Festival d’Avignon: encore un pour la route… Juste un moment par la compagnie Crysael

Festival d’Avignon:

Juste un moment de la compagnie Crysael, chorégraphie et interprétation de Christophe West et Gaël Grzeskowiak, en alternance, avec Alexandre Gastoud 

 Dans le charmant jardin de l’ancien Carmel, un parquet de danse, un tapis, une chaise, des coussins, des livres, un guéridon…  À l’ombre des arbres, un personnage apparait seul et reste immobile. Silence total vite interrompu par Christophe West et Gaël Grzeskowiak, pour « juste un moment » : cinquante minutes d’un temps suspendu à l’intensité folle. Ils ont gagné, avec ce spectacle, le Grand Prix Sobanova & le Prix du public  au Festival Sobanova en mai 2024. Alors adolescents, ils s’étaient liés d’amitié en 2008 à un cours de hip hop. Depuis, solistes confirmés, ils ont fondé il y a trois ans, la compagnie Crysael et obtiennent le soutien du Théâtre de Suresnes-Jean Vilar (Hauts-de-Seine). Ce projet est né d’une grande envie de se retrouver dans une création commune: «Y a-t-il encore aujourd’hui de la place pour l’ennui dans un monde où nous sommes constamment sollicités? À une époque où nous mettons désormais nos styles de vie en avant, quelle place, cette comparaison permanente occupe-t-elle aujourd’hui dans nos rapports aux autres ? » En effet , l’ennui a-t-il droit d’exister dans nos vies en permanence sous l’emprise du toujours plus, du toujours plus vite ?

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Ce duo remarquable nous offre un spectacle où les arts de la danse et du théâtre fusionnent à la perfection. Notre attention est concentrée et nous sommes subjugués par la précision et la dextérité des danseurs et leurs mouvements aériens. Au rythme du hip-hop et sous diverses influences esthétiques contemporaines, classiques, du tango, de la valse… et la dextérité des danseurs et leurs mouvements aériens. Au rythme du hip-hop mais influencés par des esthétiques contemporaines, classiques, du tango, de la valse… ces chorégraphes nous racontent une histoire riche en théâtralité. Deux hommes, deux tempéraments que tout oppose se rencontrent. L’un a tout du rêveur et du contemplatif. Profitera-t-il de ce moment d’introspection pour vagabonder dans son imaginaire ? Il aime flâner, méditer, lire…  L’autre toujours pressé, obsédé par le travail, est tyrannisé par la performance jusqu’à devenir un véritable automate formidablement interprété, avec une gestuelle infernale. Nous suivons  à travers différentes séquences originales, burlesques ou plus mélancoliques, parfois proches du cinéma muet, l’évolution de cette rencontre, toujours émerveillés par leur complicité joyeuse ou grave. Ce récit nous renvoie avec finesse et lucidité à nos modes de vie actuels et à notre fonctionnement sociétal, bouleversés par la révolution des nouvelles technologies et la suprématie du paraître, du simulacre, de la vitesse et du profit économique. Magique, la façon dont a lieu ici la transfiguration à travers les corps dansants,  du temps, de notre réalité existentielle, et matérielle. La composition musicale de Camille Rossi s’intègre subtilement dans ce voyage poétique et renforce la virtuosité des danseurs. Et le public se sent vite transporté dans un ailleurs, dans une bulle…  Christophe West et Gaël Grzeskowiak nous rappellent que l’art est un moyen essentiel permettant à l’homme de porter un regard critique, d’avoir une faculté d’action sur la société  mais aussi sur son pouvoir d’aliénation sur les individus! La gaieté, la tendresse et la liberté s’emparent du public comblé. La vie devient belle et la présence de l’autre, un cadeau ! 

Elisabeth Naud 

Spectacle vu au Théâtre du Train Bleu, dans les  jardins du Carmel, 3 rue de l’Observance, Avignon (Vaucluse) .

Les 18 et 18 novembre Maison de l’Environnement, Magny-les-Hameaux  (Yvelines).

Les 4, 5 et 6 février, Théâtre Eurydice, Plaisir (Yvelines). 

Les 19, 20 et 21 mars, Théâtre de l’Étampois, Étampes (Essonne). 


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