Festival d’Avignon Che dolore terribile è l’amore d’après Impossibles adieux de Han Kang, spectacle de Daria Deflorian

Festival d’Avignon

Che dolore terribile è l’amore d’après Impossibles adieux de Han Kang, spectacle de Daria Deflorian

On pourrait paraphraser Svetlana Alexievitch et dire que «la guerre n’a pas un visage de femme ». Mais la guerre a un visage de femme, celui d’Antigone qui professe « l’amour et non la haine » et qui enterre son frère « traître à la patrie ».

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Dans le pur espace du cloître des Carmes, trois femmes  fouillent dans les ruines –un jeu de mikado géant fait de poutres noircies par le feu (dont on se demande de quel bois, elles sont faites, pour être maniées si facilement! Mais c’est une autre histoire…). Les ruines : là où les hommes détruisent, les femmes ont vocation à chercher la vie, obstinément.
Gyeongha reçoit un appel de son amie Inseon qui s’est blessée en travaillant le bois. Transférée à l’hôpital sur le continent, elle a dû laisser son oiseau en cage sur l’île de Jeju ; il ne doit pas mourir et il faut le sauver… Un messager secret qui tire le fil de l’histoire tragique de la Corée. On n’en parlait pas et il a même été interdit d’en parler : il fallait effacer de la mémoire, les dizaines de révoltés massacrés à Jeju, au moment de la séparation dans l’horreur, des deux
Corées.

La guerre froide entre la zone d’influence soviétique  et celle, sous influence de l’O.N.U. (dominée par les Etats-Unis) s’est mise à brûler ici sur l’île de Jeju, en Corée du sud. Toute personne soupçonnée de porter le « gène du communisme » était fusillée. Il a fallu deux générations, celle de la survivante, et celle des filles (Anna Coppola, Daria Deflorian et Monica Piseddu), pour avoir le droit, le pouvoir de parler des morts, dire à haute voix ses souvenirs, rappeler un visage, une silhouette, chercher à qui appartiennent ces os et qui furent ces vivants : des gestes d’amour et de douleur.

 On peut trouver étrange d’entendre en italien, la langue de l’écrivaine coréenne Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, confiée à l’artiste Daria Deflorian, associée au Piccolo Teatro de Milan. Ce détour préserve pour le spectateur une étrangeté, que l’adaptation en français pouvait faire oublier. Ceux qui ont assisté dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, à la lecture dOiseau (premier chapitre du même roman Impossibles adieux) par Isabelle Huppert et Hyeyeong Leen auront entendu à la fois ce texte dans sa langue d’origine et dans sa traduction en français, se seront approchés de ce pays lointain.
Au fait, si l’on consulte les voyagistes aujourd’hui, l’île de Jeju est considérée comme un site paradisiaque…

Christine Friedel

Spectacle vu au Cloître des Carmes, place des Carmes, Avignon ( Vaucluse).

 

 

 

 

 

 


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