Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • ‘occupation des théâtres continue…

    L’occupation des théâtres continue…

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    © AFP L’Odéon-Théâtre de l’Europe occupé

     Cela tangue encore plus ces jours-ci et dit Robin Renucci, président de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux « Notre responsabilité d’employeur n’est pas d’inciter à l’occupation de nos outils de travail mais nous tenons à saluer la mobilisation des occupants et à les soutenir sur l’ensemble de leurs revendications ».  Mais  le protocole d’une reprise d’activité qui a été présenté à Roselyne Bachelot, début janvier  n’a reçu aucune véritable réponse! Muriel Mayette-Holtz, ex-administratrice de la Comédie-Française, ex-directrice quelques mois de la villa Médicis à Rome et actuellement directrice du Théâtre national de Nice, semble regretter  cet immobilisme: « Nous pouvons ouvrir nos théâtres demain, c’est notre métier de gérer le flux et de le gérer dans les conditions sanitaires requises. »

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    Et à Marseille depuis le 12 mars, le ZEF-Scène Nationale* est occupé. Artistes, techniciens intermittents, travailleurs précaires, étudiants… se sont joints au mouvement lancé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Avec comme dans les autres lieux occupés, des assemblées générales, ateliers, groupes de discussion et réunions.  La programmation est en partie maintenue pour un public restreint, les espaces de répétition sont mis à disposition des artistes et le hall transformé en salle de travail pour permettre aux étudiants isolés de se retrouver.
    « Les revendications portées par la lutte en cours ne sont pas seulement celles de rouvrir nos lieux, mais concernent notre avenir à tous. C’est pour cela que nous les soutenons en grande partie. Nos luttes convergent et vous pouvez, vous aussi, témoigner votre soutien En vous joignant à la mobilisation nationale Le Printemps est inexorable, ce samedi 20 mars de 11 h à 13 h, à hauteur de la place du Général de Gaulle (Marseille 1er). »

    L’occupation de l’Odéon depuis quinze jours est emblématique, en partie  grâce à sa situation au cœur de Paris. Et le mouvement s’étend (voir Le Théâtre du Blog). Mathieu Bauer, le directeur du Nouveau théâtre de Montreuil, ** appelle à la mobilisation « pour faire entendre nos revendications et les partager avec vous. » Cela se passera dans le cadre de l’appel national du SY.N.D.E.A.C. en présence de nombreux partenaires culturels et élus de Seine-Saint-Denis. « Depuis plusieurs semaines, de nombreux syndicats du monde du spectacle appellent à des rassemblements pour exiger la réouverture des lieux de culture, dans l’élan de cette phrase pleine d’avenir de Pablo Neruda, Le printemps est inexorable.

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    ©x Le Nouveau Théâtre de Montreuil

    (…) « C’est pour cela que nous exigeons dans les plus brefs délais, la réouverture de toutes les maisons d’art, lieux de sociabilité, de partage et de rencontres. Cette urgence s’exprime par des mobilisations dans de multiples théâtres, occupés partout en France. Le Nouveau théâtre de Montreuil est à son tour occupé depuis hier par des étudiants d’écoles d’art. Comme nous, ils ne se reconnaissent pas dans le monde qui se dessine. C’est donc avec hospitalité et chaleur que nous les avons accueillis, certains que le désir d’agir qui les habite répond à cette nécessité absolue. Nous sommes au croisement de luttes qui dépassent très largement la question de nos propres interrogations et elles rejoignent l’ensemble des revendications des travailleurs précaires et autres laissés-pour compte  par nos gouvernants. Ensemble, nous devons cultiver, œuvrer à ce printemps et ainsi renouer avec le mot désir, porteur d’avenir. »

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    A Gennevilliers, le T2G *** est aussi occupé par les apprentis de l’ESCA (Ecole Supérieure des Comédiens par l’Alternance) située dans la proche ville d’Asnières et s’associent aux revendications énoncées dans les communiqués de l’Association des Centres Dramatiques Nationaux. »Nous occupons à présent « Nous occupons à l’intérieur, pour qu’il se passe des choses à l’extérieur, le T2 G en solidarité avec nos camarades du Théâtre de l’Odéon, de tous les autres lieux culturels occupés, avec le soutien du Studio-ESCA  et de l’équipe du T2G Centre Dramatique National de Gennevilliers.**  Ils  demandent aussi « l’abandon de la réforme de l’assurance chômage, l’obtention et/ou la prolongation d’une année blanche sur les droits au chômage pour les intermittents du spectacle et son élargissement aux intermittents de l’emploi abandonnés par le gouvernement (extras de l’hôtellerie, restauration, évènementiel mais aussi intérimaires, saisonniers. Et des mesures d’urgence face à la précarité psychologique et financière de tous les étudiants et élèves de France.  Un financement du secteur culturel passant par un plan massif de soutien à l’emploi, en concertation avec les organisations représentatives des salariés de la Culture. Un plan d’accompagnement des élèves et étudiants en cours d’étude et à la sortie pour leur permettre d’accéder à l’emploi. Une date-butoir de réouverture des lieux culturels dans le respect des consignes sanitaires. »

    Un rassemblement sur le parvis du Théâtre d’Orléans aura lieu samedi 20 mars de 14 h à 15 h précédé d’échanges organisés par les occupants à partir de 11 h 30. Et les occupations de théâtres et lieux culturels se multiplient… Et Cela fait maintenant un an que nos lieux culturels sont fermés aux publics, à l’exception de deux ou trois mois en fin d’été dernier. Nous sommes inquiets pour nous, pour l’avenir réservé aux projets que nous continuons de construire avec conviction, pour les artistes et les techniciens intermittents, pour la jeunesse tout juste sortie des écoles professionnelles, qui risque de ne pas trouver de débouchés. La culture ne doit pas être mise à l’écart. Elle est un souffle nécessaire à la vie.

    Et sur le Parvis du Cratère-Scène nationale d’Alès et avec le Festival Cinéma d’Alès – Itinérances,  aura lieu un rassemblement dans le cadre du mouvement Le Printemps est inexorable #feuvertpourlaculture samedi 20 mars de 9 h à 12h.
    La balle est maintenant dans le camp du Gouvernement ou plutôt de l’Elysée, puisqu’on entend davantage Macron parler de la célébration de Napoléon. Quant à Castex et à la Roselyne, ils semblent faire de la figuration intelligente…

    Philippe du Vignal

    *Le ZEF-Scène Nationale, avenue Raimu, 13014 Marseille. T. : 04 91 11 19 30.

    **Place Jean Jaurès à Montreuil (Seine-Saint-Denis) samedi 20 mars à 11h.

    ***ouverturesssentielles.t2g@gmai

     

  • ‘Atomik Family

    Entretien avec Frédéric Dautigny, directeur de l’Atomik Family

    © C. Mourthé
    © Christophe Mourthé

    -Parlez-nous de votre enfance…

    -Chez les forains, nous sommes magiciens de père en fils, de mère en fille. Les femmes sont voyantes et les hommes s’illustrent par l’originalité d’un répertoire souvent emprunté à la prestidigitation. Peut-être un cliché mais dans ma tribu, c’était le cas! J’ai eu une éducation religieuse stricte et j’ai compris que toutes les grandes civilisations se sont construites sur des actes de magie. Et qu’elle pouvait me faire entrer là ou ma condition sociale ne me le permettait pas et qu’avec elle, je n’aurai plus jamais faim ni soif.

     -Et ensuite ?

    -J’ai eu mon premier engagement sérieux au Cirque de Mexico en 1985 à Mérida (Venezuela) devant l’Université des Andes. J’avais acheté mon matériel à la Casa Magica d’Henry à Caracas chez mon maître et mentor Alain P., un Français en cavale en Amérique latine. Il m’a initié à la tricherie, à la cartomagie moderne, au pickpockettisme et à la manipulation de cartes sur scène.

    J’ai été son complice pendant quatre ans mais j’avais le droit de faire seulement des tours devant lui et ses femmes… A l’époque pas d’Internet et trouver des livres de magie était difficile! Un lien sacré unissait donc le maître et l’apprenti. J’ai tout pris comme un cadeau, comme une révélation. Puis en 1989, j’ai débarqué en France et suis allé au congrès de l’Association Française des Artistes Prestidigitateurs à Cannes où j’ai rencontré Tommy Wonder, Lubor Fielder, Bébel, Majax, Bruno Copin et sa muscade ensorcelée. Et des femmes m’ont soutenu, éduqué et ont fait évoluer ma perception du monde. Ensuite des amis artistes, techniciens et entrepreneurs de spectacle m’ont permis de découvrir la richesse et la complexité de la magie…

    Aujourd’hui, notre exposition animée investit des châteaux, hôtels, jardins, sites architecturaux, musées, galeries d’art et festivals dans le monde entier. Elle prend la forme d’une visite guidée par petits groupes selon une durée précise, exactement comme pour un entre-sort. Le spectateur n’est pas captif et nous exploitons sa curiosité pour tout ce qui est étrange, primitif, animal, dépaysant…

     -Et votre cabinet de curiosités?

    -Dans cette exposition, le public rencontre des créatures étranges, voit farces surnaturelles et trésors cachés, que l’on offre aux regards par intermittence ou pour une brève visite et il se souviendra alors de ce qu’il avait oublié. La Famille Atomik est douée d’une aura singulière dont la vertu magique est attachée à la culture de la curiosité et du mystère. Et nous intégrons une touche humoristique à la mise en scène qui, avec le boniment, est si outrancière que le public en perçoit l’intention comique. En jouant sur cette frontière, nous le rendons complice de l’arnaque. Par « cabinet de curiosités », nous entendons bien sûr, la mise en scène d’individus ayant des anomalies physiques, mentales ou comportementales, réelles ou simulées pour le divertissement… et le profit.

    -Quelles sont vos relations avec les autres magiciens ou artistes ?

    J’admire les prestations de Channing Pollock, Haruo Shimada, Slydini… En cartomagie, René Lavand, Ricky Jay, Del Ray et Steve Forte m’ont aussi impressionné. Comme Philippe Genty et ses marionnettes: je n’ai toujours pas compris ses trucages. Mais j’aime beaucoup aussi aussi ces chorégraphes de génie que sont Pina Bausch et Carolyn Carlson, des clowns comme Grock, Georges Carl, Oleg Popov et le provocateur Léo Bassi. Le conteur Georges Gougaud, les mimes Marcel Marceau et Claude Kipnis et de grands acteurs comme Charlie Chaplin, Orson Welles et Guy Williams, le Zorro mythique dont je suis aujourd’hui le sosie officiel. Mais je suis surtout attiré par la tricherie sacrée, la para-psychologie, la magie «rêvante», bizarre ou rituelle, celle aussi qui  est liée au conte, au théâtre d’objets, à la marionnette et aux arts décoratifs…  Bref, celle qui se lit comme un bulletin d’informations du divin.

     -Vous avez été influencé par des bateleurs et charlatans?

    Bien sûr, mais aussi par des illuminés ou gourous, des penseurs,  poètes et écrivains ésotériques. Et par des fabricants d’entre-sorts, des faussaires et autres artistes atypiques. Les magiciens sont à la fois metteurs en scène, acteurs et à un degré très variable, mécaniciens. Mais aussi sculpteurs, décorateurs et costumiers, électroniciens, auteurs, communicants, entrepreneurs… Un vrai sacerdoce et mieux vaut ne pas l’oublier, si on veut durer dans ce métier.

     -Il semble qu’on assiste de plus en plus à un démembrement de la magie? -Oui, sans doute à cause d’une idéologie qui a fait de nous  des acteurs du lien social, du vivre ensemble et non plus d’éternels rebelles au grand cœur…  Avec le corporatisme et la copie, on force l’artiste à entrer dans un moule façonné par les «docteurs de l’art collégial ». Conséquences: plus de magie avec animaux, ballons et pyrotechnie mais bientôt avec le digital et le virtuel, sans doute plus un magicien sur scène ! Et le public verre des spectacles qui ont les mêmes codes et moyens d’expression…

    Notre but : créer un divertissement plaisant mais aussi donner forme à ce qui doit rester l’indicible par excellence. Pour l’Atomik Family, le magique est avant tout la surprise et la turbulence. Chaque art possède en sa mémoire mythique, une parcelle du savoir caché de l’univers et celui des magiciens a, et au plus haut degré, cette réminiscence. Sans culture, notre art disparaîtrait et deviendrait vite un puzzle… Comment répondre à  cet engouement pour la pensée magique? En inventant des histoires? En évoquant des mystères de pacotille? Le magicien, chroniqueur, faiseur d’opinion et maître du verbe, doit connecter une histoire à une expérience émotive forte. Il fait le lien entre culture populaire et culture savante… En théorie bien sûr, mais dans la réalité du marché, c’est plus difficile et nous sommes aujourd’hui souvent perçus comme des amuseurs publics qui doivent, s’ils veulent remplir leur marmite, s’adapter au niveau culturel de leur auditoire.

    – A part la magie, vous faites quoi, de la cuisine, vous vous baladez?

    -Oui bien sûr mais pas seulement. J’aime aussi créer des jardins, aller à la pêche, faire des voyages, rechercher des artefacts anciens. Et j’ai commencé à écrire un livre qui rassemble et révèle nos idées, textes mais aussi nos fêlures et notre singularité artistique…

    Sébastien Bazou

    Interview réalisée le 7 mars. https://www.facebook.com/lafamilleatomik/

     

     

  • Renversante de Florence Hinckel, adaptation et mise en scène de Léna Bréban

    Renversante de Florence Hinckel, adaptation et mise en scène de Léna Bréban

    L’auteur, après une licence de programmation analytique, devint professeure des écoles à Marseille, en Guyane et Guadeloupe. Puis elle s’est consacrée entièrement à l’écriture avec surtout des séries pour les enfants et adolescents comme La Famille Papillon, Le Chat Pitre, Nos éclats de miroir, L’Eté où je suis né, Les Copains, le soleil et Nabila. Et dans Le Grand Saut, elle traite d’un sujet qu’elle a bien connu comme enseignante…  l’inégalité des chances. Florence Hinckel a aussi une réflexion critique sur des thèmes de société actuels comme l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, le transhumanisme…

    Le spectacle, joué dans les établissements scolaires de Saône et Loire, a été produit par l’Espace des Arts- Scène nationale de Chalon-sur-Saône où Léna Bréban avait présenté  Verte, un beau spectacle pour enfants (voir Le Théâtre du Blog). Dans Renversante.  Florence Hinckel utilise un procédé littéraire bien connu : l’inversion mais avec une rare virtuosité d’écriture. Deux adolescents Léa et son frère Tom, découvrent que les rues et  établissements scolaires ont des noms de femmes célèbres. Tom: On s’est mis à regarder le nom des rues: rue Jeanne d’Arc, Lea: rue Louise Labbé. Tom : avenue Maria Callas. Lea: square Rosa Luxembourg. Tom: impasse Roselyne Bachelot. Lea: place Olympe de Gouges. Tom: boulevard Marie Curie … et plein d’autres noms de femmes qu’on ne connait pas. Mais Papa a raison : il n’y a pas beaucoup de noms d’homme. »
    Lea : Ce n’est pas de leur faute, c’est juste parce que les pauvres ont passé des siècles et des siècles à devoir faire le ménage, la cuisine, les courses et qu’on ne peut pas tout faire dans la vie. Tom : Oui mais du coup, ils n’ont pas eu le temps de s’instruire et créer des choses. Léa: Ils peuvent être fiers quand même, parce qu’ils font la plus belle des choses au monde.  Tom et Léa ensemble : Ils élèvent les enfants ! »

    Ces deux-là remarquent aussi que, dans toutes les écoles, le féminin l’emporte sur le masculin. Réputé plus noble que le masculin à cause de la supériorité de la femelle sur le mâle. Et on ne semble pas vouloir remettre en cause cet ordre établi depuis si longtemps. Mais Léa et Tom adoptent un autre point de vue  et réfléchissent aux clichés de la domination féminine…jusque dans leur cour d’école. Tom pense en effet que les filles prennent toute la place dans la cour et que les garçons n’ont plus qu’un petit espace pour eux. Mais Léa lui réplique vertement : « Gnagnagna.  De toute façon, ton jeu c’est de la merde ! (…) Alors que la coupe du monde de football féminine est suivie par, des milliardes ! des milliardes de gens tout autour de la planète ! Casse-toi ! »

    Et entre eux, il est aussi question de couleur masculine ou féminine. Léa : J’ai réalisé que la couleur rose, traditionnellement associée aux filles, n’était pas du tout mal vue. Tout le monde porte du rose, garçons ou filles, sans être moquée. Tom : Alors que pour le bleu, c’est très différent. Léa : Comme bleu = garçons, cela signifierait que les garçons sont vraiment mal perçus dans la société ? J’ai un petit peu de mal à le croire. Tom : (au micro en boucle) Grosse gouinasse ! Fille manquée ! … Léa : Le monde n’est quand même pas aussi sexiste !

    Et voilà, les grands mots sont lâchés. Et le frère et la sœur enfoncent le clou avec une certaine jouissance. Tom: Stop ! C’est bizarre, cette règle grammaticale qu’on nous apprend à l’école, que le féminin l’emporte toujours sur le masculin. Et Léa s’adresse au public: « Excusez-nous, mon frère fait son intello… Tom: Non, mais pardon, là je découvre dans cette encyclopédie que le féminin n’a pas toujours primé dans la langue française. « 

    Les dialogues de l’adaptation théâtrale qu’en a faite Léna Bréban sont incisifs et la  place des hommes et des femmes ainsi revue et corrigée devient aux yeux des spectateurs assez aberrante mais la démonstration a parfois une tendance féministe parfois appuyée. Le procédé artistique et littéraire de l’inversion est connu depuis le XII ème siècle et on peut ainsi voir notamment sur le tympan de l’abbatiale de Conques (Aveyron) une femme sur les épaules d’un homme. Un renversement de l’autorité maritale? Et deux lapins marchent en portant un braconnier ficelé sur une perche…

    Mais désolé, Florence Hinckel, les choses ont évolué, il y a déjà même quarante-sept ans, votre âge et un âge que nous connaissons aussi… Préparation des biberons, changement des couches, lessive, cuisine au quotidien et bain du bébé. Plus tard, accompagnement à l’école maternelle, puis à l’hôpital pour une très grave opération, visites chez pédiatre et cardiologue, nombreux papiers de Sécurité sociale et d’impôts à remplir, conduite de la voiture, courses hebdomadaires au supermarché, c’était qui, à votre avis? Et tiens, au fait, pourquoi y a-t-il aussi toujours si peu de boutiques de vêtements et de chaussures pour hommes et tellement pour les femmes?  Alors, s.v.p., Florence Hinckel, sur la question des inégalités hommes/femmes et sur le sexisme, ne cédez pas à la facilité et ne jetez pas tous les maris, compagnons, papas avec l’eau du bain… Le droit à la parité, cela existe aussi pour chaque sexe mais, en ces temps où règne madame Mi-Tout, on a tendance à l’oublier… 

    Bon, mais pour Renversante, nous n’allons pas chipoter notre plaisir… Ici en une demi-heure, le tour est joué et cette savoureuse inversion des stéréotypes passe d’autant mieux la rampe… qu’il n’y en a pas. Le spectacle est en effet joué dans une salle dite polyvalente du collège Pasteur à Mâcon donc sans artifices techniques, avec distanciation de rigueur: élèves masqués et assis à plus d’un mètre l’un de l’autre, et profs et principal du collège dans le fond. Et acteurs aussi masqués, non pour le jeu mais pour la discussion qui suit… exactement au même endroit. Comprenne qui pourra aux règlements de l’Education Nationale…

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    Donc aucun décor autre qu’une table, des accessoires et éléments de costumes et perruques avec changement  à vue. Mise en scène simple mais rigoureuse, proche de celle d’un spectacle d’agit-prop, pouvant trouver sa place n’importe où et joué à un excellent rythme. Léna Bréban  interprète Léa et Antoine Prud’homme de la Boussinière (Tom) lui donne la réplique, un peu en mineur mais avec une belle complicité… La metteuse en scène s’est emparée du texte avec une  grande maîtrise et réussit à faire passer cette réflexion à la fois drôle et caustique sur la place actuelle des femmes dans la société. Les acteurs jouent plusieurs personnages (Léna Bréban affublée vite fait d’une moustache, est aussi excellente dans le rôle du père), impressionnent ces élèves de quatrième très attentifs.
    Le spectacle parfaitement rodé dure seulement trente-cinq minutes et précède une entretien de vingt-cinq minutes entre élèves et comédiens. Là aussi Léna, Bréban, très solide, assure les choses avec efficacité, répond avec précision aux questions souvent très fines, donnant la parole à l’un ou l’autre et en la faisant circuler, tout en gardant un œil sur le temps qui passe. Chapeau. 

    Par ces temps de confinement et de couvre-feu, les élèves des collèges de la région ont bien de la chance. Léna Bréban a aussi mis  en scène pour la Comédie-Française avec, excusez du peu, les excellents Dominique Blanc, Thierry Hancisse et Hervé Pierre, une adaptation -qu’elle a écrite avec son complice Alexandre Zambeaux- de Sans Famille. Le célèbre roman d’Hector Malot a fait couler des torrents de larmes chez les enfants depuis plus d’un siècle et nous avions hâte de voir cette création. Tout était prêt au Théâtre du Vieux-Colombier pour plusieurs semaines de représentations, quand est arrivé le couvre-feu! Mais Léna Bréban le mérite bien, cette création a été maintenue mais reportée… en novembre prochain si tout va bien.  D’ici là, croisons les doigts et espérons voir plus clair! 

    Philippe du Vignal

    Spectacle vu le 8 mars au collège Louis Pasteur, 50 Impasse Pasteur, Mâcon (Saône-et-Loire).