Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…
Philippe du Vignal – Rédacteur en chef
Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.
Sébastien Bazou
Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.
Jean Couturier
Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.
Christine Friedel
Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.
Elisabeth Naud
Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.
Béatrice Picon-Vallin
Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.
Nicolas Villodre
a participé entre autres à la Coopérative des Cinéastes et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy.
Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…
Correspondants :
Gérard Conio
professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.
Nektarios G. Konstantinidis
traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.
(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).
Opéra poussière de Jean D’Amérique (Haïti) mise en lecture d’Armel Roussel
Une voix d’outre-tombe se souvient du monde sensible des vivants : Sanite Bélair résistante anti-colonialiste, née en 1781 a été assassinée en en 1802 par les Français pour avoir constitué et mené un groupe de rebelles. Elle reste absente des livres d’histoire et des espaces dits de mémoire. Cette pièce est « une tentative de réveiller cette héroïne de la poussière. » Grande Brigitte et Baron Samedi qui veillent sur le Peuple des ossements, l’autorisent à revenir d’entre les morts : « Une urgence d’Histoire ».
Les quatre héros de l’Indépendance s’ennuient en statues sur le Champ de Mars quand Sanite Bélair fait irruption, alors que la télévision annonce une singulière agitation sur les réseaux sociaux : elle a lancé le mouvement #HéroïneEnColère pour réclamer sa place dans la parmi les «pères» de la patrie. Car les femmes sont systématiquement oubliées des luttes. « Je suis la dernière génération/ des cadavres en vacances/ j’ai fini mon temps de silence/ je révoque mon destin de poussière /la rue m’appelle à travailler la vie/ à bout de sueurs et de feu/ la vie m’appelle à me réveiller du tombeau de l’oubli »
Le lauréat du Prix R.FI Théâtre 2021 signe ici un poème dramatique dialogué, rythmé par le chœur des morts. Mêlant mythologie vaudou et univers numérique, la pièce emplie d’énergie et d’humour est publiée aux Editions Théâtrales, à la suite de Cathédrale des cochons, chez le même éditeur. Son premier roman, Soleil à coudre a reçu le Prix Montluc Résistance et Liberté 2022.
Fantôme de Dieudonné Niangouna (République du Congo) mise en lecture et version radiophonique de Catherine Boskowitz
Trois frères et sœurs, accompagnés de leur neveu, s’apprêtent à vendre la maison d’un père, et grand-père, qu’ils n’ont pas connu. Mais un vieillard énigmatique, venu s’abriter de la pluie, sème la zizanie. Sorte de sorcier blanc, il ravive une vieille histoire de famille, celle du père, mort à en Afrique en chassant le rhinocéros blanc. Au fil de discussions tapageuses, les personnages essayent de démêler les secrets de famille liés à la colonisation. Fantôme revêt une forme surprenante pour les habitués de l’écriture explosive deDieudonné Niangouna.
Le dramaturge, metteur en scène et comédien répondait ici à une commande du Berliner Ensemble pour des comédiens allemands: «Je leur raconte leur colonisation du Cameroun, dit-il. Une histoire racontée par les enfants des colonisateurs avec des scènes à l’européenne. Avec la psychologie et la langue du Colon. Je suis loin de mon écriture en spirale.»
Malgré cette rigueur dramaturgique, on retrouve son attitude subversive, nourrie par la langue poétique de Sony Labou Tansi. Dieudonné Niangouna vient d’obtenir pour l’ensemble de son œuvre le prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin décerné par l’Académie française et il prépare une création pour la MC93, Portrait Désir.
Mireille Davidovici
* Diffusion des lectures par R.F.I.A l’antenne et en podcast :
Opéra Poussière de Jean D’Amérique (Haïti) le 30 juillet à 17 h 10.
Course aux noces de Nathalie Hounvo Yekpe (Bénin) 6 août à 17 h 10.
Terre Ceintede Mohamed Mbougar Sarr (Sénégal), le 13 août à 17 h10.
Celle des îles de Koulsy Lamko (Tchad) le 20 août à 17 h10.
Procès aux mémoires de Laura Sheïlla Inangoma (Burundi) le 27 août à 17 h10.
Fantôme de Dieudonné Niangouna (République du Congo) le 3 septembre 17 h 30.
A retrouver sur Facebook.
Toutes les lectures des années précédentes sont également à (ré)écouter sur rfi.fr.
Le Cas Lucia J. ( Un Feu dans sa tête) d’Eugène Durif, mise en scène d’Eric Lacascade (suite)
Rappelons les faits : la pièce qui avait déjà été jouée, a été présentée depuis le 7 juillet à l’ Artéphile, un des lieux les plus connus du off (autrefois Théâtre du Bourg) entièrement rénové et maintenant dirigé par Anne Cabarbaye et Alexandre Mange. Le Théâtre du Blog a très souvent rendu compte les années passées des spectacles qui y étaient joués.
Selon eux, Le Cas Lucia J. se jouait depuis le 7 juillet, quand la situation étant devenue ingérable avec la compagnie L’Envers du décor ces directeurs ont préféré arrêter les représentations… Et après quelques discussions orageuses, ils l’ont expulsée avec toutes les conséquences financières que représente une telle rupture de contrat. Nous n’avons pu réussir pour le moment à joindre Eugène Durif, Karelle Prugnaud et Eric Lacascade qui n’étaient plus en Avignon.
Mais le metteur en scène s’était déjà exprimé dans une lettre et ne mâchait pas ses mots: «La violence libérale de certaines salles du off n’a pas de limites! Le propriétaire de ce théâtre décide de nous expulser (le terme est important : expulsé) de son espace, au prétexte que deux murs furent abîmés. La compagnie était bien évidemment prête à rembourser les dommages et avait déjà pris contact avec son assurance. Mais bien loin de toute démarche artistique, le propriétaire du lieu qu’il considère comme son «appartement» nous a expulsé. Sa violence est sans limites. Exemple: le directeur est entré après une représentation dans la loge de Karelle Prugnaud sans frapper ni prévenir, alors qu’elle était nue.
En expulsant la compagnie, alors que toutes les représentations sont complètes, que de nombreux professionnels ont signalé leur présence aux prochaines représentations, alors que la compagnie a engagé des frais importants jusqu’à la fin du festival : logements, attachée de presse, attachée de production, etc., cela nous place dans une situation financière dramatique. Par ailleurs, le propriétaire du lieu connaissait le spectacle, puisqu’il l’avait vu en tournée, et savait donc à quoi il s’engageait. Nous sommes sidérés par la violence de cette décision. Elle reflète le comportement d’un certain nombre de lieux avignonnais qui , bien loin de tout engagement ou démarche artistique, ne voient qu’un intérêt purement financier et économique. »
L’affaire semble s’être envenimée quand les compagnies aussi programmées à Artéphile ont publié un communiqué: «Avignon, le 20 juillet 2022, Nous, sommes choquées d’apprendre que ce lieu sert de bouc émissaire pour dénoncer les dérives du festival Off d’Avignon. Nous déplorons qu’aucun compromis permettant la tenue des prochaines représentations n’ait pu être trouvé dans le conflit opposant la compagnie l’Envers du décor, au théâtre Artéphile.
Mais nous souhaitons aussi réaffirmer notre choix d’être là et témoigner des conditions privilégiées qui sont les nôtres tous les jours, et depuis plusieurs mois. Nous trouvons ici l’accompagnement et le professionnalisme nécessaires pour présenter dignement nos propositions artistiques et pour que nos équipes, artistes, techniciens, chargés d’administration et de diffusion, travaillent dans les meilleures conditions. Nous renouvelons la confiance que nous portons à toute l’équipe d’Artéphile : sa direction comme son personnel. »
L’affaire n’est pas simple et Olivier Py, le directeur du festival In, dont c’était le dernier mandat a, chose inédite, généreusement invité L’Envers du décor à présenter Le Cas Lucia J. à l’Eglise des Carmes (entrée gratuite mais sur réservation) le lundi 25 juillet à 15 h. «Expulsée d’Artephile le 16 juillet et sans lieu pour continuer à jouer, dit la compagnie. Mais comme Lucia, nous voulons parler et nous taire quand nous le décidons. Parce qu’il n’y a pas de fatalité à exercer son art. Il n’y a que des obstacles qui nous construisent. Pour ceux qui nous soutiennent. Pour ceux qui n’ont pas vu le spectacle. Pour ceux qui, comme nous, ont quelque chose à défendre.»
Bref, complet désaccord esthétique et moral avec la direction d’Artéphile… Depuis, Karelle Prugnaud, l’actrice du spectacle, a remercié le public «d’être venu nombreux en réaction et en soutien. Et le photographe Christophe Raynaud de Lage dont nous avions rendu compte de la grande et belle exposition à la maison Jean Vilar (voir Le Théâtre du Blog) a dit: «Je défends le droit d’auteur mais aussi la liberté des artistes et donc en raison des circonstances, par solidarité, j’offre mon reportage à la compagnie.»
Nous avons aussi voulu aussi avoir le point de vue des directeurs d’Artéphile Depuis 2015, ils accueillent sept spectacles par jour dans une salle de soixante-deux places et une autre de quatre-vingt quatorze. Avec quarante minutes pour le montage entre chaque représentation: pas fantastique mais correct. Et rare dans le off où souvent et depuis longtemps,c’est la course pour faire la mise entre deux spectacles et où l’accueil est souvent limite! Une de nos collaboratrices a pu avoir un entretien avec Anne Cabarbaye et Alexandre Mange: «Les communiqués, partagés sur les supports, médias, réseaux… sont très violents et pétris de mensonges. Donner un aspect générique aux compagnies et aux lieux qui accueillent leur spectacle, sont d’un esprit non objectif sur l’événement qui a lieu et plus de l’ordre de la nature humaine et ses dérives. Il y a là un esprit de déconstruction et un manque de professionnalisme pour une compagnie subventionnée et conventionnée.
Pour résumer: les choses ont commencé ainsi: les compagnies que nous accueillons, viennent installer sur deux jours et devaient cette année, envoyer un plan de feux pour le 31 mai comme prévu au contrat. Mais nous n’avons jamais rien reçu de l’Envers du décor qui est arrivée sans avoir consulté le plan de la salle. Son régisseur remettait cela toujours à la semaine prochaine, donc la collaboration professionnelle a été inexistante. Selon L’Envers du décor, il n’était pas nécessaire de prendre en considération, l’espace et le plan de scène. Ce qui était pourtant facile à communiquer, puisque le metteur en scène Éric Lacascade était au Printemps des comédiens de Montpellier donc près d’ici, avec son spectacle Oedipe Roi.
Les compagnies comme Les 1.057 roses, L’Astrolabe et la La Volada qui ont fait des créations sur de grands plateaux, ont pris le temps nécessaire pendant l’année pour adapter leur spectacle à la salle d’Artéphile. Comme le travail en amont n’avait pas été fait, l’avant-première du Cas Lucia J. du être annulée, au prétexte que le comédienne s’était foulée un doigt. La compagnie n’ayant pas eu assez de temps de travail, la direction d’Artéphile lui a donné le plateau toute la soirée du 4 juillet. Mais le régisseur qui pensait avoir enregistré sa conduite, s’est aperçu qu’elle ne l’était pas. Donc, nous avons accordé aussi le plateau le 6 juillet sans limite d’horaire. Le spectacle fut enfin prêt et la répétition générale a pu avoir lieu, grâce à la mobilisation du théâtre et de son équipe technique. Peu de lieux du Off voire même aucun, n’aurait sans doute accordé cela… Les directeurs que nous sommes, avaient bien auparavant vu et pris connaissance du spectacle et tenions à l’accueillir.
Nous étions en confiance avec les artistes et avions déjà reçu des performances comme celle de Melchior Salgado qui, lui, n’avait jamais mis des coups sur le mur du plateau. Ces détériorations ont causé le renvoi des artistes et donc l’interruption du spectacle. Mais les compagnies d’assurances de chacune des parties ne sont pas d’accord sur le fait de pouvoir endommager un décor et des matériaux. Prendre comme moyen d’attaquer Artéphile en disant que le Off est pourri, est très commode et facile. Et il faut rappeler que L’Envers du décor nous a demandé de jouer au Théâtre Artéphile. L’an passé, la compagnie Diptyque Théâtre, associée à Eugène Durif, avait ici présenté Poétique ensemble, des poèmes de cet auteur, mis en musique, et cela s’était très bien passé.
Eugène Durif, calme et à l’écoute, passait régulièrement au théâtre… Mais cette année, tout le contraire et nous avons été agressés moralement. Diffamations, calomnies, etc. Le soir de la dernière représentation le 16 juillet (le spectacle devait finir le 26) Eugène Durif s’est enflammé et nous a accusé de n’avoir aucun respect du geste artistique et nous a dit que nous étions des Thénardier et que l’on protégeait nos produits ! Comme, entre autres, le mur qui a été plusieurs fois abimé.
Le premier trou a été fait le 10 juillet et nous avons aussitôt prié Karelle Prugnaud de faire attention et de modifier son jeu. Ou de prendre des mesures conservatrices, comme faire mettre des planches en bois pour que sa gestuelle ne fasse aucun dégât. C’était à voir avec les techniciens pour trouver des solutions et il y en avait : ce n’était pas en soi un problème.. Or la compagnie est arrivée sur le lieu en consommatrice : «Nous payons et nous avons tous les droits. »
Second trou plus important, fait le 12 juillet. L’exaspération commençait à monter. Nous avons encore prévenu : «Prenez rapidement des mesures, sinon cela ne pourra pas continuer dans ces conditions.» Et le 16 juillet, troisième trou dans le mur. Dans l’article de L’Humanité, il s’agit de «fêlures ». Non, un mur transpercé, c’est un énorme dégât. Eugène Durif parle de « mur en carton pâte » ! Mais nous avons toutes les conditions et un E.R.P. pour recevoir le public sans danger.
Nous n’avons jamais vécu ce genre de situation inacceptable. Des accidents, cela arrive et c’est normal dans ce métier. Mais plus cela allait, plus ils détruisaient. Et Karelle Prugnaud nous avait pourtant dit qu’elle allait faire attention. Selon Eric Lacascade, le metteur en scène, les techniciens et l’administrateur de la compagnie: «Nous, on y est pour rien, c’est Karelle. »
Toute cette histoire est terrible: il va y avoir des travaux à faire sur les deux murs de la cage de scène et cela exigera de mettre le théâtre à l’arrêt. Rupture de contrat, cas de force majeure : nous ne comptons plus les clauses non respectées et assumées. Par ailleurs, nous sommes surpris et aurions apprécié qu’Olivier Py nous téléphone quand il a décidé de programmer ce spectacle. L’administrateur de L’Envers du décor ne nous répond pas au téléphone. Silence radio. Plus aucun contact, pas de nouvelles non plus de la compagnie d’assurances. À la base, nous nous étions tous mis d’accord pour nous retrouver tous le 17 juillet et faire un communiqué commun. Mais seuls sont venus l’administrateur et le technicien mais ni Eugène Durif ni Karelle Prugnaud. Ainsi, ils avaient le champ libre. Notre équipe de techniciens n’avait jamais vu cela. Nous, directeurs de ce lieu, sommes bénévoles ! Nous avons reçu dans un élan collectif, un véritable soutien de toutes les compagnies qui ont travaillé dans notre lieu et qui le connaissaient. D’autre part, L’Envers du décor a affirmé que le spectacle était complet le 16 juillet mais il y avait cinquante-trois spectateurs pour quatre-vint-quatorze places dans la salle. Et pour le 17, le lendemain du jour où nous avons arrêté le spectacle, il y avait trois réservations, dont une professionnelle. J’ajouterai les insultes. Un programmateur présent au bar, a demandé un peu sèchement à Eugène Durif, très énervé, de sortir du lieu. Le ton est vite monté et il a dit à Eugène Durif : «Dégage! » et autres mots dégradants.
Cinquante pour cent a été non facturé du prix de la location en fin de festival et nous verserons les derniers cinquante pour cent et l’argent de la billetterie quand les murs auront été réparés. Cette affaire renforce notre désir de collaborer avec le In et de créer ainsi un véritable lien professionnel et artistique. Et ne pas en rester à de la sémantique. Il faut arrêter de stigmatiser le Off. Eric Lacascade, lui, jouait comme chez des prolos et était vexé. Il a eu une attitude méprisante et dédaigneuse dès la première rencontre. En 2020, le Théâtre 14 à Paris, avait pris contact avec nous pour programmer dans Paris juillet festival Off certains de nos spectacles. Nous leur en avons proposé trois qu’ils ont pris, dont Le Cas Lucia J. »
A l’évidence, cette triste affaire relève du fonctionnement du off avec quelque cent quarante lieux et 1.500 spectacles (mais pas tous sur la durée entière du festival et avec de très nombreux solos) serait à réinventer. Pas si facile, puisqu’il s’agit de locations, voire de coréalisations et que ces salles appartiennent à des propriétaires privés… Les choses se compliquent puisque- et on l’oublie trop souvent- les compagnies de toute la métropole mais aussi de l’archipel qui choisissent le off d’Avignon comme vitrine pour vendre leur spectacle, bénéficient de subventions (villes, Régions, D.R.A.C, etc. ). Mais des entreprises de statut privé grignotent de plus en plus le gâteau du off… Et ce qu’on appelle la défiscalisation, n’y est sans doute pas pour rien.
Reste un problème majeur. Tiago Rodrigues, le nouveau directeur du festival In, devra tenir compte du fait que les Français fréquentent moins les cinémas et les théâtres, quel que soit le genre de spectacle. Cela s’est vu dans certaines créations du in et dans le off en général, et quoi qu’en disent les directeurs qui cherchent à se rassurer, le théâtre en général reste majoritairement un loisir de classes dites « supérieures », ou du moins aisées.
Un séjour en Avignon de quelques jours revient vite à cinq cent euros et il y a peu de jeunes. Raison invoquée: le prix des places dans le in et manque d’intérêt pour le théâtre actuel… Le Ministère de la Culture est quand même concerné, puisque, répétons-le il s’agit aussi de subventions, donc d’argent public. Mais il a toujours regardé le Off avec une certaine condescendance, même si, d’année en année, il a conquis des parts de marché et est maintenant très bien implanté. Et certains de ses spectacles auraient toute leur place dans le in. Oui, mais voilà le Off dépend étroitement et son public, quand le In prend fin, diminue sérieusement. «La vie est vraiment simple, disait déjà Confucius, mais nous insistons à la rendre compliquée. »
Cœurs Sauvages par Les Colporteurs, mise en scène d’Antoine Rigot et Agathe Olivier
Cette compagnie fondée en 1996 est, avec les Nouveaux Nez, à l’origine de La Cascade- Pôle national des Arts du cirque (voir Le Théâtre du Blog). Ses « metteurs en piste » mêlent fil, mât chinois, acrobatie et agrès aériens, conjuguant les talents de nombreux artistes.
Après un grave accident qui l’empêchera de danser sur le fil, Antoine Rigaud continue à se battre pour son métier, comme le montre Salto mortale (2014), un film de Guillaume Kozakiewiez (voir Le Théâtre du Blog). Aujourd’hui, il transmet sa pratique à de jeunes artistes, comme en témoignent les sept circassiens qu’avec Agathe Olivier il a réunispour cette nouvelle création.
Sous le chapiteau, dans un maillage de fils, mâts, cordes et tissus, ils se déploient en meute, solo ou duo, de haut en bas et de bas en haut, au ras du sol, sur fil et dans les airs. Inspiré, comme le titre l’indique, de la vie animale, le spectacle dévoile la danse fragile d’un papillon sur un fil mais aussi un magma rampant de bestioles, d’où s’échappent un bras, un pied… Un acrobate cabriole, ’un couple se forme sur les hauteurs… Deux hommes descendent simultanément, tels des araignées, l’un le long d’une corde, l’autre dans les entrelacs d’un tissu. Et une ronde s’organise pour protéger une brebis égarée…
Pour ce spectacle bien rythmé, les compositeurs Damien Levasseur-Fortin, Coline Rigot, Tiziano Scali accompagnent en direct Valentino Martinetti, Manuel Martinez Silva, Riccardo Pedri, Anniina Peltovako, Molly Saudek, Laurence Tremblay-Vu et Marie Tribouilloy. La variété des numéros permet d’apprécier la virtuosité de chacun mais aussi la cohésion et l’esprit d’entr’aide du groupe.
Du 3 au 7 décembre , Le Volcan, Le Havre (Seine-Maritime)
Du 20 au 29 janvier, Archaos P.N.C.-Marseille (Bouches-du-Rhône) dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts du Cirque.
Du 8 mars au 2 avril, La Villette, Paris (XIX ème).
FIQ ! (Réveille-toi !) par le Groupe acrobatique de Tanger, circographie de Maroussia Diaz- Verbèke
Créée en 2003 par Sanae El Kamouni, la compagnie rassemble de jeunes artistes marocains autour d’écritures acrobatiques contemporaines et invite des metteurs en scène à orchestrer des spectacles, entre tradition et innovation. Ici, quinze hommes et femmes acrobates, danseurs, choisis sur audition au Maroc en 2018, laissent libre cours à une énergie débordante, sous la houlette de la «circographe» et dans les costumes colorés et la scénographie imaginés par le photographe Hassan Hajjaj. Dj DINO est aux platines pour impulser ses remix entre classique, pop et rap…
Ici, on ne se produit pas pour ne rien dire : les filles réclament leur liberté, leur droit à la parole ou au rêve avec leurs corps et aussi leurs mots. Amine Demnati développe une danse hip-hop endiablée, tandis que Jemma Sneddon, Manon Rouillard et Bouchra El Kayouri volent dans les airs ou se livrent à des équilibres, lancées ou portées par leurs camarades, masculins, tout aussi pugnaces à vilipender le monde – et le Maroc- tel qu’il va: ultra-libéralisme, mondialisation, racisme, inégalités… Des écrans relayent leurs revendications. Juchés sur des caisses de coca-cola en plastique rouge, les quinze brandissent des pancartes et drapeaux couverts de slogans… Puis ils portent DJ DINO en triomphe.
Une joyeuse suite d’acrobaties, glissades, boutades et cavalcades, mêlant cirque et danses urbaines, citations, inventions verbales, messages. Le nombreux public du Site antique applaudit à tout rompre, emporté par cet ouragan de couleurs et d’énergie communicative. Après une longue tournée en Europe restent deux seules représentations au festival Veranos de la Villa, à Madrid, les 26 et 27 juillet…
Sur un socle carré de quatre-vingt centimètres de côté, deux hommes s’agrippent l’un à l’autre et vont tenter des équilibres insensés, risquant de quitter cette plateforme à tout moment. Vingt postes de radio, placés parmi le public, relayent ce qu’ils se disent, pendant qu’ils grimpent l’un sur l’autre, se recalent ou relacent une chaussure… Cette « forme courte intimiste et distancée » inclut les spectateurs au cœur de l’action et un.e perchiste (en alternance : Julien Vadet, Christophe Bruyas, Rebecca Chamouillet) capte les mots des acrobates, jusqu’aux froissements de leurs costumes et crissements de leurs semelles : un sous-texte improvisé pendant qu’ils cherchent à ménager leur espace vital. «Alexandre Denis et moi, dit Frédéric Arsenault, nous faisons des portés depuis dix ans. Nous avons eu envie de parler, de donner cette parole de coulisses .»
Les gestes sont rares minimum et exigeants et l’espace, subjectif. Ce numéro sonore et visuel traite de la cohabitation, de comment on supporte l’autre dans un espace contraint, et de quelle part de liberté il nous reste dans la coercition. C’est drôle, et n’est pas sans rappeler, avec humour et finesse, le confinement qui nous fut imposé…
Rapprochons-nous exprime la solidarité nécessaire entre artistes et la tolérance, autant qu’une intimité partagée avec le public. La Mondiale générale, née en 2012, articule ses projets autour du cirque, des arts plastiques, du théâtre acrobatique, de la création sonore.
« Celui qui regarde est mis au cœur de nos préoccupation », disent les artistes, et en partant de constats simples et pragmatiques, nous avons mis nos corps en situation, sans recherche de dénouement. La proposition doit venir de nous mais la résolution est faite ensemble. » Trente minutes de suspense et partage.
Mireille Davidovici
Spectacle joué du 12 au 17 juillet, Place de la Mairie, Alba-la-Romaine (Ardèche). T. : 04 74 54 40 46.
La Cascade, 9 avenue Marc Pradelle, Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) . T. : 04 75 54 40 46.
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