La brasserie Vagenende
    ©x
    ©x

    Située boulevard Saint-Germain près du  métro Odéon et qu’il y a un demi-siècle, les Sorbonnards pouvaient fréquenter, vu les prix assez doux. Ils le sont beaucoup moins, mais le menu est de qualité et le décor de toute beauté vaut le détour… En 1904, les frères Chartier reprirent une ancienne boutique et en firent un restaurant populaire mais au décor luxueux : piliers portemanteaux en bronze, miroirs biseautés, boiseries en arabesques de style « nouille », verrière peinte recouvrant une ancienne cour intérieure, faïences aux motifs de fruits et une trentaine de paysages sur verre de Pivain. Il y a un siècle son concurrent Rougeot reprit ce Bouillon Chartier, puis le vendit  à la famille Vagenende qui en conserva tout le décor… Mais en 1966, il faillit être racheté et démoli pour y construire à la place, un supermarché! Alerté à temps par la presse, André Malraux, alors ministre de la Culture sous de Gaulle, le fit classer. Et heureusement, Vagenende est toujours là! Merci Malraux…

    142 Boulevard Saint-Germain, Paris (VIème). T.: 01 43 26 68 18 La Cité florale

    De petites maisons individuelles construites à proximité du parc Montsouris entre les rues Lançon, Boussingault et Brillat-Savarin il y a un peu plus de cent ans sur un ancien pré régulièrement inondé par la Bièvre où on ne pouvait donc pas construire d’immeuble.

    ©x
    ©x

    A voir surtout au printemps et en été : les habitations très bien restaurées ont des murs couverts de glycines et de rosiers et il y a dans des bacs des géraniums et des lys un peu partout. Bref, un délicieux et paisible coin de campagne en plein Paris, et où le grand Patrice Chéreau habita quelque temps. Chacune des maisons possède souvent son propre petit jardin et les étroites voies pavées, heureusement sans stationnement possible, ont des noms de fleurs: rue des Iris, rue des Liserons, rue des Orchidées, rue des Volubilis, square des Mimosas…

    RER B Station :Cité Universitaire. Métro: Maison blanche ligne 7 Tramway T3; station Stade Charléty. Bus 21 :Amiral Mouchez-Charbonnel.

    La Bibliothèque Mazarine

    ©x
    ©x

    Située quai de Conti dans le VI ème, elle est un «grand établissement scientifique et littéraire», placée sous la tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche mais rattachée administrativement à l’Institut de France. Le fond, complété au fil du temps, est issu de la bibliothèque personnelle du cardinal Mazarin (1602-1661). D’une architecture baroque remarquable, elle est depuis plus de trois siècles, publique et ouverte à tous. Avec aujourd’hui environ 600.000 volumes, dont un tiers est un très riche fond ancien encyclopédique et un fond moderne spécialisé en histoire, notamment religieuse, littéraire et culturelle du Moyen Âge : du XII ème au XV èmesiècle,  et des XVI ème au XVII ème siècle. Mais il comprend aussi l’histoire du livre et l’histoire locale et régionale de la France.

    Visites guidées gratuites pour les particuliers et en fin de journée sous la conduite d’un conservateur.  Environ 1 h 30 et consacrées à l’histoire de la bibliothèque et de ses collections, à son architecture et à son décor… La grande galerie de la Bibliothèque Mazarine et les expositions se visitent librement aux heures d’ouverture au public. Scolaires et universitaires bienvenus à la Bibliothèque avec visites-découvertes…

    23 quai de Conti, Paris (VI ème). T.  : 01 44 41 44 06. Métro: Odéon et Saint-Michel.

    La Cour Damoye

    Cette cour remonte à 1780, quand M. Damoye l’investit sur les terrains d’un ancien égout. De nombreux cafés auvergnats et des boucheries existaient encore à la fin du XX ème siècle avant sa rénovation et maintenant dans ce passage, on trouve des ateliers, bureaux, commerces et galeries d’art.

    ©x
    ©x

    Tout près de la Bastille, le faubourg Saint-Antoine  conserve ainsi de nombreuses cours ou passages. Et celui-ci est un des nombreux endroits de Paris dont on garde la mémoire grâce au cinéma friand de pittoresque. Ainsi, avant qu’il ne soit rénové, Bertrand Tavernier y avait tourné La Fille de d’Artagnan sorti en 1994, un film inspiré par Les Trois Mousquetaires et Vingt après d’Alexandre Dumas avec Philippe Noiret, Claude Rich…

    Paris (XII ème) Métro Bastille. La Coupole des magasins du Printemps

    ©x
    ©x

    Le lieu qui préfigurait comme Le Bon Marché les grands espaces commerciaux d’aujourd’hui fut créé le 11 mai 1865 par Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos donc sous le Second Empire dans un quartier de Paris encore peu urbanisé mais promis à un grand développement car à proximité de la gare Saint-Lazare. Au au coin de la rue du Havre et du boulevard Haussmann. Architectes: Jules Sédille et Paul son fils.

    Puis verront le jour neuf ans plus tard quatre autres bâtiments desservis par des ascenseurs et en 1904, sera aussi créée une  grande coupole en verre aux  couleurs magnifiques éclairant un hall de 42 mètres de haut, comprenant aussi un escalier central à quatre révolutions d’inspiration Art Nouveau.

    Cette coupole fait l’admiration des étrangers dont de nombreux Japonais… Pourquoi pas vous? Vous n’êtes même pas obligé d’acheter un des nombreux produits de luxe qui ont remplacé ceux essentiels, comme dirait Macron, de ce magasin autrefois populaire et à bas prix, comme feu La Samaritaine.

    Paris (VIII ème) Métro:  Havre-Caumartin, Madeleine, Chaussée d’Antin.

    Le Musée des Arts Forains

    ©x
    ©x

    Là, l’entrée est payante 8 et 16 € mais bon, vous en aurez pour votre argent. Cela se situe dans les Pavillons de Bercy,  autrefois chais de vins construit par le Bourguignon Bercy sur des terrains offerts par Louis XIV pour se faire pardonner une bévue. A une messe, le roi avait envoyé les gardes faire s’agenouiller à une messe un homme très grand, le croyant debout.  A l’initiative de Jean-Paul Favand, metteur en scène du Patrimoine du spectacle et des Arts, le Forains, avec 11. 400 m2 est aussi orienté vers les nouvelles technologies et en 2009, il a été classé Entreprise du patrimoine vivant. C’est  la seule collection d’éléments d’art forain privée ouverte au public avec des expositions temporaires et  un site permanent: quatorze manèges, seize boutiques et attractions restaurés, dix-huit ensembles d’œuvres historiques, et plus de 500 œuvres indépendantes…

    Le musée des Arts forains, le théâtre du merveilleux, le Salon vénitien, le Magic Mirror et le Théâtre de verdure sont visitables toute l’année, avec la possibilité de tester manèges et attractions… Il y a notamment un jeu de lancer de boules qui actionne une course de garçons de café dans un décor serti de miroirs en biseaux (vers 1900). Et surtout une des attractions les plus prisées: un manège vélocipédique de 1897, restauré et utilisable par les visiteurs. Un des premiers à avoir procuré de fortes sensations de vitesse: il pouvait atteindre environ  soixante km/h à une époque où les vélos eux-mêmes étaient rares et réservés aux plus fortunés et où un cheval galopait à  30 km/h. Il transporte environ 300.000 personnes par an…

    Métro: Cour Saint-Emilion, ligne 14.

    Le Théâtre de l’Atelier

    ©x
    ©x

    Et pour la bonne bouche, comme disaient nos mamans? Un petit bijou qui gardé tout son charme, sur une place pavée, maintenant appelée place Charles Dullin, un peu esquintée parce plus tout à fait plane, à cause de la construction d’un parcs à voitures en-dessous… Inscrit aux Monuments historiques en 1965, il est avec l’Odéon, un des plus anciens théâtres parisiens.

    Avec quelque cinq cent places -pas très confortables mais la population a grandi en taille!- il n’a dû guère changer depuis qu’il a été inauguré il y a juste deux siècles sous le nom de théâtre Montmartre. L’un des premiers construits par Pierre-Jacques Seveste qui avait les privilèges d’exploitation de salles, dans ce qui était encore la banlieue de Paris,  comme le Théâtre Montparnasse, le Théâtre des Batignolles, le Théâtre de Belleville.. Au fil du temps, y furent programmés : comédie, vaudeville, drame, mélodrame, opérette… En 1913, il devint un cinéma: Le Montmartre qui ferma en 1922. Le comédien et metteur en scène Charles Dullin, ancien collaborateur de Jacques Copeau au Vieux-Colombier, le racheta et le nomma Théâtre de l’Atelier. Il le dirigea avec la volonté affirmée d’en faire un lieu d’excellence et  y fonda une école exigeante qui eut, entre autres élèves, Roger Blin, Madeleine Robinson, Alain Cuny, Roland Petit, Pierre Clémenti, Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho…  Il venait souvent au théâtre à cheval et il l’abritait dans la petite cour du théâtre. Il y mit en scène, le plus souvent avec des moyens très limités mais avec une grande rigueur, des auteurs de l’époque comme Marcel Achard, Jules Romains, Armand Salacrou mais aussi des classiques: Aristophane, Shakespeare, Ben Jonson, Calderon, Molière…

    Puis en 1940, Charles Dullin le confia à  son collaborateur André Barsacq qui le dirigea jusqu’en 1973 et qui y créa des pièces de Paul Claudel, Nicolas Gogol, Jean Anouilh, Félicien Marceau, Luigi Pirandello,  René de Obaldia… Après plusieurs directions, Marc Lesage, ancien directeur entre autres du Théâtre de Beauvais, des Célestins-Théâtre de Lyon, reprit la salle l’an passé.

    Paris (XVIII ème). Métro Pigalle.

    A suivre…

    Philippe du Vignal

     

     

     

     

           

  • Blue Jasmine et Soit dit en passant, une autobiographie de Woody Allen

    Blue Jasmine et Soit dit en passant, une autobiographie de Woody Allen

    ©x
    ©x

    Blue Jasmine, film réalisé en 2013, séduit d’abord par le charme irrésistible de Cate Blanchett. Cette femme délicieuse, troublante, attractive et remarquable actrice, nous attire follement dans son tourbillon. Jasmine est un personnage léger et virevoltant, mondaine vivant à Park Avenue dans le luxe et sans état d’âme, qui se venge de son mari après avoir découvert ses infidélités. Elle dénonce au fisc, en un simple coup de fil, cet homme d’affaires et escroc qui évoque Bernard Madoff et sa pyramide de Ponzi. Son mari se suicide en prison, laissant Jasmine sans le sou et couverte de dettes. La vengeance a entraîné la chute et la destruction de toute la famille.

    L’humour féroce de Woody Allen suit alors les tribulations de Jasmine qui se retrouve dans un tout autre monde, cherchant à trouver sa place dans l’appartement exigu de sa sœur Ginger, vendeuse dans un supermarché de San Francisco. De Park Avenue et des somptueuses demeures des Hampton où vivent les milliardaires de la finance, au monde de la « lower class, » on tombe du haut d’un gratte-ciel. Fort heureusement, l’humanité reste la même : crise de couple, mensonges et infidélités, désirs d’amour insatisfaits, lient tous les personnages dans une même tragi-comédie.

    Hurlements, colères, réconciliations, tout se retrouve sur la côte Ouest comme à New York et se répète à l’infini. Jasmine rumine ses échecs, parle toute seule, confondant les époques et supporte comme elle peut les humiliations qu’elle doit maintenant affronter. Comment retrouver son establishment et surtout un mari riche ad hoc? Son identité reste introuvable et son fonctionnement mental éclaté, dispersé, semble se refléter dans la construction du film qui alterne les scènes du présent et celles d’un passé qui ne passe pas en un rythme étourdissant. Le mensonge et le faux-self, sont pour Jasmine comme une seconde nature et vont bientôt, une nouvelle fois, la conduire à sa perte. Tout est faux, « fake », dans cet univers factice où elle a vécu jadis et où les amitiés disparaissent au moindre coup de sirocco. L’élégant diplomate qu’elle a rencontré, qui est prêt à l’épouser et à se ruiner pour elle, s’aperçoit au détour d’une rue qu’elle lui a menti sur toute la ligne, » all down the line », et la quitte sur le champ. Jasmine se retrouve seule et abandonnée, désespérée, enfermée dans ses mensonges, ses rêves et ses contradictions, errant et monologuant seule en tailleur Chanel défraîchi, dans les rues de San Francisco, semblant promise à la clochardisation…

     Une implacable descente aux enfers semble ainsi conduire Jasmine aux bords de la folie…  Le personnage évoque irrésistiblement Blanche du Bois du Tramway nommé désir de Tennessee Williams, œuvre-culte pour Woody Allen mais on se demande cependant si le cinéaste ne règle pas ici quelques comptes. N’existerait-il pas une correspondance intime avec une femme brillante, fascinante, également capable de tout détruire pour une affaire d’infidélité ? Mia Farrow, certes, n’a pas téléphoné au fisc pour se venger de l’infidélité d’un mari mais a inventé de toutes pièces une abominable histoire d’inceste et de pédophilie pour se venger de Woody Allen, père adoptif de ses enfants. Mia comme Cate ont également détruit leur famille. Soit dit en passant, l’autobiographie de Woody Allen, raconte les plans machiavéliques de la star pour l’assassiner publiquement.

    Qu’est-ce qui fascine tant Woody Allen dans ce personnage de Jasmine ? Est-ce le passage de la plus grande réussite matérielle à la soudaine pauvreté qui frappe son héroïne ou encore sa misère psychique qu’il cherche à décrire et à cerner ? Dans son autobiographie, Woody Allen raconte qu’il est lui-même passé d’un quartier très modeste de Brooklyn à la magnificence d’un appartement dominant Central Park dans le Upper East Side à New-York. Fils d’un ramasseur de balles et arnaqueur au billard, comme il aime à se décrire, il évoque les somptueuses soirées qu’il a donné à la Harkness House, avec Liza Minelli, Norman Mailer, Bob Fosse… Des soirées dignes de Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald ou de La Splendeur des Amberson d’Orson Welles. Il y rencontrera Mia Farrow…

    ©x
    ©x

    Le titre anglais de l’autobiographie de Woody Allen est en bilingue : A propos of nothing, que l’on peut comprendre aussi comme A propos de tout. Woody nous emmène dans la ronde frénétique de ses rencontres, des comédiens et cinéastes qu’il a connus, des femmes qu’il a aimées, de la cinquantaine de films qu’il a tournés, avec une langue alerte, pleine d’humour, truffée de mots yiddish qui émergent ça et là dans son livre. Woody Allen est né en 1935, il commença à seize ans à écrire des chroniques dans plusieurs journaux de Broadway, puis pour la radio, la télévision, le théâtre, le cinéma et deviendra ensuite humoriste puis réalisateur de cinéma. « Changer de nom s’accordait parfaitement à mes rêves de faire mon entrée dans le show business… Au fil des ans, nombreux sont ceux qui se sont demandé pourquoi je l’avais transformé en « Woody Allen ». Certains ont affirmé que c’était à cause du clarinettiste Woody Herman, mais je n’ai absolument jamais fait ce rapprochement. (…) En vérité, c’était totalement arbitraire. Je voulais garder quelque chose de mon nom original : Allen Konigsberg, donc j’ai conservé Allen comme patronyme. Et je choisis Woody à partir de rien. C’était court, ça allait bien avec Allen ». Changer de nom, changer de vie, changer d’époque, trouver une identité qui corresponde à l’ambition, reste un thème majeur de Blue Jasmine. 

     Côté femmes, la vie de Woody Allen est un long périple. Dans son autobiographie, il confesse sa vive excitation pour les filles, dès son plus jeune âge. « J’aimais les filles, en elles, tout me plaisait », écrit-il. Sa mère se plaint à ses professeurs. « Il passe son temps à flirter ». A dix-huit ans, il va consulter Peter Blos, célèbre spécialiste de l’adolescence qui l’envoie sur le divan quatre fois par semaine pendant huit ans. Woody Allen a passé de longues années en psychanalyse. « J’ai réussi à éviter soigneusement tout progrès notoire », raconte-t-il avec humour.

     

    ©x
    ©x

    Marié trop jeune à vingt ans avec Harlène, dix-sept ans, puis avec Louise Lasser qui souffrait de troubles mentaux et qui fut soignée en hôpital psychiatrique, ayant eu une longue liaison avec Judy Henske, atteinte de troubles maniaco-dépressifs, tombant sans cesse amoureux de filles « mechuganas », totalement dingues, « aussi instables que l’uranium », Woody rencontre Mia Farrow après de nombreuses tribulations.Il aurait dû, écrit-il, relever dès le départ bien des signes inquiétants. « Les signaux s’allumaient tous les trois mètres, mais la nature nous a fourni un mécanisme de déni, sans lequel nous ne pourrions traverser l’existence, comme l’ont expliqué Freud, Nietzsche et T.S. Eliot ». Peu de temps après leur rencontre, Mia Farrow lui propose de lui faire un enfant. Elle en a déjà sept, trois biologiques et quatre adoptés.

    « La promptitude de la proposition et l’irritation de Mia face à son refus aurait dû me faire deviner qu’il était face à un personnage plus complexe que la super-maman un peu fragile qu’elle semblait être », écrit Woody Allen qui semble ici fort prudent; s’est-il fait relire par ses avocats ? En fait, c’est une véritable Mégère, une Gorgone, qui va bientôt se déchaîner.

    Mia Farrow est décrite comme une mère maltraitante qui use et abuse de ses enfants biologiques ou adoptés. Certains ont été rendus après quelques jours passés chez elle, comme la loi l’y autorise, parce qu’ils ne lui convenaient pas ! « Les enfants ne s’achètent pourtant pas comme des jouets », écrit Woody. Le devenir de plusieurs de ces enfants sera tragique. Deux eux se suicideront. Une fille mourra du sida, sans que sa mère, lit-on, ne s’en préoccupe.

    Woody Allen apparait comme un mécène, un sponsor, dépensant des millions de dollars pour subvenir aux besoins de sa nouvelle et nombreuse famille. Quand naît leur fils Satchel, (aujourd’hui Ronan et dont Mia Farrow dira que son père biologique est en fait Frank Sinatra), Mia reprend les clés de son appartement et change soudain de comportement avec Woody Allen qui n’est plus persona grata chez elle. Ils n’ont jamais vécu ensemble et il traverse Central Park tous les matins pour se rendre dans l’Upper West Side où habite Mia Farrow pour voir ses enfants.

    ©x
    ©x

    Une tragédie alors se noue quand Woody Allen s’éprend de Soon-Yi, fille adoptive de Mia Farrow, qu’il connait et côtoie depuis de nombreuses années. Des photographies érotiques de la jeune femme sont découvertes par une femme de ménage qui les apporte à Mia Farrow. Acte manqué de Woody qui a laissé traîner ces photos sur une cheminée ? L’étourderie n’explique pas tout… Mia Farrow, blessée, considère qu’il lui a volé sa fille Soon-Yi et décide, pour se venger, de lui interdire la sienne, Dylan, cinq ans, fille adoptée et reconnue par lui. Mia l’accuse d’inceste envers sa fille Dylan. On sait que ce type de plainte apparait quelquefois au cours des divorces conflictuels et ruine les familles. La plainte de Mia Farrow donnera lieu à une longue instruction et fera exploser toute la famille. Suivront sept ans d’interrogatoires par la police, Allen passera au détecteur de mensonge, ses enfants seront examinés par de nombreux psychologues et pédopsychiatres ; il ne pourra les voir que lors de visites médiatisées ! Il engagera les meilleurs avocats, dépensera des millions de dollars pour obtenir gain de cause : deux jugements le blanchiront en effet complètement.

    Le lecteur français aura sans doute du mal à suivre et à comprendre le système judiciaire américain. Les juges sont ici décrits comme incroyablement partiaux, pouvant entretenir des relations personnelles avec les plaignants. Comment comprendre, en effet, que le juge Frank Maco puisse aller déjeuner avec Mia Farrow ou que le juge Wilk se rende lui-même coupable de harcèlement sexuel envers un prévenu ! On reste sidéré par la narration que Woody Allen peut faire de la justice américaine. Les éditions Skyhorse Publishing qui ont publié l’autobiographie de Woody, A propos of nothing, ont sans doute bien relu chaque ligne et engagés les meilleurs avocats ! On pense par ailleurs ici à l’acharnement du procureur Kenneth Starr envers Bill Clinton dans l’affaire Monika Levinski et aux poursuites encore actuelles de la justice américaine contre Roman Polanski dans l’affaire Samantha Gailey-Geimer.

    Malgré tous les faux témoignages et atermoiements, Woody Allen s’en sortira par un non-lieu. Le procès aura duré des années et des millions de dollars auront été dépensés en expertises et contre-expertises pédo-psychatriques, comme en frais d’avocat. L’affaire va-elle en rester là et la vie de Woody avec Soon-Yi va-t-elle être enfin tranquille ? Le couple vit depuis vingt-cinq ans ensemble à New-York et a adopté deux petites filles d’origine coréenne… Malgré tout l’humour du livre, la plongée dans Manhattan et les blagues yiddish, la suite n’a rien d’une comédie désopilante. Une nouvelle plainte va transformer la vie de Woody Allen en cauchemar. En février 2014, Dylan, trente ans, publie une lettre ouverte dans le New York Times où elle accuse son père Woody de l’avoir violée, enfant, dans un grenier.

     A l’ère Me-Too, l’accusation fait l’effet d’une bombe. Voilà Woody Allen « en nouveau Dreyfus ou en tueur en série » ! Malgré deux jugements qui l’ont innocenté et totalement blanchi, Woody Allen est aujourd’hui considéré aux Etats-Unis comme un prédateur pédophile. Si de nombreuses comédiennes comme Scarlett Johansson l’ont soutenu, si toutes les femmes de sa vie furent là pour l’épauler, Harlène, Diane Keaton, Louise, Stacey…, certaines actrices ont déclaré publiquement qu’elles regrettaient d’avoir joué dans ses films. Le New York Times, l’a éreinté choisissant de croire qu’il avait abusé de sa fille. Son dernier film Un Jour de pluie à New York n’a pas trouvé de distributeur dans son pays. Un nouveau maccarthysme sévit aujourd’hui aux États-Unis. Mia Farrow a-t-elle réussi sa vengeance, ou tout est-il pourri au royaume de l’Oncle Sam ? Restent l’humour imbattable de Woody Allen, ses blagues, son talent d’écrivain et surtout… ses cinquante-six films à voir et à revoir. 

    Jean-François Rabain

                                                                                                              


     

  • En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

    En avant comme avant : 2020 dans le rétro…

    ©x
    ©x

    L’année avait bien commencé avec Le Sacre du printemps, une version d’Isaac Galván, accompagné par la musique d’Igor Stravinski jouée dans son intégralité et sa réduction à quatre mains par les virtuoses Sylvie Courvoisier et Cory Smythe sur leur Steinway D grande queue à deux claviers.  Son respect pour le chef-d’œuvre qui, jadis, fit scandale, n’a pas empêché le Sévillan Isaac Galván d’introduire quelques touches d’humour, y compris dans la gestuelle. Nous l’avons vu, à plusieurs reprises, chuter brusquement pour se retrouver le postérieur sur le tapis de sol, façon «clown de Dieu».
    Pour rester dans le flamenco, Rocío Molina nous est revenue en forme olympienne, sinon olympique: elle a mis du liant dans ses routines de danse autrefois déglinguées. Au festival de Nîmes, elle a suivi pas à pas et note à note, les arpèges debussiens du mélancolique guitariste et compositeur espagnol Rafael Riqueni.

    ©x
    ©x

    Parmi les opus sacrifiés par la faculté de médecine, il y a eu cette année des spectacles dits vivants, ou se croyant tels. Et aussi Petites danseuses d’Anne-Claire Dolivet, un documentaire -la chose étant rare par les temps qui courent- certes mineur mais qui n’est jamais sorti. Même s’il a fait l’objet de quelques projections pour les critiques et la cinéphilie… Deux fillettes rêvant de devenir ballerines sont dirigées par une prof de danse qui fut «Mademoiselle âge tendre» au milieu des années soixante. On pense à Adolescence, le premier film de Marin Karmitz, coréalisé avec Vladimir Forcency, où Sonia Petrovna suit les cours de Lioubov Egorova, ex-étoile des Ballets russes. On pense aussi à ce feuilleton télévisé L’Âge heureux (1966) de Philippe Agostini et Odette Joyeux, la mère du regretté Claude Brasseur, qui bénéficiait des chorégraphies néoclassiques de Michel Descombey.

    ©x
    ©x

    Si l’on passe de l’image animée, à celle fixée par Gyula Halasz, plus connu sous le nom de Brassaï, nous avons pu dater cette photo que nous avions acquise en 1992 à Drouot, représentant une danseuse en tutu de 1935 et non 1938 comme indiqué dans le catalogue : l’étoile soviétique Marina Semenova, invitée par l’Opéra de Paris à danser Giselle avec Serge Lifar…

     Un entretien avec Raoul Sangla nous a permis de revenir sur le traitement de la danse et des variétés par la Télévision, au temps de l’O.R.T.F. Ce réalisateur, influencé par la distanciation -non celle du docteur Véran, actuel ministre de la Santé- mais celle de Bertolt Brecht, a capté dans des conditions étonnantes et acrobatiques, les récitals des chanteurs des années soixante. De Jacques Brel à Johny Hallyday, en passant par Charles Aznavour, Guy Béart, Claude Nougaro, Salvatore Adamo, Dalida, Serge Gainsbourg, Christophe, Michel Polnareff, Julien Clerc, Françoise Hardy, Brigitte Fontaine, Petula Clark, Sonny and Cher, Nancy Sinatra, The Kinks… Et Jimmy Hendrix, qu’il a enregistré en 1967 pour Discorama. Il fait mine de jouer du… piano et du violon en se livrant à un happening. On le voit aussi chanter pour Le Nouveau dimanche avec son groupe, The Jimi Hendrix Experience (Mitch Mitchell à la batterie et Noel Redding à la basse), dans une belle version de The Wind cries Mary. C’était à Balard, dans un chantier de démolition, parmi les marteaux-piqueurs…

    Cette année, nous avons aussi discuté au téléphone avec Marc’O, metteur en scène de théâtre et réalisateur de quatre-vingt douze ans qui invita le groupe lettriste d’Isidore Isou en 1950 au Tabou, un éphémère mais célèbre club de jazz et de danse fréquenté par Miles Davis, Sartre et Beauvoir, Montand et Signoret…. Marc’O produisit Traité de bave et d’éternité, un film d’Isidore Isou l’année suivante et publia deux revues d’avant-garde, Ion et Soulèvement de la jeunesse. Et Jean Cocteau présenta au festival de Cannes Closed Vision (1952), un film que Marc’O réalisa avec l’aide de Léon Wickman et du milliardaire américain Howard Hughes. «Il faudrait parler, disait-il, de retardataires et non de précurseurs, car un précurseur, tel que la routine l’entend, serait analogue à un homme qui se promènerait avec un parapluie ouvert la veille, et même l’avant-veille, d’un orage. »

     2020 aura permis de tester la censure, désormais robotique, de réseaux plus ou moins sociaux qui aurait voulu être exercée sur une photo de Body of Work, performance de Daniel Linehan au Potager du roi à Versailles (voir Le Théâtre du Blog) dans le cadre de Plastique danse flore. Avec volonté d’en interdire la publication -ou le soi-disant «partage»- par un système aveugle d’algorithmes ! La nudité choquerait-elle davantage les prudes directeurs de plateformes internet, que les propos scandaleux ou racistes ?

    Enfin, auraient mérité des nécrologies : Monet Robier, la fille de Rosella Hightower, une danseuse contemporaine et pédagogue de l’école cannoise, dont, à notre connaissance, aucun média, en dehors de Nice-Matin, n’aura rendu compte de la disparition…

    ©x
    ©x

    Et bien sûr aussi, Zizi Jeanmaire, danseuse classique puis néoclassique, immortalisée par le disque, la télévision et  le cinéma. Freddy Buache avait bien analysé son succès à l’écran : «Merveilleuse actrice autant que danseuse, elle possède une intelligence corporelle (Ah ! que ses épaules sont spirituelles) qui lui permet de jouer toute la gamme des attitudes. Aussi superbement gouailleuse que Mistinguett, délurée comme Arletty, elle peut subitement se transformer en petit animal apeuré. Elle chante et mime la croqueuse de diamants avec une aisance foudroyante: pétillante dans des froufrous emplumés, ravissante en robe de cocktail, émouvante en trench-coat. »

     Nicolas Villodre