Théâtre en mai à Dijon

Théâtre en mai à Dijon

Maëlle Poésy qui a superbement monté Sept minutes à la Comédie-Française (voir Le Théâtre du Blog) est, après y avoir été associée six saisons, la nouvelle directrice du Théâtre Dijon-Bourgogne-Centre National Dramatique,

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« Théâtre en mai,dit-elle, est notre premier acte artistique ici. Ce festival est un magnifique héritage des directions qui m’ont précédée et je veux le préserver et le faire évoluer. (…) Je souhaite qu’il place en son cœur les écritures contemporaines dans toutes leurs diversités: langages plastiques, chorégraphiques, textuels…
Singulier car il sonne le coup d’envoi de ce nouveau projet, élaboré et pensé avec Claire Guièze, nouvelle directrice adjointe, et Kevin Keiss, auteur associé à la direction. »Soit sur dix jours seize spectacles de toute dimension. Ci-dessous, un aperçu sur trois d’entre eux qui reflètent bien la diversité de ce festival.

 

La Spire de Chloé Moglia

© J.L. Fernandez
© J.L. Fernandez

Cela se passe à la périphérie de la ville dans le grand parc municipal du château de Pouilly (une belle et ancienne demeure qui va être restaurée). Installée sur la pelouse, une majestueuse spirale à trois boucles d’environ 6 m d’envergure, en tubes blancs solidement amarrés au sol par des filins. Une belle sculpture en soi imaginée et construite par Eric Noël et Sylvain Ohl et que cinq jeunes acrobates dont Chloé Moglia, vont apprivoiser pendant quarante minutes. Pendues par les mains, rampant sur le ventre, attachées l’une à l’autre par les bras, s’entrelaçant, ou en équilibre très instable sur un petit cercle en haut d’une perche recourbée.

Les figures, parfois un peu répétitives, se succèdent dans une géométrie variable et les corps de ces jeunes femmes en pantalon et chemisier s’inscrivent dans ce paysage bucolique. Ce ballet, d’une rare poésie, est soutenu au saxo et au clavier électronique par Marielle Chatain qui en a aussi composé la musique. Tout ici est d’une extrême fluidité même si, il y a toujours, nous le savons bien, le risque d’une chute éventuelle. Malgré la complicité de tous les instants des acrobates et une discipline que l’on sait intransigeante.
«Je propose, dit Chloé Moglia, aux gens de petits moments où il s’agit d’être attentif en continu, c’est aujourd’hui précieux. » Mission accomplie et le public -quelque 350 personnes- a longuement applaudi ce spectacle gratuit…

 

 After All Springville – Disasters and Amusement Parks de Miet Warlop

 Au Théâtre du Parvis Saint-Jean, cette artiste et performeuse belge propose une nouvelle lecture de Springville, un spectacle iconique qu’elle a créé il y a douze ans. Mais elle l’a retravaillé avec son installation Amusement Park. Sur le plateau nu sans pendrillons ni accessoires, une maison en carton solide. Sur un des côtés, une jeune femme-armoire électrique blanche avec un trou par où sort une baudruche rose qui va grossir puis s’écrouler. Suit un premier et énorme court-circuit avec gerbes d’étincelles suivi de deux autres : le ton est donné…

© Sigrid Colomyès
© Sigrid Colomyès

Un géant se balade sur le plateau, se cogne à un mur et fait sa gymnastique quotidienne (en fait un acrobate assis sur les épaules d’un autre et enveloppé dans un grand manteau noir, en parfaite synchronisation  Ou encore un grand carton sur jambes en bas noirs muni d’une sorte de tube en carton-long nez et une table ronde nappée de blanc montés sur des jambes aux talons aiguille qui se balade elle aussi sur le plateau avec un vase rempli d’eau et fleurs puis de tasses et de verres àn pied. Vous avez dit magique?  Et la fin est de toute beauté: des dizaines de mètres de tubes rouges et bleus se remplissent d’air envoyé par une soufflerie et finissent par envahir tout le plateau. Et la maison s’écroule…

D’inspiration éminemment burlesque dans la lignée du cinéma muet américain: Buster Keaton, Harold Lloyd, Charlie Chaplin… ce spectacle est une réussite exemplaire et Miet Warlop réussit à créer un univers où les objets deviennent plus importants que les humains… qui les ont pourtant conçus. Et ils les entraînent dans un chaos irréversible mais finalement comique. Renvoyant en l’augmentant au célèbre vers d’Alphonse de Lamartine: « Objets inanimés, avez-vous donc une âme? » Mais ici, grâce à un travail d’équipe très solide, ils s’animent et acquièrent une vie propre.
« Les objets me fascinent, dit-elle mais j’ai aussi de l’affection pour eux. Pour moi, ils ne sont jamais fonctionnels. Ils ont une âme et un cœur. C’est ce que j’essaye de démontrer en leur insufflant ou en leur ôtant la vie et en m’exposant à certains dangers. » Cette artiste flamande a réalisé une synthèse d’une belle et grande exigence, entre expression comique muette et arts plastiques. Le public a longuement ovationné ce spectacle. Sans aucun doute l’un des meilleurs de Théâtres en mai.

 Les Possédés d’Illfurth de Yann Verburgh et Lionel Lingelser

Un beau titre… Cela se passe sur le grand plateau du Théâtre des Feuillants, tout proche du Parvis Saint-Jean. Lionel Lingelser descend des gradins de la salle en tapant sur un tambourin pendant de longue minutes, puis monte sur le plateau enveloppé d’une grande cape grise en continuant. Bref, ce solo commence plutôt mal. « Le travail de la compagnie, dit la note d’intention,  se caractérise par la création d’univers visuels puissants et poétiques au service de thématiques sociétales fortes et d’écritures singulières (Marius von Mayenburg, Copi). Lionel Lingelser fait ses premiers pas comme comédien, le metteur en scène qui le dirige, « le Sorcier », le pousse à chercher l’organique, le Duende, (le démon) et, à ne pas tricher.Il se montrant dans toute son humanité, sans masque ni honte, il irradie littéralement. « ( sic)

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Lionel Lingelser nous parle d’une curieuse histoire qu’il a entendu dans son enfance, celle des derniers cas de possession reconnus par l’Église à la fin du XIX ème siècle. Les frères Joseph et Thiébaut Burner (sept et neuf ans), sont comme possédés par une force infernale. Cela se passait dans le village d’Illfurth en Alsace et le curé les fit exorciser. Hélios a dix ans, est le double de Lionel Lingelser qui court longuement sur le plateau avec une épée de bois, en nous parlant de possession, transe et envoûtement…
Rien à dire, le jeune comédien au jeu physique intense mouille sa chemise au sens strict du terme et il est d’une sincérité indéniable. Et il célèbre le théâtre comme un puissant antidote aux blessures infligées par les autres. Cinq ans durant l’auteur,quand il était adolescent, fut possédé par un copain de son club de basket. Et il nous parle de façon pudique de lui et de son homosexualité. Mais nous ne sommes pas entrés dans ce trop long monologue assez bavard et peu convaincant.

Le public dijonnais semblait partagé mais a longuement applaudi…

Philippe du Vignal

Spectacles vus le 27 mai à Théâtre en mai à Dijon, (Côte d’Or).

 

 

 

 


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