Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Solange Barbizier

Critique de théâtre

Laurent Schteiner

Critique de théâtre

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • Entretien avec Ben Rose, magicien

     

    Entretien avec Ben Rose, magicien

    -Quel a été votre parcours ?

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    -Mon père avait un cabaret où il présentait ses spectacles avec un de ses amis, Bertran Lotth et j’ai donc été marqué très tôt, vers quatre ans, par la magie. J’ai vu, absolument fasciné, le même spectacle plus d’une centaine de fois. Depuis, l’ambiance particulière des salles me ramène à ce souvenir d’enfance. Adolescent, j’accompagnais mon père dans ses tournées et j’ai alors touché un peu à tout: technique, jeu, etc. et j’ai beaucoup observé. Cela restait cependant un loisir et, comme je n’étais pas un féru de magie, je n’imaginais pas en faire mon métier.

    Par la suite, j’ai fait une licence d’audiovisuel, une école de théâtre et une formation en psychothérapie. Je continuais à voir beaucoup de magie mais sans m’ y projeter comme professionnel.  Puis, j’ai redécouvert l’illusion via mes études de cinéma avec Georges Méliès, Orson Welles, Fregoli, Christian Fechner… Puis je m’y suis intéressé plus sérieusement et, quelques années plus tard, j’ai commencé à travailler avec Bertran Lotth et son équipe avec qui j’ai énormément appris. J’ai aussi suivi des formations en burlesque, mime, masque, notamment à l’école Jacques Lecoq et il y a peu, en magie nouvelle avec la compagnie 14:20.

    -Votre père vous a sans doute  accompagné dans ce métier ?  

    Oui, mais aussi Bertran Lotth et mon ami Damien Bonnel, compositeur et scénariste, qui m’a beaucoup nourri en créativité. A l’émission La France a un incroyable talent, j’ai rencontré Éric Antoine, Yves Doumergue, Blake Eduardo. La collaboration avec Arnaud Dalaine a été aussi une expérience enrichissante; il y a quatre ans, il m’a proposé de mettre en scène à la Maison de la magie Robert Houdin à Blois, Curiosa, un spectacle sur la vie de Léonard de Vinci. Mais j’ai plutôt une affinité pour la magie de scène et  de cabaret. J’aime aussi beaucoup le close-up,  avec son côté intime,  quand la technique et la dextérité dépasse l’effet.

     -Vous aimez aussi sûrement David Copperfield?

    -Oui, bien sûr mais aussi Derek Del Gaudio, Derren Brown, Yann Frisch, Mac Ronay, Gaëtan Bloom, Garcimore, James Hodges, Éric Antoine… Et les pièces d’Etienne Saglio. En fait, tous les styles de magie m’attirent. Ce que j’aime avant tout: la surprise, la découverte mais aussi la scénographie, l’écriture,  le travail sur le rythme et le jeu… Et la générosité d’un spectacle. Qu’offre-t-on au public? Nous devons nous préoccuper d’abord de ce qu’il perçoit, pour qu’il puisse vivre quelque chose de surprenant…

     -Mais qui vous a aussi vraiment influencé ?

     -Buster Keaton, Jacques Tati, Charlie Chaplin, Pierre Étaix, avec leur univers empli de poésie… Mais  aussi Orson Welles, Christopher Nolan, Philippe Genty, James Thierrée, Jacques Delord…J’aime bien les œuvres des photographes, et des peintres : ils arrivent à nous raconter quelque chose en une image.

     – Un petit conseil à un débutant…

     – D’abord faire une psychanalyse pour comprendre pourquoi on veut  entrer dans ce métier… Je plaisante et il y a d’abord le savoir-faire: s’entraîner, se former, apprendre, découvrir, être curieux… Bref, un travail tourné vers les autres. Et la connaissance de soi, pour mieux comprendre qui on est et pourquoi on est ici et ce que l’on  veut raconter : tout un travail intérieur. 

    Pierre Richard résume cela très bien, quand il parle des artistes qui l’ont marqué : «Ce que je ressentais comme tout le monde, ils m’en ont parlé comme personne.» Nous faisons tous les mêmes tours et racontons les mêmes choses mais comment procéder pour que cela devienne authentique? J’aime voir évoluer la magie en fonction des époques. Elle s’adapte à des artistes comme Éric Antoine, Viktor Vincent, Gus, Antonio, Luc Langevin, les Frenchs Twins, Mathieu Stepson et bien d’autres. Ils m’ont permis d’avoir une belle visibilité sur ce métier. J’aime aussi beaucoup les créations de la compagnie 14:20, d’Étienne Saglio, Yann Frisch et de Blizzard Concept… 

    La magie, souvent associée à d’autres arts est maintenant importante dans les programmations de lieux. Cela fait naître un nouveau regard chez le public et l’encourage à aller voir nos spectacles. Il faut je crois, être curieux de tout en général et j’adore cette phrase d’Albert Einstein: «L’imagination est plus importante que le savoir ».

     Sébastien Bazou

    Interview réalisée le 12 mars.

    https://www.benrose.fr/
    A voir : la mini-série magique Magie en Rose. https://www.benrose.fr/magie-en-rose/

     

     

     

  • Deuxième version de Rabudôru, poupée d’amour, écriture et mise en scène d’Olivier Lopez

    Deuxième version de Rabudôru, poupée d’amour, écriture et mise en scène d’Olivier Lopez (à partir de douze ans)

    Signe des temps: il y a deux versions de cette pièce. L’une filmée par des cadreurs  qui suivent les acteurs et visible en simultané sur Internet. Recréation, traduction, transposition? On choisira… En tout cas, pas une captation… tant mieux, plutôt réservée à des plans fixes et en principe destinée à un usage interne par les compagnies. Et l’autre sur une scène avec écran dans le fond où sont retransmis en gros plan, les visages des personnages.

    Nous vous avions parlé de cette expérience en novembre dernier (voir Le Théâtre du Blog) qui rappelle -un peu- le bon vieux temps d’Au Théâtre ce soir, cette émission de télévision encore en noir et blanc mais très populaire créée par Pierre Sabbagh en 1966. Il y avait la force du direct, et même si cela ne plaisait guère à une critique de gauche, vu le peu d’originalité des pièces ainsi recréée. Et aussi un moment de théâtre avec le partage sinon d’un même espace mais d’un même temps, entre quelques centaines de spectateurs à Paris et un autre public immense mais invisible assis devant un écran de télévision… Depuis les caméras ont beaucoup évolué, comme le théâtre et la retransmission en général. Pour Nabudoru, poupée d’amour : 3.025 lectures pour 1.406 connexions uniques à travers quarante-trois pays, ce qui était inimaginable il y a même vingt ans.

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    ©Alban Van Wassenhove

    Alban Van Wassenhove

    Mais cela donne-t-il envie à un éventuel public y aller voir de plus près? Non, et fonctionnent bien mieux, de courts extraits en général impeccablement filmés et ensuite diffusés dans un  Journal Télévisé national. La frustration… une vieille et bonne recette que connaissent bien les grands théâtres nationaux. Cinquante secondes sur une grande chaîne la veille au soir, et à Chaillot, au temps de Jérôme Savary, les ventes de billets le lendemain matin s’enflammaient… Il était donc intéressant d’aller voir la pièce, en vrai comme disent les enfants, sur un plateau de théâtre comme celui du Volcan au Havre, même sans véritable public avec, pour filmer cette version, des cadreurs discrets sur le plateau. Où est cassée toute possibilité d’illusion, mais cette fois en trois dimensions et non plus en images sur un écran! Sans doute la première fois pour un critique; le chemin étant toujours inverse!

     

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    ©Alban Van Wassenhove

     

     

    La douzaine de spectateurs que nous étions dans cette salle de quelque sept cent places a donc vu «en présentiel » comme dirait Macron, l’histoire de ce jeune couple qui attend un enfant. Nora et Thierry vivent dans une petite ville de la province française où, comme souvent, hélas, les industries locales sont durement touchées par la concurrence asiatique. L’entreprise de jouets où ils travaillent, qu’un groupe japonais, la Rabudôru Industry a racheté, va devoir fabriquer de belles poupées en silicone à taille humaine et à vagin amovible, vendues là-bas à des milliers d’exemplaires… La direction propose à Thierry un travail intéressant avec des responsabilités et beaucoup mieux  payé. Mais Nora refuse de fabriquer ces curieuses femmes-objets, au nom du danger moral qu’à son avis, elles représentent pour la société. Un point de vue sans doute occidental! Pour nous, cette poupée aux arrières goûts de poupée gonflable donc connotée sex-shop a sans doute quelque chose d’ambigu, entre rêve de possession sentimentale et usage sexuel d’un mannequin produit industriellement, sans aucune identité et ravalé au rang de denrée consommable.

    C’est aussi la question même de l’objet fantasmé qu’aborde aussi finement Olivier Lopez. Nora va quand même réussir à créer un mouvement social dans cette entreprise qui n’avait pas besoin de cela, aux dires de Thierry, en désaccord total avec sa compagne. Crise dans le couple: lui, ambitieux, ne résiste pas aux sirènes de la Direction qui lui offre ce poste de cadre dont il rêvait. Et pour montrer l’exemple, il achète une de ces poupées pour réconforter son père qui a un sérieux début d’Alzheimer… Certains de ses collègues approuvent la lutte de la jeune femme et la soutiennent mais d’autres voient  dans cette nouvelle orientation de l’usine, une possibilité de les sauver d’une faillite menaçante. La fabrication, très au point, fonctionne bien mais les ventes  ne décollent pas… Différence de culture, prix élevé, mauvaise anticipation d’un marché plus limité qu’annoncé,  conflits dans l’entreprise…Bref, rien n’est vraiment dans l’axe!

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    © Alban Van Hassenhove

    Mais Thierry s’accroche, croit beaucoup à ce concept, révolutionnaire selon lui. Miracle en effet : son père, depuis qu’il a cette poupée,  semble aller un peu mieux… Le médecin de famille veut se reconvertir et devenir chanteur… Comme il a besoin d’argent, « acheté » par Rabudôru Industry, il vantera les bienfaits du produit auprès de ses patients seuls et/ou malades. Thierry lui, a investi son argent personnel dans l’aventure. Au grand effroi de sa compagne qui voit s’envoler l’espoir d’une maison bien à eux, et arriver sans doute la mort programmée de son couple. Thierry reprend espoir: tout d’un coup, les ventes commencent en effet à se développer mais retombent et l’entreprise cette fois  n’y survivra pas… Le jeune couple non plus.

    Ce spectacle, très rodé, a été joué depuis plusieurs fois au Luxembourg, pays moins rigide que la France, côté contraintes sanitaires. Et cela donne quoi ? A la fois, du bon et du moins bon, en sachant que c’est, de toute façon, une étape de travail. Difficile pour les acteurs en effet de jouer sans vrai public… Ils sont pourtant tous très solides : Laura Deforge, une des remarquables clownesses de Bienvenue en Corée du Nord  qu’avait créé Olivier Lopez il y a trois ans (voir Le Théâtre du Blog) est tout à fait convaincante en Nora. Même si, au début, le texte patine un peu et si la jeune actrice qui  a une belle présence, semble avoir un peu de mal à s’adresser à ses copains syndicalistes prétendument réunis dans cette grande salle vide. Alexandre Chatelin, lui, joue très finement le compagnon de Nora hésitant sans arrêt et qui finit par s’empêtrer dans ce plan mal arrimé où il perdra jusqu’à son identité et son argent personnel. David Jonquières est aussi très crédible dans le rôle de ce médecin naïf, fasciné par les grandes figures de la chanson rock qui veut se reconvertir comme chanteur.

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    © Alban Van Hassenove

    Mention très spéciale à Didier de Neck, comédien et metteur en scène belge qui joue ce père atteint d’Alzheimer réussissant à apprendre le néerlandais! Comme c’est la langue natale de ce formidable acteur, il nous embarque avec une grande aisance dans cette fable contemporaine.

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    Direction d’acteurs irréprochable mais cette mise en scène souffre d’une installation de tubes fluo aux couleurs qui changent, montée sur châssis roulants et inspirée par les belles sculptures lumineuses de l’artiste américain Dan Flavin. Mais ce qui se voit moins retransmis sur un écran, prend ici une importance que rien ne justifie. Les acteurs et régisseurs passent beaucoup de temps à les faire circuler et à les disposer autrement sur ce grand plateau -en fait, quelques dizaines de secondes- mais cela ne fonctionne pas bien, parasite l’action et casse le rythme.

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    ©Alban Van Hassenove

    Autre réserve : deux écrans en fond de scène où on voit mal, parce que mal éclairés, les acteurs en gros plan. Désolé, cette vieille recette n’apporte strictement rien…  Venue d’Allemagne il y a une vingtaine d’années et très souvent utilisée par des metteurs en scène comme, entre autres, Frank Castorf et devenue un véritable fléau… Les acteurs étant réduits à des petites marionnettes surtout sur un aussi grand plateau. Dans ce Rabudôru, poupée d’amour, il y a en fait trop d’informations à percevoir : texte, son, lumières prégnantes, gros titres projetés, jeu des acteurs, présence de la poupée… Bref, cette  mise en scène pourrait  être assez facilement épurée. Mais bon, nous avons assisté à une représentation qui n’en est pas vraiment une, et un metteur en scène, même averti comme Olivier Lopez, peut-il créer dans ces conditions l’irremplaçable « hic et nunc » depuis que le théâtre existe? La réponse est malheureusement non, quand la salle est vide. Il vaudra mieux retrouver Rabudôru, poupée d’amour, un spectacle d’une indéniable qualité, au Théâtre des Halles à Avignon où il devrait prendre sa véritable dimension.

    Philippe du Vignal

    Représentation pour les professionnels vue le 23 mars au Volcan-Scène Nationale du Havre (Seine-Maritime). 

    Sous réserve: festival off d’Avignon, Théâtre des Halles du 7 au 27 juillet.

     

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  • Zébrures de Printemps : Festival des écritures

    Zébrures de Printemps : Festival des écritures à Limoges

    Ce Festival de printemps consacré à l’éclosion des écritures théâtrales francophones a vu sa première édition annulée l’an dernier, pour cause de confinement.  Il renait cette année, mais à jauge réduite, et en présence des seuls professionnels. Le public pourra, et c’est heureux, découvrir certaines pièces entendues en lecture, sous forme de spectacles cet automne, comme L’Amour telle une cathédrale ensevelie de Guy Régis Junior, La Cargaison de Souleymane Bah ou Chaos de Valentine Sergo… Nous avons découvert les lauréats des Prix partenaires des Francophonies, celui de R.F.I. : Souleymane Bah, de la S.A.C.D. : Andrise Pierre et d’Etc Caraïbes: Françoise Dô. Et de jeunes autrices venues en résidence à la Maison des auteurs des Francophonies où ont été accueillis quelque deux cents écrivains francophones depuis 1988. Avec trois studios et un espace partagé, cette Maison leur offre aussi l’accompagnement de dramaturges et metteurs en scène chevronnés…

    Cette manifestation printanière est l’occasion pour le nouveau directeur, Hassane Kassi Kouaté, de faire valoir ces activités peu visibles mais, pour lui, essentielles : «Qui va faire aujourd’hui sortir les Hakim Bah, les Aristide Tarnagda… sinon nous ? Je veux rester sur ce créneau et les autrices -pas assez nombreuses- sont aussi une priorité.  Soutenues par des parrains et marraines dans leur pays, elles pourront faire plusieurs séjours à Limoges.»

    Malgré quelques annulations, il y a eu une dizaine de lectures à l’Espace Noriac, une ancienne chapelle et dans des établissements scolaires des environs. Nous en aurons vu en un seul week-end suffisamment pour apprécier ce Festival des écritures. Comme l’affirme Hassane Kassi Kouaté, l’enjeu principal reste de «parler du monde autrement, par d’autres fenêtres, sous d’autres angles ».

    L’Amour telle un cathédrale ensevelie de Guy-Régis Junior

    Lamour_telle_une_cathédrale_ensevelie©ChristophePean-11
    © Christophe Péan

    Resté à Port-au-Prince où il dirige le festival des Quatre-Chemins (voir Le Théâtre du blog), l’auteur haïtien a confié la mise en espace de sa dernière pièce à Catherine Boskowitz. Mais il en assurera la création aux Zébrures d’automne, avec la même distribution. Cela commence très fort  avec une première scène, entre La Mère du Fils intrépide et Le Retraité Mari. Elle: -Enlève ta main. Ne me touche pas. Je déteste ta main posée sur moi. Je déteste que tu me touches. »  Lui : -Je t’aime. Elle: -Foutre! Ne me touche pas. La haine, ma haine est meilleure que ton amour. » 

    Pourquoi tant de haine? A l’image de la cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince,  anéantie par un tremblement de terre et toujours en ruines comme le pays, l’amour de cette femme est mort, avec la disparition de son fils sue les routes de l’exil… Elle l’avait devancé en allant dans une région du Nord, épouser un veuf retraité, pour avoir l’argent nécessaire à l’éducation du jeune homme resté au pays. Vain sacrifice. 

    Après ce violent préambule, la pièce bascule: l’histoire de ce jeune homme ouvre une béance dans le huis-clos irrespirable du couple, un chant tragique où alternent le français et le créole. Sur «un petit voilier en haute mer, engorgé de boat-peoples, Le Fils intrépide filme et chante, pendant qu’un chœur de boat-people donne le refrain et chante à leur tour. » L’appel du large apporte un souffle poétique à la pièce qui s’achève sur un magnifique monologue de la mère: Nathalie Vairac, une actrice guadeloupéenne à qui le texte est dédié. Amos Coulanges, Fred Fachéna, Wilda Philippe et Léo Jean Baptiste servent cette performance et cela laisse augurer d’un très beau spectacle dont la partie en mer sera chantée et filmée. Tournage prévu sur l’île de Gorée au Sénégal où travaille actuellement Nathalie Vairac. A suivre…

    Chaos de Valentine Sergo

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    Valentine Sergo © Christophe Péan

    L’autrice qui dirige une compagnie indépendante à Genève, présente une pièce avec quatre comédiens, qu’elle mettra en scène aux Zébrures d’automne. Hayat, dix-huit ans, a quitté son pays en guerre, après avoir accouché clandestinement et abandonné sa fille à une mère dure et résignée et à un père incestueux. On la retrouve dix ans après, femme de ménage dans un E.P.H.A.D., terrorisée à l’idée de perdre son travail. Où est passée la jeune rebelle affrontant sans peur les soldats et qui rêvait d’être danseuse ?

    L’écriture avec des allers et retours entre présent et passé, charrie le vécu douloureux des victimes de conflits. Valentine Sergo puise son inspiration dans les ateliers d’écriture et de jeu qu’elle mène en Suisse auprès de femmes migrantes. Mais aussi en Cisjordanie où elle est allée plusieurs fois, à l’invitation d’associations humanitaires, pour diriger des groupes de théâtre amateur rassemblant Israëliens et Palestiniens : «J’ai entendu beaucoup d’histoires: toutes ces voix se sont cristallisées en une seule femme, Hayat.» L’autrice, en mêlant plusieurs destins en un seul personnage, charge un peu la barque, mais son écriture alerte et un montage serré de courtes séquences où chaque situation reste en suspens, évitent le pathos. On s’attache dès lors à cette histoire familiale qui devrait devenir une trilogie: Cyclone.

    Sur les pas de Kateb Yacine, extraits de son œuvre poétique, imaginé et porté à la scène par Mohamed Kacimi

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    © Christophe Péan

    « Quand je pense au théâtre, je vois d’abord ma mère, elle fut un merveilleux théâtre, elle avait le coup d’œil de l’enfant terrible.» Ainsi commence cet hommage accompagné par la voix profonde et les compositions mélodieuses de Souad Massi. Présent aux Zébrures d’automne avec Congo Jazz Band, l’auteur revient à Limoges et fait revivre en deux heures son compatriote disparu il y a trente ans. Un spectacle créé en mars dernier à la Maison de la Poésie à Paris mais qui n’a pu y être joué pour cause de covid. C’est un vrai bonheur de e suivre sur les traces de l’écrivain kabyle dont on apprend en fait que le prénom est Yacine, et le nom de famille : Kateb.

    A partir d’entretiens, archives filmées, émissions de radio, nous remontons jusqu’à son enfance dans une famille «atteinte du virus artistique» où les scènes de ménage se faisaient en vers. Sous l’injonction de son père, le jeune poète se forme à la langue française. « L’école française allait m’arracher à ma mère. (…)  J’avais perdu ma mère et ma langue. » Nous assistons avec lui aux massacres de Sétif, le 8 mai 1945 où sa mère est devenue folle, parce qu’elle le croyait mort.  Mais aussi à la rencontre avec son grand amour, sa cousine Nedjma. Et à des épisodes plus cocasses comme celui où dans un bordel à Constantine, une prostituée amoureuse de lui obligeait chacun de ses clients à acheter Soliloques, son premier recueil de poésie.  Cela fit de lui à dix-sept ans, «peut-être le seul poète au monde qui pouvait vivre de sa plume, en faisant vendre sa poésie dans un bordel arabe par une pute analphabète à des lecteurs qui ne savaient ni lire ni écrire. »

    Bientôt, le voilà en France. «Monté à Paris au même âge que Rimbaud! » Il rencontre un Aragon bien peu sympathique mais aussi Paul Eluard et il se lie d’amitié avec Jean-Paul Sartre. En Algérie, en pleine guerre, il travaille au quotidien Alger Républicain dirigé par Henri Alleg et raconte comment il y a publié un reportage sur un pèlerinage à la Mecque où il n’a jamais mis les pieds. Mais le journalisme l’ennuie. Et paraitra Nedjma, une bombe dans le ciel de la littérature. Dans ces mêmes années, Jean-Marie Serreau montera confidentiellement à Bruxelles sa pièce Le Cadavre encerclé.

    Malgré le soutien d’Armand Gatti et d’autres écrivains ou artistes, il reste marginalisé , en France comme dans  son pays, à cause de ses positions radicales. Sa grande amertume : l’Indépendance tuée dans l’oeuf dès 1962 : «L’armée a fait entrer les loups islamiques dans la bergerie algérienne, au premier jour de l’Indépendance. » Mohamed Kacimi conclut par un texte qui rejoint ses propres convictions… et d’une brûlante actualité: «Si je devais laisser un testament, c’est ma haine des religions. Ce qui a esquinté le monde, ce qui m’a esquinté et ce qui vous esquinte aujourd’hui, ce sont les religions. Ces trois religions monothéistes font le malheur de l’humanité ».

    Habile conteur, Mohamed Kacimi, par cette biographie poétique et riche en anecdotes, ressuscite avec ferveur et humour celui qui voulait «mettre à nu la barbarie coloniale en utilisant comme un barbare, la langue française. (…) Que la langue française parle algérien. » Une invitation à poursuivre ce voyage avec la lecture de l’œuvre de Kateb Yacine, qui constatait, non sans ironie: «Je suis un mythe, tout le monde me connait mais personne ne m’a lu.» Il faut espérer que ce spectacle puisse continuer son périple…

     Mireille Davidovici

    Les Zébrures du printemps, du 20 au 28 mars.

    Les Francophonies des écritures à la scène, 11 avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne) T. : 05 55 10 90 10.