Le Lave-vaisselle, texte, jeu et mise en scène de Flor Lurienne et Frédéric de Golfiem
En cette fin d’été, les blés sont rasés de près, les rouleaux de paille stockés dans les hangars et la haute grange d’Auger-Saint-Vincent, se prête au théâtre. Un samedi en soirée, un dimanche en matinée, régulièrement, l’Atelier-des-arts invite un concert, un spectacle, au cœur du Valois. Ce dimanche-là, sur scène : un jouet, un modèle réduit de lave-vaisselle, conçu pour l’éducation aux tâches ménagères, pas seulement des petites filles, espère-t-on (voir le documentaire La Domination masculine, de Patrick Jean sorti en 2009). Ici, il va servir à l’éducation du couple.

Quand on vit à deux, c’est simple : tout ce qui ne va pas, est la faute de l’autre. C’est lui, c’est elle, qui a provoqué la panne de l’engin. «Passez votre amour à la machine… », chante Alain Souchon.
Au risque que cela se mette à bouillir un peu trop!
Entre disputes et réconciliations, cette « étude de couple avec lave-vaisselle» touche, au passage, la question de notre soumission aux technologies du confort. Un instant politique fugace, une intrusion minime, laissant quand même sa trace dans le double «je» de la tendresse et de la mauvaise foi qui fait le charme de ce couple.
La pièce, drôle, maline, surprenante, et plus grave qu’il n’y paraît, avait déjà été jouée avec succès au théâtre La Flèche à Paris et au Théâtre transversal en Avignon. Elle trouve ici une respiration particulière, plus ample, sous la haute charpente de La Grange qui mérite bien une majuscule… Elle a su attirer un public fidèle au milieu des champs (covoiturage indispensable et généreusement proposé). Le professionnalisme des interprètes est évident, et le répertoire tentant : Rhinocéros, de Ionesco, sous le toit d’une première grange à Trumilly (Oise), la Correspondance entre les frères Van Gogh, Y a d’la joie, causerie musicale de Nelson Monfort avec Charles Trenet, Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig, Les Vers du nez, « poèmes injustement méconnus » d’Edmond Rostand…
Et les 26 et 27 septembre, Je ne suis pas Johnny, de et par Guillaume Marquet. Mais aussi la musique: Le Temps d’une tripe croche, spectacle-conte pour enfants… Et tout ce qui se passe entre La Grange et le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent. Il peut porter fièrement son nom : concerts, rencontres, débats, jeux… C’est le cœur battant du village et de sa région.
Les 28 à 20 h et 29 novembre à 16 h, il accueillera un Chantier d’archéologie poétique. Et en mars, Les Contes d’Andersen, toujours en partenariat avec l’Atelier des arts, des activités proposées par le café lui-même, et les mardis, les nécessaires ateliers numériques, dispensés par la Communauté de communes-Pays de Valois).
A l’origine de l’Atelier des arts, la comédienne Marie-Catherine Conti. Elle aime ce pays -le Valois, dans l’Oise- le théâtre et l’art. Elle a su construire une équipe, mobiliser un groupe de bénévoles, s’allier avec un lieu culturel bien vivant, faire le pari d’un théâtre professionnel de haute qualité au milieu des champs, et cela marche. Que demande le peuple? Justement ce que cet Atelier des arts propose: du théâtre, des présences, des voix, des textes…
Christine Friedel
Spectacle vu à L’Atelier des arts, La Grange (Oise).
Les 26 et 27 septembre, Je ne suis pas Johnny, de et par Guillaume Marq
atelierdesarts.weebly.com
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