« Le Ministère de la Culture a annoncé amputer de 799. 755 € le budget du Centre Dramatique National de Nanterre », a dit le maire de cette ville (suite)

Aux dernières nouvelles, il ne s’agirait plus d’amputation » mais de « gel », ce qui, financièrement, n’est pas la même chose. Mais tous les gouvernements sans exception ont des politiques experts en sémantique et il y a tout lieu d’être inquiet. Le Syndicat de la Critique, via une communiqué, se demande avec raison s’il y aura bien des spectacles cet automne, puisque les directeurs de structures vont devoir opérer des choix drastiques, notamment en matière de création mais aussi de personnel: certains seront obligés de licencier des artistes et techniciens.
« Déjà fragilisé par des coupes budgétaires incessantes, le gel annoncé (…) toucherait plus de 10% vingt-huit établissements culturels: douze Centres Dramatiques Nationaux, trois Scènes nationales, deux théâtres parisiens, sept Opéras et quatre Orchestres nationaux; ce qui met en péril l’ouverture de la saison prochaine.
Dans un communiqué, les vingt-huit directrices et directeurs alertent: « Toute nouvelle diminution des crédits aurait des conséquences immédiates et irréversibles. Plusieurs établissements seraient placés en procédure d’alerte. Certains seraient contraints d’annuler une partie de leur saison avant même son ouverture. (…) Nous refusons que les établissements culturels deviennent la variable d’ajustement des Finances publiques. La Culture ne peut être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les arbitrages budgétaires”.
« Les conséquences d’un tel gel dépassent largement les seuls établissements concernés. (…) Et il y aura un effet domino sur l’ensemble du secteur: fermetures temporaires de lieux, recours à l’activité partielle, licenciements, annulations de créations, reports de productions, effondrement de la diffusion, perte massive d’heures pour les intermittentes et intermittents du spectacle, sortie du régime d’assurance chômage pour nombre d’entre eux et disparition de compagnies qui ne pourront plus maintenir leur activité et pour nous, critiques, réductions encore de nos espaces, voire fermetures de titres. Plusieurs directions de lieux évoquent déjà le risque d’une mise à l’arrêt d’une partie du service public de la Culture dès cet automne. »
Les chiffres publiés cette semaine par LAPAS confirment cette inquiétude. Les compagnies anticipent une baisse de 37 % de leur diffusion pour 2026-27. Plus alarmant encore, 21 % des directrices et directeurs de compagnie envisagent de mettre un terme à leur activité dans les trois prochaines années, faute de perspectives économiques. En Avignon, à l’initiative de l’Intersyndicale C.G.T. -Spectacle, Syndeac et Synavi, une première manifestation a réuni plus d’un millier de professionnels du secteur. La mobilisation ne fait que commencer.
Critiques, nous côtoyons les œuvres dont nous rendons compte sur nos supports respectifs. Nous constatons les difficultés que rencontrent les équipes artistiques pour créer leurs spectacles et nous voyons les efforts permanents qu’elles font pour accueillir décemment les publics. Se joue ici la survie du service public de la Culture dont le budget s’élève à peine à 0,7% du budget de l’Etat. Quel sera ce pays où les théâtres, M.J.C., médiathèques, bibliothèques… resteront porte close ?
Depuis plusieurs semaines, les mobilisations se multiplient partout en France. Le mouvement Livrer bataille, né à l’initiative d’équipes artistiques*, appelle à un moratoire immédiat sur les coupes budgétaires et à un refinancement durable du secteur. Partout, une même revendication s’impose : porter enfin le budget de la Culture à 1 % de celui de l’État, pour garantir la pérennité du service public culturel. Le Syndicat professionnel de la critique Théâtre, Danse et Musique, solidaire des artistes et techniciens appelle tous ses adhérents à signer la pétition pour un moratoire immédiat sur les réductions budgétaires touchant le spectacle vivant et pour un plan national de refinancement du service public de la Culture. »
Philippe du Vignal
* Il y a déjà eu une première assemblée générale du mouvement Livrer Bataille au Théâtre Public de Montreuil le 9 juin et une réunion aura lieu à le 15 juillet prochain à à 15h à la FabricA, 11 rue Paul Achard, Avignon ( Vaucluse).
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