Un Terrier, écriture, mise en scène et interprétation d’Anne Leterrier, co-mise en scène de Diane Vaicle
C’est l’ histoire très intime d’une jeune femme. Née sous X, elle a été l’objet de soins constants pendant trois mois à l’hôpital où elle est née… Puis a été vite adoptée par un couple qui ne pouvait avoir d’enfants et qui l’a tout de suite aimée. » Et moi, quand les ai-je aimés? » Reste donc toujours chez celle qui est devenue adulte, sinon un trauma, du moins une interrogation permanente existentielle, difficile à résoudre. Qui est cette mère « biologique » comme on dit? « J’ai toujours su, dit-elle, que j’étais adoptée. J’ai toujours su que je te chercherai un jour quand le moment viendrait. »

Et comme beaucoup d’autres, malgré les réticences de sa mère adoptive, elle a fait une demande auprès du Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles pour retrouver sa mère « biologique ». Une quête d’identité assez longue mais qui a été enfin positive. Elle apprendra qu’elle est née des amours fugitifs d’un Portugais déjà marié et de Kadija, une adolescente maghrébine. Anne veut alors retrouver cette mère qui habite à Marseille et qui, depuis, a eu d’autres enfants. Pour la connaître et essayer de comprendre pourquoi elle l’a abandonnée. Elles s’écriront et Anne finira par la rencontrer à Lyon. Reste pour ces femmes à accepter cette nouvelle situation familiale et à recomposer un puzzle.
Mais après tout, ces liens du sang sont-ils aussi forts qu’on le dit, ou une pure illusion? Et il n’y a pas de miracle: une rencontre, même préparée, ne peut rien résoudre. Comme dans une famille normale où les enfants parfois n’ont pas toujours d’atomes crochus entre eux, alors qu’ils sont nés du même père et de la même mère, et qu’ils ont longtemps vécu ensemble. Que sont ces liens après tant d’années entre Anne et Kadija? Quelle relation Anne peut-elle avoir avec son demi-frère et sa demi-sœur dont son histoire n’est en rien la leur? Et malgré les lettres qu’elle s’adressent, la relation entre ces femmes aura tendance à se dissoudre. Bref, on ne récrit pas le passé et il faut faire avec. » C’est, dit-elle, une histoire de secret et de dialogue, de rupture et de silence. Une histoire pour abattre les normes, détruire la toute puissance des liens du sang. »
Anne Leterrier, après des études musicologie, a réussi le concours de professeur des Ecoles et s’est formée à la marionnette. Puis elle a quitté l’Education nationale pour se consacrer au théâtre et à la musique. Et sur le plateau? Elle a une belle présence et fait tout pour donner vie à ce monologue, un premier texte assez léger et inégal. Et la mise en scène et la direction ne sont pas au rendez-vous…
On sent que l’actrice veut bien faire! Elle affiche un sourire permanent, ce qui est assez insupportable et sa diction est loin d’être précise: ennuyeux, surtout pour un solo. Et on se demande bien pourquoi elle parle quelquefois dos au public et pourquoi elle fait lire plusieurs lettres par des spectatrices et un spectateur qu ont du mal à s’en tirer. Il y a quelques bons moments où des chants choraux féminins viennent apporter une fraîcheur et quand on entend la voix en off de sa mère adoptive, mais ce spectacle aurait nettement besoin d’une véritable mise en scène. Il y a donc encore du travail… A suivre.
Philippe du Vignal
Le spectacle a été joué du 7 au 29 avril au Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris (XVIII ème). T. : 01 40 05 06 96.
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