Depuis que je suis né, texte, mise en scène et musique de David Lescot
Cet auteur, metteur en scène et musicien confirmé, cherche à créer un autre théâtre où la musique, le chant ont un place essentielle et avec comme toujours très soignée, une scénographie qui, chez lui, tient d’une formidable boîte à jouer. Artiste associé au Théâtre de la Ville depuis 2008, il sait comme autrefois la grande Catherine Dasté, parler aux enfants avec, entre autres J’ai trop peur, j’ai trop d’amis ou cette dernière pièce. Avec la même rigueur pour le jeu, la scénographie, les lumières, le son, les musiques et petites mélodies…

Une petite fille qui peut être aussi un petit garçon de six ans, sait donc déjà lire et veut essayer de raconter sa vie ou, si on préfère, écrire ses mémoires. A partir de sa naissance, quand il a dû quitter le ventre de sa maman. Puis c’est un Je me souviens d’un Perec enfant, évoquant même sa naissance dont il lui reste pourtant quelques images confuses et le lait: «C’était la seule chose qui m’intéressait. Je pensais tout le temps au lait. Même quand on me racontait une histoire, même quand on me chantait une chanson, même quand on me promenait dans la poussette, je pensais au lait. » Puis le langage mais aussi le monde dont il fait déjà partie avec la famille et celui des objets qui tiennent une grande place dans son existence : un petit manège, des modèles réduits de voitures,camions de pompiers, motos fascinantes mais aussi des fourmis et des épées pour se battre. Des poupées et un ours qui parlent et chantent puis le premier ordinateur qui enregistre sa voix… Et cerise sur le gâteau, un petit air de rap.
Le tout installé sur des sortes de palettes en bois,avec, en en bas, une trappe dont le couvercle sert aussi de tableau pour écrire, et en haut, une tente-igloo avec couette où tout enfant rêverait de se lover. Une très remarquable et efficace scénographie d’Alwyne de Dardel.
David Lescot sait habilement offrir la parole à un enfant qui a une vision déjà précise sur le monde des adultes qui l’entourent. Un petit garçon de cinq ans que j’ai connu autrefois, disait à propos d’une maquette de gare avec trains et voyageurs : « Les vrais grands sont moins jolis que des petits bonhommes comme cela.» Etonnante poésie. Et ici, cet enfant reconstitue tout un univers avec ses objets à lui et bien à lui.
Grâce à Mirabelle Kalfon (en alternance avec Louise Guillaume). Cette jeune actrice que nous avions déjà remarquée au Conservatoire national fait un travail impeccable côté diction et gestuelle, et sait naviguer sur ce sol de palettes reconstituées; elle passe ainsi de la trappe à la chambre-cabane-igloo, tout en continuant à parler. Une technique casse-gueule qu’il faut arriver à maîtriser et que tous les acteurs ne possèdent pas. Cela nous fait penser à Thibaut Lacroix, passé très jeune par une école de gymnastique, qui, dans le rôle-titre de Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac, montait sur une chaise puis sur une table puis redescendait sur une autre chaise, tout en ne cessant de vitupérer contre sa famille bourgeoise….
Un spectacle où il y a parfois quelques longueurs mais absolument drôle et léger. Le jeune public était sous le charme et d’une extrême attention pendant quelque cinquante minutes. Chapeau à l’auteur-metteur en scène comme à son actrice. Et après la représentation, il y eut un court bord de plateau et les questions fusaient intelligentes et précises : comme celle d’une petite fille : «Madame, combien vous gagnez ? Un temps surprise, Mirabelle Kalfon n’osait rien dire mais a fini par lâcher : 250 € par représentation et un peu moins s’il y en a deux à la suite. » Et un petit garçon lui a fait remarquer qu’elle avait fait une petite faute de diction! Ce qu’elle a reconnu tout aussi gentiment, en expliquant que le théâtre, c’est comme dans la vie.
Sur les Champs-Elysées tout proches, le soleil enfin revenu commençait à se montrer, les oiseaux chantaient, l’air était doux et les enfants sortaient visiblement heureux de ce spectacle, ce n’était déjà pas si mal en cette mi-février… Avant de fréquenter à nouveau le soir ceux qui, ont aussi ont été des enfants dans Femmes en colère de Mathieu Menevaux, (voir Le Théâtre du Blog). Passent dans cette pièce quelques journées ensemble: une médecin accusée et qui avoue pour se faire justice, avoir commis des actes -irréversibles- de torture et barbarie, un juge, ses assesseurs et les jurés d’une Cour d’assises. La Bible a menti: la vie n’est pas un longue fleuve tranquille… En attendant, si vous pouvez aller voir ce spectacle avec des enfants, n’hésitez pas.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 25 février, Espace Pierre Cardin-Théâtre de la Ville, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème).
Du 14 au 24 mars C.D.N. de Béthune (tournée décentralisée). Du 29 mars au 1er avril, Théâtre de Sénart (Essonne).
Du 11 au 14 avril, Comédie de Caen (Calvados) ; Les 15 et 16 avril, Culture Commune, Bully-les-Mines, (Pas-de-Calais).
Depuis que je suis né de David Lescot, illustré par Gala Vanson, est édité chez Actes Sud-Papiers, collection. Heyoka jeunesse. 10 €.
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