L’Ecole de danse de Carlo Goldoni, traduction de Françoise Decroisette, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

L’Ecole de danse de Carlo Goldoni, traduction de Françoise Decroisette, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

 Monsieur Rigadon, maître de danse, ouvre la première scène de cette comédie, en s’adressant à ses élèves et, en particulier, à Felicita : « Allons, la tête haute, le buste dégagé. Les pointes, un peu plus cambrées, s’il vous plaît. Regardez-moi ces genoux, chaque jour un peu plus laids ! Et vous voulez vraiment danser le pas-de-deux ? Danser, vous ! Que la peste vous étouffe ! La tête un peu plus haut, vous dis-je, un peu plus haut. N’ai-je pas raison de me plaindre ? »
Vers la fin, l’art de la danse semble passer au second plan, malgré ses exigences et il suggère à ses élèves un autre objectif de vie : «Il faut trouver un protecteur mais sans que l’amour s’en mêle ». Mais tout l’inverse se produira: chacune et chacun trouveront leurs moitiés.
Denis Podalydès apporte à ce personnage qui peut sembler odieux et profiteur, un profil tendre et poétique et il nous touche : « O coup inattendu ! Etrange destinée ! Ils m’abandonnent tous. Il ne me reste plus à présent qu’à jouer, et à chanter tout seul la gigouillette. N’espérez pas faire fortune en trichant. Qui sème dans les broussailles, ne récolte que des ronces; un rossignol ne peut pondre une corneille. Et à la fin de la danse, celui qui a voulu s’enrichir sur le dos des autres, essuie les quolibets”.

© Agathe Poupeney
© Agathe Poupeney

Auparavant, le maître montre, dans une pantomime caricaturale irrésistible, ce que devrait être un pas de deux classique. Pour Carlo Goldoni, cette école de danse est seulement un endroit où se croisent plusieurs destinées. Avec un seul but : trouver l’amour. La scénographie signée Éric Ruf nous plonge joliment dans un univers qu’aurait peint Edgar Degas. Le pianiste Philippe Cavagnat, accompagnateur de cours de danse, rythme cette œuvre à l’écriture… un peu légère.
Mais les comédiens, sont justes, parfois à contre-emploi, même si ce terme a disparu de la vénérable maison depuis longtemps!

Entre la scène d’exposition et la dernière, une succession de moments où se construisent les liens amoureux entre les personnages avec, au centre, une potentielle destinée artistique contrariée. Le metteur en scène y voit une vraie modernité et selon lui, la pièce est donc intéressante. « L’École de danse soulève des sujets brûlants qui traversent notre métier: les rapports hommes-femmes, le statut d’égérie…Plus, je la travaille, plus je suis marqué par ce qu’elle interroge, en lien avec le délitement actuel du paysage théâtral: la condition de l’artiste, ce qui fédère, le courage de la nouvelle génération pour s’engager dans un métier souvent précaire.  Le maître nourrit des relations d’emprise, la mère vit de sa fille qu’elle jette dans les mains du professeur, l’imprésario et le courtier ressemblent aux agents actuels. Il est rare, dit Clément Hervieu-Léger, de trouver de telles pièces sur la fabrique de l’art”.
Une occasion d’aller découvrir une œuvre peu jouée du maître italien, ici traduite en prose par Françoise Decroisette (le texte original est en vers). 

Jean Couturier


Jusqu’au 3 janvier, Comédie Française, 1 place Colette, Paris (Ier). T. : 01 44 58 15 15.

 

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