Alexandre Marius Jacob Prince des voleurs, mis en scène de Burdin

Festival d’Aurillac (suite et fin)
Alexandre Marius Jacob Prince des voleurs, mise en scène de  Burdin

 Ici, il y a le in et le off géré par le in, ce qui est plutôt rare en France. Les compagnies  invitées  font acte de candidature et se voient attribuer un lieu en plein air et un en encart dans la catalogue moyennant une petite participation. Les recettes se font au chapeau. Encore faut-il que le public  réussisse à atteindre le lieu, souvent loin du centre et en périphérie de la ville.
Et, sur un petit pont traversant la Jordane, nous nous sommes retrouvés devant un mur impressionnant de C.R.S. baraqués casqués munis de gilets-pare balles, matraque prête à servir. Pour de mystérieuses raisons, de très jeunes filles jetaient des petits cailloux à leurs pieds: ils restaient impassibles. Il suffisait de traverser le pont, comme dirait Georges Brasssens, pour aller voir ce spectacle mais le passage était filtré à l’aller comme au retour. Comprenne qui pourra…

 

© Philippe du Vignal
© Philippe du Vignal

Dans une belle petite prairie  où nous avons vu de beaux spectacles, Gilles Rhode; comédien sculpteur, cofondateur en 82 de la compagnie Transe-Express en 1982 puis cofondateur de la compagnie Burdin-Rhode en 2015, réalise de remarquables petits spectacles mêlant parfois théâtre à manivelle, musique, chansons et théâtre d’objets. depuis 2015, Il a  créé La terrible histoire de Thomas Sankara, Une bombe dans un ruban de soie et il y a trois ans Rue de l’Envol ou il est une fois Transe-Express.

Il raconte ici et interprète parfois avec de  petites marionnettes à gaine ( Le Juge et l’Accusé) l’histoire cet  » illégaliste pacifiste ». Un voleur  qui voulait surtout  prélever quelque chose du magot de « ceux qui ne produisent rien et reverser le produit de ses vols, aux plus démunis. Mais cet idéal n’est jamais du goût de la société surtout à la fin du XIX ème siècle. Alexandre Marius Jacob, né en 1879, à Marseille, d’un père alcoolique et d’une mère pas très adroite  dans son commerce, il n’aura pas une enfance bien heureuse.  Mais ses parents, au lieu de l’école laïque du quartier du Panier, l’inscriront chez les frères des Écoles chrétiennes. Et à onze ans, seulement il obtient son certificat d’études. Mais il est attiré par la mer et rend service à un passant en lui en portant le bagage. C’est  M. Martinaud. capitaine à la compagnie Freycinet. Et peu après il est engagé comme mousse sur le cargo Le Thibet. Vite épuisé et méprisé, il tombera malade de fièvre à Dakar  et renoncera à la marine.  Guéri il se refuse à la mendicité et  devient apprenti typographe, fréquente les anarchistes marseillais et collabore à un journal de propagande, L’Agitateur. Mais, impliqué dans une affaire de d’explosifs, il est condamné à six mois de réclusion. Et fiché, il ne trouve aucun travail. Anarchiste mais aussi expert  en cambriolages, il en réussira un grand nombre mais sera finalement arrêté et condamné au bagne à Cayenne d’où il essayera de s’évader une vingtaine de fois  mais sans succès 

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En 99, il enfile un uniforme d’inspecteur de police et, avec deux complices ouvre les coffres-fort du Mont-de-piété et ils emportent 400 000 francs-or.Mais balancé par son complice Morel, Marius Jacob est arrêté et est condamné à cinq années de réclusion mais simule des hallucinations et est  interné à l’asile dont il s’évade  un an plus tard et se réfugie à Sète chez un anarchiste et crée une bande de cambrioleurs, les Travailleurs de la nuit, avec des principes: aucun meurtre sauf légitime défense, victimes choisis parmi les parasites sociaux, et donne une partie du butin à des œuvres et à des camarades gênés. Bref, il déclara la guerre aux riches et à la classe dominante. et signe ses nombreux cambriolages plus de cent cinquante en trois ans à Paris, en province à l’étranger avec une carte au nom d’Attila. Et quand il a pour victime Julien Viaud, capitaine de frégate,  il reconnaît l’écrivain Pierre Loti…: « Ayant pénétré chez vous par erreur, je ne saurais rien prendre à qui vit de sa plume. Tout travail mérite salaire. Attila. P. S. Ci-joint, dix francs pour la vitre brisée et le volet endommagé. »
Mais en 1903,  un agent meurt dans une la fusillade dans la Somme). Jacob et ses complices sont arrêtés et condamné au bagne à Cayenne, il tentera de s’évader dix-sept fois. Puis ramené à Fresnes, il sera libéré en 1927 et  deviendra marchand forain en 31. Puis il habite à Reuilly (Indre). Mais en 1954, il s’injecte une dose de morphine et laisse un mot : « Linge lessivé, rincé, séché mais pas repassé. J’ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la paneterie. À votre santé ! »
C’est un peu de toute cette vie que raconte Gilles Rhode avec, sur deux petites tables, quelques accessoires d’une rare poésie et à la lumière naturelle. Il a une diction et une gestuelle impeccable. Quelque deux cent personnes,surtout des jeunes gens, ce qui est rare dans les festivals sauf à Aurillac, écoutent émerveillés cet acteur aussi simple que précis dans son jeu personnel et dans celui de marionnettetiste  pendant cinquante minutes. Un rare et vrai bonheur, loin des grosses machines du festival d’Avignon, longuement applaudi et le chapeau (oui, cela existe encore) a été vite rempli!Quelle virtuosité… pourtant dans la mise en scène efficace de Burdin son épouse. Cela fait le plus grand bien de savoir que ce genre de théâtre peut encore exister… S’il passe près de chez vous, surtout n’hésitez pas.

Philippe du Vignal
Spectacle vu au festival d’Aurillac ( Cantal)  le 20 août.


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