Judith Magre et Éric Naulleau évoquent Eugène Ionesco

 

Judith Magre et Éric Naulleau évoquent Eugène Ionesco

 

L’écrivain  était un voisin du Théâtre de Poche: il habitait boulevard Montparnasse dans les années soixante. Et toute son œuvre théâtrale: Rhinocéros, La Cantatrice chauve, La Leçon, Les Chaises, Le Roi se meurt, Victimes du devoir, Jacques ou la Soumission, Amédée ou comment s’en débarrasser… est à la fois marquées par un comique insolite: (« Je préfère, disait-il, à l’expression absurde, celle d’insolite. »

Il y a aussi chez lui un désespoir certain et ce que l’on sait moins, une quête mystique… Et il a été influencé par les textes de Saint-Jean de la Croix et par la Kabbale. Nous l’avions rencontré à la fin de sa vie mais, visiblement assez triste, il parlait peu, comme déjà absorbé par l’au-delà. Et l’entretien, du coup,  fut plus bref que prévu…

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    Judith Magre et Éric Naulleau ont créé (voir Le Théâtre du Blog) en 2025, Judith Magre dit Apollinaire et en 25-26, Judith Magre dit Aragon. Cette fois, ils évoquent ce remarquable écrivain à travers sa vie, son théâtre et quelques extraits de Notes et contre-notes, un essai publié en 62 rassemblant des textes.
    Judith Magre et Éric Naulleau évoquent Eugène Ionesco comme Expérience du théâtre, Controverses et témoignages, Mes pièces, Vouloir être de son temps c’est déjà être dépassé.L’auteur parle, avec élégance et savoir-faire, de sa conception du théâtre et répond aux critiques… Eric Nolleau et Judith Magre lisent aussi entre autres, une scène de La Cantatrice chauve.

    Et l’écrivain explique l’origine de ce curieux titre. Mais ce n’est pas celle que nous avait donné Nicolas Bataille, le metteur en scène qui a créé la pièce en 1950, au Théâtre de la Huchette. Fait exceptionnel dans l’histoire du théâtre français, elle se joue toujours aujourd’hui avec La Leçon, drame comique, mise en scène l’année suivante  par Marcel Cuvelier, dans ce même lieu.
    Nicolas Bataille, nous avait-il dit, répétait alors une pièce dans une petit théâtre (aujourd’hui cinéma) situé dans l’étroite rue des Noctambules, parallèle à la rue de la Sorbonne. Son assistante lui avait proposé de lire le texte d’un ami: le jeune Eugène Ionesco. Alors inconnu, l’écrivain pour gagner sa vie, était correcteur dans une société d’édition juridique.
    Le metteur en scène accepta et le lendemain,  intéressé par ce texte, il entraîna ses comédiens dans un café proche pour le lire. Mais, à l’époque, la photocopie n’existait pas encore et les duplicatas étaient faits grâce à des carbones sur des feuilles de papier mince… qui avaient tendance à se coller entre elles… Et un acteur sauta donc une page et tomba sur le mot : chauve. Nicolas Bataille, surpris mais très heureux, garda ces deux mots pour en faire le titre, avec l’accord de son auteur. Une belle histoire…

    Mais Eugène Ionesco écrivit aussi un roman, des contes, nouvelles, journaux intimes, pamphlets  et essais politiques. Le spectacle évoque tout cela, parfois brillamment et Judith Magre, en robe noire impeccable, bien coiffée, éprouve un réel plaisir à être sur scène devant un public acquis d’avance. Une belle performance: elle aura cent ans en novembre prochain!!!
    Et, même si elle prétend en avoir assez de la vie (voir son interview dans Le Théâtre du Blog) , elle semble heureuse d’exister encore… Mais ce court spectacle  n’a pas la même saveur que les précédents opus consacrés à Apollinaire et Aragon: l’exercice est sans doute plus difficile avec Eugène Ionesco On aurait bien aimé mieux voir celui que dans les années cinquante, ce grand dramaturge était encore vu comme un auteur iconoclaste, et peu digne des institutions. Il n’avait pas à ses débuts la même célébrité que Samuel Beckett dont pourtant En attendant Godot fut écrit et joué après La Cantatrice chauve.
    Un des moments les plus intéressants de ce spectacle est celui où Eric Naulleau évoque la vie d’Eugène Ionesco, sa quête mystique et le refuge qu’il avait trouvé dans la peinture, alors qu’il n’écrivait plus. Une découverte pour nombre de spectateurs…

    Philippe du Vignal

    Jusqu’au 21 décembre, les lundis seulement, au Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 50 21


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