Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • ‘Angélique Clairand et Éric Massé

    La Faute de François Hien, mise en scène d’Angélique Clairand et Éric Massé

    L’auteur a écrit plusieurs pièces dont celle-ci, pour des compagnies à Lyon et dans sa région. Avec L’Harmonie Communale, il a créé le plus souvent dans une mise en scène collective: La Crèche-Mécanique d’un conflit au Théâtre de l’Elysée en 2019, Olivier Masson doit-il mourir?  et au Théâtre des Célestins, l’an dernier, La Peur.   Et  ne 2021, dans ce même lieu:  La Honte… ​Avec le Collectif X, il mène de 2017 à 2019 une résidence artistique dans le quartier de la Duchère dont il tire L’Affaire Correra, recréée au T.N.P. cette année. En collaboration avec l’Opéra de Lyon, le collectif X et l’Harmonie communale, il travaille actuellement sur Echos de la Fabrique, une grande fresque historique autour de la révolte des Canuts, qui sera interprétée par une centaine de comédiens amateurs, encadrés par des professionnels l’an prochain au Théâtre de la Renaissance. Avec Jérôme Cochet, il coécrit Mort d’une montagne, un spectacle qui sera créé au Théâtre du Point du Jour.

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    La Faute ? Une affaire de moments successifs avec, en amont, le modeste rêve d’une maison «pieds dans l’eau » !, dans cette station balnéaire de Vendée peu connue, mais au nom terriblement ironique: La Faute-sur-mer dotée d’une longue plage de sable blanc. Ensuite, inattendue, monstrueuse: la catastrophe! La tempête Xynthia submerge tout un nouveau quartier, dit «le petit paradis», construit à 1,50 m en-dessous du niveau de la mer!!! Bilan : vingt-neuf morts, prisonniers de leur maison sans étage inondée, de style «vendéen» mais surtout de style: pas cher et vite fait/mal fait. Viendra le temps des deuils, accusations et procès à l’issue insatisfaisante. Et de l’oubli: les dernière bâtiments sinistrés ont été rasées. Aujourd’hui, la municipalité a le projet de faire construire un «skate-park» dans cette cuvette…

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    © Jean-Louis  Fernadez

     

    À qui la faute? Qui a déclaré ces terrains: constructibles? Accointances maffieuses entre le maire et les promoteurs: pourquoi tant de hâte à faire signer des actes d’achat, avant même la parution d’un texte législatif anti-submersion ? Allait-on se laisser faire par un «Paris» imposant des mesures de précaution, avec à la clé, des tracasseries administratives?  Mais on criera moins contre l’État quand il indemnisera, et au prix fort, les sinistrés… Et encore, où est allé exactement cet argent ?

    François Hien a été documentariste et a étudié cette histoire tragique pour écrire mais sans pathos cette pièce. Les informations données, terribles, se suffisent à elles-mêmes. Ici, un couple de lanceurs d’alerte crie dans le désert, même s’il a, bien sûr, des arguments scientifiques. Après cette catastrophe, ils ont constitué, avec les survivants, l’A.V.I.F., une association des victimes . «Portrait de groupe », dit l’auteur: autour du couple, un homme refusant de quitter sa maison construite de ses propres mains, une mère qui a sauvé ses filles, un autre homme qui a perdu sa femme et deux de ses enfants… Amertume : vous voulez savoir qui pleure ? Ceux qui ont perdu des biens matériels. Ceux qui ont perdu un ou plusieurs proches, eux, ne pleurent pas. »Ici, les personnages sont incarnés de différente manière : les lanceurs d’alerte, les membres de l’association sont joués par les mêmes acteurs et actrices mais les témoins au procès, l’avocate… échangent leurs rôles d’un geste : mettre une autre veste, serrer ses cheveux en chignon , etc. Et sans nuire une seconde au rythme de la pièce. Ici, un couple de lanceurs d’alerte crie dans le désert, même s’il a, bien sûr, des arguments scientifiques. Après cette catastrophe, ils ont constitué, avec les survivants, l’A.V.I.F., une association des victimes . «Portrait de groupe », dit l’auteur: autour du couple, un homme refusant de quitter sa maison construite de ses propres mains, une mère qui a sauvé ses filles, un autre homme qui a perdu sa femme et deux de ses enfants… Amertume : vous voulez savoir qui pleure ? Ceux qui ont perdu des biens matériels. Ceux qui ont perdu un ou plusieurs proches, eux, ne pleurent pas. »

    Mise en scène et comédiens excellents: cela va du théâtre naturaliste, au théâtre-récit, avec adresses au public, discours… Et l’on redécouvre ici que la rhétorique est un art. Le personnages du maire relève encore d’un autre style, presque guignolesque celui-là (on est à Lyon) : garçons et filles jouent tour à tout le rôle de cet élu, munis d’une simple béquille comme signe suffisant d’une gestion municipale boiteuse… Scénographie remarquable signée Jane Joyet, dans l’esprit de l’écriture et de la réalisation: elle dit tout ce qui est nécessaire mais rien de trop. Vers la fin, la projection sur le décor des maisons, elles-mêmes aussi fragiles qu’un décor, sous un ciel redevenu bleu, renvoie de façon impressionnante à ce que nous avions jusque là perçu et imaginé.

    François Hiene nous donne ouvertement à réfléchir. Dans quel monde vivons-nous pour choisir le rêve -la mer- malgré un danger réel (réchauffement climatique et donc, montée des océans)? Combien de temps  durent l’empathie et la compassion envers les victimes? Nous pensons, bien sûr, aux attentats de 2.015 et aux traumatismes, au sentiment de culpabilité des survivants : « Je n’ai pas su le ou la protéger»… Et la peur du danger? Et l’oubli du danger? L’auteur lui-même le dit clairement : «La Faute essaye de se faire l’écho d’une époque, à la fois désinvolte et angoissée par sa propre fin ; jouisseuse et dévorée d’angoisse, une époque où le confort et la menace coexistent.». Après la première, l’auteur suggéré quelques coupes, traquant dans son texte des passages trop explicatifs pour être dramatiques. Il a raison mais le spectacle est déjà là, riche et clair, avec même des moments d’humour. Et le public, jeune, l’a bien reçu.

    Christine Friedel

    Théâtre du Point du Jour, 7 rue des Aqueducs, Lyon (V ème), jusqu’au 11 octobre.

    Théâtre des Célestins, Lyon, du 17 novembre au 5 décembre.

    La Révolte des canuts, échos de la fabrique sera créée les 24 et 25 juin, au Théâtre des Célestins, Lyon.

     

     

  • Circus next label de cirque européen Ice Skates and other cruelties, création et interprétation de Camille Paycha

    Circusnext label de cirque européen

    Ice Skates and other cruelties, création et interprétation de Camille Paycha

     Essayons d’y voir plus clair à travers le verre, puisque verre ici, il y a, quant à ce travail cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. Quand on se réfère à la note d’intention de cette jeune artiste qui a en été…une des lauréates: «Une chorégraphie pour corps humain et verre pose les questions suivantes: comment être un et deux à la fois? En d’autres termes, comment échapper à la pensée binaire? Comment un matériau peut-il étendre la portée que la conscience humaine a de son environnement? Comment survivre sous les monceaux de diktats qui nous recouvrent ? Les révéler nous permet-il de les annihiler ? »

    Et la suite de ce petit manifeste est encore plus remarquable:  Dans Ice skates and other cruelties, vous verrez la douceur du mouvement et le tranchant du verre. Vous pourrez peut-être aussi voir le tranchant du mouvement et la douceur du verre. Dans le meilleur des cas, un corps sculpté tranchera le verre. Nous éviterons que le verre sculpté ne tranche le corps. » Ah! Ah! Ah ! C’est pas du beau langage, avec de vagues teintes philosophiques?  Et pas du tout prétentieux…

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    Les plaques de verre, cela remonte bien au I er siècle après J.C. et dans la bijouterie et l’art classique ( la Galerie des Glaces à Versailles) ou dans l’art moderne et contemporain, ce n’est pas nouveau… Déjà Marcel Duchamp avait créé son Grand verre il y a déjà plus d’un siècle et malin, n’en avait pas renié les fractures quand il avait été cassé en tombant. Plus récemment, Claudio Parmiggiani avait créé un beau labyrinthe en verre dont visiblement, mais sans le dire, Camille Paycha s’est inspirée… Et côté performance, Gina Pane avait aussi utilisé le verre.

    Cettte création a pour cadre une patinoire carrée au sol en matière synthétique, fermée par de hautes parois en verre. La jeune acrobate, munie d’un masque en plastique et de gants spéciaux pour manipuler le verre commence par y évoluer plusieurs minutes dans le noir autour d’un cube de verre cassé d’une cinquantaine de cms… Puis elle va y monter en équilibre instable et, à coups de patins, le défoncera et l’éparpillera sur le sol de cette cage de verre pendant un bon moment. Puis fatiguée par cet admirable exploit, elle s’allongera sur le sol. Une autre jeune femme passera derrière la cloison en silence. Clip de fin.

    Et vous n’en croirez pas vos oreilles : «Elle trace les contours d’un paysage en perpétuelle transformation où le cruel rejoint le poétique et le beau révèle toute sa violence. Derrière les épaisseurs de verre, Camille Paycha veut susciter notre imagination en créant l’espace de façon littérale comme figurative. » ( sic) Etonnant, non ? Et pour arriver à ce sommet de la performance, elle est entourée de toute une équipe! Si , si, si puisqu’on vous le dit : une assistante de création, un conseiller pour la recherche en matériau, un regard extérieur, un scénographe et créateur lumière. Mais aussi un conseiller lumières et une conseillère artistique. Cela fait quand même beaucoup de monde pour une chose aussi… insignifiante!

    Le public -très silencieux et attentif- a tout de même applaudi, enfin pas tout le monde…. Reste à savoir comment et pourquoi le jury de Circus next  a pu choisir cette «performance». Il y a des mystères impénétrables dans l’art contemporain et Morgan Labar a récemment et avec clairvoyance, soutenu une thèse: La Gloire de la bêtise: régression et superficialité dans les arts depuis la fin des années 1960… Que sauver de ce naufrage? Au moins, la belle silhouette de cette acrobate de vingt-neuf ans patinant en pantalon blanc et qui a un collier en petites plaques de verre… mais c’est tout ! Bref, la proposition de Camille Paycha qui «tente de créer un espace sans hiérarchie ni bi-narité» fait carrément flop. Et on se demande bien quelle Scène Nationale ou musée en France aurait envie de programmer cette chose-là… Ce serait une performance au sens le plus strict du terme.

      
     

    Pli, conception et interprétation d’Inbal Ben Haim

    Là, avec ces deux extraits d’un spectacle ponctués d’une courte pause, le public voit tout de suite qu’il entre dans la cour des grands avec, cette fois, une vraie pensée et une impeccable réalisation. Cela flirte avec la danse, l’acrobatie mais aussi la sculpture. Avec un trio de créateurs qui réussit à organiser un matériau pas inconnu de l’art (les origami japonais remontent aux premiers siècle de notre ère) mais aussi contemporain: déjà le grand Joseph Albers enseigna l’origami et le pliage du papier, il y a un siècle… Il y eut aussi l’utilisation du papier et du carton chez de nombreux artistes dans les années soixante-dix avec, le Mouvement français des plieurs de papier. Bernard Lagneau lui, utilisa le papier kraft mais surtout le carton ondulé pour ses constructions en mouvement. Stephen Stum et Jason Hallman, eux, créent des motifs en roulant et collant de longues bandes de papier. Le sculpteur yorkais Nick Georgiou imagine des personnages à partir de papiers, journaux ramassés dans la rue et cousus ensemble. Et Calvin Nicholls réalise des sculptures d’animaux, lui aussi avec de vieux papiers blancs, découpés en fins morceaux ou lamelles

    Ici Alexis Mérats et la scénographe Domitille Martin ont recours eux aussi à un papier tout neuf ; essentiellement du kraft: de gros rouleaux sont posés sur le plateau ou suspendus aux cintres. Tout commence par l’installation lente et précise de bandes de papier déroulées sur le grand plateau. Puis débutera la confection avec ce matériau inédit, d’un gros fil torsadé qui deviendra l’instrument et le support d’acrobaties aériennes. Et sans appréhension, Inbal Ben Haim monte sur ce fil fait d’un matériau si fragile devenu comme par miracle d’une remarquable solidité. Arrivée en haut sous les cintres, elle déchire toutes les bandes flottant autour d’elle. Il y a quand même par prudence, un gros matelas en dessous où elle chutera volontairement pour se retrouver enfouie sous une montagne de bandes de papier froissé Impressionnant de grâce et de virtuosité…  » Chaque action, dit-elle, laisse une marque, une pliure, une inclinaison nouvelle dans la matière. Le pli devient une écriture, qui construit l’histoire de ce dialogue entre corps et papier. »

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    Ici, aucun trucage bien entendu mais une remarquable maîtrise de la conception de l’œuvre elle-même  et de l’acrobatie. Et autres dimensions artistiques: la musique de ce papier froissé mais aussi les étonnantes sculpture finales: la première,  avec Inbal Ben Haim suspendue au-dessus de trois grandes bandes de papier tenues horizontalement par Alexis Mérat et Domitille Martin. L’acrobate  descendra au sol en les trouant. Une image de toute beauté. Avec des gestes sûrs, ils ramassent calmement sur le plateau le grand tapis, lui aussi en papier épais et y emballent toutes les bandes restantes pour en faire une sorte d’énorme sac posé en fond de scène. Remarquable sculpture et plus étonnante que l’officiel et assez convenu emballage de l’Arc de Triomphe par Christo.
    Et ces extraits, présentés en une heure et à un très bon rythme, sont déjà un spectacle en lui-même. Ils possèdent une unité, une  force et une beauté exceptionnelles. Donc, prière instante à leurs auteurs de ne rien toucher, de ne surtout pas l’allonger mais juste de supprimer la courte pause. Et s’il passe près de chez vous, n’hésitez pas Seul bémol d’ordre écologique: aucune indication dans le programme d’un recyclage de tous ces kilos de papier utilisés à chaque fois…

    Philippe du Vignal

    Les six spectacles sélectionnés par le Next Circus ont été présentés au Théâtre de la Cité Internationale,11 Boulevard Jourdan, Paris (XIV ème) le 30 septembre, les 1 er et 2 octobre.

    La création de Pli aura lieu le 10 novembre aux SUBS, Lyon ( Rhône) jusqu’au 20 novembre. Les 25 et 26 novembre,  Cirque-Théâtre d’Elbeuf.
    Le 11 décembre, exposition et présentation de Pli, Festival de danse à Cannes  (Alpes-Martimes)
    Les 7 et 8 janvier, C.D.N. d’Orléans ( Loiret). Les 28 et 29 janvier, Théâtre Municipal de Grenoble (Isère), en partenariat avec la MC2 et le CCN2
    Les 3, 4, 6 février, Académie Fratellini, Saint-Denis ( Seine-Saint-Denis).
    Le 4 mars, Les Quinconces -Théâtre de Vals-les-Bains (Ardèche). Le 8 mars, Le Sablier, Ifs (Calvados) , dans le cadre de Spring Festival. Les 11 et 12 mars, Théâtre de la Cité Internationale, Paris (XIV ème). Le 15 mars, Le Trident, Scène Nationale de Cherbourg (Manche), dans le cadre de Spring Festival. Le 25 mars, Théâtre de Rungis (Val-de-Marne).
    Et le 5 avril, Le Tangram,-Scène Nationale d’Evreux ( Eure).

     

     

     

  • Salut à Jean-Pierre Vincent, au Théâtre National de Strasbourg

    Salut à Jean-Pierre Vincent, au Théâtre National de Strasbourg

    © France Culture
    © France Culture

    Ils ont bien dit :  salut et non hommage, tous ceux qui ont contribué à bâtir cette soirée : son fils Thomas Vincent, cinéaste, Stanislas Nordey, son fils de théâtre, que J. P.V. avait associé à la direction des Amandiers à Nanterre, et plus tard son successeur à la tête du T.N.S. Ce sigle, cette abréviation pressée, il l’avait voulue, ce qui est paradoxal pour un homme qui s’engageait dans toute la globalité du Théâtre et qui envisageait le concept de Nation (voir le diptyque Vichy-Fictions, de Bernard Chartreux et Michel Deutsch) en républicain critique. Et le lieu –Strasbourg et son histoire- et le territoire lui importaient comme ancrage et source de sa pensée, de son travail.

    Il y eut des remerciements, de Jack Lang, avec qui il avait travaillé à leurs tout débuts, de ceux qu’il a aidés, de Catherine Anne, autrice, actrice et metteuse en scène, de certains comédiens du Français (les autres n’avaient pas avalé la fonction de la dramaturgie qu’ils préconisait). J.P.V. n’y a sans doute pas passé les meilleurs moments de sa vie,… Il y eut aussi les remerciements de ses élèves et on projeta des extraits d’entretiens avec Dominique Darzacq, Olivier Neveu, etc. Hélène Bensoussan et Frédéric Vossier se sont plongés dans ces archives filmées où éclate la vivacité inimitable de J.P.V. à prendre la question comme tremplin et, parfois, à retourner la flèche.

    On évoqua des compagnonnages : Michèle Foucher présente (comme Hélène Vincent) dès le théâtre universitaire avec Patrice Chéreau et les piliers de ce qui deviendra le Théâtre de l’Espérance (la compagnie Vincent-Jourdheuil). Comédienne, elle fut la Maheude dans Germinal, projet sur un roman, spectacle inaugural qui fit date et scandale, au temps de cette révolution active entreprise sous la direction de J.P.V. L’actrice sut revendiquer sa place créatrice (La Table, En souffrance ) dans une équipe quand même très masculine à l’époque…

    C’était le temps du collectif, de l’ensemble » où chaque membre devait assumer une égale responsabilité, y compris en participant à des réunions à 10h du matin les lendemains de représentation. Cela n’a rien d’anecdotique mais est le sens même de notre présence à ce « salut ». Pourquoi J.P.V. au T.N.S. où les neuf années de 1975 à 1983 qu’il y passa , ont-elles tant marqué ? Il y a inventé un rapport unique à l’institution . .. Mettre l’artistique au centre ? Tout le monde le fait, on l’espère. Mais c’était pour lui une réalité pensée. Jouer, c’est prendre en compte la fabrication du théâtre, les autres métiers que celui du jeu, les conditions de production et représentations, le public, la situation politique de la ville… Du réel. Avoir conscience de tout cela n’est pas un frein, au contraire, mais un enrichissement comme on parle d’uranium enrichi, une puissance. ..Avec sa bande de philosophes, peintres, dramaturges tous ces mots pourraient être épicènes mais le masculin l’emportait quand même, en ce temps-là…), J.P.V. a contaminé le théâtre en France, malgré les résistances et l’oubli. Mais ses élèves sont là, pour continuer.

    Parmi les saluts qui nous ont le plus touché : celui de Bernard Chartreux, « associé-de-longue date », « poil à gratter » discret et constant de Jean-Pierre Vincent, jusqu’au bout, à Nanterre, dans la cour d’honneur d’Avignon, pour cette Antigone qui n’aura pu avoir lieu… Michel Deustch, lui aussi, un de ceux qui peuvent parler au présent de sa méthode de travail et du jeu constructif des contradictions, sans se priver de l’émotion du moment. « Je veux travailler avec des gens que je ne comprends pas », disait J.PV. Pour que ça bouge, que ça s’ouvre. Ça : sa propre pensée de directeur, montrant une direction mais aussi les bifurcations et chemins de traverse qu’apportent les autres. Il attendait des personnalités, comme il le demandait aux élèves de l’ÉCOLE, en majuscules : ce soir là, pour le public, il n’en existait qu’une, bien que J.P.V. ait enseigné dans plusieurs autrs grandes écoles de théâtre. Ceux qui ont joué la trilogie d’Eschyle au festival d’Avignon 2019 nous le rappellent. Salut à ceux qu’il avait déjà choisis pour son Antigone.

    Stanislas Nordey, directeur et successeur après d’autres directions (mais le sujet n’est pas l’histoire du Théâtre National de Strasbourg mais J.P.V. ici), a endossé la fonction modeste de porte-parole, pour ceux qui n’avaient pas pu venir, pour le public. Une des remarques les plus touchantes d’un spectateur : « Les spectacles de Jean-Pierre Vincent qui m’ont le plus marqué : Baal, Week-End à Yaïk, Kafka Hôtel moderne… » Mais tous mis en scène par André Engel. Pourtant bien aussi de J.P.V., directeur ouvert au travail d’autres metteurs en scène et dont son propre travail avait besoin. Il lui fallait cette contradiction dialectique, esthétique et politique: le théâtre est en effet allé voir ailleurs, dans les haras de Strasbourg, dans les entrepôts devenus le Yaïk de Pougatchev. Et il a travaillé avec des peintres comme Nicky Rieti, Jean-Paul Chambas… Cela change quoi, un peintre par rapport à un scénographe? Cela creuse une nouvelle contradiction, dans la mesure où le peintre pense en artiste, en faisant se heurter un art à un autre.

     Nous fêtons ce soir une rencontre unique entre un directeur et son théâtre, une analyse politique en action. À pas mal d’entre nous, cette soirée a donné un coup de « temps retrouvé » sur la tête : nous sommes là, peu changés mais les cheveux poudrés de blanc, avec un masque de rides, mais bien nous, quelques décennies plus tard. « Nous nous sommes tant aimés », bagarrés aussi, et mal compris. C’est vrai aussi pour les générations d’élèves que J.P.V. a formées. Et nous ne savons plus, si nous parlons de nos souvenirs, ou bien de cette soirée amicale, drôle parfois, sous le rire puissant et l’intelligence rayonnante de Jean-Pierre.

    Au T.N.S., la grande salle porte le nom du dramaturge Bernard-Marie Koltès, la petite celui d’Hubert Gignoux, directeur de 1857 à 1971 et qui fut un des piliers de la décentralisation théâtrale. À côté de la salle Klaus-Michael Grüber dans le bâtiment annexe, le Studio porte maintenant le nom de Jean-Pierre Vincent. Le voilà en bonne compagnie dans un lieu modeste ; aussi consacré au travail. C’est bien.

    Christine Friedel

    Ce Salut à Jean-Pierre Vincent, a eu lieu le 25 septembre au Théâtre National de Strasbourg (Bas-Rhin).