Vaslav, conception et interprétation d’Olivier Normand

En longue robe noire, bijouté, très bien maquillé et coiffé d’un béret de marin à l’indispensable pompon rouge porte-bonheur, Vaslav accueille chaque spectateur comme une ami qu’on n’aurait pas vu depuis quelque temps. Beau jeune homme (enfin pas si jeune que ça, dit-il, avec un panache certain), il a la grâce des danseurs, une voix sidérante de soprano, l’image même de la « jolie femme ». Merci de nous avoir invités.
Il officie généralement dans la troupe de Madame Arthur, le plus ancien (1946) et le plus vénérable cabaret de travestis en France une institution classée au patrimoine festif de Paris. Rita Ora, Bambi, Capucine, Coccinelle… Leur photo et leur nom ont brillé d’un éclat exceptionnel dans Paris-Match avec ceux des têtes couronnées et autres stars. Et aujourd’hui, Vaslav de Folleterre prend la suite à sa façon, avec ce prénom masculin. dans ce seul en scène…
Gracieux, drôle et pince-sans-rire, il joue simplement et avec précision de tous ses talents : comédien, danseur, chanteur, non sans laisser filtrer (à peine) le lettré qu’il est aussi. Il va chercher du côté de Jane Birkin, faisant glisser Baby alone presque jusqu’à une voix d’opéra. Une façon de suggérer avec amour à la chanteuse disparue: tu aurais pu aller plus loin, laisser parler ta puissance…
Puis du côté de Jean Genet et de l’homosexualité flamboyante et transgressive avec Le Condamné à mort musique d’Hélène Martin et Marc Ogeret : « un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour ». Il nous explique pourquoi « les chanteuses à texte sont traditionnellement vêtues de noir». Mais il ne reprend pas les chansons de Barbara, Edith Piaf au célèbre décolleté en cœur.
Féru de musiques anciennes, il s’accompagne de sa Shruti, boîte à musique indienne portative à soufflets et à anches : une sorte de guide-chant pour ceux qui ont connu cet outil à l’école. Basse continue, bourdon : l’instrument soutient avec modestie le souffle de l’artiste.
Perfectionniste et sincère, Vaslav donne ce qu’il veut et c’est beaucoup… Et il garde une étonnante réserve, à tous les sens du terme. Comme si le vernis parfait qui « finit » son travail de scène protégeait la personne et les futurs spectacles. Olivier Normand travaille, masqué, pour Vaslav, qui lui-même (ou elle-même) reste masqué, en nous offrant généreusement un spectacle raffiné. Où va donc se cacher la mélancolie?Applaudissons.
Christine Friedel
Jusqu’au 4 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 00.
Madame Arthur, Le Divan du Monde, 75 bis rue des Martyrs, Paris (XVIII ème). T. : 07 68 78 68 01.
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