Je reviens doucement, tout doucement…

Sans arrêt, des prises de sang. Un mois de silence! Les amis, je vous prie de m’excuser mais je n’avais guère la force de parler. Je reviens doucement, tout doucement…

Calais-Freytin  en 94, l’année de l’inauguration du tunnel sous la Manche… La plus sinistre des gares TGV. ! Je m‘engouffre dans un taxi. « Centre-ville, s’il vous plaît. » Le chauffeur me dit: « Il est réveillé, des milliers de personnes ont assisté à son réveil.  » Tout Calais respire à travers le  Géant du Royal de Luxe!
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Ambiance incroyable, des familles entières viennent ici. Et je me dis  voilà le vrai boulot d’une Scène Nationale, toucher une ville entière et faire en sorte que le subventions ne profitent pas, qu’à un cercle d’abonnés privilégiés.
Cela a été une obsession pendant les neuf années où nous avons dirigé notre  Centre d’Art et de Plaisanterie à Montbéliard (Doubs). Pas un habitant ne devait être laissé à l’écart: nous recevions de l’argent public et tout le monde devait en bénéficier.
Nous avons été, bien sûr, honnis par les soixante directeurs des Scènes nationales qui méprisent fortement, ce qu’ils appellent, l’événementiel.


Notre mot d’ordre était : ne pas de remplir le théâtre de Montbéliard mais remplir Montbéliard, de théâtre. Ainsi, nous avions créé le Réveillon des boulons le 31 décembre. Ce n’était pas un simple théâtre de rue, mais une mobilisation générale de créativité de toute la ville.
Les gens inventaient des machines, se regroupaient en bande…  Tout Montbéliard descendait dans la rue et au passage de l’an 2.000, nous avions imaginé une tour de Babel avec sonorisation pour 10.000 personnes.

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Mais elle n’a pas été suffisante. J’étais au sommet de la tour et vu qu’il y en avait au moins 40.000… Le sommet d’émotion absolue que j’aurai connue. Faire vibrer toute une ville, c’était notre cahier des charges.

Cela ne nous empêchait pas de programmer du théâtre mais nous refusions la traditionnelle plaquette  de saison et les abonnements. A l’heure du bilan, nous annoncions une fréquentation annuelle de 30.000  spectateurs, même plus mais la D.R.A.C. refusait  de prendre en compte le public sans billetterie.
Le Channel à Calais était, pour nous, le vrai modèle d’une Scène Nationale, avec sa librairie Actes Sud, ses grandes tables, sa brasserie, ses espaces de travail pour le cirque  et toutes sortes de créations, une unité-logement  pour les artistes. Eh! Bien le seul souhait de la Mairie était d’éliminer son directeur et de s’accaparer pour elle seule, François Delarozière, créateur de toutes les machines hors normes.Un scandale passé inaperçu: ce n’était pas la philosophie du Syndéac.

En 2026,  les budgets rétrécissent et les Scènes Nationales hurlent à la mort. On entend aussi Jean Bellorini, directeur du T.N.P. à Villeurbanne (Rhône) dire clairement que quatre-vingt administratifs, c’est trop et qu’il s’en va au Théâtre de  Carouge à Genève. Thomas Jolly et Laëtitia Guédon lui succéderont le 1er janvier prochain. »Leur projet Monde Ouvert (…)  s’articule autour de quatre créations-phares présentées chaque saison et déclinées en écosystèmes artistiques associant médiation, rencontres, formes satellites et partenariats. (…) Ils proposent également une vision ambitieuse des ateliers comme outils de production, de formation et insertion professionnelle (…) et veulent élargir les publics grâce à une multiplicité de formats. Monde Ouvert a été conçu pour répondre aux enjeux d’un théâtre populaire contemporain. »

Mais en ce moment, nous avons une sensation de ronron: programmations sans aucune surprise et surtout public « Toujours Les Mêmes », de plus en plus âgé, au nombre statistiquement compensé par celui des scolaires, aux séances… scolaires. Enfin, hourra! La Scène Nationale de Malakoff-Théâtre 71 programme Opéra Pagaïe ( voir Le Théâtre du Blog) un safari intime, une énorme opération de quartier…Cela  fait du bien de voir enfin une Scène nationale faire du hors piste.
Malheureusement, la canicule va gagner la bataille. Pourtant des centaines de compagnies ruent dans les brancards et veulent en découdre.  Comme le Pudding Théâtre en Franche-Comté, inventeur du Cabaret des locales,  un spectacle conçu, réalisé en une semaine, et en prise sur la population ( voir Le Théâtre du Blog).

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Le Tiers-Théâtre, c’est la précarité extrême…  Les Scènes nationales ont pourtant dans leurs prérogatives l’obligation d’intégrer les compagnies de leur région. Cela partagerait un peu les richesses et permettrait  aussi de mordre sur des franges de non-public. Mais les plaquettes de saison se suivent mais se ressemblent. J’ai coutume de dire : les salles sont pleines certes mais vides d’âme. Maintenant que j’ai pris l’option: vacances éternelles, je prends du recul…  Mais cela ne peut plus continuer comme cela… Merci à Renaud Cojo pour son cri de vérité quand il parle sur Facebook dans un beau texte, de la vie des compagnies. 

Jacques Livchine, ancien directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, à Audincourt ( Doubs).

 
 
 
 
 
 
 
 

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