Play Strindberg

Play Strindberg de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène d’Alexis Barsacq

Une phénoménale scène de ménage : le dramaturge a fait subir à la Danse de mort d’August Strindberg, un traitement comparable à celui que Pablo Picasso avait infligé, pour notre bonheur, aux Ménines de Vélasquez: calque, découpage au scalpel, accentuation des traits, et petits bouts de bois dans les oreilles. Le Père et la Mère Ubu viennent hanter l’île nordique (inhospitalière autant qu’eux-même) où le rigide capitaine et son ex-star d’épouse tirent leur chaîne depuis vingt-cinq ans.

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Leurs bien nommées noces d’argent mais d’argent, il n’y en a plus, sinon caché, escroqué, brandi comme arme de chantage et trempé d’amertume. Et alors qui vient ranimer la flamme de l’éternel conflit conjugal? Le cousin de Madame! En douze rounds, il sera tantôt spectateur, tantôt arbitre, esclave, amoureux, garde-malade mais lui aussi, escroc, un cran au-dessus des autres, puisqu’il a parcouru le vaste monde.
La mise en scène d’Alain Alexis Barsacq est simple, efficace, pleine d’humour et  les comédiens sont carrément grandioses. Philippe Hottier, en bon militaire, éructe, grommelle, hurle, jure, parade, plastronne et barytonne au delà de l’imaginable, entre deux évanouissements et trois fausses morts. Agathe Alexis, très fine mouche, répond au quart de tour: une merveille d’énergie et précision, avec un culot à aller jusque dans le trop loin. Il faut l’entendre passer d’un exaspérante douceur, à la lourde trivialité d’une haine bien recuite:  elle est
parfaite.
Dominique Boissel, dans un registre d’abord feutré -fonction d’invité oblige- dévoile, peu à peu, une force impressionnante de sécheresse. Comme si Friedrich Dürrenmatt, avec cet inépuisable tourbillon de vacheries bien ajustées, était allé chercher le clown qui sommeille dans le très grave Strindberg : allez, Auguste, fais-les rire ! Et pour rire, on rit.

 Christine Friedel

 Jusqu’au 20 juin, Théâtre de l’Atalante, place Charles Dullin, Paris XVIII ème,


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