Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • Les cérémonies d’ouverture et clôture des Jeux Paralympiques

    Les cérémonies d’ouverture et clôture des Jeux Paralympiques


    Comme l’a dit Olivia Leray, journaliste à France-Télévision, «Il va falloir la reprendre cette vie dans ce qu’elle a de plus quotidien et d’un peu moins magique…» Quoi que l’on espère du spectacle actuel, les cérémonies des Jeux Olympiques, comme celles des Jeux Paralympiques sont une réussite.

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    Les professionnels du théâtre ou de la danse arrivent rarement à atteindre cette communion totale entre un événement éphémère et son public. La plupart des structures et compagnies ne fédèrent pas de tels sentiments, de tels bonheurs, de telles joies surtout sur  une période aussi longue.

     

    ©x Western du Royal d Luxe
    ©x Rue de la Chute, une parodie de western par le Royal de Luxe

    Dans notre passé de spectateur, un «théâtre élitaire pour tous», comme disait Antoine Vitez, est un phénomène assez rare…  Et un théâtre inscrit dans la cité pourrait bouleverser le quotidien comme les spectacles « de rue » dans les années quatre-vingt avait apporté une vrai bonheur au public.
    Comme c’est encore le cas aux festivals de Chalon ou Aurillac où la jauge est souvent doublée… quand l’entrée est libre! Ainsi le Royal de Luxe a-t-il soulevé en France mais aussi dans le monde entier, des passions et une joie que l’on n’imagine pas aujourd’hui, avec des spectacles comme, enter autres, La véritable Histoire de France créé au festival d’Avignon, ou Rue de la Chute…

     

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    ©x Le Réveillon des boulons

    De même, le Théâtre de l’Unité, d’abord avec Le Carnaval des Ténèbres à Saint-Quentin-en-Yvelines, puis chaque fin d’année avec Le Réveillon des boulons à Montbéliard, ou Noce et Banquet. Et plus récemment avec  La Nuit unique, un peu partout en France. Ou encore son remarquable Kapouchnik, un cabaret mensuel à Audincourt (Doubs) qui a fêté son vingtième anniversaire avec plus de cent représentations !
    Et cela a changé le quotidien de nombreux habitants de l’hexagone et ailleurs (voir pour tous ces spectacles Le Théâtre du Blog).

    Mais il faut aussi continuer à fréquenter les salles pour y découvrir de nouvelles œuvres. Est-ce le paradoxe du plus bel été que l’Hexagone ait jamais connu? C’est le metteur en scène de théâtre Thomas Jolly qui a pensé et organisé ces cérémonies, aidé par de nombreux collaborateurs.
    Le fameux Panem et circenses (Du pain et des jeux) du poète Juvenal ( fin du I dr sicèle après J.C.) accablé par la décadence du peuple romain qu’il voyait toujours occupé à s’amuser, a  toujours eu chez nous un sens péjoratif. Mais on peut espérer que ces Jeux paralympiques vont changer notre monde. Deux millions cinq cent mille billets ont été vendus, grâce au formidable fédérateur qu’ont été les Jeux Olympiques.
    Le regard du public a-t-il changé sur le handicap? Sur celui visible, peut-être, mais sur celui, invisible? Les institutions sont, toutes et toujours, en retard et un gouvernement, quel qu’il soit, est-il capable de prendre en compte ce vaste problème? Rien n’est moins sûr.

    En attendant, le public a découvert que les cérémonies d’ouverture et clôture des Jeux paralympiques avaient une réelle valeur artistique. Place de la Concorde-une des plus belles scènes du monde-Thomas Jolly et le chorégraphe Alexander Ekman (voir Le Théâtre du blog) ont tout fait, pour que, durant cette trop longue cérémonie, ait lieu un métissage entre danseurs valides, et danseurs handicapés.

    © J. Couturier
    © J. Couturier

    À une course-poursuite des artistes en fauteuil roulant autour de l’Obélisque, ont succédé des portés acrobatiques avec des interprètes valides.
    Quand tous les athlètes furent arrivés sur la place de la Concorde, Lucky Love, à trente ans enflamma le public avec sa chanson, My Ability, nouvelle version de son  tube Masculinity.
    Né sans bras gauche, ce chanteur mais aussi mannequin, égérie des grandes maisons de couture, a joué avec Béatrice Dalle et Joey Starr dans Elephant Man mise en scène de David Bobée (2019). Cette soirée, ouverte par les avions de la patrouille de France, s’est terminée avec la renaissance du feu dans la vasque olympique, au jardin des Tuileries.

     

     © Jean Couturier
    © Jean Couturier

    La cérémonie de clôture au Stade de France, a eu lieu  sous la pluie incessante qui avait déjà accompagné l’ouverture des Jeux Olympiques! Quelques grands standards de la chanson française interprétés par l’orchestre de la Garde républicaine, ont été repris en chœur par le public.
    Puis, devant la vasque des Tuileries qui s’est éteinte doucement, les chanteurs Amadou et Mariam ont entonné Je suis venu te dire que je m’en vais de Serge Gainsbourg.
    Et Aurélie Aubert, championne paralympique de boccia, a soufflé sur la petite flamme de sa lampe de mineur (ci-dessous). De grands musiciens ont aussi clôt cette cérémonie.comme  Jean-Michel Jarre et Martin Solveig, sous un feu d’artifice éblouissant.

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    ©x Aurélie Aubert


    Les spectateurs dans le stade de France ou les sept millions sept cent mille autres devant leur écran, auraient souhaité que cette période enchantée, presque irréelle, ne s’arrête pas. Quand nous avons regagné la station de métro Saint-Denis-Porte de Paris, une bénévole nous a indiqué, avec le sourire, la direction : Los Angeles, juillet 2028 …

    Jean Couturier

  • ‘ouverture des Jeux Olympiques (clap de fin)

    La Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques  (clap de fin du feuilleton)

    Nous passons d’un ciel à un autre, de la vasque en suspension, à un lointain point blanc au premier étage de la Tour Eiffel. Un mouvement de caméra assure l’approche:  Céline Dion apparait en longue robe blanche perlée et chante aussitôt. Elle simplifie à l’extrême sa présence, et cela accentue l’émotion. Quelques gestes…  Mais elle chante de tout son corps, modulant ainsi la voix dans les hauteurs et dans l’intime, frôlant parfois le silence. 

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    La cérémonie s’est déroulée sur la Seine mais aussi sur  les monuments et les toits de Paris. Elle s’achève, grandiose, avec la voix immense de Céline Dion qui fait vibrer la nuit.  Avec L’Hymne à l’amour, elle lance « le bleu de l’immensité ». Ainsi l’espace musical infini enveloppe l’espace fini du ballon et de la vasque en suspension dans le ciel. L’infini peut se replier dans le fini mais le feu de la vasque est virtuellement infini: il exprime le courage, l’élan, la prise de risque dans la vie, mais aussi l’amour, la passion, l’art à travers la couleur, l’or jaune de la vasque répondant au bleu du ciel.
    Et l’Hymne à l’amour lui-même vit de ce battement entre le fini et l’infini : cette  chanson évoque l’histoire d’une femme qui sacrifie tout à son amant et qui se soumet en tout . « Si tu me le demandais. » Elle élève cette soumission à la reconnaissance de l’amour. Son malheur ? Chercher une justification à l’amour. « Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer. Et la terre peut bien s’écrouler Peu m’importe si tu m’aimes Je me fous du monde entier. Je renierais ma patrie. Je renierais mes amis  Si tu me le demandais »
    Cet amour crée le désert et réduit l’espace  des amants à presque rien. Il y a deux amours: celui qui se définit par ce qu’il n’a plus, un amour sans monde, sans patrie, sans amis, limité à deux pauvres points. Et un  amour  qui s’ouvre à l’infini, d’où la nécessité d’une voix grandiose…

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    ©x Marguerite Monod

    Edith Piaf, la parolière et la compositrice Marguerite Monnot (1903-1961) qui a signé entre autres la musique d’Irma la Douce, et maintenant Céline Dion qui interprète cette chanson…Comment nait cet amour délivré de la soumission, des clichés des sentiments ? Par le filtre de la mort: « Nous aurons pour nous l’éternité, Dans le bleu de l’immensité. » Avec cette phrase splendide, le contenu de la chanson et la voix se réconcilient. Et tous les amants du monde frissonnent. Pourquoi doit-on prouver son amour (et à qui, sinon à soi-même, en devenant son propre juge), par le sacrifice qui noue celui-ci à la violence? « La terre peut  bien s’écrouler. »
    J’échangerais  la continuité de mon amour contre la fin du monde ? Mais que devient-il alors sans ce monde ? Pas grand chose. Il révèle un dépendance: désirer être aimé: le contraire de l’amour. Désirer être aimé, c’est à dire: se retirer de la passion, conduit à la bêtise: on voit alors les clichés de l’amour comme un absolu!

    Mais la voix puissante ici dément le contenu de la chanson qui s’adresse à ceux qui s’aiment et qui frissonnent à son écoute… Amour devient un paysage fluctuant où habitent un grand nombre. Céline Dion, malade mais courageuse, sait admirablement moduler ces deux amours avec parfois des mouvements abrupts et des abondons mais toujours avec un grande économie de moyens. Elle a changé sa manière de chanter, retenant ses forces, en donnant d’autres. Elle finit en larmes. Emotion et gravité. Le monde est venu à Paris et L’Hymne à l’amour s’adresse à tout le monde.

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    ©x Edith Piaf et Marcel Cerdan

    La compositrice Marguerite Monod se serait inspirée d’un lied de Schumann et cette chanson fait partie de la vie d’Edih Piaf qui a rencontré le boxeur Marcel Cerdan en 48 à New York. Elle crée L’Hymne à l’amour l’année suivante au Versailles, un cabaret new yorkais. Peu de temps après, le 29 octobre 1949, Marcel Cerdan est tué dans un accident d’avion. Après l’avoir appris, Edith Piaf décide pourtant le soir même de chanter cet Hymne à l’amour et le lui dédier. Mais la chanson change de sens et c’est l’amour infini qui l’emporte au prix de la mort. Et chaque soir, grâce à la voix elle rejoint son amoureux « dans le bleu de l’immensité ».

    Il existe un autre Hymne à l’amour où un monde et les amants résonnent dans L’Amoureuse en secret qu’écrivit René Char en 1947 donc juste à la même époque: « Elle a mis le couvert et mené à la perfection ce à quoi son amour assis en face d’elle parlera bas tout à l’heure; en la dévisageant. Cette nourriture semblable à l’anche d’un hautbois. Sous la table, ses chevilles nues caressent la chaleur du bien-aimé, tandis que des voix qu’elle n’entend pas, la complimentent; Le rayon de la lampe emmêle, tisse sa distraction sensuelle.Un lit très loin, sait-elle, patiente, tremble dans l’exil des draps odorants, comme un lac de montagne qui ne sera jamais abandonné. »

     

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    Athlètes de tous les pays, danseurs, ingénieurs, musiciens, entre autres ceux de la Garde républicaine, chanteurs, policiers, pilotes  de bateaux-mouche, inventeur de la vasque et de la flamme, menuisiers, charpentiers, couturières, bénévoles, cameramen, commentateurs de télévision, danseurs, ouvriers sur le chantier de Notre-Dame, stylistes, jeunes créateurs et créatrices de mode, acrobates,réparateurs de prothèse, leaders d’ambiance, inventeurs de lumières, peintre; informaticiens, fabricants de décor, photographes, médecins et infirmières, vérificateurs de pont, militaires, électriciens, ingénieurs du son, pompiers, pilotes d’hélicoptère…
    Hommage à eux  à Thomas Jolly, le metteur en scène de la Cérémonie et à toutes ses équipes. »Voilà la France moderne qui s’avance avec ses alliés substantiels » écrivait aussi René Char.

    Bernard Rémy
    Remerciements au service de presse des Jeux Olympiques et Paralympiques. Et à Marie-Domitille du Murgat, Artea Etcheverry-Demaubert et Anne-Sophie de la Roquette-Basse, pour leur aide efficace et la recherche de photos.

     

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  • Festival de l’Hydre III par la compagnie Le K-Simon Falguières et les Bernards-L’Hermite


    Festival de l’Hydre III par la compagnie Le K-Simon Falguières et l’association des Bernards L’Hermite

     Nous avons découvert cette fabrique théâtrale installée à Saint-Pierre d’Entremont (Orne) en rase campagne, dans un ancien moulin pour son deuxième festival (voir Le Théâtre du blog). Depuis, le chantier a bien avancé et se poursuit. L’ancienne usine rénovée a maintenant ses espaces de répétition,  montage et stockage de décors. Elle compte sept chambres, deux salles de bain et un dortoir pour accueillir les artistes en résidence.

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    Cette année, vingt-trois compagnies, pour moitié implantées en Normandie, sont venues y répéter. En face, les anciens bureaux du moulin, transformés en lieu d’habitation, abritent six personnes en permanence dont Simon Falguières et le directeur technique de la compagnie le K. Ce collectif d’«artistes-bâtisseurs» mène de front la création de spectacles et la construction, à terme, d’un théâtre, ouvert hiver comme été. Simon Falguières le rêve, ouvrant sur les falaises, la rivière et la forêt de ce vallon. Parallèlement, la réfection de la roue motrice du moulin pour produire de l’électricité, nécessite de gros travaux comme entre autres, la mise en eau de l’ancien bief menant à la turbine. La vente du courant à E.D.F. permettra de couvrir les frais de chauffage. L’inauguration de cette fabrique réunissant les différents corps de métiers du spectacle est prévue vers 2029, le temps de trouver les fonds nécessaires…

     Le K n’est pas en marge de l’institution théâtrale et est associée aux Centres dramatiques Nationaux de Vire, Caen et Nanterre. Mais elle entend bien préserver son autonomie artistique: «La seule façon de repenser la décentralisation, dit Simon Falguières, est de vivre localement. » Depuis son installation au moulin, sa compagnie organise des ateliers d’écriture et pratique théâtrale amateur, avec l’appui des communes avoisinantes: Cerisy-Belle-Étoile, Saint-Pierre d’Entremont et Flers, la ville la plus proche. Écoles et collèges y participent aussi.
    Nombreux sont les habitants des villages alentour qui adhèrent au projet et se réjouissent de voir naître un bar associatif, là où tous les bistrots ont fermé, et de participer aux stages de théâtre, un week-end par mois. Certains collaborent au chantier pour construire un muret ou donner un coup de main lors des manifestations. Quatre-vingt bénévoles assurent aussi cette année la bonne marche du festival: accueil, manutention, cuisine, parking, bar… Cette fois-ci, le festival a lieu en extérieur et sur deux scènes. Le prix d’entrée libre vaut adhésion à l’association des Bernards-L’Hermite. Pour une somme modique, on peut manger sur place: bar et crêperie ne désemplissent pas…
    Les six membres permanents de la compagnie déterminent ensemble le programme des festivités et veillent à la mixité, en accueillant «des femmes avec des paroles relatives à leur combat ». Au programme : spectacles, concerts et Molière, la nouvelle pièce de Simon Falguières.


    Sillages


    © Mireille Davidovici
    © Mireille Davidovici

    Quentin Beaufils et Léo Ricordel, acrobates trampolinistes, accompagnés par la violoniste Zoé Kammarti, bondissent sur une piste circulaire. Avec élégance, ils se croisent, grimpent sur les épaules l’un de l’autre. Des voix viennent donner sens à leurs déambulations : réflexions d’adultes sur le sens de l’existence, et d’enfants enregistrées à l’école élémentaire de Cerisy.
    Quand la musicienne rejoint les circassiens sur leur agrès, la navigation se complexifie entre opposition et échappées solitaires… Ce premier spectacle de trente minutes sera étoffé en une forme plus longue pour la scène.

    Va Aimer !

     

    ©Xavier Tesson
    ©Xavier Tesson

    Eva Rami convoque son double: Elsa Ravi. Au rythme effréné des aventures de cet alter ego, elle incarne père, mère, grands-mères mais aussi l’institutrice et ses meilleures copines. Elsa Ravi remonte ainsi vers les traumatismes de son enfance, trop longtemps enfouis. L’autrice et comédienne excelle à changer de corps et de voix. Avec énergie et drôlerie, elle dénonce le viol et l’inceste qu’elle a subis, lors d’un faux procès qui fait écho à toutes celles qui osent aujourd’hui prendre la parole. Après un Molière et le festival d’Avignon cette année, Va aimer est repris cet automne au théâtre de la Pépinière à Paris.

    Danube

     

    ©Xavier Tesson
    ©Xavier Tesson

    Mathias Zakhardonne corps et voix à son Journal de voyage écrit en 2017, pour les Croquis de voyage à l’École du Nord où il était élève-comédien. Suivant le cours du Danube, il remonte aussi le fil de son histoire familiale. (voir Le Théâtre du blog). Un mois durant, il traverse l’Europe, en train, bateau, stop… de la source, à l’embouchure du fleuve (« Le petit robinet est devenu une bouche où le Danube se perd. »Au terme du parcours, arrivé au kilomètre zéro, paradoxalement là où le fleuve se jette dans la mer après 2.882 kilomètres, il conclut : «Le voyage est une longue quête vers un moi qui ne m’appartient pas.»
    À l’heure où l’Europe vacille, l’histoire des peuples meurtris par les totalitarismes passés et à venir, a nourri une nouvelle version de Danube. A partir d’un texte initial, Mathias Zakhar a pris des chemins de traverse un peu hasardeux et surtout n’a pas trouvé le juste rythme. Mais il aura le temps de peaufiner ce solo pour le jouer en tournée organisée par le Théâtre des Amandiers à Nanterre.

    Molière et ses masques texte, mise en scène et scénographie de Simon Falguières

    ©Compagnie le K
    ©Compagnie le K

    En une heure vingt, « La vie glorieuse et pathétique du célèbre Molière. Une vie romancée, inventée, mensongère sur ce que nous inspire le plus connu des chefs de troupe français. Nous ne sommes pas Molière mais notre art est le même.» Six interprètes-«pour donner la sensation de troupe», dit Simon Falguières, jouent sur d’étroits tréteaux, sans effets de lumière, en costumes de tout style, puisés par Lucile Charvet dans les stocks de la compagnie. Les rideaux de scène blancs flottant au vent sont les voiles d’un radeau imaginaire.

    Dans la première partie, Farce rêvée sur la vie et la mort de Molière, l’auteur reconstitue l’enfance du dramaturge et ses douze ans de vie théâtrale errante et dans la seconde, il récapitule, devant le dramaturge mort en scène dans Le Malade imaginaire, les épisodes de sa carrière parisienne, avec les aléas dûs à sa condition de courtisan. «Finie la liberté, l’artiste de théâtre mange dans les mains du Pouvoir.»Quand Molière se rêvait tragédien, il reste condamné à la comédie, son terrain d’excellence. Simon Falguières réécrit en saynètes L’Étourdi ou les contretemps, premier succès de la troupe et le met en scène, façon commedia dell’arte avec masques et perruques. Victoire Goupil, grimée en Mascarille, mène un train d’enfer à ses partenaires et sera, tout au long de la pièce, l’éternel valet impertinent, tenant tête à ses maîtres sur scène, et à Molière, à la ville.

     Jean-Baptiste Poquelin dit Molière chasse «ses masques » pour monter Nicomède de Pierre Corneille-un fiasco- il les rappelle à l’entracte, pour sauver, grâce au rire, ce spectacle donné devant le Roi et toute la Cour. Simon Falguières s’en donne à cœur joie dans cette version burlesque où il tourne en ridicule la fable politique de Corneille. Il convoque aussi Panoramix pour une brève leçon d’histoire de France façon B.D., où Dupont (Antonin Chalon) et Dupont (Charly Fournier) se font les historiographes de Molière.
    Ces transfuges de Tintin nous dévoilent les intrigues de palais, depuis Henri lV. Anne d’Autriche (Manon Rey) se métamorphose en Louis XIV. Louis de Villers est Marie de Médicis, Victoire Goupil, Richelieu. Et Antonin Chalon, Philippe d’Orléans. En supplément à cette farce, Simon Falguières donne quelques petits coups de griffe aux puissants d’hier et d’aujourd’hui, comme Molière savait déjà le faire.

    Les changements de rôle et costume ne ralentissent pas un rythme trépidant et, aux côtés de ses partenaires multicartes, Anne Duverneuil est un Molière dynamique, ambitieux mais est aussi le mari jaloux de la jeune Armande (Charly Founier). Il se moque aussi de lui-même en vieillard dans L’Ecole de femmes et est l’homme émouvant qui restera fidèle à Madeleine (Victoire Goupil), son inspiratrice, jusqu’à son dernier souffle. Ses déboires amoureux et politiques se traduisent par une courte tirade du Misanthrope…

    Cette pièce courte, enjouée, impertinente à la Molière, a été conçue pour l’itinérance comme celle de son modèle. La compagnie K envisage une tournée par les villages, et, au printemps, ira à pied, du Moulin de l’Hydre jusqu’à Caen, décor et costumes mis sur une charrette tirée par des chevaux. Les saltimbanques joueront à toutes les étapes, en plein air ou à couvert en cas de pluie, et  organiseront des ateliers d’écriture. Avec Molière (titre provisoire), la compagnie K entame un nouveau cycle dans l’esprit de la décentralisation: «Molière sera la première pierre, dit Simon Falguières. (…).  Le rêve serait de monter, entre 2025 et 2027, un feuilleton de quatre pièces où Sganarelle aurait le rôle principal, celui que jouait toujours Molière. (…) Une tragi-comédie sur le chemin pathétique du personnage comique le plus célèbre du théâtre français. En attendant, l’auteur-metteur en scène poursuit l’écriture d’un prochain spectacle qu’il annonce plutôt sombre, comme l’air du temps… La troupe répète déjà, au fur et à mesure de l’avancée de l’écriture. Il verra le jour, l’année prochaine au Théâtre de la Cité à Toulouse.

     Mireille Davidovici

     Spectacle vu le 6 septembre, au Moulin de l’Hydre, lieu-dit Les Vaux, Saint-Pierre d’Entremont( Orne). Jusqu’au 14 septembre, représentations autour du Moulin de l’Hydre, dans le cadre de l’été culturel.

    Du 23 au 29 septembre, à Transversales-Scène Conventionnée de Verdun (Meuse). Et de novembre 2024 au printemps prochain, dans l’Orne, l’Eure, à Flers Agglo, Bernay, SNA 27, et à la Comédie de Caen (Calvados). A suivre…

    Pour soutenir la construction de la Fabrique théâtrale : helloasso.com/assocations/les-bernards-l-hermite

     Danube, du 27 janvier au 2 février, tournée itinérante organisée par le Théâtre des Amandiers à Nanterre (Hauts-de-Seine).

    Va aimer, du 23 septembre au 11 novembre, Théâtre de la Pépinière, Paris ( II ème).