Prix Théâtre 13/ jeunes metteurs en scène
La coupe et les lèvres d’Alfred de Musset, mise en scène de Maxime Kerzanet.
La pièce est la première de ce curieux théâtre d’Alfred de Musset qui continue d’enflammer les écoles de théâtre mais disons-le tout de suite, celle ci n’ a rien de fabuleux; il s’agit de l’histoire d’un jeune homme, quelque peu déboussolé au sortir de l’adolescence. Le malheureux Frank pourrait être un adolescent d’aujourd’hui, en proie à un profond mal-être que l’on enverrait sûrement consulter vite fait un psychiatre. Le texte de Musset , dit Maxime Kerzanet, « nous interroge sur notre rapport au monde et sur notre identité, sur ce que nous pouvons faire de notre vie, et la pièce est fondée sur l’envie de confronter nos projets à la réalité ».
Et c’est bien ce dont il s’agit, toute la pièce un peu laborieuse porte sur la désillusion et le désenchantement qui suivent la quête passionnée du jeune Frank, surtout dans les rapports nécessairement compliqués qu’il entretient avec les femmes. Maxime Kerzanet a rajouté un personnage l’adolescent dont le rôle est extrait d’autres textes de Musset dont une préface de la pièce Dédicace à M. Alfred Tattet, mais cela ne réussit pas à sauver ce qui n’est guère qu’un brouillon de ses pièces ultérieures , même si l’on y retrouve les thèmes habituels du fameux auteur romantique.Rien à voir avec la qualité d‘On ne badine pas avec l’amour ou bien sûr de Lorenzaccio.., pour ne citer que les plus connues.Et comme Maxime Kerzanet éclaire le début de la pièce avec des lampes de poche et la suite avec un éclairage minimal, on devine qu’un ennui de première qualité ne tarde pas à s’installer…
Et malheureusement, ce n’est ni la mise en scène ni la direction d’acteurs assez flottantes ni la scénographie non signée qui peuvent arranger les choses: c’est sans doute vue, par Maxime Kerzanet, la chambre d’un jeune homme d’aujourd’hui: soit un joyeux foutoir avec un matelas par terre, et un tas d’objets divers un peu partout: et il faut être bien naïf pour penser comme lui » que la scénographie consistera à symboliser l’univers quotidien d’un adolescent actuel » ????? et » que chaque élément de la chambre pourra se transformer en en un accessoire nécessaire au déroulement de l’histoire de Frank ». Désolé, une vraie scénographie est d’abord fondée sur une dramaturgie solide .Entre la coupe et les lèvres, il reste encore de la place pour un malheur dit le proverbe que cite Maxime Kerzanet.Cette mise en scène n’a rien d’un vrai malheur mais n’aurait jamais dû arriver là. Daniel Mesguisch, nouveau directeur du Conservatoire national, dont sort ce jeune homme , peut multiplier les cours de dramaturgie ; cela contribuera peut-être à faire réfléchir les élèves avant de se lancer dans la mise en scène et à écrire des notes d’intention un peu moins prétentieuses… Une petite consolation: une diction tout à fait correcte du texte, ce qui est quand même la moindre des choses-mais qui n’est pas toujours le cas- et la belle présence d’Aurore Paris, jeune et intelligente comédienne.
Philippe du Vignal
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