Festival d’Avignon
Raúl, clown brésilien

Le 6 juillet dernier, Raúl, clown de rue brésilien implanté en France depuis plusieurs années, a écrit cette lettre à Monsieur le Maire d’Avignon. « Je m’adresse à vous aujourd’hui, non seulement comme artiste mais comme citoyen et artisan d’une tradition qui fait l’âme de notre pays et de votre ville : l’art de la rue. Cela fait très longtemps que je viens en Avignon pour le partager. Et il y a plus de vingt-huit ans que je parcours le monde, pour apporter rire, poésie et spectacle, là où les théâtres fermés ne vont pas toujours… « Mon engagement a toujours été le même: offrir un moment d’inclusion, gratuit et une cohésion sociale à tous sans distinction de moyens. Ces derniers jours, la pression des contrôles policiers à répétition, place du Palais des Papes, est devenue étouffante: menaces de verbalisation, menaces de saisie de matériel… On traite les artistes de rue comme des fauteurs de troubles. »
Le passé éclaire souvent le présent: c’était il y a cinquante ans! Et Jules Cordières, ancien élève de Normale Sup et remarquable funambule de corde molle, mort cette année (voir Le Théâtre du Blog) se faisait déjà verbaliser boulevard Saint-Germain à Paris! Mais il régnait avec sa petite troupe à Aix, ville ouverte aux saltimbanques,une remarquable opération imaginée par Jean Digne*. La mairie d’Aix-en-Provence était plus intelligente et généreuse que celle de la Capitale.
Devant les pressions quotidiennes qu’il subissait, Raúl est entré en résistance; aidé par les réseaux sociaux et par un avocat, il a fini par avoir gain de cause et a enfin reçu une autorisation de la préfecture du Vaucluse. Dans mes souvenirs- bientôt quarante ans de festival- les représentations de petites troupes devant le Palais des Papes ont toujours fait, et font encore partie de mon quotidien. Il est important que cela puisse continuer, surtout quand certains artistes du In témoignent d’une hypertrophie du moi…
Quels que soient les numéros de Raúl, (il ne cherche pas à rivaliser avec le Cirque du Soleil!), son engagement auprès d’un public non captif et authentiquement populaire, est tout à fait remarquable. Il défend ainsi un art de la rue non institutionnel qui existe depuis des siècles. Raúl termine ses jongleries loufoques en crachant le feu, par deux fois, ce qui illumine les hauts murs du Palais des Papes… Ce n’est rien et c’est pourtant d’une rare beauté…
Jean Couturier
Raúl le clown brésilien sur Facebook et Instagram, et le clown brésilien.com.
* Vous pouvez demander une photo gratuite de Jules Cordières à Philippe du Vignal, via les commentaires du Théâtre du Blog.
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