Une autre histoire du théâtre, conception de Fanny de Chaillé
Un spectacle joué entre autres à Montreuil, au Théâtre national de Chaillot Danse et au dernier festival d’Avignon et parfaitement rodé, avec de jeunes interprètes: Malo Martin, Tom Verschueren, Margot Viala et Valentine Vittoz. Sur le plateau, une table, deux chaises: c’est tout et en une heure et quelque vont être abordés aussi des thèmes classique déjà soulevés par Denis Diderot. Un acteur doit-il vraiment incarner un personnage ou le jouer mais en n’étant pas dupe qu’il le joue seulement? Pourquoi n’y-a-t-il eu longtemps pas d’actrices sur les scènes ? Qui dirige les répétitions d’un texte? Quel est le rôle exact du metteur en scène ? Cela commence plutôt bien et il y a une unité de jeu entre ces jeunes acteurs qui visiblement se connaissent bien. Ils s’interrogent sur la question de faire et pourquoi du théâtre avec des extraits de scènes-cultes comme celle d’Elvire avec Dom Juan chez Molière, Clindor dans L’Illusion comique de Corneille ou du Roi dans Richard II de Shakespeare. Et il y a de bons moments comme ce jeu avec avec une lampe de poche dans le noir du plateau pour créer l’angoisse, ou ce monologue de Richard. Mais aussi des allusions orales ou visuelles, moins claires, à des monuments du théâtre contemporains comme Tadeusz Kantor, Pina Bausch… Il y a aussi une extrait d’une interview de Jeanne Moreau ( dont on se demande ce qu’elle vient faire là)

Mais assez vite, il y a comme une petite tromperie sur la marchandise… On se demande parfois si Fanny de Chaillé n’avait pas voulu poursuivre une quête personnelle et si nous ne sommes pas dans un Théâtre pour les nuls.. Mais de fil rouge, on ne voit pas très bien sinon l’amour du théâtre. La conceptrice, puis conceptrice il y a, (il n’est pas bizarrement indiqué de nom pour la mise en scène?), dirige ses actrices et acteurs avec une incontestable maîtrise mais, cela dit, nous avons souvent eu l’impression d’assister à un travail de troisième année d’école, plutôt qu’à un vrai spectacle. En effet, le texte -très léger et pas non plus revendiqué – sent les improvisations à dix mètres. Et côté mise en scène, Fanny de Chaillé aurait pu nous épargner les poncifs actuels: jeu dans la salle, fumigènes ( légers), lumière stroboscopiques rouges…
La « conceptrice » n’a pas voulu faire d’histoire de théâtre -et c’est son droit- comme l’avaient fait brillamment, au siècle dernier (cela fait toujours drôle d’employer la même expression que nos profs au lycée qui, eux, parlaient du XIX ème !) Alfredo Arias avec sa compagnie le TSE ou ensuite le Théâtre de l’Unité dans la mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine avec 2.5000 à l’heure. Mais, malgré l’énergie et le savoir-faire des acteurs, Une autre Histoire du Théâtre « a gardé l’essence des répétitions » comme Fanny de Chaillé le dit elle-même, et nous sommes resté sur notre faim…
Philippe du Vignal
Jusqu’au 25 octobre, Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, Paris (XIV ème). T. : 01 45 45 49 77.
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