Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • Un Conte d’hiver de William Shakespeare, mise en scène de Julie Delille

    Le Conte d’hiver de William Shakespeare, traduction et adaptation de Bernard-Marie Koltèes, mise en scène de Julie Delille

     

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    Julie Delille, directrice du Théâtre du Peuple succède à Simon Delétang et est la première femme nommée à la tête de ce lieu légendaire qui fêtera ses cent trente ans l’an prochain! Niché dans les Vosges et classé Monument historique depuis 76, il a été fondé en 1895 par l’écrivain Maurice Pottecher.  Avec, pour devise inscrite sur le cadre de scène côté cour: Par l’art, et côté jardin: Pour l’humanité». La metteuse en scène a découvert cet endroit féérique après en avoir longtemps rêvé.

    C’est sa première création ici, et dans le répertoire classique. Julie Delille nous avait surpris et fascinés par ses adaptations d’œuvres littéraires ou/et poétiques contemporaines: Je suis La Bête, d’Anne Sibran ou récemment, Le Métier du Temps -La Jeune Parque et La très Jeune Parque (abordable dès 6 ans) d’Aix Fournier-Pittalugal autour d’œuvres de Paul Valéry.

    Réfléchir sur la société, la culture d’aujourd’hui, son rapport à la nature et sur l’avenir : «Toutes ces questions qui traversent notre monde sont très prégnantes à Bussang, comme la relation au vivant, les enjeux écologiques, la ruralité. » Sa pensée artistique s’est nourrie des lectures de la philosophe Arne Naess et de poètes comme Edouard Glissant, Paul Valéry…  « Je voudrais que ce théâtre, dit-elle, soit un lieu de pensée et un espace poétique préservé, un abri où il est possible de prendre le temps, d’avoir une relation avec des œuvres de l’esprit, comme une réponse éventuelle aux crises que nous traversons. »Faire vivre le Théâtre du Peuple sous le signe du partage entre le public, les artistes et techniciens, cette volonté socio-politique est devenue réalité. 

     « Le Conte d’hiver, dit-elle, a été une évidence pour ce lieu et pour moi; on le monte avec des professionnels et des amateurs, on l’accompagne et l’objet va se finaliser avec le regard et l’âme du public. » Les répétitions lui sont étaient ouvertes, ce qui est rare  dans une création ! Pour Julie Delille, c’est une manière de faire relation avec soi,  les autres, la nature et l’œuvre : « La résonance, c’est un chant de mésange qui nous va droit au cœur. (…) C’est être ensemble en petit peuple dans le silence et dans le lieu. »  A la fin de spectacle, moment rituel, splendide et unique, l’ouverture du fond de scène sur la forêt marque bien le lien incontournable et vital, pour la metteuse en scène, entre Culture et Nature.

     

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    Cette tragi-comédie, (1610), une des dernières pièces de William Shakespeare, n’est pas la plus jouée. Leontes et Hermione sont roi et reine du royaume de Sicile. Ils ont un premier fils Mamilius et attendent un second enfant.
    Polixènes, roi de Bohème, lui, a un fils: Florizène. Ces monarques, frères de cœur, ont grandi ensemble mais les responsabilités de l’âge adulte les ont éloignent. La pièce commence avec le retour de Polixènes en Sicile où, depuis neuf mois la fête bat son plein, mais elle va bientôt  s’assombrir .. Polixènes annonce qu’il va retourner dans sa Bohême mais ses hôtes le pressent pour rester. En même temps, un doute s’insinue chez  roi Léontes. Que signifient les gestes spontanés d’Hermione envers Polixènes, son invité : des mains se touchent légèrement et il y a des regards et rires complices…
    Léontes : «Et le pied qui chevauche le pied ? Les cachotteries dans les coins? Vouloir que l’horloge aille moins vite, que les heures soient des minutes, que midi soit minuit. Vouloir que le monde entier soit aveugle, sauf soi-même, afin de pouvoir faire tranquillement le mal à l’abri des regards ? Tout cela n’existe pas? Alors l’univers et tout ce qu’il contient,  n’existe pas, le ciel qui nous recouvre, n’existe pas, Bohême n’est rien, ma femme n’est rien et il n’y a rien dans ces riens, si ça n’est rien.

     Bref, la jalousie s’empare du roi et ne le lâchera plus. Qui est le père de l’enfant qu’attend Hermione ? La démence du souverain provoque la fuite de Polixènes. Mais Leontes ordonne au fidèle seigneur sicilien Camillo, de retrouver et d’éliminer son frère de cœur.
    Suivront des actes innommables : le jeune prince de Sicile, Mamilius est arraché à sa mère qui, elle-même, est aussitôt emprisonnée et la petite fille dont elle accouche dans sa cellule, est abandonnée sur une plage.

    ©Jean-Louis Fernandez
    ©Jean-Louis Fernandez

    Rien ne vient apaiser la rage et l’aveuglement de Léontes. Face à son délire destructeur,  un oracle d’Apollon proclame l’innocence de la reine: «Hermione est chaste, Polixène irréprochable et Camillo est un sujet loyal, Léontes, un tyran et son enfant innocente est légitime. Le roi vivra sans héritier, si ce qui est perdu, n’est pas retrouvé. » Mais cet oracle restera vain. Et Ceux qui sont frappés par la folie de Leontes seront tués! Comme son épouse la Reine et son fils Mamilius.
    Dans une solitude extrême, le roi verra son existence anéantie, conscient d’être le seul coupable de sa ruine! Mais le Temps, comme un magicien, opère. Seize ans plus tard en Bohême, Perdita l’enfant abandonnée, a été recueillie par un berger et son fils. Ravissante, la jeune fille ignore tout de sa royale naissance.

    Le beau et jeune Florizel, fils du roi de Bohême, se fiance à elle. Polixène, fou de colère que son fils soit amoureux d’une bergère, promet de terribles châtiments à Perdita et à sa famille et ordonne à son fils de plus jamais la revoir. Les jeunes gens sont effondrés.
    Heureusement, Camillo, à nouveau là, organise leur fuite en Sicile. La puissance de l’amour et l’envie, coûte que coûte, de vivre son idéal, trait merveilleux de la jeunesse, vont triompher. Après l’hiver, le printemps ! L’éternel retour. ..

     La metteuse en scène a choisi la traduction et l’adaptation de Bernard-Marie Koltès, comme Luc Bondy en 88. «J’avais peur d’aborder Shakespeare. Je tenais à la traduction (apocryphe) de Bernard-Marie Koltès. Il y a là, un geste sensible et singulier d’écrivain et c’est aussi pour cela, qu’elle a été mal reçue à l’époque.» La prose et le chant de cet écrivain produisent chez le lecteur et le public, une réception sensible, plus directe et charnelle et le texte, allégé, conserve toute la poétique de William Shakespeare dans sa profondeur et ses énigmes.

    Le vivant et la théâtralité naissent ici à la source de la sève des mots et des multiples possibilités de signification. Le lieu entre aussi en parfait dialogue avec cette tragi-comédie. La scénographie de Clémence Delille, pleine d’esprit s’inscrit en complicité esthétique avec l’espace intérieur et extérieur du Théâtre du Peuple et l’écriture de la pièce. Des châssis de bois mobiles pour figurer en trompe-l’œil les façades du Palais, sont ensuite un dédale où le roi s’égare, emporté par la folie !

    La metteuse en scène a fait du personnage de Leontes, roi de Sicile, interprété merveilleusement par Baptiste Rellat, le point central de cette histoire. Elle en offre au public une réception claire en imposant la puissance tragique, à partir du seul personnage de Leontes. La roue de la fortune, si chère à Wiliam Shakespeare, est en marche ! 

    L’imaginaire et la recherche poétique du beau prennent ici racine dans l’intériorité. Cet espace poétique nous ouvre une réflexion intime, complexe et pulsionnelle de l’être humain et du texte. Le beau monologue de Leontes, au début, en est le reflet : « Je vais à la pêche mais vous ne voyez pas l’hameçon. Allez-y, allez-y. La manière dont elle lui tend son bec, son museau; elle l’allume, exactement comme une femme ferait avec son mari.  (…) Plutôt réconfortant de savoir que d’autres que moi possèdent des chambres, dont les portes s’ouvrent sans leur permission. Si tous ceux que leur femme trompe désespéraient, un homme sur dix serait pendu. Pas de remède, pas de remède : cette planète est une maquerelle, elle nous tient, elle nous possède de l’Est à l’Ouest, et du Nord au Sud. Conclusion : il n’existe pas de verrou pour le ventre d’une femme. »

    © Jérôme Humbrecht
    © Jérôme Humbrecht

    Direction du jeu hors pair et il y a ici un choix esthétique d’orienter la sensibilité du public et des interprètes vers une écoute intérieure de la langue shakespearienne, au plus près de la création. Les professionnels comme les amateurs de la troupe permanente sont tous remarquables.
    Laurence Cordier joue brillamment à la fois Hermione et Perdita. Incroyable de sincérité à tel point qu’on a du mal à voir qu’une seule actrice les interprète. Laurent Desponds (Polixènes) met magnifiquement en lumière les personnalités opposées des deux rois.

    Elise de Gaudemaris incarne Paulina qui a un sang-froid et une force de tempérament au risque de sa vie et nous admirons son courage.  Baptiste Relat (Léontes fou de jalousie et blessé à mort) est extraordinaire de sensibilité et bouleversant. Le Berger, est joué par celui qui, a plusieurs années, dirigé le bar du théâtre et qui a eu envie de monter sur les planches. Il nous ravit dans une scène ludique où les moutons sont aussi  d’excellents acteurs ! 

    Julie Delille a  fabriqué avec ingéniosité, cinq «bulles », un terme trouvé, pendant les  répétitions, où elle met en relief des situations cruciales dans la fiction et sa représentation. Dès l’entrée des spectateurs, a lieu « la bulle de la fête » en l’honneur de l’invité, le roi de Bohême. Sur une composition remarquable pour orgue de Julien Lepreux, la séquence se répète trois fois et  retient l’attention par sa beauté et son côté festif.
    La répétition de cette  » bulle » agit ici sur notre concentration et notre émotion. Le spectacle à peine commencé, nous nous sentons, aussitôt pris à témoin par ce qui s’y passe. Lors d’une crise violente de Léontes, une « bulle de la jalousie» est un des moments forts cette création. Sous une lumière à la fois sombre et irréelle, Léontes erre dans son château labyrinthique, perdu en lui-même, fou de rage et jalousie.
    Le monde des ténèbres rôde en silence et laisse jaillir chez  Léontes, de terribles hallucinations. Ou encore dans cette «bulle de la chambre de la reine »,  avec ses suivantes et son fils Mamilius, Et la « bulle de la tristesse » où il fait boire à son fils, jeune Prince de Sicile, le breuvage mortel.
    Puis la « Bulle de l’accouchement» dans la prison-contexte atroce-du second enfant de la Reine, et enfin, celle du voyage sur le navire du retour en Sicile… Julie Delille a eu pour ces Bulles, l’idée pour en marquer l’espace théâtral, de le faire jouer dans une loge de théâtre). 

    La création sonore et la musique de Julien Lepreux sont d’une invention remarquable. Ils semblent comme venus du plateau mais leur source en est invisible, créent ainsi un effet dramatique  concentré et fascinant. La musique acousmatique difficile à intégrer dans la pièce, est là  tout au long du spectacle, sauf dans les moments de folie de Léontes. Elle se manifeste de façon sourde ou violente comme un fragment existentiel venu du fond des âges et qui explose.
    La musique à l’orgue est en parfaite communion avec le mystère, le sacré, l’angoisse ici admirablement mis en vie. Le traitement du temps est aussi d’une grande subtilité et le public se trouve  dans une autre dimension où le Temps semble en permanence sous tension et comme dilaté. Le texte dialogue avec la lumière ingénieuse d’Elsa Revol, l’espace, le son, la musique… Ils se répondent et s’harmonisent en grande intelligence et sensibilité. Le public fasciné, ne voit pas le temps passer…

    Un souffle dyonisiaque puissant traverse la création de cette artiste qui veut  rassembler diverses sensibilités humaines et esthétiques et laisser surgir l’humanité dans ses plus grandes folies. Julie Delille rappelle le sens du titre: Conte d’hiver: « Une histoire qu’on arrive pas à croire» ! Pari réussi. Ce spectacle crée le trouble et met en valeur la lutte entre l’irrationnel et la raison, mais aussi l’art du théâtre. Inoubliable,  comme le Théâtre du Peuple !    

    Elisabeth Naud 

     Spectacle vu au Théâtre du Peuple, à Bussang (Vosges) et joué du 20 juillet au 31 août.

     
  • ‘ouverture des Jeux Olympiques (suite et fin définitives))

    Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques (treizième épisode avant le quatorzième:suite et fin définitive du feuilleton!)

    La vasque se place sous le signe d’Héraclite d’Ephèse (544-480 av. J.C) sous le signe des quatre éléments: l’Eau (la Seine), la Terre (les Tuileries), puis le Feu (la vasque embrasée) et enfin l’Air avec l’envol du Feu. La Seine sera restée le personnage essentiel de la cérémonie. « Pour des baigneurs entrant dans les mêmes fleuves, d’autres et d’autres eaux couleront dessus. » écrivait Héraclite.

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    Mais le fleuve change sans cesse, même s’il reste le même par son seul nom qui assure  une permanence. »Paris change, qu’est-ce qui reste le plus semblable à soi-même ? Evidemment, la Seine.
    Il restera aussi longtemps, que nous continuerons à appeler la Seine par son nom. » Mais y a-t-il un rapport entre le nom et la chose, entre le devenir et la permanence ?
    Le fleuve puissant est un flux, et pour survivre, il faut naviguer, choisir des directions  à  travers la masse des courants. Comme les bateaux des athlètes, ou le cheval mécanique qui, lui, a été  dirigé à la corde.

    Le fameux : « Je est un autre » d’Arthur  Rimbaud pourrait se prolonger en « l’autre est sans cesse autre ». L’individu et le fleuve participent du même flux. Et la tempête concerne à la fois l’individu: devenir autre est une tempête au ralenti) et les courants impliquent des tempêtes basses. « Fluctuat nec mergitur », devise de la capitale (elle est ballotée mais ne coule pas) le dit bien: on résiste à la tempête pour mieux en tirer bénéfice. Cela concerne les Parisiens mais aussi l’humanité toute entière. Vivre est dangereux et la tempête du fleuve envahit le parquet des danseurs, les secoue, les soulève, les épuise, avant de les jeter au sol.

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    Au Trocadéro, un bateau s’apprête à fendre raverser le chaos du fleuve, avec des passagers légendaires. Zinedine Zidane, tout sourire,  réapparait comme si de rien n’était. Comme le porteur masqué de la flamme qui lui, revient à la surface et donne la flamme à Zinedine Zidane. Rafael Nadal, radieux en veste rouge, se dirige vers lui. Ils s’étreignent. Un simple mais très  grand moment. Rafael Nadal repartira avec la flamme vers le quai…

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    ©x Carl Lewis
    ©x Rafael Nadal
    ©x Rafael Nadal

    Soudain des inventions lumineuse jouent sur la Tour Eiffel avec des figures autonomes  non figuratives… Des flammèches noires montent et descendent de la Tour qui disparait un moment sous des lignes vertes s’entrecroisant. Puis un bouquet de lignes bleues semble en sortir… Cela ressemble aux œuvres du réalisateur canadien Norman McLaren (1914-1987) qui a utilisé de nombreuses techniques de création sans caméra : grattage de pellicule, peinture sur pellicule, pixilation, stop motion, dessin animé…

    Une vedette fonce dans la nuit venteuse, avec à son bord, quatre personnages légendaires: Carl Lewis (saut en longueur), Serena Williams et Rafael Nadal (tennis), Nadi Comenaci (gymnastique). Tant de gloires dans un aussi petit espace…. Le passé des uns rejoint en flèche le présent des autres et l’illumine.

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    ©x Nadia Comenaci

    Comme un relais de flamme d’un type particulier: mezzo voce, Céline Dion prolonge Piaf et au volume que traverse le ballon, correspond celui de sa voix. « Le ballon qui soulève la vasque, dit Ariane Dollfus, journaliste, n’est pas une montgolfière mais un ballon à gaz, inventé par le physicien Jacques Charles (1746-1823) et son premier envol eut lieu en 1783…

    La flamme olympique passe de main en main et les relais deviennent plus rapides, comme des battements de cœur. Les Gadeloupéens, Marie-Jo Perec championne olympique il y a trente ans, et maintenant le judoka Teddy Riner allument le feu de l’immense vasque reliée à la montgolfière par de nombreux filins. Le feu d’abord jaune, vire à l’or.

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    Cette vasque que Mathieu Lehanneur, designeur, a créée, s’envole lentement en majesté dans la nuit de Paris.  Plus de cent ingénieurs, techniciens, spécialistes de l’acier recyclé et des systèmes de brûlage participèrent à sa fabrication.
    Il a conçu également la torche et selon lui  » la couleur très douce résulte de la fusion de l’or, de l’argent et du bronze ». Je me sers de connaissances sur la composition de l’air et la transformation des matériaux. Un objet n’est pas quelque chose de statique. »
    Pour cet inventeur « héraclitéen », la vasque associe le feu, l’air, l’eau et la terre. Et selon le philosophe grec, la circulation de ces quatre éléments rythme la vie.

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    La voix humaine module l’air et nous entendons L’Hymne à l’amour interprété par Céline Dion.
    Empédocle parlait ainsi de l’amour: »C’est pour Aphrodite qu’ils entretiennent des pensées d’amour et qu’ils accomplissent des œuvres de solidarité, la nommant du nom de la Joyeuse, ou encore : Aphrodite.
    Elle les entraîne dans sa danse, et pourtant nul ne l’a connue, nul homme mortel. »


    Bernard Rémy


     

     

  • ‘acteur de Guy Freixe

    Livres et revues

    Le Masque en jeu, une école de l’acteur de Guy Freixe

    Cet acteur, metteur en scène et pédagogue, a été formé par Jacques Lecoq, grand spécialiste du masque. Il a joué longtemps au Théâtre du Soleil, dans la série  Shakespeare : Richard II, La Nuit des Rois, Henry IV puis dans L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge d’Hélène Cixous. Metteur en scène, il dirige depuis 88 le Théâtre du Frêne, compagnie conventionnée par le ministère de la Culture, et a mis en scène une trentaine de spectacles en France et à l’étranger dont entre autres, Triptyque O’Neill, Kroum l’ectoplasme d’Hanokh Levin et un remarquable Soif d’amour, Trois Nô modernes de Yukio Mishima avec les jeunes acteurs de la dernière promotion de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot. Mais aussi Dom Juan de Molière, à Grignan, Danser à Lughnasa de Brian Friel, au Théâtre du Soleil.

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    Il dirige régulièrement des stages professionnels sur le jeu de l’acteur masqué et intervient dans plusieurs Écoles nationales supérieures de théâtre. Il a aussi écrit La Filiation Copeau-Lecoq-Mnouchkine. Une Lignée du jeu de l’acteur. Et surtout Les Utopies du masque sur les scènes européennes du  siècle. «Cet ouvrage comme il le dit clairement, ne se veut pas une méthode d’apprentissage technique du jeu masqué , parce que je ne pense pas que le masque soit une technique de jeu parmi d’autres. Je le considère comme un instrument,infiniment précieux, qui donne accès aux jeux fondamentaux du jeu de l’acteur. (…) Avec ce livre, je cherche à faire partager mes trente-cinq années d’engagement dans une pédagogie de l’acteur qui se rattache à cette voie française de la scène européenne et qui passe Jacques Copeau, Charles Dullin, Louis Jouvet, Jean Vilar, Jacques Lecoq, Ariane Mnouchkine. Le masque comme école de jeu.»
    Dans cet ouvrage passionnant, il relate l’apprentissage des techniques de jeu masqué et souligne l’importance qu’a la préparation du corps et le mouvement, à plusieurs ou seul dans l’espace. Une chose maintenant évidente et qu’ont réussi à imposer depuis environ trente ans, les pédagogues d’expression théâtrale confirmés. Déjà, au Groupe de Théâtre Antique de la Sorbonne (qui était une sorte d’école sans en porter le nom) et auquel nous avons appartenu, cette exigence était apparue. Et il nous souvient que, dans son spectacle-culte, Les Perses qui fut joué avant la dernière guerre et après, un peu partout en France et en Europe, la vieille reine Atossa, en grande robe noire, avait un masque gris cendre. Un personnage remarquablement joué par un jeune acteur amateur de vingt-neuf ans, petit et maigre, à la voix un peu cassée. S’opérait alors un véritable dédoublement: les codes habituels de mouvement avaient disparu, comme s’il y avait eu  un transfert de personnalité : bref, le grand écart entre ce petit employé à la Sécu… et cette grande reine perse, épouse du roi Darios, imaginée par l’immense Eschyle il y a vingt-quatre siècles.
    Le temps d’une heure sur un plateau, c’était pourtant la même personne que le public regardait absolument fasciné…et encore plus au moment des saluts quand on enlève les masques… Dessiné par le peintre Jean Bazaine en 1936 pour le metteur en scène Maurice Jacquemont, il offrait à l’acteur mais après bien des répétitions exigeantes, la possibilité de percevoir et d’exprimer toute la dignité et la douleur d’un mère. Et sans doute en partie cette voix si particulière.  Ce qu’une actrice ayant eu l’âge du rôle, n’aurait pas réussi aussi bien à faire. Quelle leçon de théâtre quand on a vingt ans! Quel fabuleux miracle du jeu masqué grâce à un pauvre carton moulé, ou à un morceau de bois sculpté! Guy Freixe a horreur du plastique et on le comprend. Avoir joué avec, Les Sept contre Thèbes d’Eschyle, même en plein air était une rude épreuve!
    Ensuite, le masque a eu droit de cité dans les écoles supérieures: Saint-Etienne, Conservatoire national, Ecoles du Théâtre National de Chaillot et du Théâtre National de Strasbourg, ENSATT à Lyon et bien entendu, dans les stages dispensés par Ariane Mnouchkine.

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    Le corps, rappelle justement Guy Freixe, est l’instrument premier de l’acteur et indispensable au jeu masqué. Respiration correcte, détente, analyse du mouvement: tout ce que les théâtres d’Extrême-Orient exigent de leurs interprètes depuis longtemps. Des pratiques qu’on trouvait rarement en Europe, même sur les grandes scènes des établissements officiels où régnait la parole… Et dont les services d’enseignement au Ministère de la Culture qui n’ont jamais brillé par leur sens de la pédagogie, se souciaient peu.

    Guy Freixe insiste sur l’expérience psychologique capitale que représente le choix, puis et surtout le port d’un masque masculin ou féminin par un interprète de l’un ou l’autre sexe. Et il pose aussi une question troublante : qu’est-ce qu’une voix masquée ? Il relate comment John Arnold (qui va bientôt jouer L’Avare de Molière au Théâtre de la Tempête dans la mise en scène de Clément Poirée) découvrit sa «nouvelle» voix. Il allait jouer-à dix-huit ans-Jean de Gand dans Richard II de Shakespeare, avec un masque de vieillard. « J’étais tout à fait incapable de l’avoir sans le masque. Et je le suis toujours. »

    Il y a aussi un bon chapitre sur l’expérience pédagogique de Guy Freixe en 2022, au Pôle culturel Djaram’arts au Sénégal en pleine brousse au Sud de Dakar. Avec une réflexion de haut niveau sur la tradition du masque en Occident où l’église catholique en avait strictement interdit l’usage, et un pays comme Bali où le masque est l’équivalent du rôle. Masques balinais, rappelle Guy Freixe, que Peter Brook utilisa pour sa fameuse Conférence des Oiseaux au festival d’Avignon en 79. « Après l’entraînement du matin, les improvisations ont permis d’aborder plusieurs scènes d’auteur en y faisant souffler un vent de fantaisie et un grain de folie. »: merci Molière Alfred Jarry Bertolt Brecht… Guy Freixe cite aussi la fameuse phrase de Meyerhold disant que, grâce au masque, l’acteur devient auteur. Et avec une fabuleuse collection de masques, Guy Freixe aura permis avec ce stage, à de jeunes interprètes d’en découvrir la puissance inégalée et d’en libérer le rire…

    Ce livre est richement illustré avec des séries de photos (dont de nombreuses réalisées  par Christophe Loiseau) sur ce stage au Sénégal.  Toutes significatives, notamment celles de demi-masques et masques entiers balinais absolument étonnantes! Ou celle du Veilleur dans l’Agamemnon d’Eschyle, avec un masque conçu par Francis Debey,qu’on peut voir  sur la couverture. Comme le masque neutre, devenu historique, réalisé en papier mâché par Marie-Hélène et son mari  Jean, Dasté au début du XX ème siècle pour l’école du Théâtre du Vieux-Colombier où ils furent élèves et que dirigea Jacques Copeau (1879-1949) le père de Marie-Hélène. Un masque que reprit le grand Jacques Lecoq (1921-1999) qui suivit les cours de Jean Dasté. Et à côté, le célèbre masque neutre en cuir d’Amleto Sartori en 1951, grand sculpteur italien (1915-1962). Il  conçut aussi celui d’Arlequin, serviteur de deux maîtres, pour la pièce éponyme de Carlo Goldoni, dans la mise en scène-culte de Giorgio Strehler.

    © Masiar Pasquali
    © Masiar Pasquali


    L’auteur apporte ici sa pierre à une histoire vivante du théâtre contemporain, surtout celui de la fin du XX ème siècle.
    La filiation théâtrale avec entre autres, l’histoire de la transmission du jeu masqué,  ici nettement mise en valeur.
    Elle fait partie d’un enseignement bien compris du théâtre, dans la mesure où elle permet aux élèves d’avoir  une réflexion sur le temps et de l’espace scéniques, absolument irremplaçables..
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    Philippe du Vignal

    Editions Deuxième époque, collection Les Voies de l’acteur dirigée par Patrick Pezin. 28 €.