Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • ‘Alexandra Badea

    La Diagonale du vide, texte et mise en scène d’Alexandra Badea

    C’est la troisième volet de la trilogie Points de non-retour (voir Le Théâtre du Blog). Avec pour thème, un épisode de l’histoire de France pas très flatteuse : à partir de 1962, plus de 2.100 enfants de l’île de la Réunion «abandonnés ou non» furent enlevés pour repeupler des départements comme la Creuse, le Gers, le Tarn, etc. Coupable de cette catastrophique initiative qu’il faut bien appeler une déportation: Michel Debré alors député de la Réunion! Il avait été Premier ministre du Général de Gaulle alors Pésident de la République, il démissionne trois ans plus tard. Il sera ensuite ministre de l’Économie et des Finances de 1966 à 1968, puis des Affaires étrangères de 1968 à 1969.  Le cauchemar pour ces enfants arrivés en short et sandales en plein placés dans des familles d’accueil,ou travailleurs non rémunérés dans des fermes! Comment un haut personnage de l’Etat a-t-il pu faire admettre à l’Etat, ce qu’il faut bien appeler un acte de barbarie, avec l’accord tacite de la chambre des Députés ? Une histoire très peu glorieuse de la V ème République… Et nombre de ces enfants en restèrent traumatisés à vie…

    « Ce qui m’a bouleversée, dit Alexandra Badea, à la lecture de la documentation des « enfants de la Creuse » est ce sentiment d’arrachement, la perte d’identité, le déracinement, le sentiment d’abandon, de solitude. J’ai été particulièrement touchée par les fratries brisées et par le destin de ces jeunes filles qui ont sombré dans une dépression extrême et qui ont mis fin à leurs jours au sein des foyers d’accueil. (…) Le fil principal est donc l’abandon de la famille mais aussi l’abandon de l’État. Qui sont ces enfants qui peuplaient les foyers de la DDAS dans les années 80 ? Enfants de la Creuse, enfants d’immigrés nord-africains, enfants des ouvriers ou mineurs qui se retrouvent du jour au lendemain dans une violente précarité suite à la fermeture de certaines branches de l’industrie. »

    Cela se passe dans un foyer d’accueil abandonné et fermé. Nora réalise un documentaire, prétexte pour mieux appréhender le passé caché de son père qui a lui-même vécu quelques mois dans ce foyer.
    Elle filme trois pupilles qui y ont aussi vécu trente ans auparavant. Dont une fille du Nord, qui avait quitté sa famille déchirée par le chômage et voulait fuir la violence de son père. Mais aussi le fils d’un ouvrier algérien mort dans un accident de travail ; sa mère et ses grands frères sont rentrés au pays. Et un jeune réunionnais « enfant de la Creuse ». Il ignore son passé et déporté en métropole à quatre ans avec sa grande sœur. Placé dans une famille, il a dû intégrer ce foyer quand ses parents adoptifs ont divorcé.Dans tous les cas, comme le dit justement Alexandre Badea, « L’abandon de l’État se poursuit. On nous fait croire que c’est l’abandon des familles mais c’est l’abandon de l’État avant tout. »

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    Sur le vaste plateau de la Colline, une évocation de ce foyer avec trois praticables, des cubes avec de vieux matelas accumulés et à cour, un autre avec une vieille baignoire en fonte. Au mur accrochés à un grillage des lierres en plastique pour dire que la naturei a repris ses droits dans cet endroit déserté.
    Et Nora dès le début filme très souvent ces jeunes gens dont les visages sont en même temps projetés sur très grand écran. Il y a aussi des dialogues où dit l’autrice : « Les morts s’adressent aux vivants, le passé redevient présent, le réel et l’imaginaire se confondent pour donner naissance à une parole où progressivement la violence laisse la place à la réconciliation. »

    Mais la «mise en scène» d’Alexandra Badea n’a rien de convaincant et manque singulièrement de rythme. Et comme d’autres, elle est tombée dans ce poncif du théâtre contemporain : le film en direct et en très gros plan sur une bonne partie du spectacle.. Et comme elle ne dirige pas bien ses acteurs, pourtant tous sortis de bonnes écoles, ils boulent leur texte et ont une diction plus qu’approximative! Quand les metteurs en scène comprendront-ils que coller avec un scotch un petit micro H F sur la joue d’un acteur  est vraiment très laid sur l’image. Et en aucun cas, cela ne le dispense d’articuler. Oui, il y a un autre théâtre que celui imposé par ces micros H F! C’est à demander comment pouvaient faire les acteurs il y encore une dizaine d’années, notamment à la Colline…
    Dans ces conditions, comment s’intéresser à cette pseudo-pièce ? Comment ressentir une quelconque émotion au récit de ces enfants que l’Etat français, sur l’initiative d’un député français qui a créé l’E.N. A. , a cru bon de déporter sans scrupule dans une autre région française mais qui n’était pas la leur ? Pourquoi n’entendons nous pas le point de vue opposé? Pourquoi cette indifférence de la classe politique? Mais de cela, nous ne saurons rien.

    « Ce qui m’a bouleversée, dit Alexandra Badea, à la lecture de la documentation des « enfants de la Creuse » est ce sentiment d’arrachement, la perte d’identité, le déracinement, le sentiment d’abandon, de solitude. J’ai été particulièrement touchée par les fratries brisées et par le destin de ces jeunes filles qui ont sombré dans une dépression extrême et qui ont mis fin à leurs jours au sein des foyers d’accueil. (…) Le fil principal est donc l’abandon de la famille mais aussi l’abandon de l’État. Qui sont ces enfants qui peuplaient les foyers de la DDAS dans les années 80 ? Enfants de la Creuse, enfants d’immigrés nord-africains, enfants des ouvriers ou mineurs qui se retrouvent du jour au lendemain dans une violente précarité suite à la fermeture de certaines branches de l’industrie. »

    Cela se passe dans un foyer d’accueil abandonné et fermé. Une jeuen femme, Nora réalise un documentaire, prétexte pour mieux appréhender le passé caché de son père qui a lui-même vécu quelques mois dans ce foyer. Elle filme trois pupilles qui y ont aussi vécu trente ans auparavant. Dont une fille du Nord, qui avait quitté sa famille déchirée par le chômage et voulait fuir la violence de son père. Mais aussi le fils d’un ouvrier algérien mort dans un accident de travail ; sa mère et ses grands frères sont rentrés au pays. Et un jeune réunionnais « enfant de la Creuse ». Il ignore son passé et déporté en métropole à quatre ans avec sa grande sœur. Placé dans une famille, il a dû intégrer ce foyer quand ses parents adoptifs ont divorcé.Dans tous les cas, comme le dit justement Alexandre Badea, « L’abandon de l’État se poursuit On nous fait croire que c’est l’abandon des familles mais c’est l’abandon de l’État avant tout. »

    Sur le vaste plateau de la Colline, une évocation de ce foyer avec trois praticables, des cubes avec de vieux matelas accumulés et à cour, un autre avec une vieille baignoire en fonte. Au mur accrochés à un grillage des lierres en plastique pour dire que la naturei a repris ses droits dans cet endroit déserté.  Et Nora dès le début filme très souvent ces jeunes gens dont les visages sont en même temps projetés sur très grand écran. Il y a aussi des dialogues où dit l’autrice : « Les morts s’adressent aux vivants, le passé redevient présent, le réel et l’imaginaire se confondent pour donner naissance à une parole où progressivement la violence laisse la place à la réconciliation. »
    Dans ces conditions, comment s’intéresser à cette pièce ? Comment ressentir une quelconque émotion au récit de ces enfants que l’Etat français, sur l’initiative d’un député français qui a créé l’E.N.A. , a cru bon de déporter sans scrupule dans une autre région française mais qui n’était pas la leur ? Alexandre Badea n’arrive pas sauf à la toute fin, à nous embarquer dans cette suite de petites séquences filmées ou non. Et très vite l’ennui s’installe dans cette grande salle pas très pleine -et c’est un euphémisme-même si par deux fois, nous avons droit à être réveillés par un solo de batterie pour accompagner de petits moments de danse. Bref, ces deux heures nous ont paru interminables et conseil d’ami, vous pouvez sans dommage vous les épargner.

     Philippe du Vignal

    Jusqu’au 7 février, Théâtre de la Colline, 18 rue Malte-Brun, Paris (XX ème). T. : 01 44 62 52 52.

    Sur cette lamentable histoire, voir le très bon documentaire réalisé par William Caly Une enfance en exil : Justice pour les 161528 et diffusé sur France 3, Réunion Première et France Ô.

    Un autre documentaire, Arrachée à son île (2002) retrace le parcours de Marie-Thérèse Gasp, soustraite à sa mère arrivée dans la Creuse à trois ans…

    A entendre aussi: Les Enfants volés de la Creuse de Christophe Hondelatte, histoire et témoignage de Jean-Jacques Martial, Europe 1, Émission: Hondelatte raconte, diffusé en 2019.

    Le texte  est paru à L’Arche Éditeur.

     


     

     

  • Les Apôtres aux cœurs brisés, caverne club band, texte et mise en scène de Céline Champinot

    Les Apôtres aux cœurs brisés, caverne club band, texte et mise en scène de Céline Champinot

    On avait pu voir Vivipares (posthume) brève histoire de l’humanité (2016), en compagnie de David Bowie et Charles Bukowski et Dans La Bible, une entreprise de colonisation d’une planète habitable (2018) où cinq scouts se plaignaient à Dieu. Là aussi, il s’agit de l’humanité; et pour Céline Champinot :«La culture pop et la culture biblique ont en commun d’inventer et de recycler sans fin les mythologies qui nous font et nous défont, mais aussi de fétichiser les icônes. » Ici, cela se passe sous terre : dans un endroit caverneux chez Platon ou dans un sous-sol avec studio d’enregistrement comme celui des Beatles à Liverpool. Décor: une sorte de puzzle pixellisé avec photos en noir et blanc des actrices dans un univers idyllique de plage avec palmier. Le grotesque pointe déjà son nez…

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    Au-dessus du plateau, des guirlandes de minuscules ampoules bleues et côté cour, une sorte de faux juke-box. John à la radio explique que « cette pittoresque salle de concert a été récemment consacrée au culte fanatique de l’icône Jésus-Christ, La Caverne est une célèbre crypte souterraine baptisée d’après le manque criant de lumière de l’ancienne faille de schiste où elle fut jadis creusée. » Vivent ici reclus Marthe, La plus grande -enceinte- (la sœur de Marie, mère de Jésus?) une dolorosa de pacotille en longue robe pailletée noire et perruque dorée et quatre apôtres en combinaison rouge, jaune, fuschia et bleu pâle à brandebourgs dont une avec grosse moustache et lunettes noires… des costumes foutraques mais bien vus signés: Les Céline. Ces caricatures des Beatles s’appellent John, Paul, Philip et Thomas qui parlent souvent de champignons hallucinogènes dont ils sont visiblement adeptes. D’abord micro à la main, les excellentes Maëva Husband, Élise Marie, Sabine Moindrot, Claire Rappin et Adrienne Winling chantent, sur la musique d’un vieux synthé, la mort du chef de leur groupe pop, un certain Jésus. Cela hurle un peu mais on pardonne comme ces fumigènes… qui reviennent de plus en plus à la mode : cinq en une semaine cela fait beaucoup !). Comme d’approximatives copies d’anciennes vedettes, ces apôtres essayent en paroles et en chansons ,mais en vain, de résoudre la question philosophique de la condition humaine… Et d’un seul coup, la plaque du décor craque et par douze trous, sortent huit bras et quatre têtes qui continuent à chanter en rythme. Tout cela avec une précision absolue. Une image traitée ici avec une fabuleuse drôlerie ! Et vers la fin- formidable scénographie d’Émilie Roy- ce décor s’écrasera… pour laisser place à une grande étendue de liquide noir visqueux! Nous découvrons sans doute ce qui attend ces apôtres à l’extérieur de cette caverne platonicienne… Illusion, vérité du réel, pastiche ? Céline Champinot emmène avec virtuosité le public là où elle veut. Diction et gestuelle ciselées, unité et qualité de jeu, superbe intelligence de la mise en scène, des costumes et maquillages: tout ici frise l’impeccable et rappelle souvent la folie du Theater of Ridiculous de Ronald Tavel et John Vaccaro, il y a un demi-siècle à New York… Avec ses paillettes, ses personnages délirants ultra-grimés et des accessoires et costumes trouvés dans la rue puis retravaillés. Un théâtre qui aura été d’une influence considérable aux Etats-Unis comme en Europe, notamment sur les mises en scène de Jérôme Savary quand il avait créé le Grand Magic Circus.

    Cette parodie à la fois intelligente et fantasque aux thèmes de culture populaire, au texte coloré d’absurdes messages,  slogans publicitaires, etc. est jouée et chantée par les actrices seules ou chœur, La plus grande -enceinte- en robe noire pailletée avec perruque dorée, les autres, dont une avec grosse moustache et lunettes noires, en combinaison rouge, bleu, jaune ou orange… Les apôtres aux visions hallucinatoires ont installé une radio clandestine, leur seule liaison avec le monde extérieur et diffusent des programmes avec fictions délirantes, messages, poèmes teintés de mysticisme et slogans publicitaires bien vulgaires. Mais la République les espionne, via cette même radio ; ce n’est pas toujours très clair mais qu’importe et aucun doute, nous sommes bien à la fois dans un conte musical déjanté sur fond philo-mythologique à la Kafka. L’auteure et metteuse en scène dit avoir été inspirée par Platon et la Bible mais aussi «passionnée par les écrits apocryphes chrétiens et toutes les mystiques qui en dérivent et tirent vers d’autres philosophiques, plus orientales.» Ici, il n’y aura aucune réponse à cette question lancinante: qui commande à nos imaginaires, à notre intuition et comment ? Pourquoi les cœurs de ces apôtres sont-ils brisés? L’image de la fin est de toute beauté avec ces cinq personnages -des cousins de ceux de Samuel Beckett- recroquevillés dans de minces matelas- récitant comme un mantra, des bribes de phrases du genre du genre « ni avec ni sans toi »: «  Je pars. Non, reviens. » etc. Quelques grincheux ont quitté la salle en cours de route mais allez voir ce spectacle aussi fin que drôle; malgré quelque petites longueurs, vous ne serez pas déçus par cette mise en réseau d’éléments de langage différents et une réalisation exemplaire. « C’est important pour moi que cela soit drôle et crée l’écart, même dans le grotesque, il y a beaucoup de raisons de pleurer, de désespérer.» Pari gagné avec ces Apôtres aux cœurs brisés, à la fois vraiment drôle et philosophique -ce qui n’est pas si fréquent dans le spectacle contemporain- joué/chanté avec un plaisir et un humour évidents. Et le public à juste raison, a longuement salué les actrices.

    Philippe du Vignal

     Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris ( XI ème) jusqu’au 28 janvier. T. : 01 43 57 42 14.

    Du 31 mars au 1er avril, Comédie de Colmar (Haut-Rhin).

     

     

     

  • Marc Trudel, un magicien canadien

    Marc Trudel, un magicien canadien

    Tout petit déjà, il regardait les spectacles de David Copperfield que son père avait enregistrés sur VHS à la télévision. Il a ensuite reçu en cadeau la traditionnelle valise de magie et a commencé à présenter des tours à ses amis. A huit ans, il trouve à la bibliothèque municipale une copie du Manuel du Prestidigitateur de Patrick Page avec certains grands tours classiques et la magie est devenue alors presque une obsession chez lui. Quelques années plus tard, fasciné, il a vu Alain Choquette présenter la version par Gary Ouellet des As McDonaldà la télévision mais il n’avait aucune idée de son fonctionnement. Il a donc regardé le tour en boucle et a réussi à le reproduire à quelques détails près, ce qui a impressionné ses amis.

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    Par la suite, dans une boutique spécialisée à Montréal, il y acheté la Mark Wilson’s Encyclopedia of Magic qui l’a beaucoup marqué. « Puis, dit-il, j’ai appris que Yannick Lacroix, célèbre élève de Gary Kurtz, donnait des cours et j’ai poursuivi mon apprentissage avec lui mais aussi développé un vrai sens de la communauté… Après avoir présenté des spectacles de micro-magie pour les anniversaires d’enfants au cours de mes études, je suis devenu magicien résident du musée Juste pour Rire à Montréal pendant trois ans. »
    Une expérience qui lui a donné le temps de vol nécessaire pour bien apprendre ce métier. Et il a eu la chance de se lier d’amitié avec Stéphane Bourgoin, le consultant du musée à l’époque. Grâce à lui, il a appris la valeur de la recherche en magie et a reçu de nombreux conseils de collègues-comédiens qui travaillaient là-bas. Plus récemment, il a été bien guidé par son gérant Jean-Marc Dionne et son collègue Daniel Coutu et coproducteur de son spectacle pour jeunes La mystérieuse Ecole. « Mais dit-il la personne qui m’a le plus aidé est ma femme, Sophie-Anne Vachon qui m’a aidé dans ma carrière et est ma partenaire pour la mise en scène la direction artistique. »


    Comment travaille-t-il ? « La pandémie de covid a tout freiné et en mars 2020, j’étais en tournée et participais à des conventions internationales… Mais bon, nous nous adaptons et trouvons des façons de revenir à notre vie pré-pandémique. J’ai présenté des spectacles jeunesse, participé à des foires commerciales pour des sociétés, développé un spectacle d’illusions pour le milieu corporatif. À l’heure actuelle, je présente des spectacles familiaux et scolaires comme La mystérieuses école pour les cinq à douze ans et #MATHS pour les douze à dix-sept ans en tournée au Canada. Je suis vraiment choyé et je travaille aussi comme consultant et scénariste sur plusieurs projets. Les jours se suivent et se ressemblent peu. J’aime quand ça bouge ! »  Marc Trudel admire nombre de magiciens mais surtout Johnny Thompson, son préféré qui se définissait lui-même comme « médecin généraliste » et connaissait tous les aspects de cet art. « Si, dit-il, mon regard et ma pratique s’approchent des siens un jour, même de loin, je serai très heureux. Et j’admire beaucoup David Copperfield mais je suis devenu aussi un fan de Jeff McBride, Penn & Teller, David Williamson, Mac King, Tommy Wonder, Lance Burton. J’ai toujours eu un faible pour les numéros de manipulation. Mais aussi pour la comédie musicale Le Roi Lion à Broadway et La Trilogie des Dragons de Robert Lepage. Personnellement, j’aime une magie théâtrale où le public peut vraiment entrer dans l’univers d’un artiste. La magie comique me plaît beaucoup aussi. J’adore rire à un point tel que j’oublie que je suis en train de me faire bafouer : quel bonheur! Je suis aussi attiré par la magie dite nouvelle, une branche en constante évolution et je trouve fascinant de voir comment elle a déjà transformé notre façon de présenter nos spectacles. 

    Mais j’essaye le plus possible de découvrir aussi toutes les formes d’art. Grâce à Sophie-Anne Vachon, j’ai découvert des œuvres. Yayoi Kusama a eu une grande influence sur moi de par la nature immersive de son travail et j’ai ressenti une grande émotion quand j’ai vu ses célèbres pièces. Et je m’inspire de ce que j’aime dans d’autres disciplines et j’adore voir le travail des metteurs en scène. Ainsi mon dernier spectacle pour adultes a été inspiré de l’œuvre de Robert Lepage. J’écoute beaucoup de musique et aime présenter des routines sur musique, une façon d’injecter de l’émotion presque instantanément. Je suis aussi fasciné par l’écriture, en particulier humoristique et par la scénarisation, puisque nous devons écrire nos propres textes. Et je vois le cinéma avec un autre œil depuis que nous avons commencé à filmer récemment des spectacles numériques. De plus en plus, je m’intéresse aux techniques des scénaristes, des monteurs et des directeurs-photo… »

    Question classique : quel conseil donnerait-il à un débutant ? «D’abord être curieux. J’ai souvent été engagé parce que j’avais des connaissances en micro-magie , mentalisme et magie de scène. Mais il faut aussi s’intéresser à la vie en général et rester modeste. J’ ai trop souvent vu des confrères prétendre connaître un tour ou une méthode : en fait, ils ont peur d’être jugés. Nous devons admettre nos limites et apprendre à nous poser les bonnes questions. Quand je dis à un magicien que j’ai été totalement bafoué par son tour, il prend le temps de me l’enseigner et de me parler des subtilités qu’il a découvertes. On ouvre ainsi le dialogue entre collègues mais le chemin est propre à chaque individu. Ceci dit, j’aurais aimé étudier un peu plus l’économie pour mieux gérer ma carrière.Je trouve merveilleux que la magie aujourd’hui soit aussi accessible mais il y a un risque d’abondance ! Cela s’avère donc être une bénédiction et une boîte de Pandore. Quand j’étais jeune, il était très difficile de trouver de l’information et avec mes économies, je me procurais des cassettes VHS à prix élevé. De nos jours, tout est disponible en téléchargement pour quelques dollars ou sur YouTube et les forums de discussion. Il est important pour les jeunes de se trouver un mentor et de faire partie d’un club : cela permet d’être mieux guidé pour choisir au mieux son répertoire. »

    Comme tous les grands dans cette discipline, Marc Trudel a une vaste culture, ce qu’il juge indispensable. «Il faut regarder à l’extérieur du monde de la magie, arriver à se connecter avec les gens et à trouver un thème commun qui les fascinera. Pour créer une vraie relation avec le public, tout repose sur la culture et la capacité à partager ce qui nous intéresse. Par ailleurs, j’adore cuisiner, faire du vélo, lire, passer du temps avec mes filles, marcher avec ma femme. Je suis un éternel curieux et il y a toujours quelque chose de nouveau qui va m’intéresser.  

    Mais je dois aussi gérer l’entreprise, planifier les tournées, répéter les mêmes tours des centaines de fois, travailler sur la publicité, etc. Cela dit, la magie reste un pur bonheur pour moi : j’aime faire des recherches, pratiquer de nouvelles techniques et rencontrer des collègues. J’espère garder ce plaisir de découvrir ou redécouvrir la magie au quotidien pendant encore très longtemps. »

     Sébastien Bazou

     Interview réalisée le 8 janvier à Dijon.

     www.marctrudelmagicien.com