Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…
Philippe du Vignal – Rédacteur en chef
Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.
Sébastien Bazou
Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.
Jean Couturier
Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.
Christine Friedel
Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.
Elisabeth Naud
Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.
Béatrice Picon-Vallin
Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.
Nicolas Villodre
a participé entre autres à la Coopérative des Cinéastes et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy.
Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…
Correspondants :
Gérard Conio
professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis
traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.
(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).
Sur la scène d’un authentique théâtre nô, transporté depuis le Japon dans la salle des concerts de la Cité de la Musique à Paris, un programme typique : une farce (kyõgen) et un drame (nô), précédés d’une invocation aux Dieux a cappella, dite kami-Uta.
Le nô et sa parodie survivent depuis le XlV ème siècle, comme sortis d’un musée avec des costumes amples et chamarrés, répertoire codifié et gestes rituels.Le kami-uta, chœur de voix gutturales semblant venir de la nuit des temps nous projette dans un climat onirique. Avec onomatopées et paroles répétitives et poétiques: « Pour mille générations, que ce règne soit assuré. (…) Puissions-nous atteindre l’âge légendaire de la grue et de la tortue. (…) La grue millénaire chante l’hymne des mille ans. (…) La tortue de l’étang dix fois millénaire porte sur sa carapace le ciel et la terre.»
Les sons s’étirent indéfiniment entre solos et répons. Nous sommes sur un autre planète, prêts à entrer dans ces deux pièces…
Shimizu
Cette bouffonnerie parodie gestes et diction du nô et pourrait se résumer par : à malin, malin et demi. Un valet,Taro Kaja, renâcle à aller chercher de l’eau à la fontaine pour la cérémonie du thé : c’est la mode et, à son maître veut en organiser une, il raconte que la source est hantée par un démon. Craignant pour son précieux baquet que, selon Taro Kaja, le monstre aurait déchiqueté, le maître va à la source et le rencontre, affublé d’un masque effrayant avec une voix d’outre-tombe. Mais il finit par déjouer la fourberie…
Archétype du valet rusé, ce Scapin japonais est incarné par Man Nomura. Né en 1930 et issu d’une longue lignée d’acteurs kyõgen, il a été déclaré « trésor national vivant ». Ancré au sol, il installe avec des gestes lents, une connivence: son personnage est d’une bonhommie populaire qui rappelle ceux de la commedia dell’arte ou de Plaute.
Pour perpétuer cet art toujours vivace au Japon, son fils Manzo Nomura incarne ici le maître avec élégance.
Funa-Benkei de Kanze Kajiro Nobomisu
Dans un tout autre registre, Yoshitsune est un héros légendaire de l’histoire médiévale au pays des guerriers nippons du XII ème siècle. Il a vaincu les Taira en 1185 et a fait l’objet de nombreux nôs et kabuki. Mais aussi d’un film d’Akira Kurosawa, Les Hommes qui marchèrent sur la queue du tigre. L’auteur de Funa Benkei (1435-1516) met en scène un conseiller qui incite son maître à fuir le courroux d’un demi-frère jaloux. Il le persuade aussi de renvoyer sa maîtresse Shizuka à la Capitale pour lui éviter les périls de la traversée. Dans une longue scène d’adieux, Shizuka, jouée par un acteur au masque blanc, se lamente et danse avec lenteur, accompagnée par l’orchestre et le chœur. Les hommes embarquent enfin…
Au rythme des tambours, un habile batelier mène avec une perche une barque (figurée ici par une découpe en bois posée à terre) contre les vents et flots en furie. Surgit alors un fantôme qui le menace avec une grande lance. Interprété par le même acteur que Shizuko (Kurouemon Katayama), il exécute une danse guerrière.
Son costume blanc et noir et son masque de démon cornu tranchent avec les habits colorés de Yoshitsune et de ses compagnons. «Je suis l’esprit des Tairas!», clame ce spectre vengeur relayé par les voix monocordes des chanteurs.Yoshitsune dégaine enfin son sabre mais seules les prières de Benkei agitant frénétiquement son chapelet, mettront en fuite l’apparition maléfique.
Ces parties contrastées, l’une lente et romantique, la deuxième, épique sont rythmées par des tambours de hanche, d’épaule et à battes, accompagnés par une flûte traversière au son aigrelet (taiko).
Les musiciens sont assis en fond de scène et, à cour, un chœur joint ses psalmodies aux récits des acteurs. Leurs personnages hiératiques en costumes imposants surprennent par leur gestuelle déliée quand ils passent (rarement) à l’action. Mannojo Nomura, le batelier, est le seul personnage du peuple…
Ces artistes exceptionnels nous font partager un art resté intact depuis des siècles. Le nô et son pendant comique, le kyõgen ont conservé l’esprit d’un théâtre de cour, héritier des anciennes danses religieuses.
Les déplacements des interprètes, exclusivement des hommes, sont très lents Avec les musiciens, ils nous offrent ici un voyage hors du temps, comme une parenthèse loin de notre rythme quotidien. Certains ne se sont pas laissé facilement embarquer mais le public a applaudi la beauté et la perfection de ces spectacles qui ont fait salle comble.
Mireille Davidovici
Spectacle joué du 22 au 26 septembre, Cité de la musique, Philharmonie de Paris, 221 avenue Jean Jaurès, Paris (XIX ème). T. : 01 44 84 44 84.
Le metteur en scène avait créé avec succès à Strasbourg en mai dernier d’après L’Esthétique de la résistance, un roman de Peter Weiss(1916-1982) qui raconte l’histoire du mouvement ouvrier allemand et son échec, de la République de Weimar, à 1945. (voir Le Théâtre du Blog). Cette fois, Sylvain Creuzevault a voulu parler de l’occupation des armées allemandes en France pendant la seconde guerre mondiale… Un épisode national tragique mais maintenant terra incognita pour la majeure partie des Français: là-dessus, les livres d’histoire ont été longtemps peu bavards. Cette occupation commence à l’armistice conclu le 22 juin 1940. Pierre Laval, alors président du Conseil, a des rapports très étroits avec Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne en France. Il rencontre Adolf Hitler à Montoire et y organise une entrevue avec Pétain qui fait le choix de la collaboration. Le territoire sera divisé en deux par une ligne de démarcation. Les Allemands occuperont le Nord, et le Sud restera zone dite libre. Le régime de Vichy lutta contre la Résistance, persécuta les Juifs, puis aida à les faire déporter en Allemagne et en Pologne occupée. Bref, une des plus sales périodes de notre histoire nationale. Avec au menu: répression systématique, pillage économique et humain, annexion de l’Alsace, manque de main d’œuvre (un million et demi de Français prisonniers en Allemagne!), de charbon et d’électricité), réquisitions alimentaires donc tickets de rationnement pour le lait, le beurre , les œufs, la viande, la farine donc le pain, etc. En ville, les pommes de terre sont introuvables! Restent les rutabagas et topinambours délicieux mais épouvantables quand ils sont cuits à l’eau (seule disponible: l’huile de paraffine mais qui donnait la diarrhée). Aucune voiture sauf les quelques rares à gazogène. Souvent V1 ou V2, ancêtres des missiles passant dans le ciel et descentes rapides dans les caves quand les lugubres sirènes avertissaient d’un prochain bombardement.
La sinistre Kommandantur exerçait un pouvoir absolu. Nos voisins portaient l’étoile jaune. Jean Zay, ancien brillant ministre du Gouvernement populaire, fut assassiné par la Milice en 44 et nombre de résistants communistes exécutés comme Manouchian et ses amis de la fameuse affiche rouge. Puis à la Libération en 44, des prostituées ou des femmes qui avaient eu des relations-intimes ou pas- avec l’ennemi, furent tondues, insultées et ensuite «promenées» debout dans des camionnettes… Vues de nos yeux de petit enfant qui ne comprenait rien à cette sinistre chose. Les prisonniers amaigris rentraient…ou pas, comme celui disparu mais dont l’épouse qui habitait près de chez nous et n’avait aucune preuve de son décès, donc aucune pension de veuve! Mais cet homme fut ensuite rencontré par hasard quelques années après en Allemagne par un ami à lui… Bref, la vie des quelques trente cinq millions de Français traumatisés par quatre ans d’occupation, en fut bouleversée. Ponts souvent coupés. Bombardements par centaines de milliers de tonnes effectués par les alliés (Caen, Lisieux, Vire, mais aussi Bezons, en banlieue parisiennes à deux kms de notre maison) firent des centaines de milliers de victimes. Enfin, messe à Notre-Dame pour la libération de Paris, avec le son du gros bourdon entendu de loin… Des images à jamais ancrées dans notre mémoire.
Mais, de cette époque récente mais déjà lointaine, tous les protagonistes historiques sont morts depuis longtemps. Cette occupation militaire a été le thème en filigrane de nombreux films longtemps après. Entre autres L’Armée des ombres (1969) de Jean-Pierre Melville), Lacombe Lucien de Louis Malle (1974) où un adolescent rejoint la Gestapo, La Ligne de démarcation et La Fleur du mal (2003) de Claude Chabrol. Et bien sûr, Le Dernier Métro (1980) de François Truffault . Et Section spéciale (1975) de Costa-Gavras…Mais guère au théâtre, à part Vichy-Fictions de Michel Deutsch, mise en scène de Jean-Pierre Vincent (1980).
C’est un peu de tout cela que parle le très long spectacle (deux heures et demi sans entracte!) de Sylvain Creuzevault. Cela commence curieusement en 44 sous une lumière glauque dans une grande pièce parquetée avec une rapide évocation du procès de l’écrivain Robert Brasillach, écrivain et journaliste radicalement antisémite: «Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits. » Le Général de Gaulle malgré la pétition signée, entre autres par Jean-Louis Barrault, Jean Paulhan, Paul Valéry, Albert Camus, Paul Claudel refusa de gracier ce condamné à mort pour collaboration et intelligence avec l’ennemi: « Un intellectuel n’a pas plus de titre à l’indulgence. Son engagement dans la collaboration a renforcé les nazis. (…) Quand vient l’heure de la justice, il doit payer. »
Puis Syvain Creuzevault opère un retour en arrière en 1941 jusqu’à la Libération et à la chute du régime de Vichy. Sont passés en revue : entrevue de Pétain avec Hitler à Montoire, rafle du Vél d’hiv, sabordage de la flotte française à Toulon, Service du Travail Obligatoire pour les jeunes Français en Allemagne mis en place par Pierre Laval, négociations avec Otto Abetz, diplomate allemand, ambassadeur du Troisième Reich à Paris de 40 à 44, création des réseaux de résistance FTP-MOI du groupe Manouchian… Sylvain Creuzevault a voulu faire parler, non le maréchal Pétain grand absent de cette pseudo-fresque historique mais les collabos les plus notoires comme Pierre Laval, chef du gouvernement qui se suicidera juste après son procès mais sera fusillé, Philippe Henriot , Marcel Déat. Et plus connu, Jacques Doriot, ancien maire communiste de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) dont la voiture fut mitraillée par un avion sans doute allemand ou anglais quand il se réfugia outre-Rhin. (Il était le père de la la grande actrice Madeleine Marion.) Et des écrivains comme Robert Brasillach, Lucien Rebatet, un critique d’art. Drieu la Rochelle était très impliqué dans l’extrême droite mais ami d’André Malraux, Jacques Lacan et Aragon qu’il protégea. Il fera libérer son ancienne épouse juive ainsi que ses deux fils du camp de Drancy en 1943. Il se suicidera aussi. On apercevra dans le spectacle le plus connu: Louis-Ferdinand Céline. Après la Libération, Pierre Laval, chef du gouvernement, qui s’était d’abord enfui en Espagne, se suicida au cyanure mais fut quand même fusillé. Comme Joseph Darnand, secrétaire général et véritable chef opérationnel de la Milice française, supplétive de la Gestapo, chargée de la traque des résistants, des Juifs, des francs-maçons et réfractaires au S.T.O, qui s’engagea dans les Waffen-S S en août 1943 ! Fernand de Brinon, représentant du gouvernement de Vichy auprès du haut-commandement allemand fut lui aussi exécuté. Philippe Henriot, secrétaire d’État à l’Information et à la propagande du gouvernement Laval, avait déjà été tué par un commando militaire de la Résistance. Lucien Rebatet fut gracié, comme le maréchal Pétain détenu à l’Ile d’Yeu et mort en 51 Otto Abetz condamné à vingt ans de prison sera ensuite lui aussi gracié par le Président de la République René Coty.
Quelle tragédie nationale qui laissera longtemps des traces mais l’écriture de ce texte n’a rien de convaincant et ces petites scènes bancales aux dialogues sans intérêt se suivent sans véritable fil rouge. Sylvain Creuzevault se contente paresseusement de les relier par une série de gros titres en vidéo et utilise souvent des pancartes avec les noms de personnages que tiennent les acteurs. Malgré leur solide métier-tous remarquables, ils font le maximum-cette dramaturgie pseudo-brechtienne ne tient pas la route. La réalisation est précise mais il y a là un manque flagrant d’écriture. Et quand Sylvain Creuzevault essaye de mettre en scène cette période très noire mais diablement intéressante, cela ne fonctionne pas. Pourquoi fait-il crier en permanence ses comédiens dans leurs micros H.F.? Ce qui manque de nuances et devient vite insupportable. Pourquoi, au lieu de remettre les faits dans leur contexte, fait-il parler à quelques exceptions près, les politiques du régime de Vichy . Pourquoi ne parle-t-il pas vraiment de cette partie de l’élite française qui admirait le Troisième Reich et y collabora de près ou de loin? Comme bien d’autres, Jean-Paul Sartre n’adhéra qu’à la fin à la Résistance et publia avant des articles dans la revue collaborationniste Comœdia. Mais il fit ensuite partie des instances chargés de juger les artistes estimés collabos. Pourquoi des cinéastes français voulurent-ils quand même tourner des films grâce à la société franco-allemande Continental qui, de 40 à 44 surveille les tournages et ne se gêne pas pour censurer les films? Pourquoi en 42, des vedettes françaises comme Danielle Darrieux, Viviane Romance, Albert Préjean acceptent de faire une voyage de propagande en Allemagne? Ce qui favorisait une politique de collaboration entre les grandes industries du cinéma des deux pays… Sacha Guitry, lui, avait de bonnes relations avec l’état-major allemand et réussira ainsi à sauver Tristan Bernard qui devait être envoyé dans les camps, parce que juif. Mais pourquoi un directeur de galerie bien connu, accepta-t-il de faire fortune en vendant fort cher des tableaux de Braque, Picasso, etc. à des épiciers enrichis grâce au marché noir et qui le payaient, bien entendu, en liquide? Les frontières étaient souvent plus floues qu’on ne le pense, et dans tous les milieux, y compris artistiques.
Sylvain Creuzevault, lui, survole juste ce qui fut un bouleversement des valeurs dans la vie quotidienne des Français. Parfois, avec une certaine habileté et de légères touches de comique: il y a ainsi un court et beau dialogue entre deux agriculteurs venus se plaindre auprès de Pierre Laval. Mais l’auteur et metteur en scène qui a pioché dans les textes et discours de l’époque semble plus fasciné par les discussions entre des fantoches de collabos au pouvoir, que par la vie lamentable des Français, humiliés et épuisés, et dont certains sont morts de faim. Ainsi les malades d’hôpitaux psychiatriques comme en 43, Camille Claudel.
Bref, il aurait fallu un vrai dramaturge pour évoquer un moment tragique de l’histoire de France et une solide mise en scène. Malheureusement cette juxtaposition de petites scènes ne fait jamais sens, même accompagnée d’images d’époque, mixées et projetées à toute vitesse… Et il n’y a curieusement aucune émotion et cette pièce qui veut être une réflexion sur la montée du fascisme s’achève dans un épais nuage de fumigène (un de plus en cette rentrée déjà fumeuse!!!) mais en silence et avec une pancarte:«Méfiez-vous de vos désirs. Ils arrivent.»
La salle était pleine et peu de gens sont sortis avant la fin, mais l’ennui était au rendez-vous et les applaudissements étaient juste polis.Sylvain Creuzevault a eu une belle idée mais s’est planté: dommage! Surtout au moment où Issak Manouchian va entrer au Panthéon, quatre-vingt ans après avoir été fusillé. Enfin cet Edelweiss donnera peut-être à de jeunes metteurs en scène de reprendre le flambeau avec un pièce sur le même thème mais avec une écriture et une mise en scène beaucoup plus convaincantes…
Philippe du Vignal
Jusqu’au 22 octobre, Odéon-Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, Paris (XVII ème).
A consulter: Paris, Berlin, 1940-1945, Paris, Tallandier, 2014. Près de six cent documents, affiches, rapports, lettres, journaux intimes, insignes, tracts, procès-verbaux, mains courantes, pièces à conviction, registres d’écrou, albums-photos, objets… commentés de juin 40 à avril 45. Et l’incontournable livre d’Alan Riding sur la vie culturelle frnaçaise pendant l‘Occupation, Et la fête continue.
Neotango, d’après les musiques d’Astor Piazzola par l’ensemble Octetology
Huit interprètes ressuscitent, soixante ans après, les partitions disparues du compositeur argentin, dans une ambiance survoltée, au Bal Blomet à Paris.
Astor Piazzolla
En 1955, Astor Piazzolla (1921-1992), déjà une grande vedette dans les cercles du Tango, est considéré en Argentine comme l’auteur de LA musique nationale.
Il revint à Buenos-Aires après un séjour de deux ans à Paris où il étudia sous la direction de Nadia Boulanger (1887-1974), compositrice, cheffe d’orchestre et directrice du « Conservatoire américain » organisé au château de Fontainebleau pendant l’été. Cette grande professeure aura formé entre autres nombre d’artistes d’Outre-Atlantique dont, pour ne citer que les plus célèbres, Daniel Barenboim, Leonard Bernstein, Elliott Carter, Marius Constant, George Gershwin, Philip Glass, Pierre Henry, Pierre Schaeffer. Et, dans le monde du jazz, Vladimir Cosma, Egberto Gismonti, Quincy Jones, Michel Legrand, Lalo Schifrin…
Quand Astor Piazzola lui présente ses partitions de musique classique, Nadia Boulanger dit : «C’est bien écrit mais je ne perçois pas votre présence dans cette musique.» Et elle l’encourage à écrire pour son instrument, le bandonéon. Il a fréquenté à Paris les musiciens de jazz et sa conception du Tango a profondément évolué. Il souhaite bouleverser les codes et traditions de cette musique de danse et le Tango devient chez lui une musique concertante.
A Buenos Aires, il revoit pour son Octeto, les arrangements du répertoire, supprime le chant et y introduit la guitare électrique. Cette révolution agite le monde traditionaliste des aficionados du Tango qui le critiquent vigoureusement parfois avec violence et menaces. A son grand regret, l’Octeto de Buenos Aires sera un échec et il le dissoudra. Mais avant, il enregistrera Tango Progresivo et Tango Nuevo, deux disques microsillons (1957), quasi introuvables aujourd’hui. Et àune soirée arrosée, l’année suivante, il brûlera toutes les partitions de l’Octeto, effaçant ainsi la trace de ce répertoire qui n’a plus été joué jusqu’à aujourd’hui!
Mais durant la retraite imposée par le covid, Lysandre Donoso et Mathias Naon qui participent au renouveau du Tango en France relèvent les morceaux sur partition, à partir des deux disques, bien usagés, s’imprégnant aussi du style de l’orchestre. Au sein du collectif de musiciens Fonica, ils créent l’ensemble Octetology pour populariser ce répertoire disparu à l’occasion du centenaire de la naissance d’Astor Piazzolla.
Soutenus par Radio France, ils jouent dans de nombreux festivals et gagnent le prix du Concours international de Bandonéon, à Castelfidardo (Italie). Ils enregistrent dix partitions et arrangements du maître et leur CD est paru en septembre. En concert, ils jouent aussi cinq ou six morceaux supplémentaires qu’ils réservent à leur prochain disque…
Octetology rassemble de jeunes musiciens autour de la trentaine. Le 29 septembre au Bal Blomet à Paris (XV ème), Octetology on a pu entendre: Emilie Aridon-Kociolek (piano), Adrien Merahi (guitare électrique), Carmela Delgado** et Lysandre Donoso (bandonéon), Mathias Naon et Fanny Stefanelli-Gallois (violon, en replament de sa soeur Aurélie Gallois), Gersende Perini (violoncelle) et Lucas Eubel Frontini (contrebasse).
Presque tous ont des attaches avec l’Amérique latine, et l’Argentine en particulier. Familiers de Buenos Aires, ils y trouvent une créativité bouillonnante et travaillent avec des musiciens et des danseurs locaux.
Tous ont un CV impressionnant : diplômés de Conservatoires et lauréats de concours internationaux, ils mènent aussi une brillante carrière dans des institutions prestigieuses. Ils mènent parallèlement, chacun avec son instrument, une brillante carrière au sein d’institutions prestigieuses mais ils reviennent au Tango au sein de Fonica. Ce collectif leur permet de naviguer dans une demi-douzaine de formations, trio, quatuor ou grands ensembles, consacrés à cette musique de concert sud américaine. Ils ne boudent pas pour autant la variété (accompagnant la chanteuse Juliette), les spectacles de danse ou le milonga, le bal argentin.
Pochette octeto Neotango
Aujourd’hui, le Tango est vivace. A l’origine, cette mouvance fut impulsée en France par Juan Jose Mosalini qui ouvrit, il y a trente ans, la première classe de bandonéon au Conservatoire de Gennevilliers, le seul en France à avoir un département Tango, dirigé actuellement par Juanjo Mosalini, le fils du fondateur. Plusieurs des musiciens d’Octetology y enseignent.
Le nouveau Tango s’abreuve aussi au jazz et à la musique classique et il y a maintenant une quinzaine d’ensembles: Cuarteto Mosalini-Teruggi, Quinteto Emedeo, Trio Tasis, Cuarteto Lunares… où l’on retrouve souvent les participants d’Ocetology. Mais aussi Fleurs Noires, un orchestre féminin, Orquestra Silbando, Spiritango Quartet. Et il existe un étonnant réseau de salles, festivals, dancings sur tout le territoire.
Jean-Louis Mingalon, auteur du Dictionnaire du Tango, confirme : « Le Tango était en perte de vitesse mais séduit maintenant les foules, en Argentine comme en France. A Paris, il existe une vingtaine de salles où l’on peut l’écouter et le danser et les aficionados préfèrent écouter des orchestres, plutôt que les disques. » A la question peut-on danser sur les musiques de Neotango ? il répond : «Les professionnels, oui, quant aux autres… »
Jean-Louis Verdier
Concert entendu le 29 septembre au Bal Blomet, 33 rue Blomet, Paris (XV ème).
Le 7 octobre, Festival Sonates d’automne, Loches (Indre-et- Loire)
Autres dates: https://www.fonicatm.com/agenda
* NeoTango, Hommage à l’Octeto Buenos Aires d’Astor Piazzola, CD 46’48 , Paraty éditeur.
**Carmela Delgado sera en résidence le premier semestre, au Triton, Les Lilas qui lui confiera plusieurs cartes blanches. https://www.letriton.com/programmation
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