Uma Luz Cordial (troisième chapitre de La Trilogie Cadela Força) de Carolina Bianchi et du collectif Cara de Cavalo
Un spectacle, vu deux jours après Maldoror de Julien Gosselin (voir Le Théâtre du Blog). Aux thèmes proches, surtout ceux qui unissent la littérature et le mal, via entre autres, Antonin Artaud, avec aussi une référence commune à l’écrivain brésilien Roberto Bolaño. Le premier opus de la Trilogie de la Cadela Força avait été joué au festival d’Avignon, il y a trois ans ( voir Le Théâtre du Blog).
Autant Maldoror, assez décevant et un poil racoleur, ne méritait pas la Cour d’Honneur… Autant Carolina Bianchi arrive à imposer des images fortes sur cette scène à l’italienne à partir surtout du Carnet rose de Lori Lamby, un texte volontairement provocateur et pornographique de l’écrivaine brésilienne Hilda Hilst (1930-2004) où une petite fille de huit ans parle avec précision de ses relations prostitutionnelles avec des hommes et du plaisir indéniable qu’elle y trouve. Carolina Bianci traduit ce récit par une très forte scène où une grande marionnette en bois, assise à une table et manipulée par une actrice et un acteur, écrit un récit n, dit par une autre actrice en voix off avec une voix modifiée très métallique et d’une froideur absolue. Une scène formidable.
L’écrivaine brésilienne parle aussi sans détour, comme dans Contes sarcastiques, (Fragments érotiques) publiés en français en 94 seulement, des marginalités sexuelles, de l’inceste et de l’érotisme hétéro, comme homo avec, en filigrane, la recherche d’un certain sacré lié au corps humain et une fascination pour la mort.
Carolina Bianci cite aussi des poèmes de la célèbre autrice américaine Emily Dickinson née en 1830, donc juste un siècle avant Hilda Hist. Fascinée par les nombreux morts qui ponctuèrent son existence et restée ensuite volontairement recluse dans sa maison où l’essentiel de son œuvre ne fut découvert par sa sœur qu’après sa mort.

Il y a, au commencement, des projecteurs qui se balancent et un étrange et magnifique ballet de femmes et d’hommes nus (dans la pénombre) qui font l’amour, ou qui, du moins, font semblant. Une image très proche de celles d’Angélica Liddell. Les choses sont tout de suite claires: Carolina Bianchi, elle aussi en scène, associe l’écriture et l’acte sexuel. Et dans une même violence, voire une même obscénité, ici, au sens premier : ob-scène: ce qui déborde de la scène.
Elle admire et cite aussi Roberto Bolaño mais écrit véritablement un spectacle, avec une remarquable maîtrise du plateau et une solide picturalité: elle sait créer de fortes images conçues par la chorégraphe qu’elle n’oublie jamais d’être. Et il y a ici une fluidité incomparable, celle qu’on aurait bien aimé trouver chez Julien Gosselin.
Sans doute y-a-t-il des erreurs de mise en scène, comme une fois de plus des jets de fumigène qui n’ont rien à faire là et une musique de basses électronique peu convaincante. Et les indispensables surtitrages sont à la longue assez lassants. L’autrice et metteuse en scène semble aussi avoir eu du mal à boucler ce dernier opus (il y a plusieurs fausses fins). Il est sans doute trop long (deux heures trente), à la fois pour les artistes et le public soumis à la même canicule et donc fatigué, même si le théâtre est climatisé. Mais ce spectacle est d’une esthétique nettement supérieure à celle des autres spectacles programmés que nous avons pu voir jusque là, et cela fait du bien…
A la fin, encore une belle image les acteurs, debout dans la loge du deuxième balcon proche de la scène y jettent des petites plumes rouges, en chantant Because the Night de Patti Smith et on entend Leonard Cohen interpréter Happens to the heart…
Philippe du Vignal
Le spectacle a été joué à l’Opéra du Grand Avignon du 4 au 7 juillet. Et repris avec La Trilogie Cadela Força, les 12 et 13 juillet.
Photo : © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon
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