Festival d’Aurillac:
Géopolis par le Pudding Théâtre, mise en scène de Christophe Chatelain, metteuse en mots : Sylvie Faivre
Le Pudding Théâtre, né en 1999 en Franche-Comté, fait du théâtre à taille humaine, du théâtre citoyen à partir de «créations collectives dirigées». On se souvient de Hollywood Tif , et de Mémoires des chambres froides, voilà quelques années.
Ici, par de hautes marches, nous arrivons au château Saint-Étienne pour déguster ce spectacle capital. Un très grand bateau monté sur un camion descend jusqu’au parvis du château, où nous sommes plusieurs centaines à l’attendre. Nous l’entourons pour écouter neuf personnages qui nous parlent dans un sabir « oriental », incompréhensible mais très vivant. On est en Europe de l’Est, et le spectacle a pour thème, l’émigration forcée, un sujet majeur qui afflige notre monde, avec des réactions de rejet immondes dans une Europe de l’Ouest encore privilégiée.
Géopolis se déroule en plusieurs séquences, le bateau se déplaçant dans l’espace, avec ses personnages. Dans ce chaos très organisé sur le plan technique( bravo Clovis Chatelain et Mathias Jacques), il faut s’asseoir, puis se percher sur des murets pour parvenir à embrasser le sens de cette fresque tragique et pourtant drôle, comme sait en peindre le Pudding Theatre.
Impossible de décrocher, sauf quand on ne parvient plus à s’installer dans le bon angle de vue. Les neuf acteurs maîtrisent admirablement cette langue inventée qu’ils interprètent avec humour, sur un remarquable dispositif mobile. Comment quitter son pays, où se reconstruire, et en a-t-on encore le choix, quand on veut échapper à la mort ? On est ému, déconcerté, voire bouleversé, même si l’on rit parfois.
Edith Rappoport
Spectacle vu au château Saint-Étienne, Aurillac le 26 août.
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