Le Théâtre du Blog a été créé en 2008 par Edith Rappoport et Philippe du Vignal; depuis, 9.450 articles ont été publiés sur le théâtre, la danse, les arts de la rue, les performances, le cirque, la magie, les livres, revues et les expositions spécialisées, en province et région parisienne, mais aussi à l’étranger…

Philippe du Vignal – Rédacteur en chef

Critique dramatique, il a été aussi responsable de la rubrique: Théâtre aux Chroniques de l’Art Vivant dirigées par Jean Clair puis à artpress dont Catherine Millet était la rédactrice en chef. Il a participé plusieurs années aux Nuits magnétiques d’Alain Veinstein à France-Culture et au quotidien La Croix. Il a longtemps dirigé l’Ecole du Théâtre National de Chaillot dirigé par Jérôme Savary, puis par Ariel Goldenberg. Il y enseignait aussi l’histoire du spectacle contemporain. Il a aussi été professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs: département Scénographie et Section Costumes/Vêtement.

Sébastien Bazou

Ancien élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon, s’est spécialisé dans l’installation multi-médias. Il a cofondé l’association et le magazine Artefake qui publie des articles sur l’histoire de la magie en Europe et aux Etats-Unis.

Jean Couturier

Critique dramatique et de danse et assistant du rédacteur en chef. Il a obtenu un master et une D.E.A. sous la direction de Robert Abirached à l’Université Paris X-Nanterre. Il a assisté le metteur en scène Philippe Genty pour plusieurs spectacles.

Christine Friedel

Est critique dramatique. D’abord, et notamment à Réforme. Elle a ensuite collaboré aux mises en scène du Théâtre du Campagnol, dirigé par Jean-Claude Penchenat et fait partie du groupe d’experts pour le théâtre à la D.R.A.C.-Île-de-France. Et elle a aussi été la rédactrice de la revue Plaisir(s) éditée par le château de la Roche-Guyon et est l’auteure de La Roche-Guyon, le château invisible.

Elisabeth Naud

Critique de théâtre, enseigne actuellement à l’Université Paris VIII. Elle est docteure en esthétique théâtrale.

Béatrice Picon-Vallin

Directrice de recherches au C.N.R.S., est spécialiste du  Théâtre russe sur lequel elle a publié de nombreux livres. Elle dirige les collections Mettre en scène  à Actes Sud-Papiers, Arts du spectacle aux éditions du C.N.R.S. et aussi Th. XX aux éditions L’Age d’homme.

Nicolas Villodre

a participé entre autres  à la Coopérative des Cinéastes  et a soutenu en 83 une thèse en arts plastiques consacrée à Christian Schad, Man Ray et Laszlo Moholy-Nagy. 

Spécialiste et critique de danse contemporaine, il a été jusqu’en 2013, assistant du directeur de la Cinémathèque de la Danse et a publié de nombreux articles dans La Revue d’esthétique, Pour la Danse, La Cinémathèque Française…

Correspondants :

Gérard Conio

professeur émérite de l’Université de Nancy, est un spécialiste de la civilisation russe et des pays de l’Est.

Nektarios G. Konstantinidis

traducteur et critique de théâtre notamment francophone, à Athènes et en Grèce.

(Tous les documents et archives sont publiés sauf avis contraire des ayants-droit et, dans ce cas, seraient aussitôt retirés).

  • Didon et Énée, chorégraphie de Bianca Li, musique d’Henry Purcell

    Didon et Énée, chorégraphie de Bianca Li, musique d’Henry Purcell

     Pour en faire un ballet, Bianca Li a enregistré cet opéra créé par William Christie et son ensemble baroque Les Arts florissants, dont elle réalisa la chorégraphie. Ecrit par Henry Purcell en 1689, sur un livret du poète irlandais Nahum Tate et tiré de L’Énéide de Virgile cet opéra en trois actes raconte les amours maudites d’Énée, fuyant Troie après la guerre, et de Didon, reine de Carthage. La jeune veuve recueille le héros naufragé après une tempête mais leur idylle n’aura qu’un temps. Après un violent orage, mystifié par des sorcières et des esprits maléfiques, Énée reprendra la mer. Leurs adieux sont déchirants et la reine meurt de chagrin.

    © Laurent Philipe
    © Laurent Philipe

    La chorégraphe, fidèle à la musique, se démarque du narratif de l’opéra : «Ce ballet, dit-elle, raconte moins l’histoire de Didon et Énée, que leurs émotions et la part d’indicible à chaque étape de leur amour. » Pour traduire les ressentis des personnages, elle invente un langage corporel fondé sur des mouvements partant du diaphragme. Les dix interprètes, traversés par le va-et-vient du souffle, se déploient amplement, corps souples et ondoyants comme les vagues.
    C’est dans l’eau, répandue sur le plateau par eux, que se déroule le spectacle. Sur le sol mouillé, ils évoluent avec une incroyable légèreté, tantôt comme planant, tantôt se livrant à de réjouissantes glissades, se traînant avec force éclaboussures et simulant la nage ou le geste des rameurs. Il leur a fallu apprendre à freiner, sauter, ramper, virevolter, s’agripper, s’élancer sans craindre la chute… Un exploit pour Alizée Duvernois, Victor Virnot, Julien Marie-Anne, Meggie Isabet, Maeva Lassere, Coline Fayolle, Gaël Rougegrez, Martina Consoli, Gaetan Vermeulen et Quentin Picot. Chacun apporte son style à la pièce : du contemporain « classique », au hip hop et figures de salsa. Mais l’élégante finesse de la gestuelle n’enlève rien à la puissance de la danse, calquée sur la musique, les arias et les chœurs de l’opéra.

    Bianca Li ne cherche pas à illustrer les épisodes de Didon et Enée mais plutôt à en traduire les climats grâce à des variations de lumière sur une grande toile tendue en fond de scène. Les costumes de Boris Pijetlovic soulignent les différentes ambiances : longues robes romantiques, courtes jupes ou maillots de bain…

    Aux batifolages amoureux, successions de duos accompagnés de scènes chorales, succèdent de frénétiques solos, mouvements d’ensemble où s’insinue une sourde menace: les femmes agitent sauvagement leur chevelure, les lumières s’assombrissent… Le noir des costumes, du sol et de la toile de fond paraît manger les corps, de plus en plus dénudés. Et après un ultime duo, l’aria poignante de Didon est suivie par un Énée inconsolable qui s’en va… Danse, musique, scénographie : tout concourt à un Didon et Énée mémorable où l‘on reconnaît la rigueur et l’inventivité de Blanca Li
    Formée à New York auprès de Martha Graham et d’Alvin Ailey, la chorégraphe espagnole s’est installée en France en 92. Elle dirige une des rares compagnies indépendantes. Aujourd’hui, elle crée ses nouvelles pièces dans ses studios à Romainville (Seine-Saint-Denis) et elle mène des recherches en réalité virtuelle et nouvelles technologies. Bianca Li a été nommée cette année, présidente de la Villette et dans la continuité des activités culturelles de ce Parc, aimerait y créer un festival de théâtre en plein air et «y organiser beaucoup de fêtes».

     Mireille Davidovici

    Spectacle joué du 17 au 31 octobre à la grande halle de la Villette, Espace Chapiteaux, Paris (XIX ème).  T. : 01 40 03 75 75

    Du 31 décembre au 2 janvier, Théâtre de Liège (Belgique).

    Du 4 au 5 janvier, KVS Bruxelles (Belgique). Du 9 au 10 janvier, MC2,Grenoble (Isère).

    Le 13 février Le Cube, Garges-lès-Gonesses (Val-d’Oise) 

    Le 19 mars, Théâtre Alexandre Dumas, Saint-Germain en Laye (Yvelines).

     * La musique du spectacle des Arts Florissants -William Christie pour Didon et Enée et Celestial Music Did The Gods Inspire, Z322, a été enregistrée au Gran Teatre del liceu à Barcelone (Espagne).

     

     

  • Zeus, le cheval ailé des Jeux Olympiques, au château de Versailles

    Zeus, le cheval ailé des Jeux Olympiques, au château de Versailles

     

     

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    Cette sculpture, remarquée dans le monde entier, a illuminé la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques est actuellement exposée dans la cour royale. « La société Blam (architecture et design) a proposé à Morgane Suquart et Madeg Ciret-Le Cosquer, ingénieurs diplômés de l’Ecole  nationale de la Marine marchande et qui ont suivi deux années d’études d’architecture, de participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques en juillet 23 mais nous ne savions pas sur quoi nous allions devions travailler. Nous étions en relation avec Thierry Reboul, directeur exécutif des créations Paris 2024, et des cérémonies.


    Le projet, longtemps élastique, se précisa: la première demande avait concerné un objet indéterminé d’une tonne qui devait pouvoir se déplacer sur la Seine mais nous avons bénéficié d’une liberté totale. Nous avons alors imaginé de créer un avion sous-marin qui plongerait dans l’eau et resurgirait à la surface. Morgane pouvait chevaucher l’engin sous l’eau: elle a son brevet de plongée sous-marine.  Faute de temps, l’idée a été abandonnée mais en était née celle d’une forme surprenante. Il en reste une maquette…
    Le travail a été réparti entre l’atelier Blam dont certains membres travaillèrent avec Le Royal de Luxe. Cet atelier, basé à Nantes depuis 2015, et dirigé par Aurélien Meyer et en février, il a fini de créer un cheval mécanique, porteur du drapeau des Jeux. Nous nous connaissons bien et avons des points communs essentiels: le design et l’architecture, l’association technique et esthétique.  De notre côté, nous nous sommes attelés à la fabrication d’un trimaran à moteur électrique, le moins visible possible et portant ce cheval.  La vision naissait. Nous répétâmes à Quiberon, presqu’île aux deux mers, avec un faux cheval sur quelque 200 kms en tout Nous avons adoré ces essais avec des courants bien entendu plus intenses que ceux de la Seine. Et puis nous sommes des marins et avons le goût de l’océan.

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    ©x Essais en mer

    Mais la lumière du cheval, une île de clarté qui avance dans la nuit, était forte…  Avec les feuilles dorées réparties sur certaines parties et avec ses trois lampes, à l’avant et à l’arrière du trimaran, il brillait trop.  Il a donc  fallu en atténuer la visibilité à tous les niveaux mais aussi ne pas trop l’assombrir… Il allait passer, environné d’ombre, sur la masse noire profonde du fleuve et comme il se déplace à une vitesse constante: vingt-quatre kms à l’heure, il miroite de tous les côtés. La lumière sur les feuilles dorées et l’armure luisante, se réfléchit.  Nous avons un grand souci des détails  et avons donc traité les articulations du cheval à la main: cet ennui a donc été résolu.

    L’autre problème portait sur la fluidité, la continuité et la régularité de l’ensemble indispensables à l’image de ces Jeux et le C.I.O. nous demandait de mettre en valeur le drapeau olympique, à la différence des autres cérémonies où il  ne l’était pas. Un objet féérique  comme celui-ci, doit porter ce drapeau sans à-coups et sur une seule  ligne. Pour cette force qui va, un seul  but:  fluidité et simplicité…

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    ©x Sur la Seine


    Vers les deux tiers du parcours, les chœurs s’élèvent. La solennité commence avant le Trocadéro. La puissance de ce cheval a permis de rééquilibrer l’image du drapeau avec celle de la vasque embrasée. Morgane a dirigé le cheval grâce à deux cordes fixées à son encolure. Ainsi la tête s’étire au moment de l’extension des jambes et recule légèrement quand les  pattes se replient, le tout est absolument coordonné. Au départ, j’étais inquiet et fier de montrer ce travail accompli à plusieurs…. Je suivais Morgane et lui donnais, grâce à une oreillette, les informations sur les courants et les piles des ponts.


    La veille de la cérémonie, la Préfecture de police nous demanda des certifications et il fallut changer le rouge, par du jaune. Laurent Nunez, le préfet de police, vint en bateau assister à une répétition à cinq heures du matin et, après la cérémonie, nous félicita. »

    Mission remarquablement accomplie. Longue vie à Zeus, le cheval ailé inspiré  des études chronophotographiques d’Eadweard Muybridge, et à ses grands cousins automates: Lilith, la gardienne des ténèbres, Ariane et le Minotaure qui illuminèrent de leur présence le grand spectacle de la compagnie La Machine à Toulouse…

    Entretien avec Morgane Suquart et Madeg Ciret-Le Cosquer de Bernard Rémy

    Jusqu’au 24 novembre, dans la cour du Château de Versailles (Yvelines). T. : 01 30 83 78 00.

     

  • Le Gardien du Temple-La Porte des Ténèbres, opéra urbain conçu et réalisé par François Delarozière et sa compagnie La Machine

    Le Gardien du Temple-La Porte des Ténèbres, opéra urbain conçu et réalisé par François Delarozière et sa compagnie La Machine 

    Un spectacle de rue gigantesque organisé dans le centre ville par Toulouse-Métropole, est la suite d’un premier volet joué sur quatre jours en novembre 2018. Avec un important budget : 4,7 millions d’euros dont deux pour la création technique avec l’aide de la Métropole toulousaine et de quelques partenaires privés en lien direct avec la Mairie.
    Il y a eu sur trois jours, environ un million de spectateurs dans un périmètre assez limité du centre ville. Ce spectacle ambulant de grande envergure est bien entendu, géré avec une logistique considérable: stationnement et circulation des vélos interdits en centre-ville, rues fermées aux voitures et camions,  huit cent personnes chargées de la sécurité publique,
    camionnettes de pompiers et de secouristes, bénévoles armés d’une grande bannière et habilités à prendre soin des enfants perdus… 

    Ce spectacle a été inspiré à François Delarozière par, entre autres, La Demeure d’Astérion, une nouvelle de Jorge Luis Borges… Comme la réalisation d’une prophétie inscrite sur une pierre d’un antique capitole retrouvé lors de fouilles archéologiques dans le quartier Esquirol: «Astérion, le Minotaure renaîtra par les eaux du fleuve, à la faveur de la nouvelle lune bleue. Errant à la recherche du temple perdu au cœur du labyrinthe, seule Ariane métamorphosée, le guidera vers sa nouvelle demeure. » Sorti de son labyrinthe, Astérion le Minotaure, devenu protecteur de la ville, Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé, une araignée géante chassée du jardin des Hespérides.

    © Philippe du Vignal
    © Philippe du Vignal                                Lilith et à gauche l’orchestre dans deux nacelles suspendues

    Et Lilith, une femme-scorpion aux huit grandes pattes noires, libérée par Hadès, errant à la recherche d’âmes damnées pour agrandir son peuple et son pouvoir. «Sur le toit du monde, je ferme les yeux, aveuglée par la lueur des astres, doucement, je réapprends à voir. J’entends les cris et les plaintes, j’entends la souffrance, les sons des pleurs se mélangent par milliers, aux bruits de la ville. Derrière les murs épais, patientent les maudits. Ils sont ceux que je convoque ici. J’ouvre les yeux et je vois maintenant les signes prodigieux laissés aux abords du fleuve. Astérion a répondu à mon appel, il est là dans la nuit. »
    Le lendemain matin, Lilith s’approche d’Astérion endormi, souffle sur lui des embruns maléfiques. Il sort de son rêve, fasciné par cette créature. « Il est maintenant de la couleur du venin qui coule en moi,dit-elle, il est mien désormais. Il ne me voit plus hideuse. » Lilith et Astérion s’éveillent, marchent côte à côte, s
    e rencontrent et vivent leur amour factice. « Ma maison ne possède pas le faste des palais, dit-il. Amusons-nous à nous perdre dans les galeries du labyrinthe. »

    Ensuite l’après-midi, alertée par les Dieux, Ariane s’éveille et marche vers le cœur de la cité : «Je suis éveillée. Lilith est là, elle se cache quelque part. Moi Ariane, demi-sœur du monstre, je le trouverai. Moi Ariane, demi-sœur du monstre, je le sauverai. Moi Ariane, demi-sœur du monstre, je la chasserai. » Et le soir, elle s’éveille, pressée de retrouver Astérion qu’elle sait en danger et essaye d’éloigner Lilith. Puis guidé par Apollon, Astérion retrouvera ses esprits. « J’ai marché longtemps, et même parfois couru. Dans le dédale, je me suis égaré. Me voilà revenu. La lune est bleue maintenant. Ariane est là tout près de moi. »
    Le matin du troisième jour, Lilith s’éveille et luttera contre Astérion qui essaye de la bloquer. Le soir, elle réunit et active la Porte donnant sur la voie des Enfers. Aidé par Poséidon, Astérion parvient à la faire reculer et à fermer le passage. Victorieux, Le Gardien du Temple s’endort. Ainsi est décrite cette formidable histoire dans le document-presse mais à ne pas dévoiler avant, pour qu’on ait la surprise et il n’y aura pas de texte donné au public
    Le vendredi soir, Lilith, gardienne des ténèbres, se réveille à la nuit tombante place Saint-Sernin sur le toit en tuiles romaines d’un beau bâtiment en briques devant les milliers de spectateurs de tout âge éblouis par ce personnage manipulé par de nombreux techniciens. C’est selon la légende, la première femme d’Adam mais surtout une créature à visage humain avec huit gigantesques pattes comme celles d’une araignée ou d’un scorpion, les sauterelles, criquets, cigales, papillons se contentant de six! Lilith inspira nombre de poètes comme Hésiode, Ovide, Dante… Et récemment Salvador Dali, Judy Chicago avec sa remarquable installation Dinner Party, Louise Bourgeois…

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    François Delarozière a été élève aux Beaux-Arts de Marseille. «A l’époque je travaillais surtout en vidéo et je suis allé jusqu’au diplôme final. J’y ai appris beaucoup de choses, entre autres, la meilleure façon d’entreprendre, d’être plus sûr de moi et de chercher vraiment ce qui me touchait. J’avais une professeur Soun Gui Kim, une artiste coréenne multimédia, écrivaine, vidéaste, et musicienne qui vit et travaille en France depuis 1971; elle m’a beaucoup aidé. Elle s’intéresse à la déconstruction de l’image, aux performances à grande échelle et à l’art vidéo comme outil. Des artistes comme Nam Jun Paik, Merce Cunnignham et John Cage m’ont aussi influencé. Je suis parti de Marseille à vingt-huit ans mais j’avais commencé vers dix-neuf ans à y construire des décors pour Le Royal de Luxe que j’ai quitté en 2004. J’ai fondé ma compagnie La Machine et nous avons beaucoup joué, entre autres à Liverpool. (…) «La Ville,dit aussi François Delarozière, je la considère déjà comme la plus grande forme de théâtre. »

    Cet artiste s’est fabriqué comme une sorte de mythologie personnelle où, Marseille oblige, sont convoquées nombre de légendes méditerranéennes… issues de temps et religions différentes. Lilith, dans Le Talmud, est un démon féminin très inquiétant ailé aux cheveux longs. Avec toujours en toile de fond, la lutte entre le Bien et le Mal. Une figure mythologique souvent décrite par de nombreux écrivains ou peintres. Récemment encore dans les mangas et dans L’Arabe du Futur 5 de Riad Sattouf. Et côté médias, en 1976, fut créé le magazine féministe juif new-yorkais Lilith Magazine.
    Il y a aussi deux autres créatures recrées par François Delarozière, plus connues et issues de
    l’antiquité , comme Ariane, le Minotaure (Minốtauros), «le taureau de Minos», déjà sur représenté sur les célèbres vases grecs. Et au XX ème siècle en peinture ( Pablo Picasso,) en sculpture ( Auguste Rodin), dans les fictions littéraires comme La Demeure d’Astérion, une nouvelle de Jorge Luis Borges dont François Delarozière s’est inspiré, des films, B.D. jeux vidéo….

    Ici, une grande sculpture à grosse tête de taureau et buste d’homme qui existait déjà dans le spectacle précédent créé en 2018. Un nom qui sonne juste à Toulouse : le quartier Matabiau (en occitan, matar buòu :tuer le bœuf). D’après une légende, on y aurait tué en 250 après J.-C., un taureau responsable de la mort de Saturnin, premier évêque de Toulouse.
    Cette suite du premier opéra urbain créé il y a six ans, montre cette séductrice en grande marionnette en bois et fer animée. Onze mètres de haut, quatorze de longueur et trente-huit tonnes! Construite pour le festival de musique métal Hellfest à Clisson (Loire-Atlantique), elle a huit pattes. Sa bouche, ses paupières et sa bouche peuvent remuer. Elle marche, les seins nus tatoués et lancera un charme qui rend l’homme amoureux et le retient prisonnier de ses gestes. Une histoire d’amour de plus qui finit mal…

    © P. Nin
    © P. Nin Astérion et Lilith place du Capitole

    Ces grandes sculptures d’Ariane, Astérion et Lilith en imposent à la fois par leur beauté visuelle et leur intense poésie. Avec François Delarozière, il y a une équipe d’une quarantaines de personnes qui ont travaillé dans les ateliers de la compagnie à Nantes et à Toulouse, pour créer ce spectacle dont le compositeur Mino Malan qui a écrit la musique jouée et chantée par douze interprètes installés sur des nacelles, Polo Loridant pour les effets spéciaux, Gaëlle Choveau qui a créé les costumes avec Julie Coffinières et Bruno Teutsch, concepteur-lumière. A parcourir les ateliers, comment ne pas admirer la gestion artistique très rigoureuse de ce qui ressemble à une moyenne entreprise… 

    Impressionnante aussi, la machinerie ultra-sophistiquée avec une direction au casque, des techniciens sur les plate-formes ou voltigeant, accrochés à des filins depuis une grue. Pas un accroc, même quand Lilith passe dans les rues étroites, le deuxième jour pour aller rejoindre la place du Capitole noire de monde et à laquelle nous ne pourrons pas accéder… On entend mal le texte mais ce sont surtout les images qui comptent, d’une incomparable beauté… Et il faut beaucoup marcher, et encore marcher dans une foule compacte. « Le  mieux étant toujours de rester en mouvement pour partir à la rencontre des personnages de cette histoire, conseille le document remis!  On veut bien mais comment quand les rues sont bloquées par tant de monde. La compagnie La Machine est victime de son succès…
    Pourquoi cet opéra urbain offre-t-il autant de magie? Sans doute est-il un moment accessible à tous, comme le 14 juillet autrefois. Pendant trois jours, il y avait sur ces parcours à Toulouse, une sorte de communion sociale assez rare, comme seul en permet encore le théâtre de rue. Initié par Jean Digne avec l’opération Aix, ville ouverte aux saltimbanques et dont a fêté en juin dernier le cinquantenaire (voir Le Théâtre du Blog). Plus de jeunes ni vieux, ni riches ni pauvres comme dans les théâtres en salles surtout à Paris, ni adeptes de telle ou telle religion. Pas non plus d’entrée payante, les rues de la ville rose appartiennent à tous.

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    Mais cette admirable Lilith qui avait déjà fait mais seule les beaux jours du festival métal de Clisson a provoqué une grande colère chez les autorités catholiques! Déjà en cause, l’affiche avec des images proches du tarot, comme le projet dans toute la ville, sentaient le souffre.
    «On ne joue pas impunément avec Satan », dit Monseigneur Guy de Kerimel, (soixante-et onze ans) nommé évèque
    de Toulouse en 2022, dans un entretien paru dans France Catholique du 7 octobre dernier !
    Et là, attention, on ne rigole plus : aux grands maux, les grands  remèdes! Il a « consacré » une semaine plus tard, en y disant une messe, une église, pour que la ville et le diocèse soient protégés
    des « menaces ténébreuses, de la désespérance et pour ancrer les chrétiens en Dieu».
    Si nous avons bien compris, il a donc réparé cet effroyable péché artistique, digne non des enfers d’Hadès mais de l’enfer catholique tout court grâce à cette cérémonie d’exorcisme!

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    Signalons à ce dignitaire religieux, sans doute choqué par les seins provocants de Lilith devrait écrire d’urgence à Emmanuel Macron pour lui demander de faire retirer tous les bustes de Marianne dans les mairies, plus ou moins dénudés selon le sculpteur! Cachez donc tous ces seins qu’on ne saurait voir…. Et rappelons-lui que les auteurs de mystères religieux des XIV ème et XVème siècles faisaient apparaître sur la scène des diables comiques injuriant la Vierge Marie, les Saints et les Chrétiens… Nous attendons avec curiosité mais sans illusion, sa réponse que nous ferons paraître aussitôt pour la grande joie de nos lecteurs.

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    Ce Monseigneur n’avait pas été aussi virulent quand, interrogé il y a deux ans, par une journaliste de France 3-Auvergne-Rhône-Alpes qui lui avait demandé pourquoi il n’y avait pas eu d’enquête interne sur Louis Ribes (1920-1994), un prêtre accusé de pédophilie, il avait répliqué: «Vous n’avez rien d’autre à faire, que de fouiller dans ces choses-là !»  Il reconnaissait que l’Eglise avait eu la volonté d’étouffer l’affaire mais voulait avoir le dernier mot:  » A cette époque, le journal Libération faisait aussi la promotion de la pédophilie. »  Bravo et sans commentaires…

    Didier Bernis, président de la fédération protestante toulousaine, a estimé, lui aussi, que « ce spectacle prône tout ce qui est diabolique  » et il « va trop loin dans la célébration de la mort et des ténèbres.» (…) Il flirte avec des thématiques spirituelles obscures et inquiétantes et appelle les autorités publiques à faire preuve de discernement dans le choix des événements culturels, financés et soutenus par la collectivité. »
    C
    hose sans doute plus grave pour ce patriarcat qui n’ose pas le dire : cette Lilith qui refuse de se soumettre à la domination du mâle, ne leur plait pas surtout quand des gens de théâtre de rue s’emparent du personnage et qu’elle est en plus un symbole très apprécié par les mouvements féministes radicaux! La mairie de Clisson ( Loire-Atlantique), elle, a acheté cette formidable sculpture deux millions d’euros. Qu’en pense l’évèque du diocèse ?

    François Delarozière est resté calme devant tant de connerie! « Si j’avais dessiné un gangster, j’aurais fait pareil, j’aurais utilisé toute l’iconographie pour faire comprendre qu’il s’agit d’un gangster. Je suis très étonné par la réaction suscitée par cet opéra urbain! C’est un spectacle de rue, mon travail est populaire. Cette montée du puritanisme qui s’exerce actuellement, est effrayante. Est-ce parce que Lilith a envoyé paître Adam, qu’il y a ce genre de réaction ? Je ne comprends vraiment pas. D’autant plus que Pierre Cohen, maire en 2018, avait soutenu le projet, comme le maire actuel Jean-Luc Moudenc, même s’il a mis un peu de temps à se décider. »
    Allez, François Delarozière avec votre compagnie La Machine, la prochaine fois, mettez en scène une grande Crèche avec la Vierge Marie, le petite Jésus, Saint Joseph et les Rois mages, histoire d’œuvrer dans le syncrétisme et de vous faire bien voir… Il a heureusement un autre projet.«L’avenir, dit-il, je ne m’en suis jamais vraiment soucié mais j’ai toujours de projets en cours. Je prépare le construction d’un varan rouge, un lézard de grande taille avec un drap de trente-cinq mètres de long.

    N’en déplaise à Monseigneur Guy de Kerimel, ce spectacle, même avec quelques défauts, entre autres: la difficulté à s’approcher pour bien voir, restera exemplaire dans l’histoire du théâtre, dit de rue. Et il se jouera sûrement ailleurs…

    Philippe du Vignal

    Spectacle créé les 25, 26 et 27 octobre à Toulouse (Haute-Garonne).
    Pour voir les trois vidéos des aventures de Lilith, Astérion et Ariane:

    https://www.youtube.com/watch?v=UoP6XQ0MUaU 
    https://www.youtube.com/watch?v=j-glb_eZiGQ
    https://www.youtube.com/watch?v=1Gwt18hde4w

     Jusqu’au 11 novembre, Lilith est exposée dans le hall de la compagnie La Machine.

     

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    Et jusqu’au 15 janvier, exposition des dessins, croquis et maquettes de François Delarozière,  à la médiathèque  José Cabanis à Toulouse.

    De véritables œuvres d’art en elles-mêmes mais aussi un langage lié à la construction avec nombreux éléments techniques.

    Plusieurs sont à l’origine des machines maintenant bien connues comme le Grand Eléphant à Nantes, ou Long Ma, le Cheval-Dragon conçu pour le spectacle à Pékin et d »autres inédits