Journées Européennes du Patrimoine:
Rosa chez Nicolas Flamel, de et par Jean-Marie Lehec
L’Hôtel de Ville de Paris, incendié par les Communards en 1871, puis reconstruit en style Renaissance de 74 à 82 par les architectes Théodore Ballu et Édouard Deperthes, est le lieu des institutions municipales depuis… 1357. Il s’ouvre chaque année au public à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine (déjà, la quarante-deuxième…). L’entrée, bien entendu gratuite, était sur inscription obligatoire mais il y a eu des milliers de visiteurs. Au programme: la visite des nombreuses salles de réception, du bureau de la Maire, de la bibliothèque, de la salle du Conseil, etc..
On pouvait y rencontrer les conservateurs, restaurateurs, historiens de la Ville qui parlaient de leur métier. mais aussi les artisans qui entretiennent ce gigantesque bâtiment : les serruriers, horlogers, tapissiers, etc….
Dans la grande cour, des archéologues, tailleurs de pierre, marbriers, sculpteurs, ébénistes, menuisiers font des démonstrations de leur savoir-faire souvent transmis de père en fils. Des médiateurs de l’École du Louvre commentaient les nombreuses fresques et sculptures.
Il y a aussi deux expositions : l’une consacrée au patrimoine parisien et l’autre à l’histoire de l’Hôtel de Ville. Et une autre, consacrée aux directrices de théâtre, lesquelles, juste après la deuxième guerre, étaient alors, rappelons-le plus nombreuses que les hommes.

Cela se passe dans une grande et haute salle avec fresque, un peu tristounette avec chaises pliantes trop bien alignées comme pour une conférence. On aurait rêvé d’une meilleure scénographie… Côté jardin, il y a une grande image sur écran de cette tour Saint-Jacques qui a inspiré Jean-Marie Lehec. Sous le regard amical de la statue du très jeune Turenne, nommé en 1660, Maréchal général de Louis XIII, puis de Louis XIV, Jean-Marie Lehec a repris dans une haute salle de réunion, ce bon solo qu’il avait créé l’an passé en plein air dans le jardin de la Tour Saint-Jacques. Malgré le bruit sourd de la circulation, il était déjà prometteur mais a gagné en intensité.
L’acteur (chaussures pointues dorées, perruque blonde sous un large chapeau noir, longue chemise rose brillant, pantalon et veste noirs sans manches) retrace tout un pan de l’histoire d’un Paris méconnu, riche en anecdotes. Celui exactement où nous marchons aujourd’hui dans ce quatrième arrondissement mais où nos ancêtres ne se retrouveraient pas! Il y avait des sortes d’abattoirs boulevard Sébastopol, des champs riches en légumes à la Porte Saint-Martin, travaillés par des centaines d’ouvriers contre le seul gîte et couvert et un grand cimetière, là où est maintenant le square des Innocents.
Gestuelle et diction exemplaire, Jean-Marie Lehec raconte tout cela avec humour et charme, faisant bien le lien entre passé et présent, en à peine une heure. On pense aux phrases magistrales de Saint-Augustin: « Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. » Rosa chez Nicolas Flamel, parfaitement rodé, mériterait d’être repris. Avis aux directrices et directeurs des petits théâtres parisiens…
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 20 septembre, à l’Hôtel de Ville, Paris ( IV ème). T. : 01 42 76 40 40.
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