Festival d’Aurillac
Every Brilliant Thing de Duncan Macmillan, en collaboration avec Johny Donahue, mise en scène d’Ahamad El Attar
Écrit par l’auteur anglais bien connu (People, Places and Things), la pièce ( 2015à a eu un accueil très favorable des critiques et du public. Elle a été créée chez nous en 2018 par Arnaud Anckaert qui a une grande admiration pour ce texte, selon lui aussi précis qu’imprévisible, les nombreuses didascalies facilitant et compliquant les choses. mais que nous n’avions pu voir
La pièce a été créé en 2015 mais ensuite modifiée.. Ici, il s’agit d’une adaptation du metteur en scène pour Temple Independent Theater Comapny du Caire, jouée ici non par quatre comme à l’origine, par un seul personnage (Nanda Mohammad) et sans aucun entracte; comme l’exige l’auteur
Le thème: vous avez sept ans et votre mère, dépressive est à l’hôpital: elle a fait comme on dit une énorme bêtise, ce que les enfants ont bien du mal à concrétiser . Mais ils se doutent bien qu’on ne va pas pour rien dans un hôpital. Pour l’aider, la petite fille va écrire une liste de tout ce qui est « brillant dans le monde »: les petites joies du quotidien: un café, une promenade, un rayon de soleil… Comme ceux dont a si bien parlé et la déposera sur son oreiller. Un parcours de vie ordinaire : on la voit enfant, puis adolescente, étudiante à l’Université, amoureuse et mariée… Mais ensuite confrontée à une inévitable séparation. Bref comment on passe, quand on s’installe dans la vie, d’un immense bonheur, aux prémices du malheur qui gronde : « On s’est installés à Paris. On a commencé à travailler. On a pris une voiture. Un compte commun. Un chat qui pissait partout et s’enfuyait en courant. Il s’appelait François Mitterronronnant. La routine s’est installée. On passait moins de temps ensemble. On était fatigués. On se disputait. On se disputait sur des questions d’argent. On se disputait sur le choix de vivre en ville ou à la campagne. On se disputait sur la question de fonder une famille ou pas. »
La pièce est écrite pour quatre acteurs qui parlent aussi de leur vie; un stand up à plusieurs. Réalité friction: on ne sait plus trop et Duncan Macmillan sait brouiller les cartes avec habileté. Et il il entend bien que le public doit aussi être situé dans l’action, ce qui suppose une technique d’improvisation très pointue. Cela est maintenant très mode, avec souvent un côtés racoleur et ces spectacles indiqués comme participatifs ont donc souvent le plus grand mal à fonctionner: les acteurs doivent se débrouiller avec ce que leur offre le public et être particulièrement exercés à ce type de sport…

Ici, Nanda Mohamamad est seule devant deux cent spectateurs dans la cour du collège Jeanne de la Treihle, devant un très beau bâtiment du seizième siècle, malheureusement affublé de prothèses architecturales contemporaines d’une rare laideur. Donc en plein air et à la lumière du jour. Le metteur en scène a choisi le parti-pris d’une narration à laquelle le public est invité à participer: à l’entrée, on nous distribue des morceaux de carton avec un numéro où sont écrites quelques lignes avec un numéro à dire quand l’actrice citera le chiffre. Mais cela ne fonctionne pas bien on entend mal les spectateurs qui, eux,n’ont pas de micro H.F. Elle invite aussi parfois quelqu’un du public à la rejoindre.
Très solide, généreuse, elle a une belle présence et une impeccable diction… Elle réussit à tenir un pari difficile, celui de l’oralité mais le spectacle, trop long, est mal adapté au plein air. Et quand la pluie légère mais tenace comme à Aurillac, est arrivée, une partie du public s’est réfugiée sous les préaux où il était impossible de lire la traduction de la partie du texte dit en arabe qui s’inscrit sur une petit écran noir.
Mais Nanda Mohammad a un solide métier et sait passer sans transition du comique au tragique : « J’ai ramené Sam à la maison pour qu’elle rencontre mes parents. Ils ont été incroyables. Ils ont été merveilleux. Ils ont été fantastiques. C’était horrible. » Et il y a de très bons moments comme ce discours à l’occasion du mariage. Un spectacle pas complètement réussi à cause d’un mauvais rapport cour/salle mais le public où il y vait de nombreux jeunes (pas comme en Avignon voir Le Théâtre du Blog) a eu la possibilité de découvrir un texte magistral d’un grand auteur britannique de théâtre contemporain. C’est bien, que le festival d’Aurillac serve aussi à cela.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 22 août, collège Jeanne de la Treilhe, rue du Collège, Aurillac ( Cantal) .
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