Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • Robin Deville: une vie de magicien

    Robin Deville: une vie de magicien…

    Histoire banale mais véridique : la fameuse boîte de magie offerte pour mon anniversaire de sept ans et mes grands-parents maternels m’ont offert ma première boîte de magie. Une Marvin’s Magic, avec un chapeau haut de forme à double fond et une marionnette de lapin qu’on pouvait animer depuis l’extérieur du chapeau. Il y avait aussi t un set de petits gobelets, un tour avec un cube gigogne qui m’avait époustouflé la première fois que je l’ai vu et quelques cartes truquées.

    © Béatrice Bascou
    © Béatrice Bascou

    J’ai joué avec pendant très longtemps. J’ai ensuite eu la boîte de magie Patrick Sébastien, avec entre autres, la fameuse boîte à miroir, qui m’a suivi dans mes premiers spectacles pendant de nombreuses années ! Petit, je faisais des démonstrations surtout en famille, pour les fêtes de fin d’année. En 2011, j’étais en cinquième et j’ai fait mon premier vrai spectacle pour l’arbre de Noël des enfants du personnel dans mon collège. Je n’avais rien demandé en retour, et le directeur de l’établissement m’avait offert une carte-cadeau en remerciement: mon premier cachet ! 

     Plusieurs rencontres ont été déterminantes. Tout d’abord, avec Bernard Bilis en 2012. J’avais reçu pour le Noël précédent son coffret réalisé chez OID Magic, exclusivement dédié à la magie des cartes.Voulant en apprendre plus, j’ai pris contact avec lui sur Facebook. Nous avons commencé à discuter, je lui envoyais des vidéos de tours et il me corrigeait les défauts.
    Nous nous sommes rencontrés l’été suivant en région parisienne et il m’a pris sous son aile. Il m’a appris à apprendre correctement, c’est ce qui est le plus difficile. C’est un peu mon tonton magique aujourd’hui et je lui suis très reconnaissant de tout ce qu’il a fait pour moi. J’ai ensuite eu la chance de rencontrer beaucoup de magiciens que j’admire.Et une autre rencontre déterminante, ce serait Stéphane Gomez. Nous nous sommes connus par le biais du très site DicoMagie. Et le feeling est tout de suite passé. j’ai monté avec lui mon premier numéro de concours et q j’ai intégré l’Équipe de France de close-up FFAP. Je lui dois beaucoup. Enfin, travailler pour des concours (FFAP, FISM) a complètement changé ma manière de voir et de concevoir la magie. Cela oblige à repousser les limites du possible et nous force à chercher et à développer de nouvelles idées. C’est très stimulant ! 

    Je suis à l’aise sur scène comme en close-up. J’ai pris plusieurs années de cours de théâtre quand j’étais petit, cela m’a beaucoup aidé à m’affirmer et à m’exprimer. Et cela se ressent dans ma manière de faire de la magie. Même si la scène m’attire, je préfère la proximité avec le public offerte par le close-up. Je touche un peu à tout dans ce domaine, avec tout de même une préférence pour la cartomagie. Donnez-moi un jeu de cartes, et je peux tenir deux heures ! En vidéo, j’ai été hypnotisé par la poésie de Renée Lavand, bluffé par Helder Guimarães, émerveillé par Miracles de Derren Brown, ému devant In and Off itself du génial Derek Del Gaudio… Et je suis en admiration devant les spectacles de Yann Frisch, j’ai été emporté par SOLO d’Arturo Brachetti et été abasourdi devant plusieurs performances FISM… impossible de choisir ! 

     Comme dit plus haut, je suis très close-up, et magie de salon. J’aime les effets simples et puissants. J’aime également beaucoup tout le courant de la « magie nouvelle » et les beaux spectacles/numéros qui en découlent. Mes influences artistiques peuvent venir d’un peu partout…. Un spectacle (magique ou non), un numéro de cirque, un film, une musique… Il faut apprendre à apprendre. Ne pas aller trop vite, solliciter les avis d’autres magiciens, lire, et écouter les conseils des maîtres.
    Beaucoup de jeunes qui débutent aujourd’hui veulent tout, tout de suite ! De nouveaux tours, de nouvelles techniques, alors qu’ils ne prennent pas le temps de vraiment comprendre et maîtriser les tours qu’ils ont déjà « appris ». Ne pas non plus hésiter à sortir un peu des sentiers battus, à se faire confiance et à développer sa propre magie plutôt que de copier celle des autres. 

    Quant à la magie actuelle, j’ai  l’impression que ces dernières années compliquées ont permis à beaucoup d’artistes de repousser leurs limites. Cela s’est ressenti cet été à Québec pour la FISM : les concours étaient de très haut niveau, avec de très beaux numéros innovants.Sans ces années de « pause », je ne sais pas si tous ces artistes auraient eu le temps de travailler sur ces nouveautés. Dans l’ensemble, j’ai le sentiment que la magie évolue bien et qu’elle est de mieux en mieux médiatisée (Got Talent, Fool Us…).  Et je vois toute l’importance de la culture dans l’approche de la magie. Que l’on en soit conscient ou non, la c’est un art mêlant  l’artistique, la psychologie, les relations humaines, l’écriture… Plus on est cultivé, plus les sources d’inspirations sont nombreuses et plus on trouvera facilement des solutions à nos problèmes techniques pour réaliser un effet. 

    La magie est essentielle pour moi et cela ne laisse pas beaucoup de temps pour faire d’autres choses. Mais j’aime lire (polars, thrillers), j’aime me poser devant un bon film ou une bonne série… En revanche, je ne suis pas très sportif…

     Sébastien Bazou

     Interview réalisée le 25 août .

    https://robindevillemagicien.com/

     

     

  • Festival Pampa 2022 / Episode 2 : Guten Tag Madame Merkel de et par Anna Fournier

    Festival Pampa 2022 / Episode 2

    Guten Tag Madame Merkel de et par Anna Fournier

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    © Festival off Avignon

    Elle ne paye pas de mine, la nouvelle Chancelière d’Allemagne, arrivée au  pouvoir à la force du poignet dans un monde masculin… Pourtant, elle scellera pendant seize ans le destin de l’Union européenne. Seule en scène, Anna Fournier, convoque en une heure vingt, cette politicienne sans charisme, comme elle aimait à se définir elle-même. Elle quitte aussi l’éternel tailleur et les talons plats d’Angela Merkel, pour incarner aussi d’autres personnages avec lesquels elle  a travaillé : Emmanuel Macron, Vladimir Poutine, Nicolas Sarkozy, Aléxis Tsípras… Nous révisons ainsi l’histoire des vingt-sept pays membres de 2005 à 2021 mais vue d’outre-Rhin. Et nous découvrons  un autre point de vue sur le paysage politique français, au grand amusement des spectateurs.

    Mais Anna Fournier, au-delà de la satire, entend donner consistance à son modèle: « On ne règne pas sur un pays comme l’Allemagne, en étant enfant de chœur, et il y a une question passionnante: qui est Angela Merkel pour tenir le pouvoir si fort et si longtemps ? » Pour y répondre, elle s’est glissée dans la peau de la Chancelière à partir de ses Mémoires et d’articles de presse. Et elle nous livre un portrait insolite, à la fois intime et distancié, de l’une des femmes les plus influentes au début de XXIème siècle qui a été aussi très discrète.

    Avec ce texte bien écrit et interprété avec nuances, Anna Fournier ne brandit pas, contrairement à l’air du temps, le drapeau féministe. Celle que les Allemands appellent Mutti (Maman), n’a jamais joué sur ce registre et, quand on lui demandait si elle était féministe, elle répondait : « Si ça peut vous faire voter pour moi, oui, mais je considère que je n’ai pas à m’octroyer ce mérite. » Mais Anna Fournier se pose la question des femmes, face au pouvoir politique: « Qu’est-ce qu’une femme doit-elle faire pour être respectée? A cet égard, le texte est émaillé lde citations de Richard III. Comme cet agent du chaos shakespearien, Angela Merkel a su transformer son handicap -être une femme- en force que rien n’arrête… »

    Dans Guten Tag, Madame Merkel, l’autrice ne révèle aucun secret d’Etat ni détail croustillant d’une vie privée sans vague, mais nous nous attachons à cette femme de sang-froid, qu’Anna Fournier recréée avec humour mais aussi humanité et tendresse. Après avoir connu le succès au festival d’Avignon, le spectacle va sans doute faire une belle tournée. Ne le manquez pas.

    Hänsel et Gretel, adaptation et mise en scène de Caroline Arouas

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    Valentine Catzéflis, Léonard Bourgeois-Tacquet, Marion Lambert © Mireille Davidovici

    La prairie boisée de Calabre où se déroule le festival, est le lieu idéal pour ce spectacle déambulatoire jeune public d’une heure, en trois stations. Pour cette création in situ, la comédienne et metteuse en scène du collectif Pampa, s’inspire du conte des frères Grimm et surtout du livret d’Adelheid Wette, écrit pour l’opéra romantique éponyme d’Engelbert Humperdinck qui a été créé en1893 à Weimar sous la direction de Richard Strauss. D’origine autrichienne, Caroline Arouas a été chanteuse à l’Opéra de Vienne, puis élève de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg. Elle est familière de cette oeuvre, souvent jouée dans les pays germanophones.

    Cela se passe devant la chaumière de pauvres fabricants de balais que leurs deux enfants doivent aider pour assurer la subsistance de la famille. Pour se donner du cœur à l’ouvrage, Gretel dévoile à son frère un secret : elle a découvert un pot de lait caché par sa mère et, au lieu de travailler, les enfants préfèrent danser ensemble, en se réjouissant d’un futur dessert. La mère, furieuse de les voir s’amuser, en voulant les châtier, renverse le pot de lait et les envoie ramasser des fraises dans la forêt. De retour, le père craint pour Hänsel et Gretel : au plus profond des bois, habite une sorcière qui attire les petits pour les transformer en pains d’épices avant de les dévorer…

    Dans une cabane construite en branchages trouvés sur place, Gretel (Valentine Catzéflis) et Hänsel ( Léonard Bourgeois-Tacquet) gambadent à cœur joie. Fabriquer des balais est le cadet de leurs soucis. Marion Lambert n’a rien d’une mère fouettarde quand elle surprend leurs ébats et elle déplore leur pauvreté en ces temps de disette. Au troisième acte, elle campera la sorcière, aussi séductrice que redoutable. Le père (Basile Lacoeuilhe), jouera le marchand de sable qui endort les enfants perdus dans la forêt.

    « Hansel et Gretel, dit Caroline Arouas,  est avant tout le récit initiatique d’un frère et d’une sœur livrés à eux-mêmes et qui tentent de survivre dans un monde hostile. » Elle entraîne les enfants et les spectateurs d’un lieu à l’autre, dans un cheminement ludique en trois temps, émaillés de jeux, chansons et comptines. Sur le plateau herbeux, entre les arbres, le public les suit de station en station, pour arriver enfin, par un sentier balisé de sucres d’orge géants, devant la maison en chocolat de la sorcière.

    Nous sommes invités par les personnages à partager les rêves qu’ils s’inventent pour échapper à un réel angoissant. Cette fable terrifiante devient ici un parcours poétique. Au premier tableau, la rêverie permet aux enfants d’échapper à un travail contraignant. Dans le deuxième, elle les projette dans l’univers magique de la forêt, et dans le dernier, ils jouent la maladresse et la bêtise pour piéger la sorcière… Caroline Arouas met ainsi à distance les peurs que distillent souvent les contes populaires destinés à tort aux seuls enfants.

    Mireille Davidovici

    Spectacles joués du 19 au 27 août, 539 route de Calabre Port-Sainte-Foy et Ponchapt. T. 06 21 78 70 31.

     

     

  • Faut de tout pour faire un monde, conception et mise en scène de Marc Etc.

    Festival d’Aurillac (suite et fin)

     

    Faut de tout pour faire un monde, par la compagnie Ici Même, conception et mise en scène de Marc Etc. 

    On a tendance à reprocher au théâtre de rue la faiblesse de ses dramaturgies. Mais ce spectacle est à la fois inclassable et étrange, et pour certains, irritant. Les acteurs répartissent le public en plusieurs groupes. Chaque groupe  muni d’un bracelet de couleur différent, fera un circuit particulier. Donc, à la fin, l’ensemble du public n’aura pas vu la même chose.. Toutes les salles de classe du lycée Saint- Géraud sont investies et transformées. Un travail titanesque.

    © T. Moreau
    © T. Moreau

    En 2101, les conditions de vie sur Terre se sont considérablement dégradées. Certains s’exilent dans l’espace ou y envoient du patrimoine génétique et d’autres se réfugient dans des oasis artificielles. Avec les progrès de la physique, on sait voyager dans le temps. Des sociétés telles que REVEЯ by Dupont-White  commercialisent des «reversions» à sens unique dans des périodes historiques, perçues comme stables et hospitalières.
    Un acteur nous explique le procédé spécial qui doit nous permettre d’aller dans un passé lointain pour comprendre le monde actuel. Ainsi cette déambulation en deux heures commence dans un château médiéval où une noble se fait servir par de nombreux domestiques…Nous ne savons pas trop à qui nous avons pas trop affaire, sans doute à une famille de riches possédants genre Liliane Bettencourt. Puis nous voici transportés dans une chambre à coucher où deux hommes, qui reviennent d’une partie de tennis, manifestent clairement leur homosexualité. Ils  discutent  et  nous comprenons qu’ils vendent et rachètent de grosses sociétés. Ils sont à la fois d’une grande vulgarité et d’une distinction sociale évidente. Voilà, nous sommes aujourd’hui dans le monde très fermé des dirigeants du CAC 40.

    Le voyage continue et le passé alterne avec le présent. Un puzzle énigmatique mais ces dirigeants semblent incriminés dans le dérèglement climatique… Un expert fait une conférence où il explique que le seul moyen de nous en sortir, ce ne serait plus le déplacement des hommes sur la planète mais celui des territoires. On pourrait ainsi retrouver le Togo en face de l’Alsace.  Nous sommes dans les prédictions de Jules Verne, mais qui peut prétendre  que cela ne sera pas vrai un jour ?  Le spectacle se termine dans la cour du lycée par une superbe image : une photo des maîtres et de leurs domestiques.  Ce Rever a à la fois du style, du savoir-faire et de l’ambition. « C’’est la seconde fois que je viens, me dit un spectateur,  la première, je n’avais pas supporté, mais aujourd’hui, j’adore. »  Faut de tout pour faire un monde chemine à l’intérieur des esprits et nous interpelle sur la grave responsabilité des grosses boîtes exploitant des énergies fossiles…
    Faudra-t-il demander à  Olivier Neveux, spécialiste de théâtre contemporain, si ce spectacle peut être tamponné politique, ou non ? Il a en tout cas le mérite de nous déstabiliser et de nous emmener loin des formes habituelles du spectacle…

    Edith Rappoport 

    Spectacle vu au lycée Saint-Géraud, le 20 août.