Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène de Julie Duclos

Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène de Julie Duclos

C’était une reprise de la célèbre pièce et c’était la première fois que j’étais allé en 71 dans cette noble institution qu’est la Comédie-Française:  j’avais douze ans… Raymond Rouleau l’avait créée en 60 et il y eut une captation télévisée salle Richelieu en 72.  Je me souviens d’un décor en perspective qui me paraissait très sombre et presque effrayant, et du premier vers dit par Don Salluste : «Ruy Blas, fermez la porte, ouvrez cette fenêtre.» Je me souviens aussi de ces hautes fenêtres à petit carreaux, d’une cheminée et d’un sol aux carreaux en damier.
Je me souviens de l’arrivée flamboyante de Jean Piat jouant Don César de Bazan en costume ample. Tel Cyrano de Bergerac, il occupait somptueusement la scène. Je ne voyais que lui et son arrivée tonitruante au IV ème acte, par la cheminée m’avait ébloui…

Je me souviens de ce valet aimant la Reine en secret, emporté dans une intrigue fomentée par Don Salluste  qui veut se venger d’elle. Mais là, je ne comprenais rien et la trouvais très laide ! Et bien sûr, je ne pouvais deviner la portée de ce que disait ce simple laquais introduit à la cour par don Salluste, sous le nom de don César : « Vous n’êtes que le gant, et moi, je suis la main.” Mais il se révèlera être un Premier ministre respectable et intelligent.
Le rideau se lève sur une salle Richelieu rénovée  sur ce drame romantique en alexandrins fondée sur une une histoire d’amour et sur une autre: la lutte pour arriver au pouvoir. On voit dans la  préface  que les intentions de l’auteur sont claires:  » Le sujet philosophique de Ruy Blas, c’est le peuple aspirant aux régions élevées; le sujet humain, c’est un homme qui aime une femme; le sujet dramatique, c’est un maquais qui aime une reine. »

 

© Christophe Raynaud de Lage coll. La Comédie Française

Pour Julie Duclos, «C’est une langue du côté de l’action et proche d’un langage parlé.” Et cela donne une modernité exceptionnelle à la pièce. Et, quand à l’acte III, Ruy Blas lance: «O ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison!”, les célèbres vers prennent une affreuse tonalité dans le marasme que connaît la France actuellement. Plutôt qu’aller écouter Céline Dion, Emmanuel Macron, Président de la République, aurait mieux fait d’aller voir Ruy Blas, salle Richelieu… Remarque aussi valable pour les prétendants à l’Elysée, tous, ou presque, s’ils sont élus, futurs fossoyeurs de l’Etat français.

© Ch. Ryanud de Lage-Coll. La Comédie Française

Stéphane Varupenne, parfait en Ruy Blas, a été, à la fin de la célèbre tirade, généreusement applaudi. Morgane Real, en amoureuse de Ruy Blas, est aussi parfaite, et bouleversante dans sa fragilité: «Je suis Reine, autrefois j’étais libre.”
Et Thierry Hancisse (Don Salluste) incarne à la perfection, rancœur et vengeance: «Dieu s’est fait homme : soit, le diable s’est fait femme.” Sébastien Pouderoux, lui, fait de Don César, un personnage presque beckettien mais peine à faire oublier Jean Piat. Les autres interprètes sont en adéquation totale avec cette mise en scène vive et intelligente. Allez voir ce Ruy Blas, il reste parfois quelques places à la dernière minute…

Jean Couturier

Jusqu’au 27 janvier (en alternance), Comédie-Française, salle Richelieu, 1 place Colette, Paris (I er). T. : 01 44 58 15 15.


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