Les Petits riens de Jacques Livchine
A chaque fois je crois que c’est terminé, que j’ai tout dit, mais non, voilà une nouvelle fournée que je vois apparaître à l’horizon.
1 L’espace Apple dans le quartier de l’Opéra, à Paris: hallucinant. Je viens y acheter un Mac. C’est la folie, Apple baisse ses prix pour concurrencer les P.C. : 699 € ! Cela a été la ruée et il n’y en avait plus avant deux mois. Mais je suis incapable de vivre sans ordinateur et je me précipite chez Dégriffe Mac à cent mètres. « Madame, vite, par pitié, je prends n’importe lequel recyclé. Il en reste quatre, me dit-elle. » Je prends un MacBook Pro à 449 € comme neuf…
2 Qu’est-ce qui me prend ? Je regarde les débats des candidats des primaires: terrifiant, on dirait que leur seul et unique ennemi est L.F.I. Seule, Ségolène Royal parait garder un peu de bon sens.
3 J’aimerais aller bien et suis jaloux des gens qui le sont, bien. Je les déteste et j’aime les dépressifs comme Emmanuel Carrère, les angoissés. Mais pas ceux qui étalent leurs sources de bonheur continu. J’exagère… Valérie, une de mes actrices, me raconte que, pendant la canicule, elle s’était réfugiée dans sa maison à Granville. Elle est heureuse, son fils est un brillant ingénieur brillant et a une petite amie. Mais je suis rassuré: elle doit payer le ravalement de son immeuble près de Pigalle: 71. 000 € !
4 Pour avoir du temps, il faut être débordé: paradoxal. Quand j’ai du temps, c’est comme si je n’avais pas de temps, le sol se dérobe sous mes pieds et je ne fais rien du tout. Mais, quand je suis débordé, je revis et retrouve l’énergie de la vie.

5 Retour à la Maison Unité, du Théâtre de l’Unité, à Audincourt, le 26 septembre. J’ai besoin de voir un kapouchnik (le cabaret que nous avions imaginé il y a plus de vingt ans avec Hervée de Lafond, ma co-directrice: voir les articles du Théâtre du Blog). Pas déçu, je mets 15 sur 20 aux auteurs-acteurs. Thèmes abordés: le Pape, avec, enfin, une vision un peu ironique et Catherine Ringer, Israël, Gabriel Attal, du dramatique mais aussi du Grand Guignol. Cela me change de tous les spectacles ratés que j’ai vus récemment à Paris. Jamais Télérama n’aura la curiosité d’aller à Audincourt.

6 Message d’Ariane Mnouchkine: « Appelle-moi vite, j’ai besoin de tes conseils. C’est délicat, j’ai écrit une longue lettre sur l’image à jamais ternie de son flamboyant projet et lui conseille d’arrêter. Elle me répond: « Ce n’était pas la question. Je voulais juste savoir comment s’était passée votre transmission. » Ariane, cette immense figure du théâtre contemporain, demandant conseil à Jacques Livchine!
7 Au début de ce kapouchnik, chaque acteur a droit à trente secondes pour donner son actualité personnelle. Françoua Garrigues raconte qu’il a tourné une publicité avec un footballeur: il lui explique qu’il ne connaît rien au foot, un milieu homophobe selon lui. Trois mois plus tard, il reçoit un coup de téléphone : « Françoua, j’ai vu ta pub avec Ronaldo. C’est énorme, Ronaldo, cinq ballons d’or ! »
8 Petite chose rendant heureux: le dîner, après ce kapouchnik, est préparé par Samira, une extraordinaire cuisinière qui est voilée. La proposition de loi sur l’interdiction du voile la fait rire! Ce qui est sûr: femme soumise, elle ne l’est pas.
9 J’adore les lampes de poche. Pour moi, c’est l’accessoire essentiel d’un homme civilisé. Mais, en quarante ans de vie, j’en ai égaré une centaine…
10 Quand le Parti Communiste était à 30 %, son secrétaire général le camarade Georges Marchais,(1920-1997) fulminait contre les étrangers qui venaient manger le pain des Français: » Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. » Cela a évolué et le Rassemblement National recueille aujourd’hui environ 25% d’intentions de vote des classes populaires actives et peu diplômées, à la prochaine présidentielle. Exactement, comme le Parti Communiste, il y a cinquante ans. Pour gagner une élection, une recette simple : la xénophobie.
11 J’invite mes petits-enfants Gaïa, Kolia, Vincent (la génération Z) au restaurant de l’école Ducasse à Meudon. Je choisis un filet de canette, accompagné d’artichauts et figues, sauce dolce forte. J’ai suivi une fois un cours à l’école Lenôtre. Je faisais le malin et discutais avec un des chefs sur le secret de sa sauce exceptionnelle. Il m’indique alors le nombre impressionnant d’ingrédients qu’il fait cuire pendant cinq heures dans dix litres d’eau, pour obtenir une réduction de deux litres. Bigre, cinq heures de cuisson…

12 En 2017, avec toute ma famille, je débarque à Odessa pour retrouver la maison où habitait mon père, rue du Sanatorium, au-dessus de la mer Noire. Evidemment, nous sommes allés aussi voir les escaliers dont un des architectes est français, immortalisés par Sergueï Eisenstein qui y tourna en 1925, une scène devenue culte du Cuirassé Potemkine.
En haut des marches, on ne voit que les paliers et tout en bas, ne voit que les marches. Il y a des marchands de souvenirs. J’ai acheté une casquette de capitaine de frégate et suis fier de la porter cet été. Tout le monde me salue: « Capitaine, où avez-vous garé votre bateau? Chez tous les commerçants, j’ai beaucoup de succès…

13 Elle se fait appeler Margo Chou et tout le monde la connaît à Marseille et à Nantes. Elle écrit des spectacles et envoie des messages du style shiatsu, une pratique japonaise visant à rétablir une cohérence énergétique par la pression des doigts et des mains sur les méridiens.
Elle m’avait envoyé une lettre en 2013 pour faire connaissance et je lui ai répondu. Cela dure depuis seize ans. Parfois, elle me dit que je suis son philosophe de vie. Elle a demandé à son père de participer aux frais d’un stage pour Lounès, son fils. Il lui répond qu’il lui a déjà donné assez d’argent. Elle n’est pas contente! Il vient de s’acheter un camping-car à 70.000 euros.
14 Un petit plaisir: je mets de l’eau glacée dans un thermos. La voiture est restée sous le soleil pendant les courses à Intermarché mais quand je reviens, l’eau est encore fraîche.
Jacques Livchine ex-directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs).
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