Le Legs de Marivaux mise en scène d’Aurélien Hamard-Padis
La pièce écrite… pour cette même troupe de la Comédie Française, alors dite Les Comédiens du Roi, a été créée en 1736, au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain. Un chassé-croisé amoureux entre la Comtesse, le Marquis, Hortense et Le Chevalier dont les sentiments sont liés aux conséquences financières d’un legs. Lisette, suivante de la comtesse et Lépine, valet de chambre du marquis vont en tirer les ficelles.
Le sort d’Hortense (Claire de la Rüe du Can) est en effet suspendu à la décision d’un marquis (Nicolas Chupin). Selon le testament laissé par un lointain parent, récemment décédé, il faut qu’il l’épouse pour percevoir un legs de six cent mille francs.
S’il ne veut pas de ce mariage, il devra en lui verser deux cent mille à titre de compensation. Mais, si Hortense, amoureuse du Chevalier (Alexis Joly) s’oppose à une union avec le Marquis, celui-ci ne sera pas tenu de la dédommager.

Le Marquis, lui, est amoureux de la Comtesse (Julie Sicard). Lépine (Baptiste Chabauty), valet du Marquis s’associe à Lisette (Jennifer Decker), la suivante de la Comtesse, pour essayer faire triompher l’amour grâce à plusieurs manœuvres. «Je crois aussi qu’ils s’aiment, dit Hortense qui suit son propre intérêt amoureux et… financier, Et supposons que je ne me trompe pas ; du caractère dont ils sont, ils auront de la peine à s’en parler. Vous, Lépine, voudriez-vous exciter le Marquis à le déclarer à la Comtesse ? Et vous, Lisette, disposer la Comtesse, à se l’entendre dire. Ce sera une industrie fort innocente. »
Mais la tâche n’est pas simple: les caractères du Marquis et de la Comtesse s’opposent et ont peur de se révéler, l’un à l’autre: « Je ne vous hais pas, je ne vous l’ai jamais dit.-C’est tout comme.- Vous m’aimez, soit m’avez-vous jamais demandé ce que j’en pense ?- À quoi bon ? Je sais votre réponse, vous allez me dire : Non.-Mais posez la question.-Soit ; je vous aime, qu’en pensez-vous ?-Eh bien ! j’en suis bien aise. -Ah! »
Nicolas Chupin et Julie Sicard, exceptionnels, donnent une folie jubilatoire à leurs personnages en proie à l’indécision mais terriblement amoureux et c’est surtout, ce couple que l’on retiendra. Mais les autres interprètes, tous très justes, impriment un rythme vif, à cette comédie fondée sur des joutes de langage…
Le parfait rapport scène/salle nous fait entrer dans l’intimité des personnages et la scénographie de Salma Bordes répond aux intentions du metteur en scène qui a voulu créer un « ailleurs théâtral». Soit un hall d’hôtel avec bar, sonnette d’appel et mobilier design des années quatre-vingt. Les costumes de Claire Fayel, eux, d’inspiration XVIII ème siècle, sont réalisés avec des tissus actuels. « Conçus, dit Aurélien Hamard-Padis, pour révéler subtilement les liens entre les personnages. » (…) « Marivaux force, sous nos yeux rieurs, l’amour-propre à se cabrer, à renâcler, à rechigner pour plier, finalement, face aux raisons du cœur. » Cette mise en scène du Legs où triomphe le sentiment plutôt que l’argent, est un petit bijou théâtral. « Allez vite le découvrir.
Jean Couturier
Spectacle vu le 4 octobre au Studio de la Comédie-Française, galerie du Carrousel du Louvre, place de la Pyramide inversée, 99 rue de Rivoli, Paris ( Ier).
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