Festival d’Aurillac

Les Tondues par la compagnie des Arts Oseurs, mise en scène de Périne Faivre, scénographie et musique de Renaud Grémillon
«L’Europe, dit Périne Faivre, goûte à l’extrême les politiques nauséabondes, l’histoire c’est aujourd’hui ! (…) Je n’ai pas le dernier mot du spectacle!» . Nous suivons Maril Van der Broek, Mathieu Maisonneuve, Muriel Holtz, Périne Faivre, Renaud Grémillon, qui suivent, eux, un piano sur roulettes dans les rues d’Aurillac où l’on évoque un drame de la guerre de quarante, que peu de Français maintenant ont vu. Mis à part dans la banlieue parisienne, notre rédacteur en chef Philippe du Vignal qui s’en souvient encore très bien… Des femmes coupables d’avoir eu des relations avec les allemands, soit au minimum quelque 20.000 un peu partout en France furent tondues en public puis promenées en camion à moitié nues sous les quolibets de la foule. Ces « collaboratrices horizontales » comme on disait étaient des prostituées, simples femmes de ménage travaillant pour l’occupant allemand mais aussi des amoureuses.
On nous distribue des enveloppes de couleur différente, avec à l’intérieur, des lettres comme le testament de la grand-mère du notaire de Marie. On suit la petite fille qui part voir Lili, un amie d’enfance de cette grand-mère. Elle sonne à la porte mais Lili est morte et sa petite-fille n’est plus là. Nous suivons le piano, il y a treize femmes sur la place, avec Gaston le coiffeur-tondeur : « On se regardait, on se regardait, j’étais là et je n’ai rien dit ! » Plusieurs stations à travers la ville et l’émotion monte. Nous regardons des silhouettes blanches sur un mur, les acteurs dansent sur la musique du piano, l’homme se frappe et s’écroule, tombe à terre. «1945, vous accédez à la citoyenneté mais sachez que votre corps ne vous appartient toujours pas. Vous étiez 20.000, en aurait-il eu une qui aurait pu penser à se révolter ? On va vous oublier mais ça va peut-être recommencer… » Un parcours impressionnant dans un passé déjà lointain, suivi par de nombreux spectateurs dont des Aurillacois. Les Tondues sont une révélation et sans doute un spectacle majeur du théâtre de rue…
Edith Rappoport
Spectacle vu à Aurillac le 24 août.
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