Trahisons d’Harold Pinter, mise en scène de Tatiana Vialle
Nous avions d’ailleurs découvert cette pièce en 82, mise en scène par Raymond Gérôme, avec Sami Frey (Robert), Caroline Cellier (Emma) et Andre Dussollier (Jerry) .Ecrite en 78 par le grand dramaturge anglais prix Nobel de littérature 2005, mort trois ans plus tard, elle inverse le cycle du temps avec une intrigue débutant par la fin, et se terminant par le début. Le manège amoureux où Harold Pinter peint les relations de séduction entre de vrais amis, est fondé sur le trio classique : mari, femme et amant mais ci vu de façon parodique. Il y a d’abord une ultime séparation entre Jerry, un éditeur, Robert le mari, associé de Jerry (Marc Arnaud, l’amant (Swann Arlaud) d’Emma, une galeriste reconnue (Marie Kauffmann). Emma a entretenu une relation avec Jerry, agent littéraire, qu’elle a avouée, voici quatre ans à Robert qui est aussi le meilleur ami de Jerry. La pièce s’ouvre sur un aveu, non au mari de l’infidélité passée, mais à Jerry : Emma lui apprend qu’elle a tout dit à son mari Robert.

Les rencontres se suivent avec son lot de cachoteries et non-dits. La mise en scène de Tatiana Vialle, très convaincante, souligne justement l’ambiguïté de ce trio amoureux qui n’est pas celui auquel on pense immédiatement ! Sur le petit plateau du théâtre de l’Œuvre, Alain Lagarde a réussi à créer une remarquable scénographie à base de tubes fluo mobiles et de vidéos réalistes. Les comédiens sont très justes-mention particulière à Swann Arlaud- leur amitié amoureuse semble indéfectible et ils interprètent tout en délicatesse l’ambiguïté qui les unit.
Au mi-chemin de la pièce, Robert dit à Emma, quand celle-ci lui avoue sa trahison avec Jerry : «C’est peut-être à moi, d’avoir une histoire avec lui. »Le baiser de la dernière scène entre eux, quand Jerry un peu éméché tombe amoureux d’Emma, est troublant de vérité. Cela rappelle les liens unissant Sami Frey (David) ,Yves Montand (César) et Romy Schneider dans César et Rosalie ( 1972), un film mythique de Claude Sautet. Trahisons, d’une belle fluidité offre en une heure trente, un vrai plaisir de théâtre et il faut aller voir ou revoir cette pièce où tout le poids des non-dits et de l’incommunicabilité pèse sur les trois personnages.
Jean Couturier
Jusqu’au 30 mars, Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy, Paris (VIII ème). T. : 01 44 53 88 88.
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