Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • LES PLATEAUX MARIONNETTES 2021

     

    Les Plateaux Marionnettes 2021

    Le Théâtre-Halle Roublot dirigé par Grégoire Cailles est à la fois un lieu et une compagnie implanté à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) où il défend les arts de la marionnette avec, à la fois des créations et des accueils de compagnies en résidence, des formations professionnelles et ateliers d’initiation. Grégoire Cailles y propose des spectacles de grands noms et de jeunes talents pour enfants mais aussi pour adultes…

    Après le succès des journées professionnelles l’an passé,  Grégoire Cailles a renouvelé cette expérience pour offrir un véritable soutien aux marionnettistes et renforcer la coopération entre trois Lieux-Compagnies Missionnés pour le Compagnonnage (L.C.M.C) en Île-de-France: La Halle Roublot, Le Théâtre aux Mains Nues à Paris (XX ème) dont Pierre Blaise est le directeur, avec une Ecole de l’acteur marionnettiste, des chantiers de création et actions culturelles. Et dirigée par Jean-Louis Heckel, La Nef-Manufacture d’utopies à Pantin (Seine-Saint-Denis) qui possède un grand espace de jeu et un atelier de création de marionnettes.

     Premier temps fort de ces journées professionnelles des 21, 22, 25, et celle du 26 janvier que nous avons pu voir au Théâtre-Halle Roublot. Elle seront suivies en juin, de spectacles, d’abord au Théâtre aux Mains Nues et en novembre, à la NEF-Manufacture d’utopies. Les compagnies sélectionnées par chacun des lieux  ont pu rencontrer les programmateurs autour d’une création ou d’un projet en cours. Une journée riche et variée, impeccablement organisée par Grégoire Cailles et toute son équipe: théâtre d’ombres et de silhouettes, conte avec petits personnages mais aussi marionnettes portées à gaine et à ombres, ou sur table… Et en fin de journée, une courte présentation d’une étape de travail.  Et si tout va mieux sur le plan sanitaire, ces spectacles seront joués cette saison ou en 2022…

    Un constat: l’art de la marionnette est de plus en plus associé à l’écriture théâtrale et au théâtre d’objets mais aussi à la danse, la musique et surtout aux arts plastiques : scénographie, images fixes ou vidéo, lumières parfois sophistiquées. En une cinquantaine d’années, les marionnettes auront acquis avec des formes très diverses ses parts de noblesse dans le théâtre contemporain. Sous l’influence, entre autres, de grands artistes comme Peter Schumann avec son célèbre Bread and Puppet ou le merveilleux Robert Anton -suicidé pour cause de  sida- qui avait inventé un théâtre confidentiel pour une quinzaine d’adultes. Ses poupées d’une dizaine de cms et ses scénarios d’une cruauté d’inspiration surréaliste, avec décervelage, tortures, etc. étaient d’une rare beauté.

    Comme lui, nombre de créateurs français sont passés par une école de Beaux-Arts. Dans Les Arts de la marionnette en France. Un état des lieux publié il y a quatre ans, Lucile Bodson, l’ancienne directrice de l’Institut International de la Marionnette et de l’École Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette, souligne que cet art a connu en quelques décennies une accélération notable avec la création de cet Institut international en 1981, de l’École nationale supérieure en 1987 et du Théâtre de la marionnette à Paris. Pour Grégoire Cailles, marionnettiste hors-pair depuis longtemps, cet art possède de plus en plus un langage poétique, voire socio-politique.

    Hématome(s) de Stéphane Bientz, mise en scène de Cécile Givernet et Vincent Munsch (tout public à partir de neuf ans)

    © Cie Espace Blanc
    © Cie Espace Blanc

    Un théâtre d’ombres et  figurines en carton imaginé par la compagnie Espace blanc qui a pour thème le courage et le grand pouvoir de l’amitié avec des personnages emblématiques, servi par un beau texte. Trois enfants qui vont encore à l’école primaire ou au collège de huit ou treize ans, on ne sait pas trop… Il y a Tom, un garçon peureux livré à lui-même, qui s’ennuie et se balade sur une plage où il rencontre Ema, la solitaire. Elle parle moins que les autres et habite avec son père sur une île voisine encerclée par les marées. Il rencontre aussi Dilo, une petite fille assez autoritaire qui prend plaisir à le rudoyer…

    Ces trois-là marqués par leur solitude, réussissent à faire une étrange bande et ils parlent, ils se parlent pour essayer de résoudre leur mal-être. « Moi mon père,  dit Tom, il ne peut pas me surveiller quand il est de service au sémaphore, évidemment, alors quand il est de repos, ou en permission c’est encore mieux, il m’apprend à faire plein de choses tout seul. Ça le rassure de savoir que je peux me débrouiller sans lui : cuire des œufs durs, neuf minutes; ôter le calcaire, vinaigre blanc; repérer une crevaison, plonger la chambre à air, dans l’eau. /Même si je préfèrerais qu’il soit là tout le temps, mais ça je ne le lui dis pas, je ne le lui dis pas, il pourrait penser que je suis une frousse. Alors que, non. /Parfois, mais seulement parfois, parfois j’oublie le visage de ma mère, plouf dans le rond de l’oubli, puits sans fond et alors j’ai peur, peur de complètement l’oublier. Ema serre fort la main de Tom. Puis la relâche. Elle fixe sa poupée Tatou : -Le samedi Tatou a peur qu’Ema disparaisse avant que chaque lundi ne recommence. Tom la regarde :-Tu peux dire à Tatou que je vous protégerai, alors. Dorénavant. » 

    Mais un jour, Ema disparaît… Tom et Dilo avec une grande connivence veulent absolument la sauver «des griffes du dragon». On devine des choses que Stéphane Bientz sait avec délicatesse suggérer… Comme ce père assimilé à un dragon que l’on peut terrasser grâce à la musique, mais on ne vous dévoilera pas la suite de ce spectacle bien conçu et réalisé avec une  belle poésie. Rondement joué par Cécile Givernet, Jenny Lepage et Vincent Munsch, il fait penser à la fois à un conte pour grands enfants et à une bande-dessinée, fondé avant tout sur le récit à la syntaxe remarquablement travaillée avec répétitions, énumérations et ruptures. Et malgré quelques longueurs, on s’attache vite à cette histoire subtile sur la maltraitance des enfants et à ses personnages… Grâce aussi à un bel univers graphique signé Fred Bide et aux ombres réalisées par  Bruno Michellod. Si ce spectacle passe près de chez vous, ne le ratez pas; emmenez-y aussi vos enfants…

    La pièce éditée dans la collection Théâtre jeunesse créée en mai 2009 par les éditions 34, pour enfants du primaire et collège mais pas que…

     La forêt ça n’existe pas de Kristina Dementeva et Pierre Dupont

     Des marionnettes sur table avec Toto, un petit singe et Bradi, un paresseux : mammifère d’Amérique du Sud aux longues griffes, presque toujours suspendu dans les arbres et se déplaçant avec lenteur. Ici deux complices enfermés dans une grande caisse verticale posée sur une table en bois étroite…

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    Ils parlent beaucoup: de tout, de rien mais une question  mais sans espoir de réponse les tourmente: ne pas savoir d’où ils viennent. Ils s’interrogent sur le sens de leur existence et tournent en rond en parlant ou en jouant à des jeux pas très futés comme des êtres humains qu’ils ne sont pas… Mais on les sent unis par une grande tendresse. Comme souvent aussi les humains !

    Un sketch brillamment interprété avec distance et humour par leurs auteurs, Kristina Dementeva et Pierre Dupont. Grâce aussi à la remarquable construction de ces marionnettes, le paresseux s’exprime comme si les phrases sortaient réellement de son grand museau. Même chose pour le petit singe mais peut-être à un degré en-dessous: la marionnette nous a semblé moins réussie.

    Mais qu’importe finalement, elle et lui -mais elle surtout qui manipule la marionnette du paresseux, discrète juste derrière la caisse- effectuent un travail tout à fait étonnant, à la fois technique et d’une profonde humanité… «Tout comme l’homme, disait Charles Darwin, les animaux ressentent le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheur. » Ce que l’on voit bien ici: en quelque vingt minutes, la messe est dite et ce GRAND spectacle de marionnettistes, aura sans doute été le meilleur de cette journée…

    Mauvaises graines, texte de Stéphane Bientz, mise en scène de Bruno Michellod et Stéphane Bientz

    © Richard Chapuis
    © Richard Chapuis (Les jambes de la vieille dame sont celles des deux interprètes)

    La compagnie La Barbe à Maman, avec le même auteur qui assure aussi la mise en scène avec le créateur d’ombres d’Hématomes utilise à la fois des marionnettes portées, à gaine sur table et de type bunraku (sic). Un peu dingues, en proies à la solitude, pauvres et/ou handicapées, les “mauvaises graines” ces vieilles femmes sont des exclues et en ont conscience:  “Le monde s’est coupé en deux et je me suis retrouvée du mauvais côté : celui des indésirables, comme ils disent.” Il y a là Suzette, vieille dame enfuie de son E.P.H.A.D., Loup, une schizophrène en proie à ses hallucinations. Mais aussi monsieur Claude, un clochard qui a disparu de  son» trottoir et Andie, qui cherche l’équilibre. Des esquisses de personnages joués par les auteurs et Pascale Goubert.

     Quatre séquences pour essayer de faire vivre ces exclus… Mais bon ici, rien n’est vraiment dans l’axe! Les marionnettes sont plastiquement loin d’être réussies, la mise en scène, sans rythme, fait du surplace, la scénographie assez prétentieuse ne fonctionne pas et on a le plus grand mal à s’accrocher à un scénario qui n’en est pas un. Reste à comprendre comment les deux auteurs d’Hématomes, un précédent spectacle si réussi, ont pu bâtir une chose aussi approximative… Et même si c’est un travail en cours, on voit mal comment l’ensemble pourrait un jour progresser et trouver son équilibre.  La fabrication du théâtre a parfois des mystères insondables…

     Lisapo Ongé ! d’Hubert Mahela (à partir de six ans)

     Une sorte de voyage initiatique, comme de nombreux contes, au Congo, que raconte seul son auteur, originaire de ce pays… Avec un diction et une gestuelle impeccables, il y a quelques petites marionnettes  sur une caisse et un djembé en bois creux recouvert d’une peau tendue avec lequel, par moments, il rythme son récit qu’il dit avec une voix grave. Hubert Mahela sait attirer la sympathie du public en donnant toute sa valeur au texte, ménageant des silences, toujours calme et souriant.

    © Corentin Praud
    © Corentin Praud

    L’histoire est simple: «Dans le village de ma mère, il y avait une petite fille qu’on appelait Esengo. Elle était arrivée là un jour de grande pluie sans que l’on sache comment mais les habitants ne sachant quoi en faire, la confièrent à mama Mambweni qui avait la réputation d’être très gentille. » Ce qui ne se révélera pas vraiment exact et compliquera la vie de cette petite Esengo. Même si elle a un nom signifiant : « vie joyeuse », il y a de mauvais esprits qui rôdent…

    Elle rencontrera Nkoy la lionne et Ngando le crocodile- remarquablement sculpté- Il y aussi un coq qui chante et le soleil figuré par un miroir et des  rayons en cuivre. Cela peut paraître naïf mais est d’une grande rigueur d’une belle poésie sous une apparente rusticité avec juste quelques éléments de décor. En quarante-cinq minutes, Hubert Maala sait emmener son public là où il veut avec ce conte poétique. Sans aucune prétention et avec un grand humour… Un vrai bonheur et, par les temps qui courent, cela fait le plus grand bien.

     En avant toutes, mise en scène de Zoé Grossot et Lou Simon (tout public à partir de douze ans): Travail en cours

    CIE BOOM - En avant toute s © Frédéric CombeauCette très jeune femme enfonce le clou mais c’est indispensable: 18% des artistes présentés au Centre Georges Pompidou à Paris sont des femmes et 7% seulement au Musée d’Orsay ! Par ailleurs, 4% seulement des prix Nobel et 2% des biographies dans les manuels de seconde sont celles de femmes.

    Zoé Grossot cite Pénéloppe Bagieu du Collectif Georgette Sand. «Enfant, je me souviens avoir été incapable d’envisager que dessiner puisse être un métier. Et je découvre.. qu’une femme faisait ça. Pour de vrai. C’était Mary Blair. Avant elle, cela ne me paraissait pas hors de portée ou trop difficile pour moi, mais n’existait pas, tout simplement. »

    L’auteure et co-metteuse en scène présente des figurines en carton. « Je me reconnais, dit-elle, dans cette parole et je suis metteuse en scène, marionnettiste et directrice de compagnie, parce que j’ai vu d’autres femmes le faire avant moi. Je crois que les imaginaires collectifs transforment la réalité. J’ai longtemps pensé que, si pendant ma scolarité, je n’avais étudié presque aucun texte écrit par une femme, c’est parce que, jusqu’à très récemment les femmes n’écrivaient pas. Non qu’elles n’en étaient pas capables, mais parce qu’elles évoluaient dans un monde où cela n’était pas possible.

    Et puis j’ai découvert le travail de Pénéloppe Bagieu et Aude Gogny-Goubert, du collectif Georgette Sand qui racontent l’histoire de femmes tombées dans l’oubli.» Zoé  Grossot rappelle ainsi qu’il y a eu nombre d’autrices, scientifiques, cheffes d’état, exploratrices, guerrières, musiciennes, artistes tout au long de l’Histoire et partout dans le monde… Ainsi Tomoe Gozen (1184-1247), une exceptionnelle samouraï japonaise. Elevée avec le chef de guerre Yoshinaka qui sera plus tard son amant, elle est un de ses principales généraux ou (-alles) et dirigera au combat jusqu’à 1.000 hommes. »

    « Phillis Wheatley (1753-1784), une poétesse américaine est capturée à  sept ans au Sénégal et emmenée aux Etats-Unis pour y être vendue comme esclave. (Wheatley, nom de la famille qui l’achète). Fait exceptionnel: elle bénéficiera d’une bonne éducation avec les enfants de la famille, apprendra le latin et le grec. Et elle publiera son premier poème à treize ans et son premier recueil à vingt ans.

    Nellie Bly, une autre Américaine (1864-1922) devient à vingt-six ans, journaliste au Pittsburgh Dispatch et racontera la vie des ouvrières. Pionnière du reportage clandestin, elle se fait embaucher dans une usine de conserves puis comme domestique. Et elle écrit des articles sur leurs conditions de travail. Et en 1887, elle se fait interner dix jours dans un asile pour femmes de New-York et parle de leur vie inhumaine. Elle réalisera aussi un tour du monde en soixante-douze jours en rencontrant à Amiens, Jules Verne, l’auteur du fameux Voyage autour du monde en quatre-vingt jours.

    Nzinga (1583-1663), reine du Ndongo et du Matamba, fille du roi Kiluanji qui l’emmène encore enfant quand il gouverne ou fait la guerre. A sa mort, le frère de Nzinga hérite du trône et l’enverra alors négocier le maintien des frontières avec les Portugais colonisateurs. Elle exigera que personne ne soit réduit en esclavage. Quand son frère meurt, elle devient reine mais les Portugais ne respectent pas le traité. Elle modernise alors l’armée et les combattra jusqu’à sa mort. »

     *Zoé Grossot voudrait donner une visibilité à ces femmes  et proposer d’autres modèles féminins non stéréotypés. Elle rappelle aussi que la sœur de Mozart était une très bonne compositrice qui s’est sacrifiée pour gagner de l’argent et ainsi faire vivre son frère, sur ordre de leur père. Et elle se demande combien d’autres femmes ont été oubliées, ignorées ou empêchées, et quelle autre réalité aurait pu s’écrire avec elles… Un travail en cours par une metteuse en scène passionnée qu’il faudra suivre.

    Cette riche journée était comme les autres sans véritable public et réservée vu les circonstances à vingt professionnels: producteurs, diffuseurs et journalistes. Exclusivement, des femmes sauf deux mâles dont votre serviteur: comprenne qui pourra… Grégoire Cailles aura réussi un coup remarquable. Proche de la retraite, il passera bientôt le relais à Cécile Givernet et Vincent Munsch, les metteurs en scène d’Hématomes...

    Philippe du Vignal

    Journée réservée aux professionnels le 26 janvier, Théâtre-Halle Roublot, Fontenay-sous-Bois (Val-de- Marne).
    Hématomes à Clamart Hauts-de Seine) Théâtre Jean Arp,  les  14 et 15 juin.
    Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) Théâtre Roublot les 15 et 16 octobre.
    Plaisir (Yvelines), Théâtre Eurydice  les 21 et 22 octobre.
    La Norville (91),  salle Pablo Picasso, le 12 novembre.
    Montreuil (93), Théâtre des Roches, les 18, 19 et  20 novembre nlever le gras

    *Sébastien Bazou, notre collaborateur expert en histoire de la magie, a effectué un travail de recherche sur les magiciennes depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. « Tout un pan de cet art oublié, dit-il, et pourtant, il y a de quoi disserter dessus. »
    Cet essai, actuellement en cours de publication par épisodes dans la revue Magicus jusqu’à la fin de l’année, sortira aux Etats-Unis ce mois-ci dans une édition spéciale de Vanish-International Magic Magazine (en anglais). Il sera ensuite publié en français sur le site ArteFake…

     

     

     

     

     

  • L’explosion de la haine sur les réseaux sociaux


    L’explosion de la haine sur les réseaux sociaux 

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    Le philosophe Daniel Bougnoux dans Le Randonneur sur le site du quotidien La Croix relate une expérience intéressante quant au rôle des médias aujourd’hui. Après la publication de son article sur La Familia grande de Camille Kouchner, des correspondants anonymes ont posté des billets venimeux sur Freud et la psychanalyse. Jakob Freud, père de Sigmund, aurait abusé de ses enfants, d’où les troubles hystériques de sa famille, etc… Ils s’appuient sur une lettre du 8 février 1897 de Sigmund Freud à son ami Wilhelm Fliess où il semble accuser son père d’inceste: il est encore alors persuadé à l’époque que l’hystérie est liée à un attentat sexuel souvent commis par un proche.

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    Tous les psychanalystes qui connaissent un minimum l’œuvre freudienne le savent : quelques mois plus tard, Freud changera radicalement d’opinion, reconnaissant que TOUS les pères ne peuvent TOUS avoir abusé de leurs enfants, compte tenu du nombre très important de patients hystériques. « Je ne crois plus à ma neurotica», écrit-il à Wilhelm Fliess, le 21 septembre 1897. Cette lettre inaugure les découvertes futures de la psychanalyse. Même si l’on doit reconnaître le rôle des attentats sexuels réels dans de nombreuses pathologies, il faut aussi donner toute son ampleur à celui de la vie intrapsychique, au fantasme, c’est à dire au désir et aux mouvements pulsionnels dans l’édification des troubles de la psyché. 

    Le changement radical de perspective amène Freud à reconnaître la place centrale du complexe d’Oedipe dans la vie imaginaire de l’enfant et de l’adulte. Telle est la position freudienne qui semble déranger à l’extrême les tenants d’une théorie purement factuelle qui accuse les pédo-criminels en montrant un enfant innocent, sans désir, sans fantasme ni pensées. Pour eux, le complexe d’Oedipe n’existe pas: c’est une invention absurde et perverse de Freud accusant cet innocent, déniant «la faute cachée du père» sans doute incestueux, minimisant ou ignorant le rôle dévastateur des traumatismes réels que subissent les enfants.

    Inutile ici de polémiquer sur l’Oedipe. On le retrouve partout en clinique mais aussi dans notre littérature, notre théâtre et nos plus grands opéras. Freud connaissait Sophocle et Shakespeare; il comprit que la légende grecque était reprise dans Hamlet. Le dramaturge grec nous montre un Oedipe qui passe à l’acte mais aussi que nous référons à la folie, à la psychose. Shakespeare décrit, lui, un Hamlet paralysé et inhibé, ne pouvant agir, figure paradigmatique de la névrose et de l’homme aujourd’hui.

    Cette guerre qui a maintenant cent ans, prend aujourd’hui des formes  très violentes dans certains médias qui s’autorisent toutes les insultes et tous les délires. Les réactions au dernier article sur l’inceste de Daniel Bougnoux en est un exemple édifiant: il faut lire les déclarations véhémentes d’un «Spartacus» et d’un «Léon» qui utilisent pêle-mêle les arguments décontextualisés que l’on trouve dans de nombreux ouvrages critiques comme le Livre noir de la psychanalyse de Catherine Meyer (2005), ou sur Internet, pour proférer indifféremment mensonges et insultes envers Freud et les psychanalystes. Certaines affirmations dépassent l’entendement tant la mauvaise foi et le manque d’information paraissent ici évidents. On en vient à penser que le délire est proche et qu’il faut plaindre ces esprits troublés, plutôt qu’argumenter en vain sur des propos absurdes qui expriment sans doute plus de souffrances personnelles que des arguments fondés.

    L’extrême violence des réseaux sociaux est aujourd’hui inouïe. Colère et insultes s’expriment librement et la spirale de la vengeance risque d’emporter ceux qui s’y risquent. On peut et l’on doit aujourd’hui s’interroger sur la façon dont on s’exprime sur ces canaux, responsables d’une désinformation de masse et semblant avoir le rôle  d’empêcher de penser. Loin d’être des plateformes ouvertes à la réflexion et à l’argumentation, certains blogs sont aujourd’hui envahis par des tombereaux d’insultes et de haine qui rendent tout débat impossible. 

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    Dans C ce soir sur France 5, ce jeudi 28 janvier, Plantu, qui vient de quitter le journal Le Monde, soulignait après la parution de ses dessins, l’importance des messages haineux publiés sur les réseaux sociaux où ne voit pas le visage de celui qu’on insulte.La journaliste Laure Adler lui a fait remarquer tout le poids de l’autocensure qu’il devait maintenant observer pour ne pas avoir à subir le sort des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo ou celui de Samuel Paty !

    Emmanuel Levinas montre combien voir celui de notre interlocuteur limite notre violence, en nous replaçant face son humanité. L’accès au visage est d’emblée éthique. Et l’absence de face-à-face déshumanise la relation à autrui sur les réseaux sociaux, ce qui autorise tout et devient vite un appel au meurtre. Arguments, raisonnements et vrais échanges disparaissent. Reste la haine, celle de l’autre, de soi-même et la tentation de meurtre…

    Jean-François Rabain

     

  • Les Femmes de Barbe-Bleue, création collective librement inspirée de Charles Perrault, mise en scène de Lisa Guez

    Visuel 6 @ Morgane Moal Les femmes de Barbe-Bleue
    © Morgane Moal

    Les Femmes de Barbe-Bleue, création collective librement inspirée de Charles Perrault, mise en scène de Lisa Guez

    Chacune selon leur personnalité, cinq femmes nous racontent leur aventure avec le bourreau des cœurs et des corps. Il y a, comme chez Charles Perrault, la fameuse chambre interdite et la clef qui en ouvre la porte. Mais Liza Guez donne la parole à celles qui, dans le conte, n’ont pas voix au chapitre.

    D’abord une jeune mariée (Valentine Krasnochok qui est aussi la dramaturge du spectacle). «C’est la seule chose qu’il m’a interdit de faire, et la seule chose que j’ai envie de faire » , dit-elle en tripotant la petite clef.  En l’absence de son époux adoré, dans la riche demeure elle a organisé une fête qui bat son plein… Rongée par la curiosité, la jeune femme ose braver l’interdit et ouvrir la porte : surgissent alors quatre fantômes : des victimes de Barbe-Bleue qui envahissent la scène. A tour de rôle, sous l’œil critique des autres, elles y vont de leur récit pour  essayer de comprendre, ensemble comment elles ont pu tomber sous l’emprise de leur assassin.

    Anne Knosp mène la séance (son personnage s’avère être la première femme du monstre). Des histoires différentes mais à la même issue tragique. Chacune en déroule le fil que les autres décryptent ironiquement… L’une dit avoir été étranglée avec amour et douceur, ce qui fait bondir ses camarades ! Une autre, toute ingénue, est terrorisée par l’ogre bourru : «Reprend la scène, lui disent ses compagnes. Tu vas lui tenir tête, tu vas devenir une pirate! » Ce qu’elle fait.  

     Ces fictions, loin d’un féminisme primaire, interrogent les ambiguïtés du désir amoureux et sexuel. La mise en scène de ces féminicides débusque la naïveté, l’obéissance aveugle, la soumission, la peur, voire la complaisance qui ont mené chacune à tomber sous le charme du violent barbu se cachant derrière le beau séducteur.

    Lisa Guez s’est appuyée sur la lecture de Femmes qui courent avec les loups : Mythes et histoire d’une femme sauvage de Clarissa Pinkola Estés. La conteuse et psychanalyste américaine y aborde l’inconscient collectif féminin à travers les mythes. Pour elle, Barbe-Bleue est un prédateur qui enferme les femmes dans des rôles sociaux, les coupe de leur nature sauvage primordiale et de leur liberté native. «Je n’ai pas voulu questionner la domination masculine, dit Lisa Guez, mais  voir en quoi cette figure masculine inquiétante et dominatrice pouvait nous attirer inconsciemment. » Elle pose ici le fameux problème du consentement. Pour se libérer de cette instance destructrice, les actrices jouent à caricaturer leur tortionnaire. «Chacune doit se défaire de son Barbe-Bleue, dit la metteuse en scène. » A l’inverse du conte de Charles Perrault, elles mènent donc avec beaucoup de malice et d’énergie une guerre libératrice. Des scènes de théâtre dans le théâtre apportent des échappées comiques à cette sombre fable.

    Il y a eu (voir Le Théâtre du Blog) plusieurs versions théâtrales délurées du célèbre conte: entre autres, La Fiancée de Barbe-Bleue de Pierre-Yves Chapalain, Barbe-Bleue, espoir des femmes de Dea Loher ou La petite Pièce en haut de l’escalier de Carole Fréchette. Celle que nous offrent Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok,  Nelly Latour et Jordane Soudre affirme une distance amusée avec son modèle. Leur spectacle a remporté le prix du festival Impatience 2019… Une récompense méritée.

     Lisa Guez poursuit son travail de création à la tête de Juste avant la compagnie, fondée en 2009. Elle a récemment présenté une ébauche de son prochain spectacle Celui qui s’en alla, au M.A.I.F. Social Club : «Un conte actuel pour décoller de la réalité. » Une fiction autour d’un personnage central, Alexandre, objet des fantasmes des autres… La pièce analyse «comment on attrape le rêve de quelqu’un» et «dans quel vertige on tombe», quand la séduction n’opère plus. Un travail en cours où on retrouve avec bonheur quelques actrices des Femmes de Barbe-Bleue mais il faudra encore trois mois d’allers et retours entre écriture et plateau pour finaliser le projet.

     Mireille Davidovici

    Représentation pour les professionnels vue le 29 janvier au Cent Quatre, 5 rue Curial Paris (XIX ème).

    Sous réserve: le 12 février, Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) ; les 18 et 19 février, Théâtre-Maison d’Elsa, Jarny (Nord).

    Du 9 au 13 mars, T.N.B.A.-Centre Dramatique National, Bordeaux (Gironde) ; le 16 mars, Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine). Le  17 mars, P.O.C., Alfortville (Val-de-Marne); le 19 mars, Théâtre Octobre, Lomme (Nord); les 25 et 26 mars, L’Aire Libre, Rennes (Île-et-Vilaine) et du 30 mars au 1er avril, Centre Dramatique National de Besançon (Doubs).

    Du 7 au 9 avril, Comédie de Reims, (Marne) ; du 12 au 14 avril, Festival Paroles Citoyennes, Paris. Le 16 avril,  Le Canal, Redon (Île-et-Vilaine).

    Les 1er et 2 juin, festival ADO, Le Préau, Vire (Calvados); le 8 juin, L’Eclat, Pont-Audemer (Eure); les 10 et 11 juin, M.A.I.F. Social Club, Paris (IV ème) ; en juin, Les Nuits de Fourvière, Lyon (Rhône).

    Du 13 au 15 octobre, Théâtre Daniel Sorano, Toulouse (Haute-Garonne) et le  22 octobre, O.M.A., Commercy (Meuse).

    Le 9 novembre, Maison du Théâtre, Amiens (Somme) et le 24 novembre, Théâtre de la Renaissance, Mondeville (Calvados).