Festival d’Avignon:
La Mouette express, adaptation de La Mouette d’Anton Tchekhov, mis en scène de Nathalie Conio
Crée en 1896 à Saint-Pétersbourg, la pièce fut un échec total. Reprise deux ans plus tard à Moscou, dans une mise en scène de Constantin Stanislavski et Vladimir Nemirovitch-Dantchenko, elle reçut cette fois un accueil triomphal. La mouette est le symbole de Nina, une très jeune fille qu’aime Treplev une écrivain-débutant de son âge et qui lui a écrit et mis en scène pour elle une pièce, qu’elle va jouer . Arkadina, la mère de Treplev,actrice connue, est assez imbue d’elle-même et méprise le travail de son fils. Désespéré, il essayera de se tuer. Nina persuadée de vouloir être actrice, s’enfuit avec Trigorine, auteur connu et amant d’Arkadina, mère de Treplev. Mais elle ne réussira u’à avoir de petits rôles en province. reniée par sa famille, elle sera vite abandonnée par Trigorine.
Treplev la reverra deux ans après son départ et aura le sentiment que sa vie est une malédiction. Anton Tchekov aborde aussi le statut des artistes et de l’art lui-même et de la Nature. Nina, devenue actrice, sera abandonnée par Trigorine. Les dix personnages de la pièce cherchent l’amour, sans jamais y arriver.

Quant à la mise en scène, Anton Tchekhov a tenu préciser les situations avec de nombreuses didascalies. Le plus souvent ignorées de metteurs en scènes contemporains. Pour cette Mouette express, jouée sur une aussi petite scène, Nathalie Conio a réuni et bien dirigé quelques jeunes interprètes pour jouer les protagonistes dont Alena Konstantinova, une merveilleuse et jeune actrice russe qui joue en français à la fois Nina et Arkadina. Elle dira aussi quelques répliques dans sa langue. Mais le june acteur qui joue Treplev a bien du mal à imposer son personnage et semble souvent ailleurs…Aucun décor qu’un paravent et les costumes des personnages accrochés à des cintres avec leur nom, bien visible. En à peine une heure, la messe sera dite. Mais mieux vaut connaître la pièce si on veut s’y retrouver! Il y a quelques belles scènes entre Treplev et Nina, entre Treplev et Arkadina.
il y a un manque évident de dramaturgie dans ce qui reste l’ombre d’une mis en scène. Enfin, on a le plaisir d’entendre une jeune chanteuse d’opéra interpréter quelques airs classiques célèbres (Le Stabat mater de Pergolèse, l’Ave Maria de Schubert, Ombra mai fu de Haendel. Cela n’a rien à voir avec la pièce d’Anton Tchekhov. Après tout, cela fait du bien, puisque de toute façon, nous n’aurons droit qu’à un avatar d’avatar du célèbre texte. Tiens, au fait, pourquoi Nathalie Conio ne le monte-t-elle pas?
Côté mise en scène, c’est du genre plus que juste, avec un début dans la rue où la metteuse en scène annonce que la salle est en travaux (ce que personne ne croit!) puis avec le théâtre dans le théâtre…Nathalie Conio aurait pu aussi nous épargner de puissants jets de fumigène inondant scène et salle de quarante-cinq places et un accompagnement au synthé presque permanent du texte, un vieux truc usé et inefficace. Ce travail, encore très brut de décoffrage, mériterait d’être approfondi; pour le moment, un véritable ovni, avec une proposition théâtrale trop légère, au troisième degré. On pense au grand Antoine Vitez disant à ses élèves: « Faites-moi un Hamlet en dix minutes en faisant appel à vos seuls souvenirs. »
Cette Mouette express est aussi une performance, comme on en trouve quelquefois dans le off. Après tout pourquoi pas? De toute façon, elle se jouera quelques jours seulement. Pour le reste, comme disait l’immense Miguel de Cervantès: « Celui qui sonne les cloches est en sûreté, et tout s’en ira dans la lessive du gouvernement. «
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 10 juillet au Théâtre du Chapeau-Rouge, rue du Chapeau-Rouge, Avignon ( Vaucluse).
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