Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • ‘automne:quarantième anniversaire des Francophonies de Limoges Convictions de Lara Arabian, mise en scène de Djennie Laguerre

    Les Zébrures d’automne, de l’écriture à la scène: quarantième anniversaire des Francophonies de Limoges (suite)

    © Christophe Péan
    © Christophe Péan

    Quarantième anniversaire de ce festival dirigé depuis quatre ans par Hassane Kassi Kouayaté et où sont créées ou présentées les pièces de nombreux auteurs du Congo, Canada, Belgique, Rwanda, Togo, Luxembourg… Des pays riches ou pas, très ou peu habités, occidentaux, d’Afrique,du Moyen-Orient, d’Amérique du Nord etc. mais qui ont tous un dénominateur commun, la langue française comme moyen d’expression écrit et/ou parlé: environ trois cent millions de locuteurs dans le monde!
    Il faut rappeler que ces Francophonies ont été créés il y a quarante ans par Monique Blin, et par Pierre Debauche, alors directeur du Centre Dramatique du Limousin, tous les deux aujourd’hui disparus.
    Cela a été une pépinière et une vitrine pour de jeunes artistes comme Robert Lepage, auteur-metteur en scène québécois et Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène d’origine libanaise et qui a vécu longtemps au Québec, et maintenant directeur du Théâtre de la Colline à Paris… Mais aujourd’hui pas d’illusions: le pur théâtre de texte a nettement perdu de sa suprématie, et où danses les plus diverses mais surtout « urbaines », acrobatie, musique et vidéo, magie attirent nettement plus les jeunes?
    « Aux côtés de la nouvelle Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts (que va inaugurer Emmanuel Macron) et du réseau actif que nous constituons avec la Cité internationale des arts de Paris et la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, dit le grand philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, on veut ici envisager avec optimisme l’immédiat avenir d’une Francophonie «qui va vers sa jeunesse. »
    Oui mais comment, où, et avec quels budgets en ce qui concerne les Francophonies de Limoges? Des questions  pour l’instant sans réponse. Qu’en pense
    Rima Abdul Malak, ministre de la Culture (qui n’est pas venue à ces Zébrures d’automne)?

    Convictions
    de Lara Arabian, mise en scène de Djennie Laguerre

    Cela se passe au Canada, pays de l’autrice. Les Khourry: père libanais et mère canadienne, ont récemment emménagé avec Zara, leur fille de treize ans, dans la banlieue de Toronto.

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    Très vite, elle se met à entendre la voix d’une personne mystérieuse qui lui parle. Lara Arabian qui joue aussi la Mère, se demande avec son mari (Nabil Traboulsi) si leurs convictions viennent de leurs familles, ou de la religion. Djenie Laguerre, d’origine haïtienne (L’Adolescente) a une belle présence, une bonne diction et une gestuelle parfois étonnante.
    Elle apporte par moments un souffle d’air frais à ces dialogues indigents et poussiéreux du genre Plus belle la vie... Mais la plaisanterie dure une heure quarante et l’éternité, c’est long, surtout vers la fin, disait déjà  Alphonse Allais.
    Et comme Djennie Laguerre n’est pas encore une metteuse en scène, ce texte déjà faible ne passe vraiment pas, et cerise sur ce pudding estouffadou, il y a un cube sur roulettes au milieu du petit plateau qui gêne la circulation et qui ne sert à rien. Et la direction d’acteurs est inexistante…Bref, un spectacle sans intérêt qui n’aurait jamais dû venir ici. On peut juste sauver la présence de Djennie Laguerre…Le public a applaudi très mollement cet ovni.

    On marronne ? (Si ça te dit, viens) de Gustave Akakpo, mise en scène de Geneviève Pelletier

    On connait bien en France cet écrivain togolais de quarante-neuf ans dont les pièces ont souvent pour thème les injustices socio-politiques… Comme À petites pierre (2007) ou La Mère trop tôt (2004), où il évoque le génocide des Tutsis au Rwanda et les enfants-soldats en Afrique. Et  dans Le Petit Monde merveilleux (2008), il essaye de faire prendre conscience des impératifs écologiques.
    Ici, une femme qui a quitté sa terre natale, vit dans la Cité de l’Espace à Kourou en Guyane… Oui, mais voilà pour le reste, l’acoustique de l’Opéra-Théâtre de Limoges est si mauvaise qu’il faut être très attentif pour glaner quelques bribes de dialogues, mais on ne comprend pas grand chose à cette histoire!

    La distribution, très inégale, frise souvent l’amateurisme, la balance texte/musique est  défaillante et les lumières plus qu’approximatives… La metteuse en scène québécoise n’arrive jamais à nous intéresser à cette ennuyeuse fiction et ose encore employer des poncifs comme des jets de fumigène latéraux à plusieurs reprises ou des lumières stroboscopiques qui font mal aux yeux! 
    Bref, ce spectacle d’une heure et demi, dix fois trop long,  tout simplement mauvais, n’a aucune chance s’il reste dans l’état d’être joué ailleurs. Tant pis, mais dommage pour les Francophonies de Limoges.

    Zoé d’Olivier Choinière, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté

    Enfin ouf! Une petite merveille de cet auteur québécois de cinquante ans, peu connu en France! Cela se passe dans un lycée avec juste deux personnages. Aucun décor, sinon un mince cadre de bois posé au sol et une dizaine de chaises. Un prof de philo (Patrick Le Mauff) et une de ses élèves (Adélaïde Bigot), vent debout contre la grève entamée par ses camarades de classe. Elle exige que son prof lui fasse cours, puisque, dit-elle, sans ménagement, c’est son droit le plus strict,  comme les autres  ont le droit de faire grève. Et elle assume pleinement cette revendication.

    © Christophe Péan
    © Christophe Péan

    Zoë  n’a que faire de cette lutte qui ne la concerne pas. C’est une bosseuse très individualiste et qui essaye de mettre toutes les chances de son côté : elle veut être médecin.
    Mais bon, le cours individuel que cette excellent prof de philo, maître en dialectique, porte ses fruits et les certitudes et radicalités de la jeune fille commencent à se lézarder.

    Le dialogue est aussi brillant et savoureux que le jeu : diction, gestuelle, présence sur scène de Patrick Le Mauff qu’on a vu autrefois dans la compagnie de l’Attroupement et celui d’Adélaïde Bigot, jeune actrice tout juste sortie de l’Ecole du Centre Dramatique National de Limoges. Et il y a une belle complicité entre elle et cet acteur des plus expérimentés, tous les deux remarquables et bien dirigés par Hassane Kassi Kouyaté.

    Oui, enfin du vrai et du bon théâtre, sans doute classique mais d’une rare intelligence et très efficace: en quatre-vingt minutes, cet entretien sur fond philosophique fait le bonheur du public.
    Il y a eu aussi sous un petit chapiteau un débat intéressant: La Langue frnaçaise peut-elle faire acte de fraternité?Avec Danielle Le Saulx-Farmer et Noémie F. Savoie (Oh ! Canada-Chapitre 1 -L’Est canadien), Dalila Boitaud-Mazaudier (En langues françaises), Mimi O’Bonsawin et Annick Lederlé, cheffe de la mission: sensibilisation et développement des publics à la délégation générale à la langue française et aux langues de France, au Ministère de la Culture-.
    Et ont été remis les prix de la S.A.C.D. et de R.F.I.:  d’autres moments de la vie de ce festival dont nous vous reparlerons. 
    Mais il faut se demander si, après quarante ans, la vie de ces Francophonies n’a pas un coup dans l’aile. Le terme même de Francophonies a peut-être un peu vieilli à l’heure des événements actuels en Afrique. Hassane Kassi Kouyaté semblait, à l’écouter, quelque peu las, malgré sa détermination et le remarquable travail de toutes ses équipes.
    Par ailleurs, il ne pouvait pas être d’accord et il l’a dit avec courage au micro de France-Inter (voir Le Théâtre du Blog) avec les récentes mesures du gouvernement français concernant les visas qui ne seront plus accordés aux ressortissants du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ce qui, heureusement, a suscité l’indignation des milieux artistiques français.

    Et cela ne va pas arranger les affaires de ces Francophonies de Limoges, qui, de toute façon, ont besoin d’un second souffle. Depuis 84, la notion même de festival a aussi beaucoup évolué : les envies du public, l’écriture des textes comme les lieux ne sont plus les mêmes. Que ce soit à Limoges où le public est vieillissant, ou à Aurillac où il reste jeune mais qui voit seulement les spectacles gratuits et où l’arrivée cette année de « collectifs » dans les quartiers extérieurs, va bouleverser la donne…
    A suivre.

    Philippe du Vignal

    Les Zébrures d’automne jusqu’au 20 septembre.

  • ‘automne aux Francophonies de Limoges (suite) Léa et la théorie des systèmes complexes d’Ian De Toffoli, mise en scène de Renelde Pierlot

    Les Zébrures d’automne aux Francophonies de Limoges (suite)

    8-Lea-c-2023
    © CHRISTOPHE PEAN-

    Léa et la théorie des systèmes complexes d’Ian De Toffoli, mise en scène de Renelde Pierlot

    Pour la première fois, en coproduction avec les Théâtres de la Ville du Luxembourg, les Francophonies-des écritures à la scène reçoivent des artistes de ce pays.  Nous avions entendu avec grand intérêt une lecture du début de cette pièce aux Zébrures de printemps et Ian De Toffoli a ensuite bénéficié d’une résidence à la Maison des auteurs de Limoges pour la finaliser. C’est une vaste saga où une gamine  curieuse veut connaitre  le pourquoi et le comment du changement climatique. Sur cent cinquante pages de manuscrit, réduites ici pour arriver à trois heures trente de spectacle, deux trames narratives alternent: la généalogie d’un grand groupe pétrolier et la trajectoire d’un militante écologiste qui se radicalise: «I’m sorry, my friends/This is an emergency. » (Désolée, les amis/ Il y a urgence.), chante Léa.

    Sur le plateau, un enchevêtrement tentaculaire de tuyaux délimite les espaces de jeu où s’entrelacent deux récits pris en charge par Léna Dalem Ikeda, Jil Devresse, Nancy Nkusi, Luc Schilt, Pitt Simon, Chris Thys. Les acteurs de ce chœur dynamique passent rapidement avec quelques éléments de costume, d’un rôle à l’autre., d’un monde à l’autre Et les séquences dialoguées sont introduites par des narrateurs ou narratrices se relayant.

    L’épopée de la famille Koch – à la manière d’un feuilleton qu’on pourrait sous-titrer à la manière de Dallas « ton univers impitoyable ! »-  s’étend sur cent trente ans. Depuis le jour où, en 1881, le jeune migrant Hotze (devenu Harry) Koch, vingt-trois ans, débarque du train « sur le sol sec de la colonie de Quanah,/dans l’État du Texas. » Embauché comme échotier, il va finir par devenir propriétaire du journal du coin, puis achète des actions de chemin de fer et les premiers puits de pétrole.
    «Le chemin de fer, c’est le nouveau boom! /Tant de forêts de chênes abattues /Pour créer les poutres de bois/qui forment les traverses, /Tant de tonnes de fer fondu/tordu/moulu/Pour devenir ces rangées parallèles/ Qui s’étendent comme une gigantesque toile d’araignée. »

     De père en fils, l’empire Koch sur trois générations achète exploitations pétrolières, brevets de cracking de brut par rupture homolytique, raffineries, usines de plastique et d’engrais chimiques (division fertilisants de Farmland Industries, Invista, filiale de DuPont, active dans les domaines fibres et résine, avec des marques comme Lycra ou Thermolite… ) La liste est longue et détaillée !

    Ian De Toffoli, très documenté, nous distille en épisodes mode western, cette conquête industrielle. Des guerres fratricides viennent épicer la vertigineuse ascension du groupe. En 2018, la famille Koch, propriétaire de l’entreprise, s’est enrichie de vingt-six milliards de dollars pour atteindre cent-vingt cinq milliards de fortune cumulée !

    Parallèlement, la pièce raconte l’histoire de Léa qui fait partie de cette génération d’enfants éco-anxieux: « Solastalgie, voilà le nom qu’un philosophe australien/donne dans ces années-là à la détresse psychique /provoquée par la dégradation environnementale. (….)  »

    La jeune Léa s’imagine « un monde dépeuplé, /mais jonché de pièces de Lego, /de chaises blanches Monobloc, /de seaux de plage de chez Décathlon/et de sacs jetables de supermarché…. »
    Elle mène l’enquête en remontant aux racines du mal: l’exploitation des énergies fossiles. De fil en aiguille, elle va faire le parallèle entre la prédation des ressources terrestres au détriment de la vie animale végétale et humaine, et la naissance du capitalisme moderne, le colonialisme, le sexisme…

    Le double récit choral est entrecoupé de scènes imagées, beaucoup plus lisibles dans la partie Koch Industries, traitée sur le mode burlesque. La metteuse en scène a trouvé des codes de jeu qui échappent au didactisme, avec des moments de comédie musicale chantés et dansés. Le volet Léa, plus informatif et moins fantaisiste, peine, lui, à trouver sa forme et à s’articuler avec l’autre narration.

    Renelde Pierlot a en effet placé le début de la pièce à la fin du spectacle  «Le 25 octobre 2025, /une explosion secoue le deuxième étage d’un immeuble gris et trapu,/situé entre d’autres immeubles de mêmes dimension et aspect/dans le quartier de Gasperich/,dans la ville de Luxembourg. » (…) L’explosion finira également/ selon son intention originelle/par réduire en poussière et en cendres/ les bureaux luxembourgeois /de Koch Business Solutions Europe Sarl. » De cet incipit découle un double flashback, raconté du point de vue de Léa. « J’avais envie d’écrire une épopée, dit l’auteur, un chant en vers libres. C’est le récit de Léa. Ces personnages narrateurs permettent de présenter une matière aride. Je trouve fascinant de bombarder avec des infos, jusqu’au vertige. »

    Écrivain, dramaturge et universitaire, Ian de Toffoli aborde des thématiques sociétales et politiques, brouillant les frontières entre récit, documentaire et drame. Cette pièce, comme les précédentes: Rumpelstilzchen (2018) et AppHuman (2021), est une commande des Théâtres de la Ville de Luxembourg. Léa ou la Théorie des systèmes complexes pose la question de la militance et du prétendu « éco-terrorisme » (sic !) face à la violence d’un État qui, entre autres, a réprimé la manifestation contre les méga-bassines de Sainte-Soline. Des étudiants activistes présents aux Zébrures d’automne saluent l’engagement de Léa et les informations que la pièce apporte: «Léa montre que les enjeux politiques sont vertigineux. La pièce aborde la question de l’intersectionnalité des luttes. L’urgence est d’agir.»

    Grâce au traitement choral de la pièce, Léa, c’est aussi un peu nous tous.

     Mireille Davidovici

     Spectacle vu le 23 septembre, Les Francophonies- des écritures à la scène : 11 avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne). T. : 05 55 10 90 10. Les Zébrures d’automne se poursuivent jusqu’au 30 septembre. 

     Du 10 au 22 octobre, Théâtre des Capucins, Luxembourg.

  • Inauguration du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt

     

    Inauguration du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt

    © Patrick Tournebœuf
    © Patrick Tournebœuf Travaux  dans la Coupole

    Depuis 2016, après sept ans de fermeture pour travaux, le Théâtre de la Ville rouvre ses portes au public. Invitation pour tous ce samedi de septembre. Nommé Théâtre lyrique à sa création, il retrouve aujourd’hui son appellation du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, l’incomparable actrice. Rappelons qu’il connut neuf appellations. Avant la seconde guerre mondiale, il avait repris le nom de Sarah Bernhardt, jusqu’en 1940, … Où il s’appela sous l’occupation allemande pour des raisons d’antisémitisme: Théâtre de la Cité. Puis retrouva le nom de Sarah Bernhardt, en 1949, pour  devenir le Théâtre des Nations et par la suite en 1968, Le théâtre de La ville. Le public a eu le plaisir d’entendre la dense histoire du lieu et de prendre connaissance de son devenir artistique, culturel, socio-politique. Ce véritable moment festif a été soigneusement préparé avec, à la fin, un léger et rafraichissant cocktail. Et belle surprise : il y a quatre week-ends où la place du Châtelet se réinvente pour fêter le nouvel âge du Théâtre de la Ville. Il y aura  plus de trente rendez-vous gratuits ! Entre autres des animations sportives en dialogue avec les musiciens du Concert de la Loge et du Conservatoire Paul Dukas 12e. Où le 30 septembre par exemple, trois tables de ping pong installées dans le hall et un ring sur la Place servent de scène. À15h-19h Ping-Pong, avec coach du Paris Université Club (PUC), Hall du Théâtre de la Ville, 15h-18h Section Boxe avec des coachs de Paris Université Club (PUC) et 17h45-19h Section Judo avec coachs de Paris Université Club (PUC), sur la place du Châtelet. Et Dimanche 1er octobre à nouveau un programme différent mais toujours sportif et artistique :  Sports, musique, théâtralité font corps ensemble !  Le mercredi 4 octobre, à ne pas manquer pour petits et grands Chotto Desh,  Solo magique et libérateur d’Akram Khan. Ce spectacle gratuit pour les enfants de moins de 14 ans, les écoles et les centres de loisirs, sera de 10 euros pour les plus grands. Et Le 7 et 8 octobre,   -voir le site du Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt-, pour cet événement exceptionnel : La grande veillée ! avec plus de 300 artistes. Un tableau vivant de tous les arts de la scène pour honorer ce troisième temps historique et enfin retrouver dans toute sa splendeur la grande salle, celle de la coupole tout en haut, et le café des œillets au sous-sol !

    © Patrick Tournebœuf
    © Patrick Tournebœuf

    «Que de souvenirs de milliers de spectacles: Pina Bauch et le Tanztheater de Wuppertal, les créations de la jeune Teresa de Keersmaker en 85, les deux dernières mises en scène de Patrice Chéreau.», dit avec émotion son directeur Emmanuel Demarcy-Mota qui, depuis toujours, se bat pour pour une « urgence des alliances ».
    Il va mettre en œuvre dans cet espace modulable, un foisonnant programme de spectacles, expositions, débats, ateliers avec les artistes à Paris et en visio-conférence avec ceux du monde entier. Pour «donner la possibilité d’expression de toutes ces disciplines et actions, quand la société européenne et française est si bouleversée.»

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    En ouverture, dans la grande salle dans la pénombre, éclairé en clair obscur un piano à queue. Grand silence. Deux hommes comme sortis d’un film muet en noir et blanc, arrivent sur le plateau. Avec balai-brosse et serpillère, ils nettoient la poussière, laissant apparaître par traces le plateau comme neuf ! Moment d’humour très poétique. Ryan Hechmi, un jeune pianiste, interprète le Prélude n°5 de Rachmaninov puis l’Étude n°4 de Chopin… Applaudissements à tout rompre ! Le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt reprend vie et jeunesse.

    Puis il y eut les discours des responsables de ce gigantesque chantier : Xavier Couture, président du Théâtre de la ville-Sarah Bernhardt et du Théâtre du Châtelet, Emmanuel Demarcy-Mota, son directeur, et Anne Hidalgo, Maire de Paris.
    En cette année 1940, dit Xavier Couture, «l’occupation étrangère supprima ce nom qui devait être impropre à ses oreilles. Nous sommes donc très heureux, très fiers de redonner à ce théâtre le nom de Sarah Bernhardt. Il est important de rappeler la personnalité hors-norme de cette femme qui a apporté à la cause des femmes au théâtre, toute la modernité associée à son nom . » Et sa devise était : « Quand même ! »
    Emmanuel Demarcy-Mot annonce qu’il y aura aussi des conférences de professionnels en rapport avec les arts : sciences, littérature, philo, arts plastiques. Il a insisté sur le mot: lien. Lien avec la population, au théâtre, dans la ville, et au cœur de la société. « Le nom de Sarah Bernhardt a disparu, je le rappelle, sous l’Occupation allemande. Charles Dullin, on ne le dit pas assez, grand metteur en scène français vivant à Paris, a accepté d’être le directeur de ce lieu qui a été alors appelé Théâtre de la Cité.
    Je pense aussi à ceux qui lui succédèrent entre autres: Gérard Violette  et avant lui, Jean Mercure, à celles et ceux qui se sont battus profondément dans l’idée, la croyance, la conviction de l’art et de la culture.»

    Ce théâtre a été construit sous Napoléon III par l’architecte Gabriel Davioud en1862, sous l’impulsion du baron Haussmann.
    « Puis les architectes Fabre et Perrotet, comme nous le rappelle Emmanuel Demarcy-Motta, nous ont permis de penser à un  théâtre municipal et populaire et avec le nom de 1967, c’était aussi l’idée de retrouver la vue sur la place du Châtelet.» Forte originalité du lieu: en 1862, cette place du Châtelet agrandie a accueilli deux édifices artistiques majeurs: Le Théâtre impérial du Châtelet et le Théâtre lyrique, conçus par le même architecte Gabriel Davioud. 

    En évoquant le passé de ce lieu, Emmanuel Demarcy-Mota, Anne Hidalgo et Xavier Couture, ont eu l’intelligence et soin de l’inscrire, suite à la période accomplie, dans notre contemporanéité. Et de mettre ainsi en contact et en lumière, la relation entre passé et présent de ce lieu mythique.

    Belle satisfaction, en notre XXIè siècle et toute aussi formidable, la réalisation respectueuse de l’origine esthétique du bâtiment, pour le dehors,  et élégante, épurée, moderne et  lumineuse, pour le dedans. Projet conçu et abouti à merveille par les architectes Marie-Agnès Blond et Stéphane Roux. Conception architecturale ambitieuse et plus que difficile, Bravo ! Certes, le budget initial de vingt-six millions d’euros,  est passé à quarante !   Chose courante pour de tels chantiers, et le résultat est plus qu’à la hauteur. Admirable d’un point de vue esthétique, fonctionnel et technique ! « Et chose rare, il n’y a eu à ce sujet sensible aucune polémique » à affirmer Anne Hidalgo.

    Le public comme les artistes va apprécier ce théâtre dont la façade a été parfaitement restaurée et la salle de 932 places descend jusqu’à l’immense plateau de 292 m2. Ce lieu de spectacles a traversé deux incendies. Et il y a eu en 67, une transformation totale de l’accueil et de la salle à l’italienne. Ses directeurs en furent Jean Mercure de 1968 à 1985, puis l’amoureux et visionnaire en l’art de la danse,  Gérard Violette jusqu’en 2008.

    Trois siècles, trois époques : Les balcons datent du XIXe siècle, les gradins du XXè.s., le hall du XXIè.s. 
    Emmanuel Demarcy-Mota lui, a fait faire à ce théâtre, le grand saut dans le XXI ème siècle. Il a rendu hommage aux diverses créations architecturales et aux moments phares artistiques et politiques de ce lieu consacré au spectacle.
    Comme d’autres tout aussi prestigieux à Paris, en banlieue et en France : « C’est une joie de rendre hommage à Fabre et Perrotet. Les  gradins en béton n’étaient  pas visibles mais c’est leur travail. Ils ont aussi construit plus tard le Théâtre de la Colline, les salles de Bobigny, Sartrouville. C’est toute l’histoire de la décentralisation théâtrale qui s’est jouée à ce moment-là. C’est le lien avec René Allio qui a réalisé le Théâtre de la Commune à Aubervilliers, et qui a été l’architecte de cette Couronne en 1967, ce sont toutes ces mémoires et ces personnes qui ont oeuvré, qui ont fait réellement et qui nous renvoie peut-être à nous même, notre capacité à faire aujourd’hui. »

     

    L’inspiration esthétique de ce projet gigantesque est née pour Emmanuel Demarcy-Mota, du livre du dramaturge François Regnault : « Le Théâtre et la Mer. Cet ouvrage a beaucoup influé sur la scénographie. ». Il est vrai ! En entrant et en circulant dans le lieu, nous avons ce sentiment de prendre le large et d’embarquer sur un noble navire, partir à l’aventure et à la découverte ! Quoi de mieux pour un Théâtre et ses spectateurs !  

    Après ces paroles riches et vivantes, place aux artistes !

    Moment délicieux, Isabelle Huppert a lu des extraits de Ma double vie et L’Art du Théâtre de Sarah Bernhardt. Autre belle émotion: Marc Coppey a interprété la Troisième suite pour violoncelle Prélude, Sarabande et Gigue de Jean-Sébastien Bach…Un des tableaux de toute beauté de cet inauguration !
    Et à nouveau  la grande Sarah Bernhardt, en présence de la lecture par Élodie Bouchez : pages d’écrivains, figurant cette artiste et femme fascinante, unique à travers la plume d’ Edmond Rostand, de Victor Hugo et d’Oscar Wilde. Le texte d’Oscar Wilde est sans doute le plus remarquable des extraits lus au sujet de celle qu’il nommait « La Divine » ou « L’Incomparable » !  Enfin magnifique découverte: La toute jeune Johanna Faye avec une danse improvisée sur une chanson de Lhasa, J’arrive à la ville. À l’instar de nous tous, réunis en cette capitale où nous retrouvons avec joie et embelli, le Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt et sa place en fête ! plus que vivants ! 

    Nous étions joyeux comme des enfants  qui vont pour la première fois au théâtre. Emmanuel Demarcy-Mota a su trouver les mots justes de reconnaissance pour toutes ses équipes et pour les nombreuses entreprises qui ont fait aboutir ce projet. Il a aussi remercié les directeurs de théâtres à Paris, Créteil, etc. : « qui ont permis pendant les travaux de continuer notre rêve sur leurs grands plateaux.Vous serez toujours alors accueillis ici aussi en retour et(…) on a pu nous aussi, faire ce qu’on a fait grâce à votre présence et on s’en souviendra. Et les équipes du Théâtre de la Ville, je parle en leur nom, qu’elles soient techniques, administratives ou des relations publiques, le savent. »

    La fête s’est poursuivie à l’extérieur avec des spectacles gratuits sur la place du Châtelet. Avec notamment, l’immense artiste Hofesh Shechter, associé à la saison de ce théâtre et Saïdo Lehlouh, Arno Schuitemaker, des ateliers dirigés par la chorégraphe italienne Ambra Senatore dans le square de la tour Saint-Jacques juste à côté, une initiation au hip-hop, un battle pro de « breaking », et de la poésie avec la troupe de l’Imaginaire. 

    Une aventure collective menée de mains de maitres par Emmanuel de Marcy-Mota, Anne Hidalgo, Xavier Couture et toutes leurs solides et confiantes équipes ! La place et ses deux théâtres, à nouveau sous les feux de la rampe! Le Théâtre de la ville-Sarah Bernhardt va nous faire vivre  un automne aux belles couleurs chatoyantes…

     

    Elisabeth Naud

    Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, 2 place du Châtelet, Paris (IV ème). T. : 01 42 74 22 77