Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène de Carme Portaceli

Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène de Carme Portaceli 

Cela se passe au Théâtre de l’Athénée où justement, Louis Jouvet créa la pièce  en 1947, il y a donc presque quatre-vingt ans. L’auteur, alors petit malfrat, écrivit cette pièce en s’inspirant d’un fait-divers survenu en 1933. Au Mans, dans le haut de cette ville, un quartier très paisible, avait eu lieu dix ans plus tôt, un crime des plus sordides et énigmatique: Christine, cuisinière et sa sœur Léa, femme de chambre chez les Lancelin. Lui était un ancien avoué.
Mais les sœurs n’ont le droit de  ne s’adresser à personne d’autre qu’au couple et à leur fille Geneviève, vingt-et un ans). Bien payées, nourries, logées et blanchies, elles ont même réussi à faire des économies.
Pourtant elles tueront à l’arme blanche la mère et la fille, avec un raffinement de cruauté à peine imaginable.  Tsunami dans Le Mans, comme nous l’avaient raconté des enseignants à l’Ecole des Beaux-Arts, située pas très loin de la maison du crime,  et qui connaissaient bien les victimes…

Un fer à repasser avait fait sauter les plombs dans ma maison et aurait provoqué  une bagarre entre madame Lancelin et l’aînée des sœurs. Christine, aurait ordonné à sa sœur d’arracher un œil à madame Lancelin, puis elle-même fait sauter un œil de la fille. Léa, les yeux de la mère avec ses doigts, puis va chercher un couteau et un marteau… Les sœurs tailladeront les deux femmes jusqu’à la mort. Puis elles se lavent, se mettent ensemble au lit en imaginant -naïvement- de dire qu’elles s’étaient défendues contre  une attaque de madame Lancelin et de sa fille.
Puis elles avoueront avoir commis ce double meurtre sans motif. 
Circonstances atténuantes si on peut dire: Christine avait rompu toute relation avec leur mère Clémence très souvent absente et qui ne les avait pas élevées. Quant au père alcoolique  il avait couché avec la sœur aînée… Monsieur Lancelin et son beau-frère s’en inquiétèrent:  les sœurs  étaient devenues sombres! Il y avait de quoi 

Christine sera condamnée à mort et Léa,  à dix ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour. Christine sera graciée par le président Albert Lebrun et sa peine commuée aux travaux forcés à perpétuité Elle sera emprisonnée à Rennes où elle sombrera dans un état dépressif. Hospitalisée l’année suivante pour  schizophrénie, elle meurt à trente-deux ans seulement en 1937. Léa libérée en  43 et longtemps femme de chambre dans des hôtels, meurt à Natnes en 2001 à quatre-vingt neuf an dans l’anonymat
Le crime, devenu mythique, inspirera entre autres Jacques Lacan qui parlera de psychose paranoïaque dans Motifs du crime paranoïaque : le double crime des sœurs Papin. Jean Genet, lui, refusera toujours de dire qu’il s’en est directement inspiré. Et pourtant… Il y a aussi dans cette pièce une haine de classe évidente des domestiques malgré leur salaire correct et un acte criminel sur fond de paranoïa… lié à l’histoire familiale des sœurs Papin…

© Poupeney
© Poupeney

La pièce, difficile, n’est pas souvent montée et le texte, par moments bavard, semble avoir pris quelques rides… Son auteur avait écrit de nombreuses didascalies et un essai: Comment jouer Les Bonnes.  Il devait, entre autres, y avoir des meubles Louis XV. La metteuse en scène, elle, a situé l’action dans une salle de bains contemporaine luxueuse avec hauts murs bleu foncé, grande douche en angle, deux lavabos-colonne, une baignoire et un siège de toilettes. Le tout d’un blanc immaculé. Pourquoi pas?
Élissa Alloula ( Solange) et Édith Proust (Claire) et Anna Cervinka (Madame) font le boulot et il y a de bons moments. Mais on ne les entend pas toujours très bien et la représentation manque singulièrement de rythme.

Et tout se passe comme si l’interprétation souffrait de deux jours de relâche.. et d’un manque de vigilance de Carme Portaceli. Par ailleurs, nous n’avons pas bien compris cette mise en scène esthétisante à base d’actualisation, et qui n’est pas toujours très claire pour qui ne connait pas le texte. Pourquoi ce décor imposant, avec  des surlignages de lumière sur les plinthes et qui, à la fin, se lève à deux mètres du sol? Pourquoi faire « contemporain « à tout prix: airs de rap, annonce traditionnelle  concernant les portables alors que le spectacle a déjà commencé, images en très gros plan à partir d’un téléphone portable? Pourquoi cette provoc facile avec ces  trois personnages qui vont plusieurs fois aux toilettes? Pourquoi ces légers ajouts au texte? Si on perçoit par moments la violence de certains dialogues de Jean Genet, l’ensemble reste plat et on finit pas s’ennuyer. Des spectateurs sont sortis avant la fin et les applaudissements étaient assez maigres. Bref, ce spectacle reste peu convaincant jusqu’à la fin et nous ne pouvons pas vous le recommander…

Philippe du Vignal

Jusqu’au  25 octobre, L’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, 4 square de l’Opéra Louis Jouvet Paris (IX ème). T. : 01 53 05 19 19. 

Puis en tournée, de janvier à mars : Miramas, Antibes, Arcachon, Enghien-les-Bains, Val-de-Reuil, Berne, Brno et Varsovie


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