Festival d’Avignon
Au bout du pays d’Alfred Alexandre, mise en scène d’Ewlyn Guillaume
C’est le troisième volet de la trilogie Les Noctambules présentée par le Centre dramatique Kokolampoe (Guyane, Martinique): Le Patron, Un Anniversaire qui sont aussi joués dans ce Off 2026. Dans Au bout du pays, un mécanicien naval, seul et cannibale, rivalise en amour avec les deux jeunes cousins de son patron. Ils en pincent pour Lily, une Lily absente et qu’on ne verra jamais… mais très fortement présente « On ne soupçonne pas combien un homme peut-être seul, sans une femme comme Lily dans ses bras. Le soir après la pluie. Pour la chauffer du mauvais temps et se chauffer dans l’existence qu’on tire de sa présence. »

Sur le plateau de la Chapelle du Verbe Incarné, quelques éléments faits de cordages évoquznt un univers de port et de bateaux. Serge Abatucci avec une voix puissante, s’impose dans ce monologue. » Le choix cette fois, dit l’auteur martiniquais, étant de partir d’une des figures du monstre que propose le répertoire caribéen de schèmes narratifs: la figure du Ti-mons. Ce que veut Réginal, le protagoniste, ce n’est pas d’abolir toute forme de relation maître et valet mais prendre la place de du maître, et à son tour exercer une emprise sur les corps asservis. Dans la pièce, ce thème du pouvoir prédateur s’incarne dans le motif monstrueux de la pulsion cannibale. «
Le Monstre, si nous avons bien compris, est une créature qui dévore son maître, après l’avoir nourri. Ici, est aussi traité en filigrane, un thème politique: un ordre social et un pouvoir prédateur imposés, seront finalement, et quoi qu’il arrive, renversés par ceux qui en subissent l’oppression.
Cela vaut le coup même si la mise en scène est un peu statique, d’aller entendre ce beau récit en langue française venu d’aussi loin, parfaitement maîtrisée par Serge Abatucci.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 23 juillet à 14h20 (jours pairs), Chapelle du Verbe incarné, Avignon ( Vaucluse).
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