Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • L’Urgence des alliances (suite): Culture et Economie

    L’Urgence des alliances (suite): Culture et Economie


    Le Théâtre de la Ville  et Télérama poursuivent la tenue de tables rondes pour imaginer la Culture post-coronavirus et la faire rayonner à nouveau (voir Le Théâtre du Blog).  Yasmine Youssi, rédactrice en chef des pages Culture du magazine, anime cette rencontre, consacrée à l’épineuse et récurrente question économique. Chaque matin, sont examinées les conséquences de la pandémie, telles que les voit chacun des invités et chaque après midi, des propositions concrètes de leur part.

     Pour Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture de 2002 à 2004 qui avait fait voter une loi sur le mécénat « nous avons tous été atteints par un rétrécissement de l’horizon de nos existences. L’offre culturelle s’est effondrée mais ce fut une période d’intense réflexion».  Ancien directeur du Centre Georges Pompidou, il conseille actuellement François Pinault pour la création de ses musées et revient sur « la responsabilité de la puissance publique qui doit « tout faire pour ne pas laisser crever la Culture » et souligne que nous sommes dans une période « d’interrogation féconde ». «Vive la crise, dit  Françoise Benhamou, économiste des médias et de la Culture qui voit dans cette dernière « un aiguillon pour l’économie française, et dans le statut de l’intermittence, un modèle de salariat du futur. Pourtant, les tendances de ces dernières décennies : globalisation et montée de l’événementiel par la “festivalisation“, ont été mises à mal  et seul le numérique tire son épingle du jeu « pour le meilleur et pour le pire » : cela a permis, dit-elle, une incroyable créativité mais ne dégage pas de revenus pour les artistes.

    Laurence Equilbey Photo X
    Laurence Equilbey
    Photo X

     Laurence Equilbey, l’une des (trop) rares cheffes d’orchestre à avoir une stature internationale, est associée à La Seine Musicale de Bologne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et à La Philarmonie de Paris. Elle voit l’opportunité d’ancrer davantage la musique dans le territoire  et pense que les tournées incessantes, devraient être « plus mesurées », vu la crise climatique et que « théâtre et musique ont besoin du vivant, devant du vivant.  « Le numérique ne peut les remplacer et remettons l’artistique et la transmission au cœur des structures culturelles. » Alors qu’en musique classique, les programmes sont bouclés trois, voire quatre ans à l’avance, elle voudrait plus de place pour l’inattendu…

     Un constat général : cette crise nous oblige à repenser globalement l’économie de la Culture. Jean-Jacques Aillagon voudrait que soit mis en place un nouveau pacte : « Il faut y mettre les moyens ! »  Et Daniel Cohen rappelle, en vidéo, que selon la loi de William Baumol, économiste américain (1922- 2017) les gains de productivité dans le domaine de la scène sont quasi inexistants et  que le facteur travail reste incompressible. Contrairement à l’industrie culturelle, en effet plus on exploite une pièce, une chorégraphie, etc. plus cela coûte cher. Il faut donc aider le spectacle vivant qui pendant la crise, est apparu « comme une composante indispensable de notre vie ».

     Et pour Mireille Bruyère, maître de conférences en économie à l’Université de Toulouse II et membre de l’association des Économistes atterrés : «Dans notre société productiviste, on a l’impression que la Culture est malade. Il ne s’agit pas de la faire entrer dans un modèle productiviste qui est une impasse écologique et démocratique. La trop grande rationalisation du travail de l’artiste comporte un risque de standardisation. La Culture pourrait sauver le modèle économique d’une impasse, comme l’agriculture: plus de gens dans les champs = meilleure qualité des produits. » Pour elle , « il faut donner du temps aux artistes pour la création et déployer au maximum, le système de l’intermittence. « 

     A contrario, François Benhamou suggère de limiter le nombre de productions et  d’en renforcer la diffusion. Elle n’y voit  pas de risque de standardisation. Le fossé qui existe entre l’offre à caractère inflationniste  et la maigre diffusion revient à un gaspillage économique et culturel, accentué par le régime de l’intermittence et le cahier des charges des établissements. Elle voudrait que les artistes circulent dans d’autres lieux comme les écoles et surtout  les Universités où « l’absence de culture est désolante ». Jean-Jacques Aillagon, lui,  pense qu’il faut produire beaucoup pour trouver des chefs-d’œuvre.

    José Manuel Gonçalvès
    José Manuel Gonçalvès

    José Manuel Gonçalvès, directeur du Cent Quatre à Paris, propose de moraliser la création et la diffusion en mettant fin à l’exclusivité que les théâtres imposent aux pièces qu’ils produisent, en empêchant ainsi leur exploitation immédiate sur un même territoire : « Il faut que les œuvres tournent! » il observe depuis peu une tendance aux reprises, ce qui permet d’amortir un peu les investissements et de prolonger heureusement leur durée de vie, …

     Quant au mécénat, Jean-Jacques Aillagon souligne qu’il n’a pas vocation à se substituer à une action publique défaillante mais il faut prendre acte de son caractère incertain. Mais dans les grandes maisons, une grande partie des recettes provient de la billetterie. Et sans  des recettes  propres, elles risquent de s’effondrer. C’est le cas de l’Opéra de Paris, comme le rappelle Stéphane Lissner dans une interview qui nous est retransmise : « Cette tragédie nous révèle que le service public était en danger. Depuis 2017, le Pacte de stabilité, en limitant les dépenses, a touché la Culture et renforcé l’inégalité territoriale. Le financement n’est pas réfléchi et, à l’heure actuelle, le saupoudrage ne règle rien. On croit les grandes institutions plus fortes et plus solides : c’est le contraire : pour elles, l’autofinancement est supérieur au subventions publiques. L’Etat est devenu un actionnaire minoritaire. »

     Comme un leitmotiv, la question du numérique a influencé toute cette rencontre. Laurence Equilbey  réclame un «Valois du numérique» et  que les plateformes éditorialisées prévoient une juste rémunération des auteurs par les utilisateurs:« C’est incroyable que les plateformes ne respectent pas les droits d’auteur, dit Françoise Benhamou. Les grands gagnants du Covid auront été Netflix, Youtube. Il faut donc se mettre au travail d’urgence.  »

    rebecca_zlotowski
    Réebecca_zlotowski

    La réalisatrice Rébecca Zlotowski, plus nuancée,  voit en Google et Netflix des alliés avec qui on pourrait négocier des rémunérations. Pour elle, il faut revaloriser le statut des producteurs  sur les plateformes pour lutter contre le libéralisme sauvage et revoir la  question de la diffusion des films qui ne peuvent actuellement pas sortir sur les chaînes  de télévision avant d’avoir été projetés en salle : «Pourquoi ne pas les mettre en ligne brièvement, en même temps que leur sortie dans les cinémas ? » 

     Ont été aussi évoqués sen filigrane les rapports Culture/Éducation auxquels sera consacrée  la dernière rencontre.  Et a été réclamée une nouvelle donne globale incluant fortement la question du numérique. Après André Malraux et Jack Lang, la rue de Valois a du pain sur la planche… Mais y aura-t-on la vision de ces anciens ministres ? La balle, pour l’instant, est dans le camp des artistes et de ceux qui les accompagnent. Tous s’interrogent et on espère qu’enfin on les entendra….

     Mireille Davidovici

     L’Urgence des alliances (suite): Culture et Economie a eu lieu au Théâtre de la Ville à l’Espace Cardin, avenue Gabriel, Paris (VIII ème)  le 18 juin.

    Une synthèse de ces rencontres sera publié dans le numéro Télérama du 6 juillet 

    Ces rencontres sont à voir en direct et en différé sur les sites  telerama.fr ; theatredelaville-paris.com, institutfrancais.com

  • La Revue Parages, entretien avec Frédéric Vossier

     

    Frédéric Vossier, responsable de la revue Parages, éditée par le Théâtre National de Strasbourg où il est aussi auteur associé, a vu annuler la création de Condor, sa dernière pièce au festival d’Avignon cette année, mise en scène par Anne Théron  (voir Le Théâtre du Blog). Elle est reportée en janvier prochain au Centre Dramatique National d’Angers dont Thomas Jolly vient de prendre la direction. La pièce sera ensuite jouée dans les théâtres coproducteurs: le T.N.S. et la MC 93 Bobigny en 2021 et en tournée; elle parle du trauma provoqué par la torture dans les dictatures d’Amérique latine et de l’opération Condor dont l’auteur s’est inspiré. Un texte sur la subjectivité « effrayée »  ou comment la peur fraie son chemin dans l’espace mental… 

    Pascal Kirsch, lui, va créer Grand Palais, une autre pièce que Frédéric Vossier a écrite avec Julien Gaillard sur la relation entre Francis Bacon et Georges Dyer,  au T.N.S. l’an prochain. « J’ai, dit-il, un autre projet: Faune, avec Sébastien Derrey, un solo consacré à Nijinski qu’incarnera Frédéric Gustaedt, mon alter ego scénique. Sa compagnie a créé deux de mes textes et c’est un compagnonnage très important pour moi.» Séphora Pondi, artiste associée au Théâtre 14 à Paris, montera aussi de lui, Eternel Enfant, une adaptation très libre de La Cloche d’Andersen.

     

     Parages 07,  entretien avec Frédéric Vossier

     -Quels sont les engagements du T. N. S. à l’égard de la revue ?

    Stanislas Nordey
    Stanislas Nordey

    -Stanislas Nordey, son directeur, a conçu un projet de rayonnement des écritures contemporaines. Et cela faisait aussi longtemps qu’il rêvait d’une revue exclusivement consacrée aux auteurs vivants. Première condition non négociable: qu’elle soit indépendante de la programmation et que Parages soit un lieu d’hospitalité placé sous les signes de la liberté et de la singularité pour les auteurs. Mais dans la droite ligne de la politique de la maison, avec un numéro spécial consacré à chaque écrivain associé au T.N.S. : Falk Richter, Pascal Rambert et, à venir, Claudine Galea et Marie N Diaye. Textes et auteurs repérés par le comité de lecture peuvent trouver un écho dans le revue sous une forme d’articles, rencontres… Financée par le théâtre, Parages est aussi soutenue par les collaborateurs du T.N.S. Ainsi Nathalie Trotta, sa coordinatrice est aussi très impliquée dans son fonctionnement.
    En tout cas, nous revendiquons l’indépendance éditoriale de cette revue qui est et qui doit rester un instrument de réflexion et de création sur les auteurs contemporains bien sûr, mais qui publie aussi des textes d’acteurs, metteurs en scène, chercheurs, éditeurs… Il s’agit de pluraliser toutes les approches de la littérature dramatique contemporaine et d’en photographier le paysage…

     -Le Théâtre National de Strasbourg a-t-il  une responsabilité plus large ?

    – D’abord, il a les moyens d’éditer une revue… Et puis, en effet, c’est son rôle d’avoir un rayonnement national, de faire circuler la parole, de créer un espace public consacré aux auteurs. Ce que faisaient Les Cahiers de Prospéro jusqu’en 2002. Et une fraternité d’auteurs, non préexistante, se construit de numéro en numéro. Comme le disait Maurice Blanchot: « Les amants sont ensemble, mais pas encore ». Cette phrase a été un élément de conception important pour élaborer la ligne de Parages.

    Stanislas Nordey et moi avons été profondément marqués dans notre jeunesse par l’œuvre du philosophe Jean-Luc Nancy qui parle de «singulier pluriel » : cela évite en effet de tomber dans les pièges d’une communauté corporatiste et s’articule à la phrase de Maurice Blanchot. Parages veut donc être l’espace de ce singulier pluriel où les amants peuvent s’unir ou découvrir qu’ils s’aiment. Par exemple, dans ce numéro, la rencontre entre Pascal Rambert et Julien Gosselin fait émerger, contre toute attente, une certaine fraternité de parages. Le titre de la revue vient d’un texte de Jacques Derrida qui avec Blanchot a inspiré notre ligne éditoriale.

    Pascal Rambert
    Pascal Rambert Photo X

     

    –Ce numéro est construit à l’image qu’on pourrait presque dire sentimentale de Pascal Rambert, tant les témoignages convergent dans la sympathie…

    -C’est vrai, on sent de la passion, des battements de cœur, de l’amour. Il y a chez Pascal Rambert, un côté  «torrents d’amour» pour reprendre le titre du film de John Cassavetes (1984). Son œuvre provoque des émotions fortes; il parle de la sincérité, au sens rousseauiste. Romeo Castellucci parle lui aussi avec feu  et à travers les images qu’il tisse, fait circuler une pensée, une « vision ».

    Angelica Liddell
    Angelica Liddell Photo X


    Angelica Liddell développe une poétique très personnelle mais chez elle, il n’y a pas que du «sentimental»:  lettres, récits, carnets de répétitions, portraits, textes théoriques, échanges, leçon de jeu…, leur circulation crée finalement l’harmonie et l’unité d’une œuvre, dans une variété d’approches. C’est aussi une pensée du travail théâtral de Rambert. Une mosaïque de facettes chez cet artiste inclassable. 

    – Mais les différents regards portés sur lui sont très peu… critiques ?

    Joseph Danan, dans son analyse, apporte quand même un élément critique! Et Jean-Pierre Thibaudat, qui suit le cheminement de Pascal Rambert depuis ses débuts, ne se prive pas, à l’occasion, d’une certaine acidité… Mais il y a un principe : la revue n’a pas à se désolidariser des auteurs que le T.N.S. a choisi de subventionner et rendre visibles.

    -Faut-il  pour autant faire de Pascal Rambert, un mythe ?

    -C’est un mot pour rire. N’est-il pas une « passion française » pour paraphraser les journalistes ? Quel artiste a été autant haï ou autant aimé que lui ? Il est devenu une sorte de mythe, non, presque à la façon dont en parle Roland Barthes ? On aurait : le Tour de France, le steack-frites,  Pascal Rambert…  

     

    Les acteurs et actrices d'Architectures au festival d'Avignon
    Les acteurs et actrices d’Architecture au festival d’Avignon 2019 Photo X

    Il a construit sa légende et il y a, chez lui, quelque chose d’une rock-star théâtrale. Je me souviens dans mon adolescence, d’un article de Jean-Pierre Thibaudat  sur cette étoile filante, pleine de promesses qu’ il était alors, nageant dans nombre d’excès: le prodige allait-il survivre? En fait, il a eu plusieurs périodes. Sans carrière linéaire, sans trajectoire ascendante comme tant d’autres. Il a vite décidé d’être international, de faire craquer la trajectoire et d’opérer des bifurcations.
    Rôdeur productif vers 1980, il a été aussi très «accompagné» comme on dit, et il a bénéficié d’une reconnaissance précoce. D’autres prodiges, à la même époque, se sont cassés les ailes. Lui, est toujours là, il est même pleinement là et veut vivre sa vie et son art, comme dirait un personnage d’Henrik Ibsen. Vie et art ensemble, comme chez Fluxus, ce courant artistique qu’il mentionne souvent et qui l’a influencé. Pascal Rambert est un flux…

    -Pourquoi, en fin de compte, son  travail a-t-il un caractère unique?

    -Il a un geste littéraire impétueux et profus qui s’unit organiquement au présent vivant de l’acteur. Avec côté mise en scène: une élimination, un nettoyage pour articuler au maximum la force d’un texte avec celle d’une actrice. Stanislas Nordey le raconte bien dans un article de ce numéro. Ce rapport au féminin est essentiel chez Pascal Rambert et j’invite à lire le texte de Claudine Galea et l’entretien croisé mené par Bérénice Hamidi-Kim avec les actrices d’Architecture. Il aime et désire les femmes, il leur donne une parole habitée par elles mais se laisse aussi déborder par celle qu’il leur donne.  Il faut revenir à l’image inaugurale de la petite nageuse qui l’avait tant fasciné, quand il était enfant. L’écriture naît dans cette béance et il y a dans ses textes, de la souffrance : ce sont ,bien sûr, des cœurs qui souffrent. Mais s’y cache aussi un art d’aimer qui renvoie plutôt à Ovide et qui prône l’égalité dans le désir, le plaisir et la jouissance. Pascal Rambert est ovidien, incontestablement…

     

    Parages 07 Revue du Théâtre National de Strasbourg, numéro spécial Pascal Rambert, sous la direction de Frédéric Vossier

    parages-07«Je ne fais pas une distribution. Je cherche à constituer, pour chaque pièce, une sorte de famille, et les personnages trouvent toujours leur incarnation dans les personnes, écrivait Antoine Vitez. »Ce Parages 07 est beau. Avec d’abord une photo en noir et blanc de l’auteur-metteur en scène signée Jean-Louis Fernandez. Pas tout à fait un portrait:  on le voit assis seul en bas de  rangées de sièges derrière lui dans l‘attente du public. Devant lui, ce qu’on décrypte comme étant la table du metteur en scène, montée sur un échafaudage tubulaire à colliers, signe minimal d’un chantier et d’où pend un câble de raccordement, un autre signe minimal: celui de de l’outil informatique.

    La mythique Cour d'Honneur
    La mythique Cour d’Honneur Photo X

    Sur le côté droit, on voit un peu flou, un mur de pierre: on est bien dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes à Avignon. Lieu majuscule. L’homme appuie le majeur de sa main gauche sur sa pommette, ses autres doigts déployés en aile… Une attitude à la fois réflexive et dandy. Barbe courte, un peu sauvage, marquée de poils blancs sous la lèvre qu’on dirait boudeuse. Derrière les lunettes, un œil semble regarder à l’intérieur, l’autre, à l’extérieur.

    Une fois pour toutes, Pascal Rambert a pris le pouvoir là où il est auteur-metteur en scène, même s’il dit avoir nettoyé, dans son travail, la réalisation. Une fois pour toutes, il a marqué son territoire en signant ses textes Tokyo, Los Angeles, Gennevilliers. Aimer et être aimé : l’alpha et l’oméga de son Théâtre. Il a gardé ce qu’il croit sans doute être l’insolence de sa jeunesse  et qui était déjà de l’outrecuidance, une façon d’être qu’on ne saurait reprocher à un artiste: car c’est bien sa fonction, de penser outre. Cela peut agacer… Nous nous souvenons de lui tout jeune, quand il créait Réveil avec ses actrices Narvé et Nilou Kaveh  au lycée Voltaire à Paris dans le cadre de Mémoire des lycées et collèges : pas de soumission à « l’animation ».  Il faisait travailler les  jeunes sur le plateau, ce qu’il fera aussi beaucoup plus tard en les chorégraphiant à Gennevilliers. On ne montre pas la fabrication du théâtral, encore moins sa gestation, on fait. À prendre ou à laisser, et là, ça a pris. Voir le témoignage de Nathan Aznar dans  Parages/07.

     Il faudrait un jour dédier un autre numéro de Parages au maître de maison Stanislas Nordey qui partage avec son artiste associé, une éternelle adolescence –à savoir: la croissance vers un état d’achèvement qui recule à mesure que l’on avance, impatience, foi dans tous les possibles, avec tous les frémissements du doute et de l’angoisse-, le talent d’être soi, sur scène et auteur de et à la scène, même s’il n’est pas, comme Stanislas Nordey auteur du texte de la pièce.

    Pascal Rambert, au fil des ans, recompose en douceur sa famille fidèle (un bon signe) d’actrices et d’acteurs, en invitant les meilleurs. Quand il écrit à Julien Gosselin, on le sent heureux de se trouver des égaux, des frères plus jeunes: Gosselin donc, Creuzevault mais aussi Macaigne (un moins bon signe!), rejetant les reproducteurs « d’asservissements de l’imaginaire »:  une condamnation sans appel! Et il glisse alors dans l’exaltation d’un récit de voyage, vers des naïvetés à la Guy Bedos ou à la Jean-Loup Dabadie qui, ensemble ou presque, nous ont récemment quittés  : « Personne. Que des Indiens! » Mais, mise à part l’anecdote, cette Correspondance travaille à vif, avec une inquiétude sérieuse et à l’image de tout ce numéro de Parages, sur cette occupation singulière qu’est la création et l’écriture du théâtre.

    Pascal Rambert dit chercher au théâtre, le féminin. En tout  cas, les femmes, sont bien présentes dans ce numéro. Et les actrices d’Architecture: Audrey Bonnet, Emmanuelle Béart, Marie-Sophie Ferdane et Anne Brochet, la dernière recrue, travaillent ensemble à éclairer ce qu’est jouer au théâtre: une activité neuve, naissante à chaque spectacle. Architecture créé à Avignon l’an passé (voir Le Théâtre du Blog) avait manqué son architecture! Mais pas le dialogue entre ses comédiennes ni l’hommage de Jacques Weber, grand frère attendri à cette toile d’araignée qui se tisse entre écriture, acteurs, espace et texte. Terme à prendre avec précautions pour ce qu’il exprime d’un écrit qui aurait mangé l’oralité, le vivant. Voir les études de Claudine Galea, autrice associée, elle aussi au T.N.S., de Bérénice Hamidi-Kim et de Joëlle Gayot, critique, mais aussi le carnet de bord d’Hélène Thil, assistante sur la création de Sœurs avec Audrey Bonnet et Marina Hands.

    Tiago Rodrigues © Getty / Jean-Marc Zaorski/Gamma-Rapho
    Tiago Rodrigues © Getty / Jean-Marc Zaorski/Gamma-Rapho

    Les auteurs et metteurs en scène Tiago Rodrigues, Romeo Castellucci, Angelica Liddell… et avec un fraternité et une complicité plus grandes chez le Japonais Oriza Irata, nous parlent autant de leur poétique que de celle de Pascal Rambert. Ils dressent, comme tout ce numéro de Parages, un faisceau de reconnaissance et même d’hommages ardents, mis en perspective par la diversité même des regards. Dont les analyses de Joseph Danan et le parcours de Jean-Pierre Thibaudat sur l’ensemble de ce que l’on appellera quand même une « carrière » y compris dans l’Institution. On ne visite pas ce monument (quelque deux cent pages!) en une seule lecture… Mais on en retiendra surtout ce qui fonde l’écriture textuelle et scénique de Pascal Rambert par et pour les acteurs. C’est le noyau de l’affaire, l’essentiel (conscient) de son Théâtre. Emmanuelle joue le rôle d’Emmanuelle, inspiré par ce que l’auteur a envie de prendre d’elle, au prix d’un travail d’actrice qui ne se contente pas d’être là, au risque d’une vertigineuse proximité entre Emmanuelle et Emmanuelle.

    On peut aussi lire ou relire le numéro 05 de Parages consacré à Falk Richter: ces deux personnalités aux cheminements différents sont chacun assez « particulières » pour engendrer écritures et  contributions singulières. Les prochains numéros spéciaux seront consacrés, l’un à Claudine Galea et l’autre à Marie N Diaye.

    Ch. F.

    Le théâtre de Pascal Rambert est publié aux éditions Les Solitaires intempestifs à Besançon.

     

     

     

    Christine Friedel

     

     

     

  • Entretien avec Ramón Mayrata

    Entretien avec Ramón Mayrata

    Auteur de nouvelles, poésies, romans, théâtre et essais, il fait aussi partie, comme anthropologue, de la Commission d’études historiques qui défend l’indépendance du territoire Sahraoui devant la Cour de La Haye. Enseignant, il a aussi fait des recherches sur l’histoire des arts du spectacle et sur la présence de l’Espagne en Afrique du Nord.

    Vers 1970, il a vécu plusieurs années à Paris où il fut journaliste et et traducteur. De retour en Espagne, il collabore régulièrement au magazine Sábado Gráfico et avec l’agence Metropolitan qui diffuse des articles sur l’actualité culturelle dans une vingtaine de journaux locaux. Il fait aussi des critiques littéraires à El Sol, et il  écrit dans des revues comme Camp de l´arpa, Fablas, Revista de Occidente, Poésie espagnole, Ozone, Nueva Lente, Art contemporain /Arco, Newsletter de la Fundación Juan March, Review, Fin du siècle, etc. Il fait partie de l’équipe initiale de La Luna à Madrid.

    images-5Depuis 1982, scénariste de plusieurs séries télévisées (TVE et ANTENA 3) et de programmes radio (RNE), il dirige Las Tardes de Armagedón / Secretos para imaginar, une émission hebdomadaire consacrée à la littérature sur Radio Nacional de España /Radio 3. Ramón Mayrata est aussi professeur d’histoire de l’illusionnisme et écrit actuellement un livre sur cette discipline.

     -Comment êtes-vous entré dans la magie ?

    -Enfant, j’étais fasciné par les feuilles dans le vent. Debout, je ne pouvais pas les atteindre avec ma main. Elles montaient en l’air, flottaient, tremblaient et s’envolaient : une liberté fascinante et fugitive à la hauteur de mes yeux. Quelque temps plus tard, le corps qui montait lentement dans les airs et restait suspendu, sans appui ni soutien apparent, en obéissant aux passes du magicien, a marqué profondément ma mémoire, quand j’ai vu une lévitation pour la première fois…

    Jeune, je voulais me consacrer à la littérature puis j’ai eu la chance de rencontrer Gabriel Moreno, un magicien d’exception qui m’a mis en contact avec l’École de Magie de Madrid. Pas une école au sens académique, mais plutôt un champ de travail, d’étude et de création qui a réuni un groupe prodigieux qui voulait développer l’illusionnisme comme art. Et j’y ai trouvé une correspondance très forte avec la littérature car il est lié à la fiction et aux arts du spectacle. Une ancienne légende celtique raconte l’histoire d’un garçon, Gwion, qui enlève un chaudron où mijotent l’inspiration et le savoir, selon une recette des livres du magicien Vergi de Tolède. Trois gouttes de feu ont sauté du chaudron et sont tombées sur le petit doigt de Gwion. Quand il les a porté à sa bouche, il s’est immédiatement «rencontré»… J’ai eu l’impression que quelque chose de similaire m’arrivait quand j’ai rencontré par hasard la magie la meilleure et la plus subtile, avec Juan Tamariz et Arturo de Ascanio qui ont trouvé les mots capables de nommer les complexités, souvent invisibles, de la double réalité où la magie opère et qui est à la base de ce que pratiquent les illusionnistes. Ils la vivent mais le public ne la voit généralement pas.

    Et les écrivains sont aussi conscients de cette double réalité. Ils voient simultanément comme chez Miguel de Cervantes Don Quichotte, ses géants et Sancho, ses moulins… Il me semblait que la magie m’offrait une poétique efficace mais aussi un laboratoire pour vivre directement les questions qui m’inquiétaient, à savoir : la création d’autres mondes possibles, l’adoption de perspectives multiples, le dépouillement de soi, les métamorphoses de l’identité, l’expérimentation de réalités parallèles. Et aussi d’avoir la capacité de manipuler des mots.

     -Qui vous a aidé dans cette démarche?

    -J’ai eu une formation d’anthropologue et la seule fois où j’ai pratiqué cette science a été au Sahara occidental. Après l’illusionnisme, j’ai connu d’autres formes de magie, celle des chamans et des soufis. J’ai vécu l’expérience d’une société où la mentalité magique était toujours existante et où il n’y avait pas encore de rationalisation.
    Je ne partage pas les croyances ésotériques mais je m’intéresse aux expériences. Ce que j’ai essayé de capturer en 1992 dans mon premier roman. El Imperio desierto (L’Empire du désert). J’ai découvert là-bas une société et un territoire si inhospitaliers où, pour un homme occidental et rationnel,  tout semblait dépassé. Mais ces modes de pensée ont permis à d’autres hommes de survivre des siècles dans des conditions extrêmes.

    La double vue par Jean Eugène Robert-Houdin
    La double vue par Jean Eugène Robert-Houdin

    J’ai eu une relation étroite avec certains marabouts très prestigieux. Et il y a une tendance à accorder un pouvoir aux miracles pour convaincre les incroyants. Cela m’a incité à  imaginer que pouvait intervenir mais de façon cachée, la prestidigitation dans certains rites. Au fil du temps, j’ai vu que les pratiques illusionnistes – avec la musique ou la danse- étaient une partie fondamentale des rituels de certaines confréries du Maghreb. Comme l’Aïssawa, une confrérie religieuse et mystique qui a joué un rôle dans l’histoire de l’illusionnisme et qui est liée à la légende de Jean-Eugène Robert-Houdin. Mais ce qui m’a le plus frappé, est cette symétrie entre les pouvoirs thaumaturgiques attribués aux marabouts et aux chamans, et fondés sur l’illusion. Et en retour, leurs rituels sont, à mon avis, la source originale des spectacles d’illusion…

    -Comment travaillez-vous ?

    -Je me suis toujours consacré à écrire des livres mais cet engagement personnel est aussi lié à une intense activité dans les médias. J’ai fondé et dirigé avec Juan Tamariz, la maison d’édition Frakson, spécialisée dans les livres de magie technique. Aujourd’hui, je me consacre surtout à l’écriture et à la recherche. Et depuis des années, je travaille sur une histoire culturelle de l’illusionnisme qui a bien avancé.
    Je donne aussi des conférences sur cette discipline et des cours de littérature sur l’Age d’or espagnol et l’art moderne et contemporain, au Centre d’Etudes Hispaniques de Ségovie et dans les universités Bethel et Concordia aux Etats-Unis. Enfin, je dispense mes cours d’histoire de l’illusionnisme au Centre Universitaire Royal Escurial-María Cristina.

    J’ai publié plusieurs romans dont El mago manco (2016), des essais comme Valle-Inclán,  Houdini y el hombre que tenía rayos X en los ojos (2015), ou mon dernier ouvrage, Fantasmagoría, Magia, Terror, Mito y Ciencia (2017) sur le rôle de l’illusionnisme dans la création de spectacles, sur l’apparition du cinéma et la genèse de la réalité virtuelle.

     -Quels sont les artistes qui vous ont le plus marqué ?

     -Il y a un fil rouge qui rassemble les grands maîtres que j’ai eu l’occasion de voir et/ou de fréquenter : Vernon, Frakson, Slydini, Kaps, Tamariz, Ascanio, Camilo Vázquez et Gabriel Moreno. Puis Pepe Carroll, Giobbi, Paviato et Gaëtan Bloom. René Lavand a créé aussi  une magie à laquelle je m’identifie le plus et je ne peux oublier l’émotion que j’ai eu devant des numéros comme La Boîte aux épées d’Hans Moretti et le Puppet horror Show d’Al Carthy.120235269

     -Y-a-t-il des  styles qui vous attirent davantage?

    -J’ai été formé à la magie et à la littérature dans une conception de réalisme et de vraisemblance. Mais j’ai toujours été plus intéressé par le «double fond» de la réalité, c’est-à-dire l’illusion. Un processus de  métamorphose du réel, une altération de son manque de sens originel, fondée sur le hasard et la nécessité, pour lui donner des significations provisoires qui disparaissent, dès qu’elles sont conçues.  Elles doivent en effet être l’objet d’un renouvellement continu pour soutenir, promouvoir et faciliter la vie dont le sens se trouve dans cette métamorphose incessante et dans la capacité à en trouver un nouveau dans les ruines de la précédente. Avec le réalisme, on ne peut renoncer à explorer ce double fond qui cache le pouvoir du désir, de l’inconscient, du mythe… Je suis donc très à l’aise quand je dialogue avec les nouvelles générations de magiciens espagnols pour qui l’art de «rendre impossible» est provoqué par l’expérience de réalités alternatives.

     -Quelles sont vos influences ?

    -Les pratiques et les œuvres qui sous-entendent une approche magique de l’art, écrites par des auteurs légendaires : le poète inconnu de Gilgamesh, Miguel de Cervantes ou Shakespeare mais aussi Restif de la Bretonne, Edgar Poe, Georges Méliès, Jorge Luis Borges, Orson Welles, le poète et dramaturge espagnol Joan Brossa ou William Kentridge… Pour eux, la magie n’est pas un ensemble d’astuces mais une façon de penser qui vient de loin et qui a pour base, le désir, plus puissant que la réalité.

     -Quels conseils à un débutant dans la magie actuelle? 

    -Surtout désobéir à la réalité mais de façon prudente, intelligente et efficace. Comme dans l’art en général, il faut créer d’autres possibilités et le sens donné à la vie n’est pas l’élément transcendantal des religions. De plus, cela permet d’avoir d’autres vies et des situations matérialisées. Ainsi, contrairement aux mots de la littérature, les illusions créées sont, elles,  bien vécues : on voit ce qui se passe et on les perçoit avec les sens. Parmi les grandes figures du XX ème siècle,

    Harry Houdini ( 1874-1926)
    Harry Houdini ( 1874-1926)

    Harry Houdini fonda sa carrière sur les « évasions », en se libérant dans ses numéros de toutes sortes d’entraves. Il nous montre en fait une métaphore de la libération de l’être humain. Comme avec ses numéros de corps coupés, qui donnent le sentiment de pouvoir défier la maladie et la mort.

     -Et l´importance de la Culture dans l´approche de la magie ?

    – Cette dernière a joué un rôle déterminant dans notre façon de percevoir et d’expérimenter la réalité, ce qui n’a pas été assez étudié : trop déconcertant pour le monde académique! L’histoire de la Culture nous permet d’évaluer l’intrusion cruciale de la magie dans la diffusion de l’image à travers la « lanterne magique » et la fantasmagorie. Et, aussi, dans la reformulation du rôle des arts et la création d’une industrie du divertissement qui transformera la culture populaire selon les paramètres d’une société industrielle et de la cyberculture. Maintenant associées aux réseaux informatiques et au virtuel qui envahissent notre espace physique.

     – Et en dehors de la magie, que faites-vous ?

    – C’est un des rares mondes où professionnels et amateurs cohabitent naturellement. Et j’ai une passion à la fois pour la magie, la littérature, l’enseignement et la recherche… J’ajouterais la cuisine, l’amitié, une certaine inquiétude et une responsabilité sociale.

    Sébastien Bazou

    A lire mais en espagnol seulement : Por arte de magia : una historia de ilusionismo, Puntual ediciones, 1982.  La sangre del Turco, Editorial Frakson, 1990. Valle-Inclán y el insólito caso del hombre con rayos x en los ojos Editorial La Felguera, 2015. El mago manca, Frontera D Ediciones, 2016. Fantasmagoría. Magia, Terror. Mito y Ciencia, La Felguera Editores  2017.