Lakmé, livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille, musique de Léo Delibes, direction musicale de Raphaël Pichon, mise en scène de Laurent Pelly
Edmond Gondinet s’est inspiré pour écrire en 1881 ce livret, Rarahu ou le mariage de Loti un roman de Pierre Loti et de récits de voyage. Léo Delibes écrivit, lui, la partition cette même année. Dans la lignée des opéras français de l’époque à l’orientalisme prononcé comme Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet ou Le Roi de Lahore de Jules Massenet. Créé déjà à l’Opéra- Comique, cette œuvre en trois actes connut 1.500 représentations! Et cela continue, puisque la dernière mise en en scène date seulement de 2.014…
Un livret scénario bien fait, un peu kitch mais très populaire à la création et ensuite. Cela se passe en Inde à la fin du XIX ème siècle, alors colonie britannique et de nombreux habitants devaient pratiquer leur religion en secret. Au lever du soleil, Lakmé, la fille du brahmane Nilakantha et sa compagne vont cueillir des fleurs dans la forêt pour le temple.
Deux jeunes officiers anglais Gerald et Frederic, les filles du vice-roi, Ellen et Rose et leur gouvernante Mrs Bentson, entrent dans le temple pourtant sacré. Gerald dessine un bracelet oublié sur l’autel et imagine celle qui le porterait. Lakmé revient. Il se cache dans les buissons et tombe amoureux de la belle jeune fille qui le supplie de partir mais bien sûr, elle n’est pas du tout indifférente aux charmes du bel officier.

A l’acte II, sur la place du marché dans un village avec clients et vendeurs, le brahmane a vite compris que des Anglais -qu’il hait profondément- sont entrés dans le temple et il veut se venger. Déguisé en mendiant et suivi par une Lakmé assez triste, il la force à chanter en faisant tinter les clochettes de son bracelet.
Bien entendu, Gerald reconnait Lakmé, Nilakantha le poignarde et s’enfuit. Mais la jeune fille fait transporter Gerald, blessé mais vivant, dans une cabane en forêt où elle le soignera.
A l’acte III, convalescent, il chante son amour pour Lakmé. Malheureusement, elle sent bien qu’il va la quitter et rejoindre les siens. Alors elle s’empoisonne, après avoir fait boire à Gerald une eau assurant un amour éternel. Nilakantha arrive et Lakmé, mourante, lui dit qu’il a bu, comme elle, cette eau magique qui le protègera. Son père épargne Gerald mais son amoureuse meurt dans ses bras en chantant: « Tu m’as donné le plus doux rêve. » Sortez vite vos mouchoirs….
Léo Delibes a composé une musique d’une rare efficacité fondée sur la richesse des mélodies et (trop!) connue grâce au trop fameux Duo des fleurs souvent utilisé dans des films américains -et dans une pub de British Airways!- et à L’Air des clochettes qu’on retrouve partout. Cette musique aux teintes orientalisantes surtout celle des danses et prières, plait toujours à un certain public mais est tout de même moins reprise par les compositeurs actuels, y compris de rock, que les musiques d’Albinoni, Bach, Haendel, Mozart Beethoven, Bizet.. .Eux, tous pillés jusqu’à la dernière note…
Ici, Laurent Pelly, metteur en scène confirmé de théâtre et d’opéra, a radicalement épuré les choses; jusqu’ a atteindrere une certaine sécheresse. Des couleurs presque ternes, et non indiennes et flamboyantes comme on pourrait s’y attendre, et une absence de tout décorum. Une maison réduite à une sorte de prison-carcasse et un minimum d’éléments scéniques comme ces étendards pour figurer les toiles des boutiques du marché. Il y a parfois de belles images avec des lumières pastel -Laurent Pelly sait y faire- entre autres quand le chœur arrive sur le plateau face public. Impressionnant de précision et de beauté. Dans le style Bob Wilson d’autrefois, quand il faisait de sublimes mises en scène, avant d’appliquer toujours les mêmes recettes avec les mêmes beaux éclairages.
Cette mise en scène d’une grande rigueur fait penser au théâtre nô japonais mais qui a, lui, des costumes d’une richesse infinie. Mais ici, ce refus d’incarnation et d’une quelconque sensualité quasi-brechtiens et datés années soixante, se payent: les personnages en sont réduits à des silhouettes échappées d’un récit et ne sont guère crédibles.
Le spectacle paraît donc long et est finalement assez ennuyeux et décevant. Même si écouter Sabine Devieilhe virtuose dans Lakmé, et les chœurs impeccables sous la direction de Raphaël Pichon, reste un grand plaisir. Nous avons été moins convaincus par le jeu de Frédéric Antoun, un peu raide en officier anglais amoureux. Vous l’aurez compris, cette réalisation de Laurent Pelly ne fera pas date mais si cela vous chante, vous pourrez encore la voir sur Arte et en écouter la musique et les chants dans quelques jours…
Philippe du Vignal
Le spectacle a été joué du 2 au 8 octobre, au Théâtre national de l’Opéra-Comique, Place Boieldieu, Paris ( II ème) et a diffusé en direct sur Arte Concert le 6 octobre. Il le sera sur France Musique le 22 octobre à 20 h.
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