Giordano de Denis Lavalou, mise en scène de David Gauchard
Filippo Bruno, dit Giordano Bruno (1548-1592), frère dominicain, mathématicien et astronome, a poursuivi les travaux de Nicolas Copernic et essaya de démontrer que l’univers est infini, sans aucun centre et avec « une quantité innombrable d’astres et de mondes identiques au nôtre ». De 1576 à 78, il survit en donnant des leçons de grammaire et d’astronomie. Mais v comme apostat, il doit souvent changer de résidence : Gênes, Noli, Savone, Turin, Venise, Padoue, Brescia, Naples…
Il publie Des Signes du temps et ira vivre à Chambéry puis à Genève où règne le calvinisme. Mais il ne ut pas reconnaître la compétence du philosophe Antoine de la Faye. Arrêté et excommunié en 78, il s’en ira à Lyon puis à Toulouse. Il y enseigne deux ans, étudie la physique, les maths et publie un ouvrage sur la mnémotechnique. La grande Clef qui intéresse le roi de France Henri III. Impressionné par sa mémoire exceptionnelle, il le protègera cinq ans.
Il ira ensuite à Londres puis à Oxford où, précédé d’une réputation sulfureuse, ce novateur impertinent, reçoit un accueil hostile: Giordano Bruno publie des ouvrages où il expose une vision cosmographique révolutionnaire, en dépassant les thèses de Nicolas Copernic« Nous affirmons qu’il existe une infinité de terres, une infinité de soleils et un éther infini. »
En 1585, il s’attaquera aux calvinistes mais aussi aux catholiques, en imaginant un univers où Dieu n’a plus sa place. Et revient à Paris, il se livre à une critique virulente d’Aristote. Henri III ne peut plus protéger ce révolutionnaire.
Giordano Bruno sera accueilli par l’université de Marbourg puis celle de Wittenberg, dans la communauté fondée par Martin Luther. Mais en 1588, il en est exclu. Expulsé de Francfort, il accepte l’invitation à Venise du jeune Giovanni Mocenigo. Mais ils ne s’entendent pas. Arrêté par l’Inquisition en 1592 et livré à Rome, il est accusé d’hérésie, blasphème, conduite immorale et surtout d’avoir imaginé une cosmologie opposée à celle d’Aristote. Après un procès qui dura huit ans, avec tortures et propositions de rétractation que finalement Giordano Bruno rejettera, le pape Clément VIII le fera déclarer hérétique et il sera mourra brûlé sur un bûcher...
Il aura passé sa vie à déclarer que« Cet espace est infini, étant donné qu’il n’est point de raison, convenance, possibilité, sens ou nature qui lui assigne une limite.» Giordano Bruno, savant exceptionnel, a fasciné nombre d’auteurs comme Bertolt Brecht qui l’évoque dans La Vie de Galilée et il a inspiré de nombreux spectacles théâtraux et musicaux contemporains… Comme le groupe O.R.K (Oscillazioni Alchemico Kreative) de Jerry Cutillo en 2018.

Un thème passionnant, que cette vie. Reste à savoir comment le traiter au théâtre. Ici, David Gauchard a choisi un parti pris minimaliste.
Un cube-cadre en tuyaux de plastique (laid et qui n’a rien à faire là) quelques tabourets noirs comme ceux édités à des millions d’exemplaires qu’on peut voir dans toutes les écoles, un pupitre et deux seaux en fer, des pendrillons noirs. Ici, y compris les costumes, tout est noir…
Denis Lavallou qui est aussi un des acteurs avec Cédric Dorier, a essayé de recréer le monde où vivait Giordano Bruno. Avec parfois des personnages historiques comme Henri III. Mais le texte accumule les monologues et courtes scènes: il y a un manque évident de dramaturgie et les acteurs en pantalon et gilet aussi noirs, tous les deux à la diction exemplaire peinent à soulever ce texte touffu. Sauf à de rares moments de dialogue, il n’est jamais convaincant et devient vite ennuyeux… Au bout de vingt minutes, nous avons assez vite décroché.
Et la mise en scène très statique, n’est pas de grande qualité et on se demande bien pourquoi des papiers brûlent dans les seaux. Pour évoquer les condamnations de la toute puissante Eglise catholique? Inutile et pléonastique. Et que dire, de ces nappes de fumigène envahissant la scène par deux fois. Comme partout, règne ce fléau actuel d’une bêtise absolue (le troisième pour nous, cette semaine) à base d’eau mais aussi de produit chimique (merci pour le public, ici ,pas très jeune).
Bref, il y a des limites et cette pièce qui tient plus d’un exposé, manque singulièrement de théâtralité et nous ne pouvons vous la recommander. Le grand Giordano Bruno mérite bien mieux que ce spectacle bien décevant.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 7 novembre, Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis, passage Ruelle, Paris ( XVIII ème). T : 01 40 05 06 96.
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