Adieu Despoina Tomazani

Adieu Despoina Tomazani 
 
La disparition de cette actrice intransigeante à quatre-vingt un ans, nous invite à réfléchir à l’empreinte laissée par ceux qui se consacrent à l’art, loin des feux de la rampe et de la notoriété. La création authentique peut allier des racines grecques, à une touche cosmopolite, de Chios et l’Asie Mineure, jusqu’à Stockholm et Paris.

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 Insatiable, elle se métamorphosait sans cesse: comédienne d’une grande profondeur intérieure,  réalisatrice en quête de la magie d’un instant, écrivaine à la sensibilité discrète.

Un parcours d’une rare liberté: elle passait d’un art à l’autre, sans jamais se laisser enfermer dans des étiquettes, considérant l’écriture et le théâtre comme des vases communicants, recherchant toujours l’essence même de l’expression humaine. Au premier festival du cinéma des pays méditerranéens, elle a remporté le Prix de la meilleure actrice pour L’Ombre de la terre de Tajeb Louichi. Et au théâtre, elle a, entre autres, interprété Perséphone, mise en scène de Jacques Lacarrière et dans Phèdre de Yannis Ritsos, le personnage éponyme.

En France, elle a tenu le rôle principal dans La Fiancée de l’eau de Tahar ben Jelloun et a aussi traduit, mis en scène et interprété Hiroshima, mon amour de Marguerite Duras. Elle a écrit de la poésie, des pièces mais aussi des nouvelles et romans, comme L’Eau muette et  Hors réseau, un recueil de textes. Lefteris Papadopoulos note à juste titre : « Elle ne se contente pas d’écrire, mais ressent les choses profondément et l’exprime à chaque instant par un soupir, un rire, une grimace de colère. Elle dialogue sans cesse avec des choses merveilleuses que nous avons presque oubliées. Elle se réjouit d’un port, d’un rocher, d’un coucher de soleil, elle se précipite vers Chios, l’île de son enfance et revendique les souvenirs de son oncle défunt, que le voisin avide s’est appropriés. Elle a dans le regard une multitude d’oiseaux,  fourmis, souris de théâtre,  maisons aux portes et fenêtres ouvertes, femmes éprises de leur corps couvert de tatouages… »

Les œuvres de Despoina Tomazani ont été traduites en français, allemand, turc, anglais, italien… Elle tenait une chronique dans le quotidien Kyriakatiki Eleftherotypia  et dans le magazine Epiloges de la Macédoine .Son dernier ouvrage: un récit historique Le Livre qui n’a jamais été écrit...
Adieu à une créatrice qui avait choisi de suivre sa propre voie et qui laisse l’exemple d’une vie consacrée à l’essence même de l’art…
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 

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