Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  •  De bonnes raisons, de et par Matthieu Gary et Sidney Pin

     De bonnes raisons, de et par Matthieu Gary et Sidney Pin

     L’un est porteur et l’autre voltigeur. les deux font la paire. On les a vus dans un spectacle mémorable, Chute ! (voir Le Théâtre du Blog): exploits en série avec une analyse de leur motivations de « chuteurs» et des mécanismes de la gravité. Avec le même humour, ils créent ici un nouveau duo avec, cette fois, des agrès.

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    © JL Chouteau

    Sidney Pin désigne à son partenaire le «tuyau» auquel il devra grimper, tandis qu’il le tiendra en équilibre sur une épaule. Après avoir parlementé pour régler leur numéro et après plusieurs faux départs, les voilà  à l’oeuvre. Puis le mât s’allonge de plus en plus et Matthieu finira par monter à plus de sept mètres. Là haut, il compose des figures de plus en plus spectaculaires tandis que, en bas, son alter ego oscille sous le poids et les vibrations.

     Mais pourquoi se mettent-ils en danger ? Que faire de la peur? Où est le plaisir ? Que signifie ce besoin de se dépasser dans une société qui pousse à la performance ? Est-ce par amour de l’art ou du risque ? Autant de questions qu’ils se posent, tout en défiant la pesanteur dans une successions d’acrobaties qui nous tiennent en haleine.

    Devant nous les artistes explorent leur relation: ils sont liés par un pacte de confiance: celui qui porte est solide comme une montagne, le voltigeur ,léger comme un oiseau. Et le public, lui, que cherche-t-il, assis à frémir ou rigoler autour de cette arène circulaire? Cette longue perche et ces voltigeurs ne risquent-ils pas de lui tomber dessus?

    Les questions se font philosophiques: artistes et public se trouvent embarqués dans le même bateau et se doivent d’être solidaires. Mais trêve de mots, le spectaculaire prend le dessus et tout finit par de formidables envols dans le vide, depuis un haut perchoir ou à partir d’une bascule coréenne…

    Les deux compères ont créé leur compagnie: La Volte-Cirque à Nantes et tiennent à développer une forme de pédagogie à partir de leurs performances. Ils proposent: « tantôt des spectacles-conférences, tantôt des ateliers spectaculaires ». De bonnes raisons, parfois un peu trop bavard, reste un spectacle intelligent, drôle, sensible. A découvrir…

     

    Mireille Davidovici

    Le spectacle a été joué du 8 au 19 novembre, au Monfort, 106, rue Brancion, Paris (XV ème).T. : 01 56 08 33 88  

    Les 1 et 2 décembre, Cusset (Allier).

    Du 22 au 24 février, Domain d’O, Montpellier (Hérault).

    Du  18 au 24 mars, festival Srping, Rouen-Métropole (Seine-Maritime).

    Et plusieurs spectacles, Maison des Métallos Paris (Xlème) en mai.

     

     

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  • Le Syndicat professionnel de la critique de Théâtre, Musique et Danse fête ses cent-cinquante ans

    Le Syndicat professionnel de la critique de Théâtre, Musique et Danse fête ses cent-cinquante ans

    Pour fêter cet anniversaire, le Syndicat professionnel de la Critique, de Théâtre,  Musique et  Danse a organisé une journée de rencontres. Olivier Frégaville-Gratian d’Amore, président du Syndicat de la critique a ouvert cette journée et Emmanuel Demarcy-Mota,  directeur du Théâtre de la Ville qui a mis l’Espace Cardin à disposition pour cette journée  a rappelé l’importance de la pensée critique sur les œuvres et souligne son nécessaire regard.
    Mais les critiques, dit-il, sont aussi la mémoire du spectacle vivant qu’ils transmettent. Pour le jeune artiste qu’il a été, « ce regard, dit-il, a été essentiel et constructif, même s’il n’était pas toujours laudateur: les critiques sont aussi des écrivains et des phrases d’auteur lui sont restées. Ils font appel à l’imaginaire du public et des créateurs et sont de vrais influenceurs ».

    Un bref historique

    ©x Edouard Fournier   auteur dramatique et critique de théâtre ( 1819-1880)
    ©x Edouard Fournier, auteur dramatique et critique de théâtre (1819-1880)

    Les archives déposées à l’Institut des Mémoires de l’Edition Contemporaine de Caen (quarante-cinq boîtes) et à la Bibliothèque Nationale de France (treize boîtes) contiennent les rapports du comité et des assemblées générales, les lettres de candidature pour être membre du syndicat, les Lettres et Bulletins, des courriers…En 1872, est né un cénacle informel devenu cinq plus tard Cercle de la Critique Musicale et Dramatique qui, en 1902, prendra le nom d’Association Syndicale et Mutualiste. Cette association loi 1901 aura aussi une action sociale jusqu’il y a environ cinquante ans : pension de retraite, mutuelle, abonnement spécifique à la S.N.C.F. pour ses membres. Et Il y avait déjà un président, deux vice-présidents, un secrétaire-trésorier et deux archivistes.

     Elu président en 1932, Edmond Sée, auteur d’une douzaine de pièces et critique dramatique, le restera jusqu’à sa mort en 1959 ! Pendant l’Occupation, aucun nouveau membre n’est admis et sous la pression des Pouvoirs publics, le secrétaire général Maurice Gilis précise que les membres du Syndicat doivent avoir un certificat d’aryanité! Le même Maurice Gilis convoquera, après la Libération, une commission d’épuration…
    En 1947, on étend la notion de critique à la radio et à la télévision et l’association prend alors le nom de Syndicat professionnel de la Critique Théâtre et Musique.Après la disparition d’Edmond Sée en 59, les membres du Syndicat contestent la présidence à durée illimitée. Avec Renée Saurel et Paul-Louis Mignon, Georges Lerminier change le statut et il en sera le nouveau président pour quatre ans.

    © Renée Saurel
    ©x Renée Saurel


    En 62, est créé un palmarès à l’issue du vote de tous les membres et il y aura des rencontres régulières avec les directeurs de théâtre et metteurs en scène comme Jean Vilar avant son départ du T.N.P. en 63, Maurice Escande, administrateur de la Comédie-Francaise, Jean-Louis Barrault pour la compagnie Renaud-Barrault…  Vu les événements politiques en 68, sous la présidence de Bertrand Poirot-Delpech, critique de théâtre au Monde, la proclamation du palmarès est reportée et il y a de nettes tensions entre les membres du Syndicat. Le président, en leur nom, apporte son soutien à Jean-Louis Barrault, quand son théâtre de l’Odéon est occupé par les manifestants. 

    Appartinrent au collège: Musique, des compositeurs comme Gabriel Fauré ou Reynaldo Hahn… Et il y aura un prix unique jusqu’en 80, quelquefois remplacé par un Prix de la chorégraphie. Maurice Béjart le reçut trois fois… En 2.000, le Bulletin du Syndicat devient La Lettre du Syndicat, puis en 2.002, Frédéric Ferney laisse la présidence à Gilles Costaz. Et la critique de danse entre alors au Syndicat et un colloque aura lieu au Théâtre du Rond-Point avec les trois collèges : théâtre, musique, danse… Le Syndicat n’est pas passé à côté des artistes majeurs et a récompensé, entre autres, Jean-Louis Barrault, Ariane Mnouchkine, Patrice Chéreau. Giorgio Strehler, Bob Wilson,etc.  Mais les conflits sont récurrents depuis sa création jusqu’à aujourd’hui comme, entre autres, la visibilité du théâtre privé que soulevait déjà en 68 Jean-Jacques Gautier, président depuis 72 . Fut aussi contestée l’entrée au Syndicat de certains critiques; la remise des prix attribués a été remis en cause, comme la visibilité de la Critique dans la presse écrite et électronique, et les médias en général…

    ©x Robert Abirached
    ©x Robert Abirached

    L’appartenance au Syndicat a-t-elle été quelquefois un marche-pied pour entrer dans les institutions culturelles? Le regretté Robert Abirached, par ailleurs professeur d’Université, fut nommé directeur du Théâtre au ministère de la Culture. Et Jean-Jacques Lerrant, Georges Lerminier, Alain Neddam, inspecteurs des spectacles…
    Autre question récurrente: les invitations aux spectacles, offertes -ou non- aux membres du Syndicat. Jusque dans les années soixante-dix, les directeurs de théâtre traitaient la question avec le président, puis les services et les attachées de presse deviendront les interlocuteurs privilégiés des critiques.
    Les voyages dans les théâtres ou les festivals, en province, voire à l’étranger, étaient souvent pris en charge par les grands journaux (mais pas toujours!). Ils le sont maintenant -mais qui d’une indispensable rigueur?- par les services de presse des théâtres et/ou des compagnies…la question reste entière

    Jean Couturier

    De la critique-monde. Acte 1 – Le regard critique dans différents pays

     Le matin, une première rencontre rassemblait des personnalités venues de l’étranger, pour évoquer l’état de la Critique dans le monde, avec des points de vue croisées. En Suisse romande, constate Alexandre Demidoff, critique de théâtre et danse pour Le Temps, chacun des cantons a sa politique culturelle avec une vitalité artistique remarquable et des centaines de talents émergents, dans cette région d’environ deux millions d’habitants. A Genève, il y a cinquante à soixante spectacles par soirée! Et le plus petit des cantons, celui du Jura (50.000 habitants) vient d’inaugurer une grande scène. « Qui parlera de tout ces jeunes talents en train de fourbir leurs armes, dit-il. (…) On devient critique parce qu’on a une sorte de révélation. Et le rôle du critique est d’accompagner les artistes  et d’entretenir le feu sacré .»

    « Je suis devenue critique en marchant, après une formation initiale en droit», dit Sylvia Botella, dramaturge au Théâtre national Wallonie-Bruxelles, critique et chroniqueuse pour des médias belges et internationaux,  C’est «la pensée sociale» qui l’intéresse et l’observation d’un chaos créatif en Belgique, loin des grandes scènes centralisées.
    « En Allemagne, depuis Lessing, la critique est considérée comme un exercice littéraire et même à la radio, les critiques privilégient la forme écrite», dit Eberhard Spreng, journaliste indépendant, critique de théâtre et traducteur, collaborateur artistique de productions en France. Mais il sent cette activité menacée. Selon lui, une critique négative n’est plus recevable par les professionnels du spectacle. “Pourtant, dit-il, on n’écrit pas pour les artistes mais pour le public.”
    Même point de vue chez Laura Cappelle, chroniqueuse pour le théâtre au New York Times et critique de danse pour plusieurs médias anglo-saxons. «À l’étranger, il faut expliquer le contexte culturel français. Les Anglo-saxons attendent qu’on aille droit au but et qu’on donne des avis tranchés, sans détour intellectuel. »
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    ©x Le Théâtre National de Tokyo

    Victoria Okada, critique de musique pour des médias japonais et français, explique que dans son pays où la société est fermée et traditionnelle, on se précipite sur les artistes prestigieux internationaux et sur ceux qui ont eu des prix. La difficulté pour elle, étant « d’apporter un regard européen». Bref, là comme ailleurs, le critique est un passeur, pour le public et les artistes…Et de l’avis de tous ceux ici présents, on est critique par hasard. «On ne nait pas critique, on le devient», dit Jean-Pierre Léonardini dans Qu’ils crèvent les critiques…

     Mireille Davidovici

     Les critiques vus par les artistes et les directeurs d’institution

    En fin d’après-midi, des artistes et directeurs de salles ont parlé de la place de la Critique et de leurs attentes. Participaient à ce débat, Léna Bréban, metteuse en scène, auteure et actrice, 

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    ©x Hassane Kassi Kouyaté

    Hassane Kassi Kouyaté, directeur du Festival les Zébrures d’automne, ex-Francophonies en Limousin, Chantal Loïal, interprète et chrorégraphe de la compagnie Difé Kako, directrice du fstival du Mois Kréol, Alain Perroux, directeur général de l’Opéra National du Rhin à Strasbourg et Petter Jacobson, chorégraphe, directeur général du Ballet de Lorraine. Soit un panel assez représentatif des spectacles en théâtre, danse et musique.

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    Léna Bréban dit que les conditions ont beaucoup changé et qu’elle a pu jouer pendant le confinement devant un EPHAD à Chalon-sur-Saône mais aussi des spectateurs, tous ou presque d’origine non européenne. Et là, dit-elle, on est au cœur de la situation actuelle… De quel type de spectacles, le public a-t-il envie et besoin? Qu’est-ce qu’un succès? Quel peut être le rôle de la critique?
    “Je m’efforce de programmer des spectacles que j’ai envie de défendre mais aussi -c’est dans nos missions- une œuvre qui me plaisent un peu moins. Mais on sait ce qui va plaire à la critique et aux professionnels. Le théâtre doit prouver par des actions réelles qu’il a encore un sens mais le modèle actuel est à bout de souffle, dit Alain Perroux, directeur général de l’Opéra du Rhin à Strasbourg et un moment viendra où nous serons obligés de faire moins de représentations, alors que, paradoxalement, nous affichons le plus souvent: complet. Et Petter Jacobsen ajoute qu’il lui faut remplir les salles mais aussi obligatoirement faire des tournées pour arriver à un équilibre financier…Dans les deux cas, l’appui de la presse écrite ou pas est une nécessité. mais mieux vaut que l’avis soit positif!
    Comme l’a aussi signalé Hassane Kassi Kouyaté, les critiques ont un rôle d’influenceurs. Mais ils ont aussi une fonction pédagogique : ce sont eux qui laissent une trace, même si leurs impressions sont plus ou moins fidèles. Et leurs lecteurs sont amenés à confronter leurs goûts à ceux qui dont une analyse  sur le spectacle.  

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    Chantal Loïal souhaiterait être mieux accompagnée financièrement, pour que les critiques aient le temps de venir voir ses spectacles. Une critique positive dans un organe de presse important quelle que soit la signature, assure une année de tournée, disait Jacques Livchine, directeur du Théâtre de l’Unité. Un point de vue ici partagé à cette table ronde. Reste à faire venir les critiques quand une création a lieu en province; autrefois les publications prenaient le plus souvent en charge les déplacements. Maintenant, ce sont les théâtres et/ou les compagnies, la presse écrite comme électronique, très fragile, n’en ayant pas la possibilité. Ce qui peut faire problème, dit Alain Perroux. 
    Isabelle Muraour, attachée de presse, qui assistait à cette rencontre, a aussi mis en exergue cette question financière qui complique les choses et met à mal l’indépendance de la critique…Nous nous souvenons d’un voyage de presse à Marseille où nos confrères étaient gênés pour écrire quelque chose après le mauvais spectacle que nous avions vus, parce que le théâtre avait pris en charge déplacement et séjour. Que faire quand il faut écrire un article?  Tout en ne se reniant pas, dire les choses sans être en rien agressif, reste un exercice périlleux qui fait partie des risques du métier…
    Chantal Loïal a aussi mis le doigt sur une question grave de racisme: la difficulté de certains critiques noirs à entrer dans des salles… Et quand elle va aux Antilles, elle joue parfois, dit-elle, devant un public blanc… Et par ailleurs, en région ou à Paris, elle dit essayer de travailler avec les associations locales pour que les prix d’entrée soient peu chers, voire qu’il y ait gratuité… Léna Bréban a aussi souligné la difficulté de faire venir le public au théâtre.. Effectivement à écouter ceux qui participaient à cette rencontre, il y a urgence… D’un côté, il y a une inflation de spectacles créés puis joués à Paris et dans les grandes villes mais souvent à peine une dizaine de jours. Sans que les compagnies puissent espérer aller ensuite en tournée. La quadrature du cercle.
    Tout se passe comme si le public devenait plus frileux et voulait bien aller au théâtre… à condition de ne prendre aucun risque. Il hésite à sortir et a du mal à suivre comme l’ont constaté les participants à cette table ronde. Les salles sont donc souvent à moitié vides mais parfois affichent aussi complet: la conférence-spectacle d’Hector Obalk sur le peinture au Treizième Art Paris (XIIIème), à Chaillot-Théâtre national de la Danse, les spectacles de la chorégraphe Robyn Orlin ou encore le récent Firmament au Centre Dramatique National de Saint-Denis ( voir Le Théâtre du Blog). 

    Et les participants à cette table ronde en étaient bien conscients: l’offre culturelle depuis quelques années, s’est beaucoup diversifiée. Avec des projets surtout ponctuels et souvent au détriment du théâtre, avec un public vieillissant… Au profit de la danse contemporaine qui attire plus les jeunes, ou de formes hybrides avec parfois, un événements sportif à la clé… La fréquentation des salles de cinéma étant, elle, comme on le sait, en chute libre. depuis plusieurs mois, sans qu’il y ait le moindre report vers le théâtre 

    ©x Le C.D.N. de Colmar
    ©x Le C.D.N. de Colmar

    Un peu d’histoire: le premier Centre Dramatique National a été créé à Colmar, avec, à sa tête, le grand André Clavé ( 1916-1981) il y a… soixante-quinze ans. Depuis la France a bien changé et il y a maintenant une trentaine d’Opéras, trente-sept Centres Dramatiques Nationaux, soixante-dix sept Scènes nationales et quatorze Scènes conventionnées… Un formidable réseau mais inégalement réparti, coûteux et dont les missions ne sont pas toujours en accord avec les envies de la population, notamment celle des banlieues de Paris et des grandes villes… Les Ministres de la Culture qui se sont succédé avaient sans doute d’autres priorités mais n’ont jamais fait bouger les lignes.
    Cet échange entre professionnels venus de Métropole et d’Outre-Mer aura au moins permis de faire le point. Reste aux critiques à continuer à faire le boulot au quotidien en toute impartialité mais, quand il faut choisir de parler ou non d’un spectacle, ils n’ont aucune solution devant l’inflation actuelle et alors qu’à peine 10% des Français vont au théâtre une fois par an! « L’inflation, comme la guerre, écrivait Ernest Hemingway, apporte prospérité temporaire et destruction indélébile ». En France, pour le théâtre, nous n’en sommes heureusement pas là mais restons vigilants…

    Philippe du Vignal

    Ces rencontres ont eu lieu 17 octobre au Théâtre de la Ville-Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. :  01 42 74 22 77.

    Syndicat professionnel de la critique de Théâtre, Musique et Danse. critiquesyndicat@gmail.com

     

  •  »œuvre de Robert Walser, conception et mise en scène d’Olga Grumberg

     Walser show, d’après l’œuvre de Robert Walser, conception et mise en scène d’Olga Grumberg

    © Luco Leleu
    © Ludo Leleu

    Cela ressemble à un spectacle pour enfants au «Cabaret de la montagne» entre sapins et ours, avec, au loin, l’image d’un paysage de lac. De fait, c’est un spectacle pour un enfant, celui que chacun porte au fond de soi tout au long de sa vie. L’Étang, premier et court texte de Walser, le seul écrit en dialecte et non en allemand, en cadeau à sa sœur, n’était pas destiné à la publication.
    Fritz, un garçon mal aimé, laisse sa veste au bord de l’eau et sa casquette y flotter pour que se famille s’inquiète enfin de lui. Et il réussit son coup, sans que le malaise soit totalement dissipé, juste décalé,. L’amour retrouvé de sa mère ayant un goût de fraude : «On ne dira rien, cela restera entre nous ».Nous comprenons ce que Franz Kafka doit à Robert Walser: le poids définitif des terreurs enfantines et une culpabilité indécise, nées de la famille mais surtout de la crainte d’un père fouettard, secondé par une mère effrayée et soumise.

    Olga Grumberg a tricoté L’Étang avec Félix, une nouvelle tardive trouvée avec d’autres textes brefs dans les « microgrammes » ou « écritures minuscules» de Robert Walser, sorte de code secret protecteur, jeu de vieil enfant.  Elle est entrée dans son esprit, avec des scènes courtes, très simples, quotidiennes et chargées d’émotions entières, immenses. Le puzzle s’installe crescendo et forme un paysage d’une vraie poésie. Il est rare de voir un spectacle «modeste» monter à ce degré-là. Cela tient aussi à la scénographie simple de Marie Brosse, éclairé par Jean-Yves Courcoux, parfaitement accordé à l’écriture proche de la naïveté apparente et de la cruauté d’un conte de fée. Et aux acteurs sans chichis : Renaud Danner, Julie Pouillon, Jean-Pierre Petit et Arthur Verret aussi musiciens, et d’Olga Grumberg elle-même, comédienne et metteuse en scène. Une position risquée… Ce qui lui donne sur scène un imperceptible tremblement très « walserien ». La sympathie entre l’auteur et elle, ne fait aucun doute.

    Nous regrettons un peu le choix du titre : Walser show, pour un théâtre qui trouve son charme dans la simplicité et une intensité qui refuse justement l’éclat d’un show. Ici le cabaret n’est pas un grand spectacle brillant mais une succession de petits numéros. Mais on n’est plus du tout au cabaret. Et ces courtes scènes souvent inachevées, en suspens, sont des «récits, bribes, silences, incarnations de personnages et d’histoires dit Olga Grumberg, et cette aventure nous pousse, nous acteurs, à nous promener dans le langage avec, je l’espère, une part de la liberté si chère à Walser. » Cela donne, au fil de la représentation,  une gravité et un chemin poétique qui vont beaucoup plus loin que le simple divertissement.

    Christine Friedel

    Spectacle vu au Lavoir Moderne Parisien, Paris (XVIII ème) le 4 novembre.

    Comédie de Picardie, Amiens (Somme), du 23 au 25 novembre. T. : 03 22 22 20 20.

    L’Étang et Petite Prose de Robert Walser sont publiés aux éditions Zoé.
    Petits Essais, Les Enfants Tanner, Le Commis, La Promenade, sont édités chez Gallimard.